jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2001614 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET SOLLBERGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mars 2020, M. A B, représenté par la SELARL d'avocats Cabinet Sollberger, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016, pour un montant total, en droits et pénalités, de 606 601 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la sommes de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- au titre de l'année 2014, les virements reçus de la SCI Paul Verlaine sont venus éteindre par compensation légale la créance qu'il détenait sur cette dernière ; la SCI a, sur ce point, déposé une déclaration rectificative ; les écritures comptables initiales ne sont pas constitutives de décisions de gestion irrégulières dès lors que ces erreurs n'ont aucun caractère intentionnel et constituent de simples erreurs comptables ; il n'a pas eu l'intention d'éluder le paiement de l'impôt ; les erreurs de la SCI Paul Verlaine et de son comptable ne lui sont pas opposables et il conserve la possibilité d'apporter la preuve de sa créance par tous moyens ; à cet égard, il établit, sur le fond, que toutes les écritures apparaissant aux crédits de son compte courant dans les livres de la SCI Paul Verlaine sont justifiées par des décaissements sur son compte personnel visant à éteindre une dette de la SCI Paul Verlaine ; il établit qu'il était titulaire d'une créance liquide et exigible à l'égard de la SCI Paul Verlaine préalablement à l'encaissement sur son compte de toute somme provenant directement ou indirectement de cette dernière ; la SCI Paul Verlaine a fait application du mécanisme prévu par les dispositions de l'article 1290 du code civil ;
- au titre des années 2015 et 2016, les mêmes moyens peuvent être développés dès lors que l'administration fiscale s'est fondée sur des motifs identiques pour rejeter sa réclamation préalable ;
- dès lors qu'il justifie que les sommes perçues directement ou indirectement de la SCI Paul Verlaine, de la SCI Athena et de la SCI Aedificandi n'ont pas le caractère de revenus imposables, l'administration ne pouvait faire application de la majoration pour manquement délibéré prévue par les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2020, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction du contrôle fiscal sud-est, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cherief conseiller ;
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique ;
Considérant ce qui suit :
1. M. B est propriétaire de plusieurs appartements, la plupart situés à Nice, et qui font l'objet d'une location nue. Il est également gérant associé majoritaire de trois sociétés civiles immobilières, assujetties à l'impôt sur les sociétés, et qui sont propriétaires de nombreux biens immobiliers qu'elles louent à des particuliers également en location nue. M. B a fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle portant sur ses revenus perçus en 2014, 2015 et 2016. A la suite de ce contrôle, l'administration fiscale a procédé, en application des dispositions du 1° de l'article 109 du code général des impôts, à des rectifications en matière de revenus de capitaux mobiliers et assujetti M. B à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2014, 2015 et 2016, pour un montant total, en droits et pénalités, de 606 601 euros. Suite au rejet de sa réclamation préalable, intervenu le 28 juillet 2020, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital. / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. / Les sommes imposables sont déterminées pour chaque période retenue pour l'établissement de l'impôt sur les sociétés par la comparaison des bilans de clôture de ladite période et de la période précédente selon des modalités fixées par décret en Conseil d'État () ". Aux termes de l'article 1290 du code civil : " La compensation s'opère de plein droit par la seule force de la loi, même à l'insu des débiteurs ; les deux dettes s'éteignent réciproquement, à l'instant où elles se trouvent exister à la fois, jusqu'à concurrence de leurs quotités respectives. ".
3. Il résulte de l'instruction que, pour mettre à la charge de M. B les impositions litigieuses, l'administration fiscale a relevé, au cours des opérations de contrôle dont le requérant a fait l'objet, d'une part, qu'au titre de l'année 2014, une partie du produit d'une vente immobilière réalisée par la SCI Paul Verlaine avait été transférée du compte bancaire de cette société directement sur le compte bancaire personnel de M. B, sans faire l'objet d'une inscription dans la comptabilité de la société ou dans le compte courant d'associé du requérant, et que, d'autre part, au titre des années 2014, 2015 et 2016, M. B a perçu directement sur ses comptes bancaires personnels les recettes destinées aux trois SCI dont il est le gestionnaire et correspondant aux loyers qu'auraient dû percevoir ces sociétés à raison de la location des biens immobiliers dont elles sont propriétaires, sans que ces sommes n'apparaissent dans la comptabilité des sociétés ou sur le compte courant d'associé de l'intéressé. L'administration fiscale en a conclu qu'il s'agissait de décisions de gestion irrégulières justifiant que soient mises à la charge de M. B les impositions supplémentaires en litige.
