mardi 16 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2000681 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | AONZO |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n° 2003156 les 8 août 2020 et 21 mars 2022, Mme A C, représentée par Me Aonzo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 juin 2020 par laquelle le maire de la commune de Beausoleil a confirmé l'attribution à son égard d'un congé de maladie ordinaire du 26 février 2018 au 21 février 2019 ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Beausoleil de prendre, à son bénéfice, l'arrêté d'attribution de congé de longue maladie dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Beausoleil une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 9 juin 2020 a été pris par une autorité incompétente ; le signataire de l'arrêté attaqué ne disposait pas d'une délégation régulière et publiée l'habilitant à cet effet ;
- cet arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation en raison de son caractère ambigu et imprécis ;
- cet arrêté a été pris en méconnaissance des dispositions combinées du décret du 30 juillet 1987 et de l'arrêté du 14 mars 1986 ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 14 janvier et 13 avril 2022, la commune de Beausoleil conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle tend à l'annulation d'une décision confirmative ;
- les moyens soulevés sont infondés.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2000681 le 7 février 2020, Mme A C, représentée par Me Aonzo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande préalable du 3 octobre 2019 ;
2°) de condamner la commune de Beausoleil à lui verser la somme totale de 23 664,78 euros, somme à parfaire à date du jugement, à titre d'indemnisation des préjudices subis ;
3°) d'assortir cette somme des intérêts légaux ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Beausoleil la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de la procédure.
Elle soutient que :
- la commune de Beausoleil a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ce qu'elle a refusé, sans décision motivée et en se fondant simplement sur l'avis du comité médical, de lui accorder un congé de longue maladie ;
- la commune de Beausoleil a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en lui refusant l'octroi d'un congé de longue maladie alors que le médecin expert agréé et son médecin traitant avaient émis un avis favorable à un tel congé ;
- la commune de Beausoleil a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en lui proposant un changement d'affectation entrainant une diminution de responsabilité ainsi qu'un sentiment de dévalorisation ; cette proposition manifeste la volonté de la commune de la sanctionner de manière déguisée ;
- elle a subi un préjudice financier en lien avec ces fautes en ce qu'elle a perdu une partie du traitement qu'elle aurait dû percevoir si la commune n'avait pas refusé à tort de lui attribuer un congé de longue maladie ;
- cette perte de traitement brut s'élève à la somme de 8 664,78 euros sur la période allant de mars 2018 à février 2019 ;
- elle a subi un préjudice moral en lien avec ces fautes en raison du traitement qui lui a été infligé et des conditions de travail qui lui ont été imposées depuis sa reprise ;
- ce préjudice moral peut être évalué à la somme de 15 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, la commune de Beausoleil conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;
- la requérante ne justifie pas l'existence des préjudices invoqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- l'arrêté du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 avril 2023 :
- le rapport de Mme Gazeau,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,
- et les observations de Me Aonzo, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est rédactrice principale titulaire de la fonction publique territoriale, employée par la commune de Beausoleil. Après avoir été placée en arrêt de travail du 27 août 2017 au 14 janvier 2018, Mme C a repris ses fonctions le 15 janvier 2018 en temps partiel thérapeutique pour trois mois. Le 23 février 2018, le médecin de prévention a déclaré Mme C temporairement inapte à toute fonction et l'a placée en arrêt de travail. Mme C a sollicité l'attribution d'un congé de longue maladie à compter du 26 février 2018. L'expert médical, missionné par le comité médical, lui-même saisi par la commune, a émis, aux termes de son rapport remis le 15 octobre 2018, un avis favorable à l'attribution d'un congé de longue maladie pour une durée d'un an à compter du 26 février 2018. Lors de sa séance du 20 novembre 2018, le comité médical, ne suivant pas l'avis de l'expert agréé, a refusé l'octroi à la requérante d'un congé de longue maladie et maintenu cette dernière en congé de maladie ordinaire. Mme C a alors formé un recours devant le comité médical supérieur, lequel, lors de sa séance du 12 novembre 2019, a confirmé l'avis du 20 novembre 2018 et précisé que son état de santé ne rentrait pas dans les critères médicaux indiqués par l'arrêté du 14 mars 1986 donnant droit à un congé de longue maladie. Par décision du 9 juin 2020, la commune de Beausoleil a confirmé l'attribution à Mme C d'un congé de maladie ordinaire du 26 février 2018 au 21 février 2019 inclus, décision par laquelle le maire de la commune doit également être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement rejeté la demande d'octroi d'un congé de longue maladie. Mme C demande au tribunal, d'une part, d'annuler l'arrêté du 9 juin 2020, d'autre part, de condamner la commune de Beausoleil à lui verser la somme de 23 664,78 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2003156 et 2000681 concernent la situation d'une même fonctionnaire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 juin 2020 :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 de ce code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature. / () Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. / () La publication ou l'affichage des actes mentionnés au premier alinéa sont assurés sous forme papier. La publication peut également être assurée, le même jour, sous forme électronique, dans des conditions, fixées par un décret en Conseil d'Etat, de nature à garantir leur authenticité. Dans ce dernier cas, la formalité d'affichage des actes a lieu, par extraits, à la mairie et un exemplaire sous forme papier des actes est mis à la disposition du public. La version électronique est mise à la disposition du public de manière permanente et gratuite ".
