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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1906252

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1906252

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1906252
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP MICHEL MARTIN - SOPHIE PARIOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2019 sous le numéro 1906252, M. et Mme B A, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis, en droits et pénalités, pour un montant total de 384 096 euros au titre de l'année 2013 et de 604 042 euros au titre de l'année 2014 ;

2°) de leur accorder le bénéfice du sursis à paiement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les frais irrépétibles en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- contrairement à ce qu'affirme le service, l'intégralité des sommes versées par les différentes sociétés du groupe Yoopala vers la holding FTD International correspondent à de véritables prestations de services réalisées par la holding ;

- cette activité ne constituait pas une activité occulte car les sommes qui étaient versées par la société FTD International étaient bien déclarées par leur client dans la catégorie des traitements et salaires ;

- le service réintègre des dépenses personnelles dont ils contestent la qualification ;

- le Conseil de Prud'hommes a, dans une décision du 8 juin 2019, confirmé que Mme A était réellement employée au sein de la société Yoopala Services ;

- les éléments constitutifs du délit de fraude fiscale n'étant pas réunis, l'annulation de la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses appliquée par le service doit être prononcée par le tribunal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2020, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2020 sous le numéro 2000021, M. et Mme B A, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis, en droits et pénalités, pour un montant total de 452 344 euros au titre de l'année 2015 ;

2°) de leur accorder le bénéfice du sursis à paiement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les frais irrépétibles en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- contrairement à ce qu'affirme le service, l'intégralité des sommes versées par les différentes sociétés du groupe Yoopala vers la holding FTD International correspondent à de véritables prestations de services réalisées par la holding ;

- cette activité ne constituait pas une activité occulte car les sommes qui étaient versées par la société FTD International étaient bien déclarées par M. A dans la catégorie des traitements et salaires ;

- le service réintègre des dépenses personnelles dont ils contestent la qualification ;

- le Conseil de Prud'hommes a, dans une décision du 8 juin 2019, confirmé que Mme A était réellement employée au sein de la société Yoopala Services ;

- les éléments constitutifs du délit de fraude fiscale n'étant pas réunis, l'annulation de la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses appliquée par le service doit être prononcée par le tribunal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2020, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

III. Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2020, sous le numéro 2000135, Mme C A, représentée par Me Pariot, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie, en droits et pénalités, pour un montant total de 70 614 euros au titre des années 2013 et 2014 ;

2°) de lui accorder le bénéfice du sursis à paiement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les frais irrépétibles en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle bénéficiait effectivement d'un emploi au sein de la société Yoopala Services et d'un contrat de travail signé le 14 octobre 2013 en tant que chargée de clientèle, qui a évolué le 1er août 2014 en tant que directrice du développement à l'international ;

- les éléments constitutifs du délit de fraude fiscale n'étant pas réunis, l'annulation de la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses appliquée par le service doit être prononcée par le tribunal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2021, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cherief, conseiller,

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une vérification de comptabilité visant les sociétés Yoopala Services et SAP Développement, M. et Mme A ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle. A l'issue de ces contrôles, l'administration fiscale a réintégré dans leurs revenus imposables des années 2013, 2014 et 2015, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, des sommes s'élevant respectivement à 267 587 euros, 435 365 euros et 374 436 euros, regardées par le service comme des distributions occultes sur le fondement de l'article 111 c) du code général des impôts. En outre, à la suite d'une vérification de comptabilité de la société Yoopala Services, portant sur la période du 1er juillet 2012 au 30 juin 2016, l'administration fiscale a réintégré dans les revenus imposables de Mme A au titre des années 2013, 2014 et 2015 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, des sommes s'élevant respectivement à 22 020 et 68 000 euros regardées par le service comme des distributions occultes sur le fondement de l'article 111 c) du code général des impôts, s'agissant de rémunérations versées sans contrepartie. M. et Mme A demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis en 2013, 2014 et 2015 pour un montant total, en droits et pénalités, de 1 440 482 euros. Mme A demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie, en droits et pénalités, pour un montant total de 70 614 euros au titre des années 2013 et 2014.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les nos 1906252, 200021 et 2000135 présentées pour M. et Mme A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions aux fins de décharge des requêtes n° 1906252 et 200021 :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales : " Hormis lorsqu'elle est adressée dans le cadre des procédures mentionnées aux articles L. 12, L. 13 et L. 13 G et aux I et II de la section V du présent chapitre, la proposition de rectification peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours hiérarchique qui suspend le cours de ce délai. ".

