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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2000520

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2000520

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2000520
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHAZZAN

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, conseillère,

- et les conclusions de M. Benoît Ringeval, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société anonyme (SA) du port de plaisance de Cap d'Ail (SPPC) est titulaire d'une convention de sous-concession d'exploitation du port de la commune de Cap-d'Ail. A la suite d'une vérification de comptabilité portant sur la période allant du 1er janvier 2010 au

31 juillet 2013, la société a fait l'objet d'un rehaussement d'impositions en matière de retenue à la source à raison des loyers qu'elle a encaissés auprès d'usagers de passage dans le cadre de la location des anneaux d'amarrage pour le compte de ses actionnaires non-résidents. Par un jugement du 27 septembre 2019, le tribunal a rejeté la requête de la société dirigée contre ces impositions supplémentaires. Le comptable du pôle recouvrement spécialisé des Alpes-Maritimes a émis le 31 octobre 2019 une mise en demeure tenant lieu de commandement de payer la somme de 170 471 euros correspondant à des pénalités d'assiette et de recouvrement. La SPPC demande la décharge de l'obligation de payer les pénalités de recouvrement d'un montant total de

35 016 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :

2. En premier lieu, l'appel du jugement par lequel le tribunal administratif de céans a rejeté les demandes en décharge des impositions de retenue au titre des exercices 2010, 2011 et 2012 auxquelles la société du Port de Plaisance de Cap d'Ail a été assujettie n'ayant pas d'effet suspensif, la société requérante n'est pas fondée à prétendre que les intérêts moratoires afférents à ces impositions ne seraient pas exigibles tant que le litige d'assiette n'est pas définitivement tranché.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 209 du livre des procédures fiscales : " Lorsque le tribunal administratif rejette totalement ou partiellement la demande d'un contribuable tendant à obtenir l'annulation ou la réduction d'une imposition établie en matière d'impôts directs à la suite d'une rectification ou d'une taxation d'office, les cotisations ou fractions de cotisations maintenues à la charge du contribuable et pour lesquelles celui-ci avait présenté une réclamation assortie d'une demande de sursis de paiement donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires (). Ces intérêts moratoires ne sont pas dus sur les cotisations ou fractions de cotisations d'impôts soumises à l'intérêt de retard mentionné à l'article 1727 du code général des impôts / () / Les intérêts courent du premier jour du treizième mois suivant celui de la date limite de paiement jusqu'au jour du paiement effectif des cotisations. Ils sont recouvrés dans les mêmes conditions, et sous les mêmes garanties, sûretés et privilèges que les impositions auxquelles ils s'appliquent ". Aux termes de l'article 1727 du code général des impôts : " I. - Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. () / () / IV. - 1. L'intérêt de retard est calculé à compter du premier jour du mois suivant celui au cours duquel l'impôt devait être acquitté jusqu'au dernier jour du mois du paiement. / () / 2. L'intérêt de retard cesse d'être décompté lorsque la majoration prévue à l'article 1730 est applicable. / () / 3. Lorsqu'il est fait application de l'article 1728, le décompte de l'intérêt de retard est arrêté au dernier jour du mois de la proposition de rectification ou du mois au cours duquel la déclaration ou l'acte a été déposé (). Aux terme du 1° de l'article 1728 dudit code : " Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; () ".

4. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elles ont été majorées d'intérêts de retard calculés par application des dispositions du 3 du IV de l'article 1727 du code général des impôts et non par application de celles du 1 du IV du même article, les impositions mentionnées à l'article L. 209 du livre des procédures fiscales donnent lieu au paiement des intérêts moratoires prévus par cet article qui ont pour objet de réparer le préjudice subi par l'administration fiscale du fait du retard avec lequel le contribuable s'est acquitté des impositions pour lesquelles il a bénéficié d'un sursis de paiement.

5. La société requérante soutient que les pénalités de recouvrement sont inclues dans les pénalités d'assiette dès lors qu'elles englobent les intérêts de retard et que, par suite, elle s'est acquittée deux fois des intérêts de retard. Toutefois, il résulte de l'instruction que la somme de 35 016 euros improprement intitulée " pénalités de recouvrement " sur la mise en demeure de payer du 31 octobre 2019 et " intérêts de retard article 1727 du code général des impôts " dans les mémoires en défense produits par l'administration fiscale, correspond aux intérêts moratoires appliqués en vertu de l'article L. 209 du livre des procédures fiscales à la suite du jugement du tribunal du 27 septembre 2019. Le montant de ces intérêts n'est pas contesté. Par suite, le moyen tiré de ce que la somme de 35 016 euros est inclue dans les pénalités d'assiette dès lors qu'elles comprennent les intérêts de retard ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge peut, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, être autorisé à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. Le sursis de paiement ne peut être refusé au contribuable que s'il n'a pas constitué auprès du comptable les garanties propres à assurer le recouvrement de la créance du Trésor. () ". Aux termes de l'article R. 277-1 de ce livre : " Le comptable compétent invite le contribuable qui a demandé à différer le paiement des impositions à constituer les garanties prévues à l'article L. 277. Le contribuable dispose d'un délai de quinze jours à compter de la réception de l'invitation formulée par le comptable pour faire connaître les garanties qu'il s'engage à constituer. Ces garanties peuvent être constituées par un versement en espèces qui sera effectué à un compte d'attente au Trésor, par des créances sur le Trésor, par la présentation d'une caution, par des valeurs mobilières, des marchandises déposées dans des magasins agréés par l'Etat et faisant l'objet d'un warrant endossé à l'ordre du Trésor, par des affectations hypothécaires, par des nantissements de fonds de commerce. () ".

7. Les intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 209 précité, qui ont pour objet de réparer le préjudice subi par l'administration du fait du retard avec lequel le contribuable s'est acquitté des impositions pour lesquelles il a bénéficié d'un sursis de paiement, ne sont que l'accessoire des impositions auxquelles ils se rattachent. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 209 du livre des procédures fiscales que, dès que le jugement du tribunal administratif mettant fin au sursis de paiement a rétabli le contribuable dans son obligation de payer les impositions restant à sa charge, les intérêts moratoires sont dus de plein droit. Contrairement à ce que soutient la société requérante, le versement à titre de garantie des sommes de 258 511 euros et 332 555 euros sur un compte d'attente au Trésor, qui n'a au demeurant pas produit d'intérêts, ne vaut pas paiement des impositions supplémentaires mises à sa charge. Par suite, l'administration a pu, à bon droit, appliquer les intérêts moratoires prévus par ces dispositions aux sommes laissées à sa charge après le jugement du tribunal du 27 septembre 2019.

8. En quatrième et dernier lieu, la société requérante ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales dès lors que l'Etat n'a pas été condamné par le tribunal à prononcer un dégrèvement à son bénéfice.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer résultant de la mise en demeure du 31 octobre 2019 doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

11. Ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce que soit mise à la charge de la partie perdante une somme demandée par une personne morale, notamment par l'Etat, au titre des frais exposés dans l'instance et non compris dans les dépens, alors même que cette personne morale n'a pas été représentée par un avocat. Toutefois, l'administration ne fait pas état précisément des frais que l'Etat aurait exposés pour présenter sa défense à l'instance. Par suite, les conclusions présentées par le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société anonyme Société Port de Plaisance de Cap d'Ail est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Société Port de Plaisance de Cap d'Ail et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Chevalier, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de M. Crémieux, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. CHEVALIER

Le président,

Signé

O. EMMANUELLI Le greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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