4. L'arrêté en litige a été signé par M. B D, 5ème adjoint au maire de la commune de Beausoleil. La commune a versé aux débats l'arrêté n° DGC/ALT/64-20 du 4 juin 2020 par lequel le maire de Beausoleil a délégué sa signature à M. B D à l'effet de signer, notamment, les arrêtés relatifs à la carrière des agents. Cet arrêté a été reçu en préfecture le 8 juin 2020 en vue de l'exercice du contrôle de légalité et publié, ainsi qu'en a attesté le maire de la commune de Beausoleil par un certificat de publicité daté du 7 juillet 2020, au recueil des actes administratifs n° 2 de l'année 2020 mis à disposition du public le 7 juillet 2020. Cette attestation, établie conformément aux dispositions de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, fait foi jusqu'à preuve du contraire, la requérante n'apportant aucun élément de nature à établir que cet arrêté n'aurait pas été affiché. Il suit de là que l'arrêté de délégation était exécutoire à la date de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, à savoir la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux. Cet arrêté fait en outre état des considérations de fait sur lesquelles il se fonde, plus précisément les avis concordants du comité médical et du comité médical supérieur selon lesquels la pathologie de la requérante ne remplit pas les critères cumulatifs exigés pour l'octroi d'un congé de longue maladie en application de l'arrêté du 30 juillet 1987.
6. Si cet arrêté indique par erreur que la demande faite par Mme C le 29 avril 2019 porte sur l'octroi d'un congé de longue maladie alors que cette demande a consisté en l'exercice d'un recours devant le comité médical supérieur, cette erreur matérielle, qui n'affecte que les mentions comprises dans ses visas, est sans incidence sur sa légalité. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la motivation de l'arrêté en litige est insuffisante, imprécise et ambiguë.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa version applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 30 juillet 1987, dans sa rédaction applicable : " () Chaque comité comprend deux praticiens de médecine générale et, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste de l'affection dont est atteint le fonctionnaire qui demande à bénéficier du congé de longue maladie ou de longue durée prévu au 3° ou au 4° de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 susvisée () ". Aux termes de l'article 18 de ce décret : " Le fonctionnaire qui est dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions par suite d'une maladie grave et invalidante nécessitant un traitement et des soins prolongés est mis en congé de longue maladie, selon la procédure définie à l'article 25 ci-dessous () ". Aux termes de l'article 25 de ce même décret : " Pour bénéficier d'un congé de longue maladie ou de longue durée le fonctionnaire en position d'activité, ou son représentant légal, doit adresser à l'autorité territoriale une demande appuyée d'un certificat de son médecin traitant spécifiant qu'il est susceptible de bénéficier des dispositions de l'article 57 (3° ou 4°) de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 susvisée. / Le médecin traitant adresse directement au secrétaire du comité médical compétent un résumé de ses observations et les pièces justificatives qui peuvent être prescrites dans certains cas par l'arrêté visé à l'article 39 du présent décret. / Au vu de ces pièces, le secrétaire du comité médical fait procéder à la contre-visite du demandeur par un médecin agréé compétent pour l'affection en cause. / Le dossier est ensuite soumis au comité médical. Si le médecin agréé qui a procédé à la contre-visite ne siège pas au comité médical, il peut être entendu par celui-ci. / L'avis du comité médical est transmis à l'autorité territoriale qui, en cas de contestation de sa part ou du fonctionnaire intéressé, le soumet pour avis au comité médical supérieur visé à l'article 5 du présent décret () ".