4. Si les requérants font valoir que l'administration fiscale n'aurait pas répondu à leur demande de recours hiérarchique, il résulte de l'instruction que par une lettre n° 3926 du 21 mai 2018, notifiée le 30 mai 2018 et retournée à l'administration avec la mention " plis avisé non réclamé ", l'administration fiscale a répondu aux observations des contribuables en leur proposant plusieurs dates afin d'organiser un entretien dans le cadre du recours hiérarchique qu'ils avaient sollicité. Par un second courrier du 21 juin 2018, notifié le 23 juin 2018, l'administration fiscale a proposé aux requérants de nouvelles dates afin d'organiser un entretien. Les requérants, qui n'ont pas répondu à ce dernier courrier, le produisent d'ailleurs à l'appui de leur requête. Dès lors, et le supposer soulevé, le moyen tiré de ce que l'administration fiscale n'aurait pas répondu à leur demande de recours hiérarchique doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de l'existence d'une procédure pénale en cours :

5. En premier lieu, si les requérants font valoir que, pour mettre à leur charge les impositions en litige, l'administration fiscale s'est fondée sur des constations tirées d'une procédure pénale en cours, le service n'était pas tenu d'attendre l'issue d'une telle procédure pour procéder aux redressements litigieux et pouvait qualifier lui-même les faits dont il a eu connaissance à travers l'exercice de son droit de communication auprès de l'autorité judiciaire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

S'agissant des revenus distribués :

6. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ; ()".

7. M. et Mme A ayant régulièrement exprimé leur désaccord sur les rectifications qui leur ont été proposées selon la procédure contradictoire, il appartient à l'administration d'apporter la preuve de l'existence et du montant des revenus qui auraient été distribués et de leur appréhension par M.et Mme A.

Quant à l'existence et au montant des distributions :

8. En premier lieu, à l'issue de l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle, l'administration a réintégré dans la comptabilité de la société FTD International [0]comme avantages occultes les sommes de 267 696 euros au titre de l'année 2013, de 343 000 euros au titre de l'année 2014 et de 168 640,52 euros[0] au titre 2015 et a imposé ces mêmes sommes entre les mains de M. et Mme A, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. L'administration a fait application des dispositions précitées, au motif que les éléments recueillis lors des opérations de contrôle, ainsi que dans le cadre de la mise en œuvre du droit de communication auprès des autorités judiciaires françaises, ont permis d'établir, le caractère fictif des prestations facturées par la société suisse FTD International aux sociétés françaises Yoopala Services, SAP Développement et Pro SAP Formation.

