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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2000210

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2000210

mardi 25 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2000210
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSAJOUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 janvier 2020, le 6 novembre 2022 et le 5 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Sajous, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse a refusé de lui attribuer la nouvelle bonification indiciaire (NBI) ;

2°) d'enjoindre à la direction de la protection judiciaire de la jeunesse de lui attribuer, à compter de son affectation au STEMO de Nice, la somme correspondant à 30 points de NBI, assortie des intérêts moratoires correspondants ;

3°) de mettre à la charge de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit dès lors qu'en sa qualité d'éducatrice en milieu ouvert, elle remplit les critères d'éligibilité à la NBI " ville " et qu'elle intervient régulièrement en zone urbaine sensible et à titre principal dans le ressort territorial de contrats locaux de sécurité ;

- en vertu du principe d'égalité, elle aurait dû se voir attribuer 30 points de NBI.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;

- le décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guilbert,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de Me Sajous, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été affectée à l'unité éducative en milieu ouvert de Nice Ouest à compter du 1er septembre 2019. Par correspondance reçue le 16 septembre 2019, elle a sollicité l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire à compter de sa date d'affectation. Le silence gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet le 17 novembre 2019, dont Mme B demande l'annulation. Elle demande également au tribunal de condamner l'Etat à lui verser rétroactivement la nouvelle bonification indiciaire non versée ainsi que les intérêts moratoires correspondants.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services () ". Aux termes du I de l'article 27 de la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires institués à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulière dans des conditions fixées par décret ". Aux termes de l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice : " Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville () peut être versée mensuellement () aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret ". Lesdites fonctions comprennent, selon l'annexe à ce décret en vigueur à compter du 1er janvier 2015 : " () Fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : / 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ; / 2. En centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité ".

3. Il résulte des dispositions précitées que le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire n'est pas lié au corps d'appartenance ou au grade des fonctionnaires, mais aux emplois qu'ils occupent, compte tenu de la nature des fonctions attachées à ces emplois.

4. En premier lieu, si les différents UEMO rattachés à un service territorial éducatif de milieu ouvert (STEMO) peuvent être assimilés à des centres d'action éducative, la condition pour prétendre au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire, prévue par l'annexe du décret du 14 novembre 2001, tenant à l'exercice des fonctions d'éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse en centre d'action éducative situé, jusqu'au 1er janvier 2015, en zone urbaine sensible, et, après cette date, en quartier prioritaire de la politique de la ville, est d'application stricte. Aussi, dès lors que les locaux de l'établissement dans lequel Mme B a été affectée depuis le 1er septembre 2019 à l'UEMO Nice Ouest ne sont pas situés dans un tel quartier, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle devrait bénéficier de la nouvelle bonification indiciaire du fait des interventions qu'elle mène auprès des jeunes dont elle a la charge, quand bien même ses fonctions l'amèneraient à se déplacer dans un tel quartier ou à accueillir des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la Ville.

5. En deuxième lieu, les fonctionnaires titulaires du ministère de la justice qui entendent se prévaloir de la condition prévue au point 3 de l'annexe au décret du 14 novembre 2001 précédemment cité doivent apporter la preuve, par tout moyen, qu'ils accomplissent la majeure partie de leur activité dans le ressort territorial d'un ou plusieurs contrats locaux de sécurité, quel que soit par ailleurs leur lieu d'affectation.

6. La requérante soutient, d'une part, que la commune de Nice est couverte par un contrat local de sécurité dès lors qu'elle dispose d'un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD). En application des dispositions de l'article L. 132-4 du code de sécurité intérieure, dans leur version applicable au litige, le maire ou son représentant préside un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) dans les communes de plus de 10 000 habitants et dans les communes comprenant un quartier prioritaire de la politique de la ville. Aux termes de l'article D. 132-7 du code de la sécurité intérieure : " Le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance constitue le cadre de concertation sur les priorités de la lutte contre l'insécurité et de la prévention de la délinquance dans la commune. / () / Il assure l'animation et le suivi du contrat local de sécurité lorsque le maire et le préfet de département, après consultation du procureur de la République et avis du conseil, ont estimé que l'intensité des problèmes de délinquance sur le territoire de la commune justifiait sa conclusion ". Il résulte de ces dispositions que l'existence, dans une commune de plus de 10 000 habitants ou comprenant un quartier prioritaire de la politique de la ville, d'un CLSPD, instance de concertation dédiée à la lutte contre l'insécurité et la prévention de la délinquance, n'a vocation à assurer l'animation et le suivi d'un contrat local de sécurité que lorsque celui-ci préexiste sur le territoire concerné. Il s'ensuit, contrairement à ce que soutient la requérante, que l'existence d'un CLSPD n'implique pas nécessairement celle d'un contrat local de sécurité.

7. Mme B produit en pièce 17, d'autre part, une copie de la stratégie territoriale de sécurité et de prévention de délinquance de la ville de Nice, qu'elle présente comme son contrat local de sécurité. Toutefois, ce dernier dispositif ne saurait, contrairement à ce que soutient la requérante, être assimilé à un contrat local de sécurité.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à se prévaloir du point 3 de l'annexe du décret du 14 novembre 2001.

9. En troisième et dernier lieu, Mme B se prévaut de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement entre les fonctionnaires. Le principe d'égalité de traitement des agents exige que ceux qui occupent effectivement des emplois correspondant aux fonctions ouvrant droit à cet avantage et qui comportent la même responsabilité ou la même technicité particulière bénéficient de la même bonification. Ainsi, si Mme B fait valoir que certains de ses collègues bénéficient d'une nouvelle bonification indiciaire, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité ne peut être utilement invoqué pour obtenir le bénéfice d'un avantage dont elle ne remplit pas les conditions d'attribution.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

+

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

L. Guilbert

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert

La greffière,

signé

P. Antoine

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière.

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