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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2001033

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2001033

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2001033
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat M. TAORMINA
Avocat requérantASTRUC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires ampliatifs enregistrés les 28 février 2020, 6 avril 2021, 9 et 10 octobre 2022, M. D A, Mme F E, épouse A, M. G A et Mme C A, représentés par Me Astru, demandent, dans le dernier état de leurs écritures, au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à leur payer la somme de 1 946, 88 euros en réparation du préjudice éprouvé du fait du non paiement de l'indemnité d'occupation due par les occupants de l'appartement dont il est copropriétaires indivis, sis au n°271 du chemin des Rascas, " L'Olivaie F ", à Saint-Laurent-du-Var (06700) pour la période d'occupation du 1er septembre 2021 au 16 juin 2022 ;

1°) de condamner l'Etat à payer à M. G A une somme supplémentaire de 9 935, 84 euros, en réparation du préjudice lié à l'impossibilité de bénéficier de la reprise de l'appartement occupé par les époux B pour la période du 1er septembre 2021 jusqu'au 16 septembre 2022 ;

2°) d'assortir lesdites sommes des intérêts légaux à compter du 5 novembre 2019 et capitalisation de ceux-ci ;

3°) de condamner l'Etat à leur payer la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

1°) en application de l'article L.153-1 du code des procédures civiles d'exécution, le refus de concours de la force publique engage la responsabilité de l'Etat ; l'indemnité que doit verser l'Etat aux requérants au titre de l'occupation dommageable court à compter du 1er avril 2019, c'est à dire le premier jour faisait suite à la trêve hivernale ;

2°) depuis le 1er septembre 2021 jusqu'au 16 juin 2022, date de l'expulsion des époux B, M. G A a ainsi payé une somme totale de 9 935,84 euros ;

4°) les époux B n'ont pas réglé l'indemnité d'occupation du mois de mai 2022, soit 1269,71 euros, ni l'indemnité d'occupation du mois de juin 2022, soit 1269,71 /30 x 16 = 677,17 euros, soit un total de 1 946,8 8 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 mars 2020 et 11 mai 2021, le sous-préfet de Grasse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a jamais eu de décision implicite de rejet de la demande d'indemnisation des requérants ;

- il leur a été fait une offre d'indemnisation satisfactoire ;

- il leur appartient de faire une nouvelle demande d'indemnisation pour la période du 1er février 2020 au 31 mars 2021 qui pourrait s'élever, en tenant compte des allocations logement versées aux époux B, à savoir, pour M. D A une somme de 1 413, 81 euros correspondant à 1/4 des loyers, pour Mme F A la même somme correspondant à 1/4 des loyers, pour Mme C A la même somme correspondant à 1/4 des loyers et pour M. G A, une somme de 15 817, 29 euros comprenant 1 413, 81 euros correspondant à 1/4 des loyers et 14 403, 48 euros correspondant aux loyers qu'il a payés pour son appartement jusqu'au 31 mars 2021.

Par ordonnance du 24 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 décembre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des procédure civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. H en application de l'article R.222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Taormina, magistrat désigné, a présenté son rapport et constaté l'absence des parties ou de leurs représentants.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, Mme F E, épouse A, M. G A et Mme C A, sont copropriétaires indivis d'un appartement sis au n° 271 du chemin des Rascas, " L'Olivaie F ", à Saint-Laurent-du-Var (06700) qui avait été donné à bail à M. et Mme B. Confrontés à de multiples incidents de paiement de la part de leurs locataires, ils leur ont délivré le 25 octobre 2017 un commandement de payer visant la clause résolutoire pour un montant au principal de 13 400,20 euros, lequel est demeuré infructueux deux mois plus tard. Parallèlement ils ont fait délivrer le 25 octobre 2017 un congé de reprise pour habiter au profit de M. G A, locataire ailleurs. Par jugement du 3 juillet 2018 assorti de l'exécutoire provisoire, le tribunal d'instance de Cagnes-sur-Mer a validé le congé de reprise pour habiter signifié le 25 octobre 2017, a rejeté la demande de suspension des effets de la clause résolutoire, a ordonné l'expulsion des époux B et de tous occupants de leur chef, a fixé l'indemnité d'occupation à la somme mensuelle de 1 269,71 euros, a condamné M. et Mme B, désormais occupants sans droit ni titre, à payer aux consorts I la somme de 13 857,43 euros au titre des loyers, charges, et indemnités d'occupation impayées au 1er février 2018 et les a autorisés à se libérer de leur dette selon les modalités suivants : 10 000 euros dans le délai d'un mois suivant la signification du jugement, paiement du solde par 24 mensualités de 160 euros chacune, le dernier versement étant majoré du solde de la dette en principal et intérêts restant dû à cette date, la première mensualité devant être réglée au plus tard dans un délai d'un mois suivant la signification du jugement et les suivantes au plus tard le 10 de chaque mois, étant précisé par le tribunal, qu'à défaut d'un seul versement à l'échéance prévue, suivi d'une mise en demeure restée infructueuse durant 15 jours, l'intégralité des sommes restant dues deviendra immédiatement exigible. Ce jugement signifié le 10 août 2018 a été frappé d'appel non suspensif.