9. Si les requérants contestent le caractère fictif des prestations, il résulte de l'instruction qu'au cours d'une vérification de comptabilité diligentée par la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, l'administration fiscale a constaté que les sociétés Yoopala Services et SAP Développement avaient inscrit en compte de charge le montant de prestations facturées par la société FTD International. A cet égard, il résulte des relevés bancaires des deux comptes de la société FTD International, obtenus par l'administration fiscale dans le cadre de l'exercice du droit de communication, que cette société a été destinataire de virements bancaires émanant des sociétés Yoopala Services, Yoopala Moscou, PRO Enfance-PRO SAP Formation et SAP Développement pour des montants totaux de 267 696 euros au titre de l'année 2013, de 343 000 euros au titre de l'année 2014 et de 168 640,52 euros au titre de l'année 2015. Toutefois, ni la société Yoopala Services, ni la société SAP Développement n'ont été en mesure de justifier, auprès du service vérificateur, des éléments concrets permettant d'attester de la réalité de ces prestations. Par ailleurs, si la société Yoopala a conclu, le 1er mars 2009, une convention avec la société FTD International afin d'effectuer des prestations " de conseils marketing on line, de la mise en œuvre et de suivi des compagnes de communication et de maintenance informatique ", l'administration fiscale fait valoir, d'une part, que le prix des prestations facturées étaient indexés non pas sur le coût réel de la prestation mais sur le chiffre d'affaires de la société et, d'autre part, qu'à cette date, la société FTD International avait pour objet social " le commerce international de mobiliers et décoration". En outre, il résulte de l'instruction que la société SAP Développement a conclu avec la société FTD International une convention pour effectuer des prestations de services " relatives aux sites et aux activités de marketing internet des filiales de SAP Développement : Yoopala Services et Pro SAP Formation " le 2 juillet 2014 alors, d'une part, que ces prestations étaient inscrites en compte de charge à compter de 2013 et que, d'autre part, la société Yoopala Services avait conclu un accord similaire le 1er mars 2009. A cet égard, il résulte des documents concernant la procédure pénale engagée contre M. A, communiqués par l'autorité judiciaire à l'administration fiscale dans le cadre de l'exercice, par cette dernière, du droit de communication, que le directeur marketing de la société Yoopala Services a confirmé que la société FTD International n'avait effectué aucune prestation pour le compte de sa société, ces prestations ayant été effectuées en interne, et que l'administrateur judiciaire de la société SAP Développement a indiqué au procureur de la République avoir dénoncé la convention conclue avec la société FTD International, pour défaut d'exécution, nonobstant le versement de 279 696 euros par la société Yoopala Services entre 2013 et 2015 et de 407 150 euros par la société SAP Développement entre 2014 et 2015. Alors que ces circonstances sont de nature à faire présumer du caractère fictif des prestations en cause, les requérants n'apportent aucune justification quant à la réalité de ces dernières et se bornent à faire valoir que M. A assurait les fonctions de directeur marketing du groupe pour le compte de la société FTD International en raison des compétences particulières qu'il aurait acquis au cours de ses études. M. et Mme A se prévalent également des conventions signées en 2009 par la société Yoopala Services, en 2010 par la société PRO FAP Formation et en 2014 par la société SAP Développement, sans toutefois produire, à l'appui de leur requête, des éléments de nature à établir la réalité de la fourniture des prestations prévues par ces conventions. En outre, si le requérant fait valoir qu'il a déclaré chaque année 45 500 euros correspondant à la rémunération qu'il percevait de la société FTD International pour les prestations réalisées au bénéfice de l'ensemble du groupe, les avis d'imposition qu'il produit au titre des années en litige ne permettent pas d'établir la réalité de ces allégations qui, à les supposer établies, sont sans influence sur l'existence et le montant des distributions en litige. Ainsi, c'est à bon droit que l'administration a pu considérer que les prestations facturées par la société FTD International étaient fictives. Elle était, par suite, fondée à les réintégrer dans la comptabilité de la société FTD International comme avantages occultes et justifie de l'existence et du montant des revenus distribués correspondants.

10. En deuxième lieu, à la suite d'une vérification de comptabilité de la société Yoopala Services portant sur les exercices 2013, 2014 et 2015, l'administration fiscale a réintégré dans la comptabilité de cette société, [0]comme avantages occultes, les sommes de 1 891 euros au titre de l'année 2013, de 92 365 euros au titre de l'année 2014 et de 131 714 euros au titre de l'année 2015 et a imposé ces mêmes sommes entre les mains de M. et Mme A, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

