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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2000715

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2000715

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2000715
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET SOLLBERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 février 2020, la société civile Abacom Immobilier, représentée par Me Sollberger, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) mis à sa charge pour la période allant du 1er janvier 2013 au 30 juin 2014 pour un montant total de 107 856 euros et des impositions résultant du rehaussement du bénéfice industriel et commercial réalisé par la société civile Abacom Immobilier au titre de l'exercice 2013 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée concernant la période du 1er janvier 2013 au 1er janvier 2014 ne sont pas fondés car la taxe sur la valeur ajoutée collectée s'élève à la somme de 161 434 euros ;

- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée concernant la période du 1er janvier 2014 au 30 juin 2014 ne sont pas fondés dès lors que, s'agissant de ventes en l'état futur d'achèvement, l'exigibilité de cette taxe correspond à la date de l'encaissement de la vente et non à la date de l'acte de vente ;

- la taxe sur la valeur ajoutée déductible dont elle est bénéficiaire doit compenser les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge ;

- la démonstration par l'administration de l'existence d'un manquement délibéré est insuffisante ;

- les rehaussements ayant modifié la détermination du résultat en matière de bénéfice industriel et commercial de l'exercice 2013 ne sont pas fondés dès lors que, d'une part, la méthode de détermination du prix de revient retenue par l'administration est erronée et, d'autre part, que le passif de 46 471 euros est parfaitement justifié.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2020, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête n'est pas fondée.

Par une ordonnance du 17 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 février 2023.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions à fin de décharge des impositions résultant du rehaussement du bénéfice industriel et commercial réalisé par la société civile Abacom Immobilier sont irrecevables dès lors qu'elle n'en est pas le redevable légal conformément à l'article 8 du code général des impôts.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, conseillère,

- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile (SC) Abacom Immobilier, qui exerce une activité de construction-vente, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2013 étendue, en matière de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) jusqu'au 30 juin 2014. A la suite de ces opérations de contrôle et selon la procédure contradictoire prévue par l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, l'administration fiscale a notamment procédé au rehaussement de son bénéfice industriel et commercial concernant l'exercice 2013 et à des rappels, en droits et pénalités, de TVA pour la période du 1er janvier 2013 au 30 juin 2014. La société demande au tribunal, après avoir formé une réclamation qui a été rejetée par l'administration fiscale, la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge.

Sur la recevabilité des conclusions à fin de décharge des impositions résultant du rehaussement du bénéfice industriel et commercial réalisé par la SC Abacom Immobilier :

2. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue de la procédure de contrôle, le service a rehaussé le bénéfice industriel et commercial réalisé par la SC Abacom Immobilier au titre de l'exercice 2013 et a imposé ce rehaussement entre les mains des associés à proportion de leurs droits dans la société, conformément à l'article 8 du code général des impôts. Ainsi, les associés de la SC Abacom Immobilier sont les seuls redevables légaux de l'impôt sur le bénéfice industriel et commercial généré par la société. Par suite, à défaut de mandat, la société requérante ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir devant le juge de l'impôt pour contester les impositions résultant du rehaussement susmentionné mises à la charge d'autres contribuables. De telles conclusions sont donc irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge :

3. En premier lieu, pour reconstituer la TVA exigible, l'administration fiscale a rapproché les crédits bancaires de la société, les actes de vente en l'état futur d'achèvement sur lesquels sont mentionnés les appels de fond correspondant aux travaux qu'elle a émis et des encaissements clients au cours de l'exercice 2013. Ce faisant, elle a constaté que le chiffre d'affaires encaissé s'élevait à 1 039 975 euros TTC soit 869 544.32 euros HT correspondant à une TVA de 170 430.68 euros arrondie à 170 431 euros. Observant que la société avait reporté sur ses déclarations de TVA une taxe collectée d'un montant de 161 434 euros, l'administration a, par suite, constaté une différence 8 997 euros.