2. Commandement d'avoir à quitter les lieux a été notifié aux locataires le 10 août 2018 et une tentative infructueuse d'expulsion a été pratiquée le 17 octobre 2018. La sous-préfète de Grasse n'a pas déféré à la réquisition signifiée le 18 octobre 2018 par maître Zonino, huissier de justice, à la requête des consorts I enregistrée le 19 octobre 2018 à fin de concours de la force publique. Faute de réponse, l'huissier de justice a relancé la sous-préfecture de Grasse les 6, 18 mars, 3 avril, 13 juin, 2 et 26 août 2019. Les consorts I ont alors notifié à la sous-préfète de Grasse une demande préalable indemnitaire complétée le 29 janvier 2020, portant sur les sommes de 15 728,02 euros pour l'ensemble et de 13 502,19 euros supplémentaires pour M. G A, sommes à valoir et parfaire assorties des intérêts légaux et capitalisables dont il a été accusé réception le 15 novembre 2019. M. et Mme B ont été expulsés de l'appartement occupé indument le 16 juin 2022.

3. Dans le dernier état de leurs écritures, les consorts I demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur payer la somme de 1 946, 88 euros en réparation du préjudice éprouvé du fait du non paiement de l'indemnité d'occupation due par les occupants de leur appartement pour la période d'occupation du 1er septembre 2021 au 16 juin 2022, et à M. G A une somme supplémentaire de 9 935, 84 euros, en réparation du préjudice lié à l'impossibilité de bénéficier de la reprise dudit appartement pour la période du 1er septembre 2021 jusqu'au 16 septembre 2022, ces sommes devant être assorties des intérêts légaux à compter du 5 novembre 2019, date de leur demande préalable, et capitalisation de ceux-ci.

Sur la responsabilité de l'Etat :

4. Aux termes de l'article R.153-1 du code des procédure civiles d'exécution : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet./ / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus./ Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ". Aux termes de l'article L.153-1 du même code : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation.".

5. Il n'est pas contesté par le sous-préfet de Grasse qui ne conteste pas la responsabilité de l'Etat, qu'un commandement d'avoir à quitter les lieux a été notifié aux locataires le 10 août 2018 et une tentative infructueuse d'expulsion a été pratiquée le 17 octobre 2018. La sous-préfète de Grasse n'a pas déféré à la réquisition signifiée le 18 octobre 2018 par maître Zonino, huissier de justice, à la requête des consorts I enregistrée le 19 octobre 2018 à fin de concours de la force publique. Faute de réponse, l'huissier de justice a relancé la sous-préfecture de Grasse les 6, 18 mars, 3 avril, 13 juin, 2 et 26 août 2019. Par suite, en application des dispositions précitées du code des procédures civiles d'exécution, la responsabilité de l'Etat pour refus de concours de la force publique était engagée à partir du 19 décembre 2018.

Sur les préjudices des consorts I :

6. Aux termes de l'article L.412-6 du code des procédures civiles d'exécution : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante ".

7. Le juge administratif, saisi d'un recours indemnitaire, doit évaluer les préjudices subis par les propriétaires en raison de la poursuite de l'occupation irrégulière de leur bien. Le juge administratif, saisi d'un tel recours, doit évaluer ces préjudices jusqu'à la date à laquelle les requérants en ont arrêté le décompte dans le dernier état de leurs écritures, les propriétaires étant recevables à demander directement au juge déjà saisi, sans faire une nouvelle réclamation préalable auprès de l'administration, une réparation supplémentaire procédant de l'aggravation du même préjudice résultant du même fait générateur. Dès lors, le sous-préfet de Grasse n'est pas fondé à soutenir que les consorts I ne sont pas recevables à actualiser postérieurement à l'enregistrement de leur requête et après l'expiration du délai de recours contentieux, leurs prétentions indemnitaires qui procèdent du même fait générateur, sans avoir à formuler une nouvelle demande préalable. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le sous-préfet de Grasse à l'actualisation de leurs prétentions indemnitaires par les consorts I pour la période postérieure au 1er février 2020 doit être écartée.

8. L'indemnité que doit verser l'Etat aux requérants au titre de l'occupation dommageable court à compter du 1er avril 2019, premier jour faisant suite à la trêve hivernale prévue par les dispositions précitées de l'article L.412-6 du code des procédures civiles d'exécution.