11. Il résulte de l'instruction que la société Yoopala Services a pris en charge, au titre des années 2013, 2014 et 2015, plusieurs dépenses liées notamment à l'organisation du mariage de M. et Mme A ainsi que des honoraires d'avocat liés à la procédure judiciaire visant M. A. Ces dépenses ont notamment été répertoriées par l'administrateur judiciaire de la société Yoopala Services, dans un courrier du 10 février 2016 adressé à M. A, auquel l'administration a eu accès dans le cadre de son droit de communication et sur la base duquel elle a établi les montants précités des dépenses litigieuses. Le requérant fait valoir que l'ensemble de ces dépenses étaient liées à l'intérêt de la société de même que son mariage, dès lors que lui et sa femme travaillaient au sein de la même société et que leur entourage était essentiellement composé de collaborateurs et d'investisseurs en lien avec la société Yoopala Services. Toutefois, le requérant ne produit aucun justificatif de nature à établir que ces dépenses avaient été effectuées dans l'intérêt de la société, le " tableau des dépenses professionnelles de M. A " joint à la requête étant à cet égard peu concluant, s'agissant d'un tableau établi par le requérant lui-même et ne constituant pas un document comptable. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'administrateur judiciaire de la société Yoopala Services a demandé, par un courrier du 10 février 2016, à M. A de procéder au remboursement de plusieurs dépenses prises en charge par la société entre 2011 et 2015. Si M. et Mme A ont contesté, par un courrier du 4 avril 2016, le caractère personnel de ces dépenses, ils n'appuient leurs allégations sur aucun élément de nature à justifier qu'elles ont bien été engagées dans l'intérêt de la société, alors que deux documents figurant dans le dossier pénal de M. A établis par les sociétés " Help for you " et " Serrurerie Cannoise" attestent que les prestations de jardinage réalisées au domicile des requérants et l'achat d'un coffre-fort électronique ont été effectués pour le compte personnel de M. A. Dès lors c'est sans commettre d'erreur de droit que l'administration fiscale a considéré que ces dépenses constituaient des dépenses personnelles sans lien avec l'objet de la société. Elle justifie ainsi de l'existence et du montant des revenus distribués correspondants.

12. En troisième lieu, à l'issue de l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle de M. et Mme A, l'administration a réintégré dans leurs revenus imposables au titre de l'année 2015, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, la somme de 74 081 euros, regardée par l'administration fiscale comme une rémunération occulte versée par la société Yoopala Services en contrepartie d'un emploi que l'administration fiscale a considéré comme fictif. L'administration fiscale a en effet considéré que ces sommes ont été versées sans contrepartie à Mme A dès lors qu'elle n'avait effectué aucun travail au sein de la société Yoopala Services. A cet égard, le service se prévaut de plusieurs témoignages de salariés de la société, dont la directrice du recrutement et des ressources humaines, tous concordants, et desquels il ressort que Mme A n'exerçait aucune fonction connue au sein de la société. Si la requérante verse au dossier un organigramme de la société, elle n'apparaît au sein de cet organigramme qu'à compter de l'année 2015 et ne produit aucun élément de nature à établir qu'elle exerçait effectivement les fonctions de directrice du développement à l'international, le jugement du conseil de Prud'hommes de Cannes produit par la requérante ne comportant, à cet égard pas suffisamment d'informations circonstanciées pour remettre en cause les éléments apportés par le service. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration fiscale a pu considérer que ces salaires versés à Mme A constituent une rémunération occulte qu'elle était fondée à réintégrer dans les revenus imposables de M. et Mme A dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

S'agissant de l'appréhension des revenus distribués :

13. En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable, qu'elle entend imposer comme bénéficiaire des sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposée. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