4. Si la société conteste la qualification des encaissements pris en compte, qui pour certains ne correspondraient pas à du chiffre d'affaires, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que la TVA collectée pour l'exercice 2013 s'élevait à 170 431 euros et a procédé à un rappel à hauteur de 8 997 euros.

5. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit : a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; () La taxe est exigible : () a bis) Pour les livraisons d'immeubles à construire, lors de chaque versement des sommes correspondant aux différentes échéances prévues par le contrat en fonction de l'avancement des travaux () ".

6. L'exigibilité de la taxe relative aux livraisons d'immeubles à construire intervient, conformément au a bis) du 2. de l'article 269 dudit code, lors de chaque versement des sommes correspondant aux différentes échéances prévues par le contrat en fonction de l'avancement des travaux.

7. Pour reconstituer la TVA exigible, l'administration fiscale fait valoir, sans être contredite par la société requérante, que les ventes intervenues en 2014 sont des ventes d'immeubles achevés dès lors que l'achèvement des travaux tel que figurant dans les actes de vente a été attesté au 16 décembre 2013. Par suite, la règle spécifique prévue par les dispositions du a bis) du 2 de l'article 269 n'a pas vocation à s'appliquer. Le fait générateur et la date d'exigibilité de la taxe interviennent simultanément au moment de la livraison du bien qui correspond à la date de la vente pour les ventes ayant donné lieu à rappels. L'administration relève, ensuite, que les montants des ventes réalisées permettent d'établir une TVA exigible pour un montant de 75 436 euros alors que la société n'a indiqué dans ses déclarations qu'une somme de 13 205 euros.

8. La société conteste la prise en compte des mentions ressortant des actes en lieu et place des encaissements réalisés. Toutefois, elle n'assortit là encore cette allégation d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que la TVA collectée pour la période allant du 1er janvier au 30 juin 2014 s'élevait à 75 436 euros et a procédé à un rappel à hauteur de 62 231 euros.

9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 208 de l'annexe II du code général des impôts : " I. - Le montant de la taxe déductible doit être mentionné sur les déclarations déposées pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu'elle fasse l'objet d'une inscription distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration peut figurer sur les déclarations ultérieures déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission. Les régularisations prévues à l'article 207 doivent également être mentionnées distinctement sur ces déclarations. ".

10. La société sollicite la prise en compte de factures dont elle s'est acquittée en 2013 et 2014 et pour lesquelles elle n'a pas procédé à la déduction de la TVA pour compenser les rappels mis à sa charge. Toutefois, l'administration fiscale fait valoir en défense, sans être contredite, que la société a déjà usé de cette faculté de porter en déduction cette taxe sur ses déclarations du 4ème trimestre 2015. Dans ces conditions, la TVA non compensée sur les factures 2013 et 2014 ne pouvait de nouveau être déduite.

Sur le bien-fondé de l'application des pénalités pour manquement délibéré :

11. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".

12. Pour établir une mauvaise foi supposée, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations du contribuable et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt. Si l'administration se fonde également sur des éléments tirés du comportement du contribuable pendant la vérification, la mention d'un tel motif ne peut, en elle-même, justifier l'application d'une telle pénalité.

13. Il résulte de l'instruction que l'administration a appliqué la majoration de 40 % pour manquement délibéré aux rappels de TVA en litige car elle a considéré que la société requérante avait connaissance de l'infraction qu'elle commettait au regard de l'importance des montants non déclarés. Elle relève, en effet, l'importance de la TVA collectée non déclarée par la société ainsi que le caractère répétitif de ces omissions. Ce faisant, elle a caractérisé l'intention de la société requérante d'éluder l'impôt et a suffisamment motivé l'infliction des pénalités de mauvaise foi. Par suite, le moyen tiré de l'absence de preuve de l'intention délibérée de la société requérante d'éluder l'impôt doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société Abacom Immobilier doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société civile Abacom Immobilier est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile Abacom Immobilier et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Chevalier, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de Mme Katarynezuk, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. CHEVALIER

Le président,

Signé

O. EMMANUELLI La greffière,

Signé

N. KATARYNEZUK

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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