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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2000097

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2000097

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2000097
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL ABEILLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 janvier 2020 et 17 février 2022, Mme A B épouse D, représentée par Me Touboul-Elbez, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commune de Cannes a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner solidairement la commune de Cannes et la compagnie d'assurances SMACL à l'indemniser de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de son accident du 10 mai 2019 ;

3°) de condamner solidairement la commune de Cannes et la compagnie d'assurances SMACL à lui verser la somme provisionnelle de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de son accident du 10 mai 2019 ;

4°) d'ordonner, par un jugement avant dire droit, la désignation d'un expert chargé de :

- décrire son état antérieur à l'accident du 10 mai 2019 ;

- décrire les lésions initiales, les modalités de traitement, la nature des soins et des traitements prescrits imputables à l'accident ;

- fixer la date de consolidation des blessures ou, en l'absence de date de consolidation, de fournir toute précision sur l'évolution de son état de santé ;

- décrire les conséquences passées et actuelles, préciser la nature et l'étendue des préjudices de toute nature, déterminer le taux du déficit fonctionnel temporaire total, du déficit fonctionnel temporaire partiel, le taux d'incapacité permanente, le préjudice esthétique, le préjudice découlant d'une éventuelle perte d'autonomie, l'importance des souffrances physiques, le préjudice d'agrément, les pertes de gains professionnels actuelles et futures, ainsi que les troubles dans les conditions d'existence résultant de l'accident du 10 mai 2019 ;

- fournir toute précision, y compris chiffrée, permettant de déterminer l'importance et la nature des préjudices subis à la suite de l'accident du 10 mai 2019 ;

5°) de mettre solidairement à la charge de la commune de Cannes et de la compagnie d'assurances SMACL la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif de Nice est territorialement compétent ;

- sa requête est recevable ;

- la responsabilité de la commune de Cannes est engagée pour défaut d'entretien normal du trottoir sur lequel elle a chuté le 10 mai 2019 ;

- le lien de causalité entre son dommage et le défaut d'entretien normal du trottoir est établi ;

- elle n'a commis aucune faute de nature à exonérer la commune de sa responsabilité ;

- si la détermination de l'ensemble des préjudices qu'elle a subis est conditionnée à la production d'un rapport d'expertise, ses préjudices corporels peuvent déjà être établis comme suit :

* 195,79 euros au titre des frais de modification de billets d'avion ;

* 64,79 euros au titre de la perte du bénéfice d'un véhicule de location ;

* 15,19 euros au titre des frais de location d'un déambulateur ;

* 146,15 euros au titre des frais de transport en ambulance ;

* 45,08 euros au titre des frais téléphoniques ;

* 114 euros au titre des frais de pharmacie ;

* 533 euros au titre des frais de kinésithérapie ;

* 340 euros au titre des frais d'huissier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2020, la commune de Cannes et la compagnie d'assurance SMACL, représentées par Me Pontier, concluent au rejet de la requête, à titre subsidiaire, indiquent ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée et, en tout état de cause, demandent au tribunal de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Cannes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la matérialité des faits n'est pas établie ;

- aucun défaut d'entretien du trottoir ne saurait lui être reproché ;

- l'inattention et l'imprudence de la victime sont constitutives d'une faute de nature à l'exonérer de sa responsabilité ;

- la condition relative au caractère non sérieusement contestable de la créance fait défaut de telle sorte que la somme provisionnelle réclamée par la requérante ne pourra pas lui être versée.

Par un mémoire, enregistré le 17 avril 2020, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris conclut à ce que soit mises à la charge de la commune de Cannes les sommes de 623,74 euros au titre des prestations versées et de 207,91 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Par une ordonnance du 11 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 février 2023 à 12 heures.