14. En premier lieu, il résulte de l'instruction, que M. A, dirigeait effectivement avec son épouse la société FTD International, sur laquelle il exerçait le contrôle effectif, M. D ayant déclaré aux autorités judiciaires suisses qu'il n'exerçait aucune activité concrète auprès de cette société, alors même qu'il disposait officiellement d'un mandat de président du conseil d'administration de cette dernière et une rémunération mensuelle correspondante de 3 000 francs suisses. En outre, M. A était l'ayant droit économique des comptes bancaires ouverts en Suisse au nom de la société FTD International, qualité lui conférant ainsi la libre disposition des avoirs détenus par l'intermédiaire de ces comptes, la signature bancaire sur ces derniers ainsi qu'une carte de crédit. A cet égard, il résulte des relevés bancaires de ces deux comptes, obtenus par l'administration fiscale dans le cadre de l'exercice du droit de communication, que la société FTD International a, au cours des années litige, procédé au paiement de divers achats et prestations ainsi qu'à des virements effectués sur les comptes détenus par M. A en Suisse, par son épouse et par son père, ainsi qu'au profit de deux sociétés civiles immobilières françaises, au sein desquelles le requérant est associé respectivement avec son épouse et son père, pour un montant total, sur les trois années en litige de 462 758,31 euros. Si M. A fait valoir que ces sommes correspondraient à des avances financières de la part de la société FTD International, avances qui auraient été formalisées par un contrat de prêt daté du 2 novembre 2015 et signé par M. D et lui-même, pour un montant total de 570 000 euros, les stipulations du contrat, produit à l'appui de la requête par les requérants, ne permettent pas d'établir les modalités et le montant de ces versements, et les intéressés ne produisent à l'appui de leur requête aucune pièce ou document permettant de déterminer sur les relevés bancaires de la société les sommes versées à M. A par cette dernière qui correspondraient au prêt ainsi formalisé. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que M. A exerçait au sein des sociétés Yoopala Services et SAP Développement la qualité de maître de l'affaire dès lors qu'il y exerçait les pouvoirs de direction, signait les contrats et était le principal interlocuteur des partenaires des sociétés partenaire. Ainsi, l'administration a pu à bon droit regarder M. et Mme A comme les seuls maîtres de l'affaire au sein des sociétés FTD International et Yoopala Services. Elle apporte, ainsi, la preuve de l'appréhension par les intéressés des revenus distribués par les sociétés FTD International et Yoopala Services.

15. En second lieu, Mme A, qui a été salariée de la société Yoopala Services au cours de l'année 2015, ne conteste pas avoir perçu des salaires de la part de cette dernière au cours de l'année en litige et il ressort des termes du jugement du conseil des Prud'hommes de Cannes en date du 8 juin 2018, qu'elle a reconnu avoir perçu un salaire qui a évolué, entre 2013 et 2016, passant de 3 814,13 euros à 4 954,56 euros. Les rémunérations perçues en 2015 ne se rattachant à aucun travail effectif, l'administration était fondée à les qualifier de rémunérations occultes. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve que Mme A a effectivement appréhendé les rémunérations brutes en cause, la requérante n'établissant pas avoir acquitté de charges sociales.

En ce qui concerne les pénalités :

16. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () c) 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ". Les pénalités pour manœuvres frauduleuses ont pour objet de sanctionner des agissements destinés à égarer ou à restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration.

17. L'administration fiscale a relevé, d'une part, que M. A a sciemment organisé un transfert de fonds au bénéfice de la société de droit suisse FTD International, dont il a la maîtrise et qu'il avait appréhendé les sommes ainsi versées à la société FTD International pour des prestations fictives et, d'autre part, que Mme A avait perçu une rémunération, qui a été comptabilisée en salaires, pour un emploi fictif au sein de la société Yoopala Services. De telles pratiques révèlent une intention délibérée d'éluder l'impôt au sens des dispositions de l'article 1729 c) du code général des impôts. Ainsi, l'administration doit être regardée comme établissant l'existence d'agissements frauduleux, au sens du c) des dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts. Dès lors, c'est à bon droit que le service a mis à la charge des contribuables la majoration de 80 % prévue par ces dispositions.

Sur les conclusions aux fins de décharge de la requête n° 2000135 :

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

18. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () / c. Les rémunérations et avantages occultes ; () ".

19. Mme A ayant régulièrement exprimé son désaccord sur les rectifications qui lui ont été proposées selon la procédure contradictoire, il appartient à l'administration d'apporter la preuve de l'existence et du montant des revenus qui auraient été distribués et de leur appréhension par Mme A.