8. En outre, l'article 19 du même décret dispose que : " Le ministre chargé de la santé détermine par arrêté, après avis du comité médical supérieur, une liste indicative de maladies qui, si elles répondent en outre aux caractéristiques définies à l'article 57 (3°) de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 susvisée, peuvent ouvrir droit à un congé de longue maladie. Toutefois, le bénéfice d'un congé de longue maladie demandé pour une affection qui n'est pas inscrite sur la liste prévue à la phrase précédente peut être accordé après l'avis du comité médical compétent ". L'article 1er de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie établit la liste des affections au titre desquelles un fonctionnaire est mis en congé de longue maladie lorsqu'il est dûment constaté qu'il est dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions au cours de l'une de ces affections lorsqu'elle est devenue invalidante. Aux termes de l'article 2 du même arrêté : " Les affections suivantes peuvent donner droit à un congé de longue maladie dans les conditions prévues aux articles 29 et 30 des décrets susvisés () : - maladies mentales () ". Aux termes de l'article 3 dudit arrêté : " Un congé de longue maladie peut être attribué, à titre exceptionnel, pour une maladie non énumérée aux article 1er et 2 du présent arrêté, après proposition du Comité médical compétent à l'égard de l'agent et avis du Comité médical supérieur. Dans ce cas, il doit être constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. ".
9. La requérante soutient qu'en refusant implicitement de lui attribuer un congé de longue maladie, la commune de Beausoleil a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que son état de santé, ainsi que l'a constaté le médecin expert, entrait parfaitement dans la liste des affections de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 1986, lequel ne fixe pas de critères cumulatifs. Pour justifier souffrir d'une pathologie relevant des articles 2 et 3 de l'arrêté précité, la requérante se prévaut des conclusions du médecin expert du 15 octobre 2018, favorables à l'octroi d'un congé de longue maladie. Néanmoins, ces conclusions, qui sont peu détaillées, se bornent à indiquer que l'intéressée présente une symptomatologie dépressive d'intensité moyenne et un trouble panique dont les premières manifestations datent d'une quinzaine d'années et que la clinique d'origine névrotico-réactionnelle justifie l'interruption des activités professionnelles et peut relever de l'attribution d'un congé de longue maladie. Si ce document permet d'établir que Mme C subit des épisodes dépressifs et des troubles paniques depuis environ 15 ans, il ne suffit pas pour autant à démontrer que cette pathologie présente un caractère invalidant et de gravité confirmée justifiant l'obtention d'un congé de longue maladie, le médecin expert ne s'étant pas prononcé sur ce point et la requérante ne versant aux débats aucune autre pièce médicale circonstanciée en ce sens. En outre, il ressort des pièces du dossier que par deux avis du 20 novembre 2018 puis du 12 novembre 2019, le comité médical départemental, puis le comité médical supérieur, dont la composition comprend des praticiens de médecine et qui ne sont pas tenus de suivre le rapport du médecin expert, ont émis un avis défavorable à sa demande de placement en congé de longue maladie au motif que l'état de santé de l'intéressée ne rentrait pas dans les critères médicaux indiqués dans l'arrêté du 14 mars 1986 donnant droit à ce type de congés. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que la pathologie dont souffrait Mme C rendait nécessaire un traitement et des soins prolongés et présentait un caractère invalidant ou de gravité confirmée au sens de l'article 3 de l'arrêté du 14 mars 1986. Il suit de là que Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 9 juin 2020 est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
10. Il s'ensuit que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 juin 2020.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Beausoleil, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 juin 2020 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les conclusions d'annulation de la décision portant rejet de la demande préalable :
12. La décision implicite de rejet née sur la demande préalable formée le 3 octobre 2019 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de cette demande présentée par Mme C qui, en formulant des conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de la requête n° 2000681 le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir des sommes qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions susmentionnées doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Beausoleil en raison de l'illégalité fautive entachant la décision de refus d'octroi du congé de longue maladie :
13. Mme C demande l'engagement de la responsabilité de la commune de Beausoleil en raison de l'illégalité fautive entachant la décision lui ayant refusé le bénéfice d'un congé de longue maladie, au motif qu'elle n'est pas motivée et est entachée d'une erreur d'appréciation. Elle estime que cette illégalité fautive lui a causé un préjudice financier en ce qu'elle a été privée d'une partie du traitement qu'elle aurait dû percevoir pour la période allant de mars 2018 à février 2019.
