mardi 27 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1906247 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | VILETTE AGNES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 décembre 2019 et le 23 février 2022, M. A B, représenté par Me Vilette, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice à lui verser la somme totale de 36 759,50 euros au titre des préjudices subis liés à l'infection nosocomiale qu'il a contractée lors de son hospitalisation en février 2017 ;
2°) de condamner le CHU de Nice aux dépens ;
3°) de mettre à la charge du CHU de Nice la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité du CHU de Nice doit être engagée en raison de l'infection nosocomiale qu'il a contractée au cours de son hospitalisation en février 2017 ;
- il est fondé à demander l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis et qui se décomposent comme suit :
375 euros au titre de l'assistance par tierce personne ;
3 784,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
15 000 euros au titre des souffrances endurées ;
9 600 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
3 000 euros au titre du préjudice esthétique ;
5 000 euros au titre du préjudice sexuel.
Par un mémoire enregistré le 11 février 2020, la caisse nationale militaire de sécurité sociale demande au tribunal de condamner le CHU de Nice à lui rembourser la somme de 98 986,02 euros au titre des prestations versées à M. B, ainsi que la somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge du CHU de Nice en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2021, le CHU de Nice, représenté par Me Chas, s'en remet à la sagesse du tribunal quant au principe de l'engagement de sa responsabilité et conclut :
- à ce que les sommes versés au requérant ne dépassent pas les montants suivants :
1 031,55 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
5 000 euros au titre des souffrances endurées ;
4 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
925 euros au titre du préjudice esthétique ;
- au rejet du préjudice résultant de l'assistance par tierce personne et du préjudice sexuel.
Le CHU de Nice s'est remet également à la sagesse du tribunal s'agissant des sommes réclamées par la caisse nationale militaire de sécurité sociale mais considère que le taux de perte de chance de 50% doit s'appliquer.
Par ordonnance du 19 mai 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 3 juin 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 24 juin 2019 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Nice a prescrit une expertise et désigné comme expert M. C ;
- le rapport d'expertise de M. C déposé au greffe du tribunal le 29 novembre 2019 ;
- l'ordonnance du 14 janvier 2020 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Nice a taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. C à la somme de 3 900 euros et les a mis à la charge de M. A B.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 septembre 2022 :
- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guerioubi, substituant Me Vilette, représentant M. B, et de Me Poncer, substituant Me Chas, représentant le CHU de Nice.
Considérant ce qui suit :
1. Le 19 mai 2016, M. B a subi une première opération chirurgicale de laminoplastie vertébrale au CHU de Nice pour des douleurs lombaires. Les douleurs étant persistantes, une deuxième intervention a eu lieu le 23 février 2017 nécessitant une hospitalisation du 22 au 27 février 2017. Si les suites opératoires se sont déroulées correctement, une réactivation brutale de la douleur avec chutes à répétition, dès le mois de juin 2017, a contraint M. B à subir une troisième intervention chirurgicale le 30 juin 2017. Au cours de cette hospitalisation, M. B est diagnostiqué infecté à l'entérocoque facalis nécessitant une antibiothérapie. Puis du 22 au 25 octobre 2017, il est hospitalisé au CHU Timone à Marseille pour une suspicion d'endocardite, ainsi que du 12 au 14 novembre 2017 pour complément de bilan pré-opération. M. B est ensuite hospitalisé du 26 janvier au 8 février 2018 pour la pose d'une bioprothèse aortique. Après avoir été transféré en convalescence au centre Léon Bérard à Hyères, il rejoint son domicile le 3 mars 2018. A la suite d'un courrier en réclamation de M. B daté du 8 janvier 2018, et auquel le CHU de Nice a accusé réception par courrier du 17 janvier 2018, la SHAM a proposé d'indemniser M. B à hauteur de la somme de 22 193 euros. Par un courrier du 25 octobre 2018, M. B a refusé cette proposition d'indemnisation estimant que son préjudice s'élevait à la somme de 30 972, 50 euros. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner le CHU de Nice à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de son infection nosocomiale.
Sur la responsabilité du CHU de Nice :
1.
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. () / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. () ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
3. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise que M. B a contracté une endocardite bactérienne aortique imputable à une infection nosocomiale à la suite de l'intervention chirurgicale pratiquée le 23 février 2017. Dans ces conditions, eu égard au caractère nosocomial de l'infection et à l'absence de cause étrangère à sa survenue, le requérant est fondé à rechercher la responsabilité du CHU de Nice sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
Sur la perte de chance :
4. Dans le cas où une infection nosocomiale a compromis les chances d'un patient d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de cette infection et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage.
5. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, que l'infection nosocomiale dont M. B a été victime a entraîné pour celui-ci la perte d'une chance d'éviter de contracter une endocardite bactérienne aortique. Au regard de l'ensemble des éléments du dossier, il y a lieu de fixer à 50% le taux de perte de chance de M. B.
Sur les préjudices du requérant :
1.
2.
3.
4.
5.
6. Il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé de M. B peut être regardé comme consolidé le 29 juillet 2018.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :
Quant à l'assistance par tierce personne
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6.
7. M. B se prévaut d'un préjudice résultant de l'assistance à tierce personne. Toutefois, il n'établit pas la réalité de ce préjudice. Par suite, ce chef de préjudice doit être écarté.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux temporaires
Quant au déficit fonctionnel temporaire
7.
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9. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise établi par le Dr C, que M. B a présenté un déficit fonctionnel total du 26 juin 2017 au 1er août 2017, du 22 octobre 2017 au 25 octobre 2017, du 12 novembre 2017 au 14 novembre 2017 et du 26 janvier 2018 au 3 mars 2018. M. B a également présenté un déficit fonctionnel partiel de 50% du 26 octobre 2017 au 11 novembre 2017 et du 15 novembre 2017 au 25 janvier 2018, de 25% du 2 août 2017 au 21 octobre 2017 et de 10 % du 4 mars 2018 au 28 juillet 2018. Il sera fait une juste évaluation du préjudice résultant du déficit fonctionnel temporaire de M. B en le fixant à la somme de 1240,08 euros, après application du taux de perte de chance.
Quant au souffrances endurées
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10. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. B ont été évaluées par l'expert à 4,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 5 000 euros, après application du taux de perte de chance.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux permanents
Quant au déficit fonctionnel permanent
11. M. B, né en 1948, souffre d'un déficit fonctionnel permanent de 8 %. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice en le fixant à la somme de 5 000 euros, après application du taux de perte de chance.
Quant au préjudice esthétique
12. Il résulte de l'instruction, que le préjudice esthétique subi par M. B est évalué par l'expert à 2 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 1 000 euros, après application du taux de perte de chance.
Quant au préjudice sexuel
13. M. B se prévaut d'un préjudice sexuel. Toutefois, le requérant n'établit pas la réalité du préjudice qu'il allègue. Par suite, ce chef de préjudice doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que le CHU de Nice doit être condamné à verser à M. B la somme de totale de 12 240,08 euros.
Sur les droits la caisse nationale militaire de sécurité sociale :
10. D'une part, la caisse nationale militaire de sécurité sociale justifie des débours pour un montant de 98 986,02 euros par la production d'un relevé détaillé et d'une attestation d'imputabilité établie par son médecin, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. Dès lors, en l'état de l'instruction, il y a lieu de considérer que la caisse nationale militaire de sécurité sociale peut prétendre au titre des débours au versement d'une somme de 49 493,01 euros, après application du taux de perte de chance.
11. D'autre part, aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022."
12. En applications des dispositions précitées, la caisse nationale militaire de sécurité sociale a droit à une indemnité forfaitaire de gestion représentant le tiers des sommes dont elle obtient le remboursement. Dès lors, il y lieu de condamner le CHU de Nice à verser à la caisse nationale militaire de sécurité sociale la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les frais liés au litige :
13. D'une part, en l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais de l'expertise ordonnée par l'ordonnance du 24 juin 2019 susvisée, liquidés et taxés à la somme de 3 900 euros par ordonnance du 14 janvier 2020 doivent être mis à la charge du CHU de Nice.
14. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Nice la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHU de Nice la somme que la caisse nationale militaire de sécurité sociale demande au titre des frais non compris dans les dépens, dès lors qu'elle ne justifie pas avoir exposé de tels frais.
D E C I D E :
Article 1er : Le CHU de Nice est condamné à verser à M. B la somme totale de 12 240,08 euros.
Article 2 : Le CHU de Nice est condamné à verser à la caisse nationale militaire de sécurité sociale la somme de 49 493,01 euros au titre de ses débours, ainsi qu'une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 3 : Les frais et honoraires d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 3 900 euros, sont mis à la charge du CHU de Nice.
Article 4 : Le CHU de Nice versera à M. B la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la caisse nationale militaire de sécurité sociale et au CHU de Nice.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
Mme Chaumont, conseillère,
assistés de Mme Gialis, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.
La rapporteure,
signé
G. DUROUX
Le président,
signé
F. PASCALLa greffière,
signé
E. GIALIS
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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