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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2000100

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2000100

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2000100
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET
Avocat requérantARNOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés au greffe du tribunal les 9 janvier 2020, 5 décembre 2022 et 15 février 2023, M. C D, représenté par Me Arnoux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre de recettes en date du 16 octobre 2019 relatif à un indu de revenu de solidarité active (RSA) " socle " référencé INK 001 d'un montant de 9 034, 12 euros pour la période de janvier 2017 à juillet 2018 ;

2°) d'annuler la décision du 13 juin 2019 du département des Alpes-Maritimes ou, subsidiairement la décision du département du 1er juillet 2019 ;

3°) de lui accorder une remise gracieuse de sa dette ;

4°) de mettre à la charge du département une somme de 3000 euros à verser à son conseil en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier renonçant au bénéfice de la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

- la décision du 1er juillet 2019 relative à la créance objet du titre de recette n'est pas motivée et méconnaît le principe du contradictoire ;

- la créance objet du titre de recettes n'est pas fondée ;

- l'action du département en récupération de l'indu est prescrite ;

- il est de bonne foi dès lors qu'il ignorait qu'il devait informer la caisse d'allocations de ses séjours de plus de 90 jours à l'étranger ;

- ses séjours à l'étranger étaient motivés par des rendez-vous professionnels ;

- il est dans une situation financière précaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 octobre 2020, 3 janvier 2023 et 17 février 2023, le département des Alpes-Maritimes, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 31 mars 2022, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février à 9 heures 30 :

- le rapport de Mme Pouget, présidente ;

- et les observations de Mme A B, représentant le département des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 1er juillet 2019, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a notifié à M. D un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 034,12 euros pour la période du 1er janvier 2017 au 31 juillet 2018 ainsi qu'un indu de prime de fin d'année pour le mois de décembre 2017 d'un montant de 152,45 euros. Le département des Alpes-Maritimes a émis un avis de sommes à payer valant titre exécutoire, le 16 octobre 2019, correspondant à l'indu de RSA dont M. D demande l'annulation.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le département des Alpes-Maritimes :

2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir. / A défaut, l'organisme mentionné au premier alinéa peut également, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues au titre [d'autres] prestations (). / () / Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet, dans des conditions définies par la convention mentionnée au I de l'article L. 262-25 du présent code, les créances du département au président du conseil général. () Le président du conseil général constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement () ". Aux termes de l'article L. 262-47 du même code : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil général () ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. () / 2° L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / L'action dont dispose le débiteur de la créance visée à l'alinéa précédent pour contester directement devant le juge de l'exécution mentionné aux articles L. 213-5 et L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire la régularité formelle de l'acte de poursuite diligenté à son encontre se prescrit dans le délai de deux mois suivant la notification de l'acte contesté () ".

4. Il résulte des dispositions citées au point 2 qu'une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n'est pas, en vertu des dispositions citées au point 3, subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental.

5. Il résulte de l'instruction que la décision du 1er juillet 2019 notifiant à M. D une dette correspondant à un indu d'allocation de revenu de solidarité active d'un montant de 9 034,12 euros et qui comporte la mention des voies et délais relatifs au recours administratif préalable obligatoire préalable à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, a été adressée par lettre recommandée avec accusé de réception au domicile des parents de M. D. Le pli a été présenté le 12 juillet 2019 et a été retourné à la caisse d'allocations avec la mention " pli avisé et non réclamé ". La décision du 1er juillet 2019 doit ainsi être regardée comme ayant été régulièrement notifiée à l'intéressé le 12 juillet 2019. Si ce dernier soutient que la caisse d'allocations familiales avait connaissance de son changement d'adresse et de son installation en Colombie de sorte qu'elle ne pouvait régulièrement notifier le courrier à son ancienne adresse chez ses parents, il n'établit ni même allègue avoir procédé à une déclaration de son changement d'adresse. Il en résulte que la notification de la décision du 1er juillet 2019 au domicile des parents de M. D, qui était la dernière adresse connue de la caisse, est parfaitement régulière. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, le courrier qui lui a été adressé le 13 juin 2019 par le département des Alpes-Maritimes au domicile de ses parents et dont il a eu connaissance, n'avait pas pour objet de lui notifier l'indu de RSA en litige mais de l'informer de l'intention du département de prononcer à son encontre une amende administrative d'un montant de 1 000 euros à raison des faits ayant généré cet indu et de l'inviter à formuler des observations. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le courrier qu'il a adressé au département le 11 juillet 2019 par lequel il confirme sa présence au rendez-vous qui lui a été fixé le 8 août 2019 et sollicite, dans cette attente, de ne pas appliquer l'amende ne peut être regardé comme étant le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, lequel n'a été formé que par un courrier en date du 17 septembre 2019. Le département des Alpes-Maritimes est donc fondé à soutenir que le recours administratif préalable obligatoire a été présenté tardivement et, par suite, que les conclusions de la requête tendant à contester le bien-fondé de la décision de récupération d'indu de revenu de solidarité active sont irrecevables. M. D reste toutefois fondé à contester le titre exécutoire en invoquant des moyens susceptibles d'avoir une incidence sur le principe, sur la quotité et sur l'exigibilité de la créance de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.

Sur la demande d'annulation de l'avis des sommes à payer du 16 octobre 2019 :

6. M. D fait valoir que l'action en recouvrement du département pour la période du 1er janvier au 12 juin 2017 serait prescrite. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'administration, en se fondant sur les dispositions de l'article 553-1 du code de la sécurité sociale, a levé la prescription biennale au motif que l'intéressé avait procédé à de fausses déclarations en ne déclarant pas les nombreux séjours qu'il avait effectués à l'étranger, lesquels représentent 318 jours au titre de l'année 2017 et 96 jours en 2018. Si le requérant soutient que ses absences du territoire étaient dues à des rendez-vous professionnels, il ne l'établit pas alors, en tout état de cause, que, par leur durée, les " déplacements " de M. D s'apparentent à des séjours réguliers hors de France. L'intéressé ne peut sérieusement soutenir qu'il ignorait devoir déclarer ses séjours hors du territoire national dès lors que l'obligation de résider durablement en France est une condition déterminante pour bénéficier du RSA. Par suite, c'est à bon droit que le département a estimé que M. D avait commis de fausses déclarations justifiant la levée de la prescription biennale.

7. Les autres moyens invoqués par M. D sont inopérants à l'encontre du titre de recettes en litige et doivent, dès lors, être écartés.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du département du 13 juin 2019 :

8. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le courrier du 13 juin 2019 n'a pour objet que d'informer M. D de l'intention du département de lui infliger une amende administrative de 1 000 euros, à laquelle le département a finalement renoncé, et non de lui notifier un indu de RSA. Il en résulte que ledit courrier ne présente pas le caractère d'une décision faisant grief. Par suite, le département est fondé à soutenir que les conclusions susvisées sont irrecevables.

Sur la demande de remise de dette :

9. En application de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, l'absence de bonne foi du requérant fait obstacle, en tout état de cause, à une remise de sa dette.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La présidente,La greffière,

signé signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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