Par un courrier du 17 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'octroi d'une provision, de telles conclusions devant être présentées dans une requête distincte en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2023 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- les observations de Me Abou El Haja, représentant la commune de Cannes.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 mai 2019, Mme D soutient avoir chuté sur le trottoir de la rue d'Antibes à Cannes, en raison d'un pavé brisé dont les morceaux, descellés, ont bougé. Cette chute lui a occasionné une fracture de la rotule droite non déplacée et extra articulaire. Par un courrier du 23 septembre 2019, Mme D a sollicité auprès de la compagnie d'assurances SMACL, assureur de la commune de Cannes, la prise en charge de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de cette chute du 10 mai 2019. Par un courrier daté du 24 septembre 2019, la compagnie d'assurances a refusé de faire droit à cette demande. Par un courrier du 31 octobre 2019, Mme D a alors formé une demande indemnitaire préalable auprès de la commune de Cannes dont cette dernière a accusé réception le 26 novembre 2019, sans toutefois répondre expressément à la demande. Par sa requête, Mme D demande au tribunal de condamner solidairement la commune de Cannes et la compagnie d'assurances SMACL à l'indemniser de l'ensembles des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de l'accident du 10 mai 2019, de les condamner, à titre de provision, à lui verser la somme de 5 000 euros et d'ordonner, par un jugement avant dire droit, la désignation d'un expert chargé, notamment, de décrire et de préciser la nature et l'étendue des préjudices subis à la suite de cet accident.

Sur les conclusions à titre de provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions qu'une requête tendant à l'octroi d'une provision doit être présentée par une requête distincte. Une telle requête est donc irrecevable lorsqu'elle est introduite en complément d'une requête au fond.

3. En l'espèce, dès lors que les conclusions à titre de provision présentées par la requérante l'ont été en complément d'une requête au fond, ces conclusions doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision rejetant la demande indemnitaire préalable de la requérante :

4. La décision par laquelle le maire de Cannes a implicitement rejeté la demande indemnitaire préalable de la requérante a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande qui, en formulant les conclusions indemnitaires précitées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante qui sont sans objet doivent être rejetées.

Sur la responsabilité de la commune de Cannes :

5. Pour obtenir réparation par le maître de l'ouvrage des dommages qu'ils ont subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, les usagers de cet ouvrage doivent démontrer devant le juge administratif, d'une part, la réalité de leur préjudice, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse alors sur elle, il incombe à la collectivité, maître d'ouvrage, soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer l'existence d'une faute de la victime ou d'un événement de force majeure.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme D indique avoir chuté sur le trottoir de la rue d'Antibes à Cannes en raison d'un pavé brisé dont les morceaux, descellés, ont bougé. A l'appui de cette allégation, la requérante se prévaut d'une attestation de Mme C, témoin de l'accident, qu'elle ne verse toutefois pas au dossier, malgré une demande du tribunal en ce sens. Les seuls extraits de ce témoignage reproduits par la requérante dans ses écritures sont insuffisamment précis et peu circonstanciés et se contentent de reprendre la chronologie et la description de l'accident dans les mêmes termes que ceux de la requérante. En outre, si Mme D soutient que des photographies ont été prises immédiatement après sa chute, elle ne verse aucun élément photographique à l'appui de cette allégation. Il en va de même du constat d'huissier établi par la société Morisseau-Lepeculier supposé constater que le pavé litigieux a été entièrement retiré, malgré également une demande de production adressée à la requérante par le tribunal. Dans ces conditions, les pièces versées au dossier ne décrivent pas suffisamment les caractéristiques de la défectuosité du pavé incriminée et ne permettent pas d'établir que l'état de l'ouvrage publicserait à l'origine de la chute de l'intéressée. Par suite, la requérante ne peut être regardée comme rapportant la preuve qui lui incombe du lien de causalité entre l'ouvrage public dont elle était usager et les dommages dont elle demande réparation. La responsabilité de la commune de Cannes ne peut, dès lors, être engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander la condamnation solidaire de la commune de Cannes et de la compagnie d'assurances SMACL à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de son accident du 10 mai 2019. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de diligenter l'expertise sollicitée pour se prononcer sur la nature et l'étendue des préjudices subis.

Sur les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de Paris :

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris tendant à ce que soit mises à la charge de la commune de Cannes les sommes de 623,74 euros au titre des prestations versées et de 207,91 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise solidairement à la charge de la commune de Cannes et de la compagnie d'assurances SMACL, qui ne sont pas les parties perdantes dans cette instance, la somme que Mme D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 000 euros à verser à la commune de Cannes au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Mme D versera à la commune de Cannes la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions indemnitaires de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse D, à la commune de Cannes, à la compagnie d'assurances SMACL et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Duroux, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

Le rapporteur,

signé

M. HOLZER

Le président,

signé

F. PASCAL

La greffière,

signé

P.-B. ANTOINE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2000097

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