S'agissant de l'existence et au montant des distributions :

20. Il résulte de l'instruction que, suite à une vérification de comptabilité de la société Yoopala Services, portant sur la période du 1er juillet 2012 au 30 juin 2016, l'administration fiscale a réintégré dans les revenus imposables de Mme A au titre des années 2013 et 2014, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, les sommes de 22 020 euros et 68 000 euros regardées par le service comme des rémunérations occultes versées par la société Yoopala Services en contrepartie d'un emploi que l'administration fiscale a considéré comme fictif. L'administration fiscale a en effet considéré que ces sommes ont été versées sans contrepartie à Mme A, dès lors qu'elle n'avait effectué aucun travail au sein de la société Yoopala Services. A cet égard, le service se prévaut de plusieurs témoignages de salariés de la société, dont la directrice du recrutement et des ressources humaines, tous concordants, et desquels il ressort que Mme A n'exerçait aucune fonction connue au sein de la société. Si la requérante verse au dossier un organigramme de la société, elle n'apparaît au sein de cet organigramme qu'à compter de l'année 2015 et ne produit aucun élément de nature à établir qu'elle exerçait effectivement les fonctions de directrice du développement à l'international, le jugement du conseil de Prud'hommes de Cannes produit par la requérante ne comportant, à cet égard pas suffisamment d'informations circonstanciées pour remettre en cause les éléments apportés par le service. Ainsi, c'est à bon droit que l'administration fiscale a pu considérer que ces salaires ont été versés à Mme A sans contrepartie. Dès lors, elle justifie de l'existence et du montant des revenus distribués correspondants.

S'agissant de l'appréhension des revenus distribués :

21. Il résulte de l'instruction que Mme A a été employée par la société Yoopala Services en 2013 et 2014 et que la rémunération que lui versait cette société était liée à la facturation par cette dernière de prestations fictives en qualité de chargée de clientèle puis de directrice du développement à l'international. A cet égard, il ressort des termes du jugement du conseil des Prud'hommes de Cannes en date du 8 juin 2018, que Mme A a reconnu avoir perçu un salaire de la société Yoopala Services qui a évolué, entre 2013 et 2016, passant de 3814,13 euros à 4954,56 euros. Les rémunérations perçues en 2013 et 2014 ne se rattachant à aucun travail effectif, l'administration apporte la preuve que Mme A a effectivement appréhendé les rémunérations brutes en cause, la requérante n'établissant pas avoir acquitté de charges sociales.

En ce qui concerne les pénalités :

22. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () c) 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ". Les pénalités pour manœuvres frauduleuses ont pour objet de sanctionner des agissements destinés à égarer ou à restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration.

23. L'administration fiscale a relevé que Mme A a perçu une rémunération, qui a été comptabilisée en salaires, pour un emploi fictif au sein de la société Yoopala Services. Une telle pratique révèle une intention délibérée d'éluder l'impôt. Ainsi, l'administration doit être regardée comme établissant l'existence d'agissements frauduleux, au sens des dispositions précitées du c) de l'article 1729 du code général des impôts. Dès lors, c'est à bon droit que le l'administration fiscale a mis à la charge de Mme A la majoration de 80 % prévue par ces dispositions.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des requêtes nos 1906252, 2000021, 2000135 doivent être rejetées.

Sur les conclusions communes aux trois affaires :

En ce qui concerne les conclusions tendant au bénéfice du sursis au paiement :

25. Le présent jugement statuant sur le fond du litige, les conclusions de la requête aux fins de sursis de paiement se trouvent privées d'objet et doivent être rejetées.

En ce qui concerne les frais liés au litige :

26. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

27. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes demandées par M. et Mme A au titre de frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Ces conclusions doivent par suite être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions des requêtes n°s1906252, 2000021 et 2000135 tendant à l'octroi d'un sursis de paiement.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s1906252, 2000021 et 2000135 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à Mme C A et à l'administration générale des finances publiques, directeur du contrôle fiscal d'Ile de France Est.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

assistés de Mme Albu, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

H. CHERIEF

La présidente,

signé

J. MEAR

La greffière,

signé

C. ALBU

La République mande et ordonne au ministère de l'économie, des finances et de la relance, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

Nos1906252, 2000021, 2000135

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