9. Il résulte de l'instruction, que l'indemnité que devait verser l'Etat aux requérants au titre de l'occupation dommageable était au 29 février 2020 d'un montant de 13 966,81 euros (1 269,71 euros x 11 mois). En outre, l'occupation persistante des époux B avait contraint M. G A à continuer de payer mensuellement un loyer (889,71 euros puis 904,82 euros depuis le 1er septembre 2019) et des charges (124 euros) dans l'appartement qu'il loue. Compté à partir du 1er avril 2019, ce préjudice était au 29 février 2020 de 11 229,41 euros [(1013,71 euros x 5 mois) + (1 026,81 euros x 6 mois ). Suite au dépôt de leur requête, la sous-préfète de Grasse a proposé par courrier du 6 mars 2020 d'indemniser, correspondant à 1/4 des loyers pour la période du 1er avril 2018 au 31 janvier 2020, M. D A à hauteur de 3 174, 30 euros, Mme F A à hauteur de la même somme, Mme C A à hauteur de la même somme et M. G A à hauteur de 13 376, 90 euros, dont 3 174, 30 euros et correspondant en outre pour lui également aux loyers qu'il devait lui-même payer faute de pouvoir intégrer l'appartement toujours occupé par M. et Mme B. Les requérants ont accepté cette proposition. Mais l'occupation persistante des époux B continuait d'accroitre le préjudice des requérants, M. G A continuant de payer un loyer et des charges depuis le mois de février 2020 jusqu'au 6 avril 2021, date d'enregistrement du 1er mémoire ampliatif des requérant, lequel s'élevait pour cette période à la somme de 14 609,67 euros. Si les époux B avaient repris le paiement de l'indemnité d'occupation depuis le 1er juillet 2020, les requérants subissaient toujours une perte d'indemnité d'occupation pour la période courant du 1er février 2020 au 30 juin 2020 qui s'élevait à 6 348,55 euros (1 269, 71 euros x 5). Depuis leur mémoire ampliatif du 6 avril 2021, les requérants ont perçu une indemnisation complémentaire de la part de l'Etat, à savoir, correspondant à 1/4 des loyers pour la période du 1er février au 30 juin 2020, pour M. D A une somme de 1 587, 10 euros, pour Mme F A la même somme, pour Mme C A la même somme et pour M. G A, une somme de 17 587, 69 euros comprenant outre la même somme de 1 587, 10 euros, 16 000, 59 euros correspondant aux loyers qu'il a payés pour son appartement jusqu'à août 2021. M. et Mme B ont été expulsés de l'appartement occupé indument le 16 juin 2022 et se sont acquittés de l'indemnité d'occupation à l'exception de l'indemnité d'occupation du mois de mai 2022, soit 1269,71 euros, et de celle du mois de juin 2022, soit 1269,71 /30 x 16 = 677,17 euros, soit un total de 1 946,8 8 euros. Enfin, du 1er septembre 2021 jusqu'au 16 juin 2022, date de l'expulsion des époux B, M. G A a dû continuer de payer le loyer et les charges locatives pour le logement dont il était locataire, pour une somme totale de 9 935,84 euros.

10. Par suite et compte tenu de tout ce qui précède, M. D A, Mme F E, épouse A, M. G A et Mme C A, pris solidairement, sont fondés à demander au tribunal la condamnation de l'Etat à leur payer la somme supplémentaire de 1 946, 88 euros, en plus des sommes qui leur ont déjà été versées par l'Etat, en réparation du préjudice éprouvé du fait du non paiement de l'indemnité d'occupation due par les occupants de l'appartement dont ils sont copropriétaires indivis, sis au n°271 du chemin des Rascas, " L'Olivaie F ", à Saint-Laurent-du-Var (06700) pour la période d'occupation du 1er septembre 2021 au 16 juin 2022. M. G A est, en outre fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui payer une somme supplémentaire de 9 935, 84 euros, en plus des sommes qui leur ont déjà été versées par l'Etat, en réparation du préjudice lié à l'impossibilité de bénéficier de la reprise dudit appartement occupé par les époux B pour la période du 1er septembre 2021 jusqu'au 16 septembre 2022.

Sur les intérêts moratoires et leur capitalisation :

11. Aux termes de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement./ ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".

12. Lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

13. En l'espèce, les consorts I ont droit à ce que les sommes qui leur sont allouées point 10, en réparation de leurs préjudices, soit assorties des intérêts au taux légal à compter du 6 novembre 2019, date de réception de leur demande préalable, pour être eux-mêmes capitalisés pour produire intérêts, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, à la date du 6 novembre 2020, date à laquelle il en était échu une année entière, puis à chaque échéance annuelle ultérieure le 6 novembre.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ".

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les consorts I et non compris dans les dépens, en application des dispositions précitées du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à payer à M. D A, Mme F E, épouse A, M. G A et Mme C A, pris solidairement, la somme de 1 946, 88 euros.

Article 2 : L'Etat est condamné à payer à M. G A, la somme de 9 935, 84 euros.

Article 3 : Les sommes mentionnées aux articles 1er et 2 ci-dessus, portent intérêts moratoires au taux légal depuis le 6 novembre 2019 avec capitalisation des intérêts échus à la date du 6 novembre 2020, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Article 4 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, Mme F E, épouse A, M. G A, Mme C A et au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. H

Le greffier,

signé

C. Ravera

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

N°2001033

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