14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le refus d'octroi d'un congé de longue maladie est au nombre des décisions qui refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir et qui doivent être motivées.
15. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".
16. Si Mme C a demandé à être placée en congé de longue maladie à compter du 26 février 2018 et que le maire de la commune de Beausoleil a implicitement rejeté sa demande, elle ne peut toutefois utilement soutenir que cette décision ne satisfait pas à l'exigence de motivation rappelée ci-dessus, dès lors qu'il lui appartenait de demander la communication des motifs de ce refus implicite en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, ce qu'elle n'a pas fait. Dans ces conditions, Mme C n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que la décision implicite de refus d'octroi d'un congé de longue maladie est entachée d'illégalité au motif qu'elle n'était pas motivée.
17. Toutefois, par une décision postérieure à l'introduction de l'instance n° 2000681, le maire de la commune de Beausoleil a, par arrêté du 9 juin 2020, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, confirmé le placement de la requérante en congé de maladie ordinaire pour la période du 26 février 2018 au 21 février 2019. Cette décision rejette donc implicitement mais nécessairement la demande d'octroi d'un congé de longue maladie pour la période précitée. Ainsi qu'il a été précisé au point 5 du jugement, l'arrêté du 9 juin 2020 comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est donc suffisamment motivé.
18. En deuxième lieu, à supposer que la requérante ait entendu se prévaloir d'une erreur d'appréciation entachant la décision de refus d'octroi d'un congé de longue maladie, ce moyen ne pourra qu'être écarté dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 9, que la pathologie dont elle souffre satisfait aux conditions de l'article 3 de l'arrêté du 14 mars 1986
19. Il s'ensuit que pour les motifs exposés aux points 15 à 18 et aux points 3 à 9, le refus d'accorder à Mme C le bénéfice d'un congé de longue maladie n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, la commune de Beausoleil n'a pas commis d'illégalité fautive susceptible d'engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Beausoleil en raison de la faute commise par la proposition de changement d'affectation et par les conditions de travail qui lui sont imposées depuis sa reprise :
20. Il résulte de l'instruction que la commune de Beausoleil a proposé à Mme C, alors affectée sur un emploi de gestionnaire des carrières des agents de la commune et du CCAS, un changement d'affectation sur un emploi de secrétariat à la direction de la commande publique lors de sa reprise d'activité. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme C a refusé cette proposition de poste et qu'en conséquence il n'y a pas été donné suite. En outre, la requérante ne démontre pas que cette proposition résulterait d'une volonté de la dévaloriser ou manifesterait une sanction déguisée de la part de la collectivité. Enfin, si elle soutient avoir subi un préjudice moral résultant du traitement qui lui a été infligé et des conditions de travail qui lui ont été imposées depuis sa reprise, elle n'établit cependant pas l'existence d'une faute et d'un tel préjudice.
21. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune de Beausoleil a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en raison du préjudice moral qu'elle estime avoir subi du fait de la proposition de changement d'affectation et des conditions de travail qui lui auraient été imposées depuis sa reprise, lequel préjudice ne revêt, au demeurant, qu'un caractère purement éventuel et ne peut dès lors ouvrir droit à indemnisation.
22. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
23. D'une part, la présente instance ne comportant pas de dépens, les conclusions présentées par la requérante au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
24. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Beausoleil, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2003156 et 2000681 de Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Beausoleil.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.
La rapporteure,
signé
D. Gazeau
La présidente,
signé
V. Chevalier-Aubert La greffière,
signé
C. Ravera
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Nos 2000681 et 2003156
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026