4. Si M. B reconnaît les erreurs de comptabilités ainsi constituées, il en conteste le caractère volontaire et se prévaut, en outre, des liasses rectificatives déposées aux titres des années 2014, 2015 et 2016 qui permettent, selon l'intéressé, d'établir que ces sommes correspondent à des remboursements en compte courant correspondant à une créance exigible et liquide qu'il détenait sur les SCI dont il est le gérant.
5. En premier lieu, M. B ne saurait utilement faire valoir que les erreurs comptables commises seraient dues à l'importance de son patrimoine immobilier, dès lors qu'il n'appartient pas au juge de l'impôt de rechercher le motif pour lequel le requérant a passé des écritures comptables erronées. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. B est le gérant des SCI Paul Verlaine, Athena et Aedificandi. A cet égard, il résulte des termes de l'acte de vente de plusieurs biens immobiliers du 26 mai 2014 que M. B a conclu cette vente en qualité de représentant de la SCI Paul Verlaine et a déclaré, en page 10 de ce document, que la SCI Paul Verlaine était assujettie au paiement de l'impôt sur les sociétés et que " la plus-value " réalisée serait " considérée comme un résultat de l'exercice en cours ". En outre, l'administration fiscale fait valoir dans son mémoire en défense, sans être contredite par le requérant, que le compte bancaire de la société Paul Verlaine a été crédité d'une somme de 414 300 euros le 28 mai 2014, postérieurement à l'acte de vente, ce virement provenant du compte du notaire ayant conclu la vente, et que plusieurs prélèvements ont été opérés depuis le compte de la société vers le compte personnel de M. B jusqu'à la fin de l'année 2014 pour un montant de 348 000 euros. Par ailleurs, concernant les loyers perçus directement par M. B, il est constant que les versements effectués sur le compte bancaire personnel de l'intéressé, gérant des SCI Paul Verlaine, Athena et Aedificandi, comportaient la mention " loyer " ainsi que le nom du locataire concerné, et il résulte de l'instruction que ces opérations concernaient la totalité des loyers versés par certains locataires auxquels M. B avait nécessairement fournis les relevés d'identité bancaire de ses propres comptes personnels et non ceux des sociétés propriétaires des biens loués. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que M. B était conscient de la nature et de l'origine des sommes qui lui ont été directement versées sur son compte bancaire personnel. Par suite, le requérant n'est pas fondé à faire valoir que les erreurs de comptabilités, qu'il reconnaît, en outre, avoir commises, étaient involontaires.
7. En troisième lieu, si M. B fait valoir qu'il n'a retiré aucun avantage fiscal des décisions de gestion irrégulières constatées par l'administration fiscale, il résulte de l'instruction qu'en ne reportant pas le produit de la vente immobilière réalisée le 26 mai 2014 par la SCI Paul Verlaine dans la comptabilité de cette dernière, celle-ci a pu minorer son résultat au titre de l'année 2014, qui est apparu déficitaire après le report des déficits antérieurs résultant de l'absence de comptabilisation du produit de cette vente. En outre, le transfert, depuis le compte bancaire de la société Paul Verlaine directement vers son compte bancaire personnel, d'une partie du produit de la vente réalisée le 26 mai 2014 de même que le versement des loyers destinés aux trois SCI dont il est le gérant, directement sur ses comptes personnels, ont permis à M. B, en l'absence de distribution régulière de capitaux mobiliers décidée par ces sociétés, de minorer le montant des cotisations d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des trois années en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que M. B n'a retiré aucun avantage fiscal des décisions de gestion irrégulières doit être écarté.
8. En quatrième lieu, M. B fait valoir qu'il était titulaire d'une créance liquide et exigible à l'égard des SCI Paul Verlaine, Athéna et Aedificandi préalablement à l'encaissement sur son compte des sommes provenant de ces dernières et que ces sociétés ont fait application du mécanisme prévu par les dispositions de l'article 1290 du code civil. Toutefois, la compensation de dettes ne peut s'opérer, en vertu des articles 1289 et 1290 du code civil, qu'entre deux personnes débitrices l'une envers l'autre, et M. B n'établit pas, ni même n'allègue, qu'il existait entre lui-même et les sociétés dont il est le gérant des créances réciproques et exigibles. Par ailleurs, s'il résulte de l'instruction que les comptes associés de M. B étaient créditeurs, au début des exercices correspondant aux années en litige, les sommes qu'il a perçues de la part des sociétés lui ont été versées en dehors de toute inscription en comptabilité des sociétés et sans transiter par ses comptes courants d'associé, lesquels ne comportent trace d'aucun débit susceptible de correspondre à des avances en compte courant. A cet égard, la seule mention d'un " solde à nouveau " ne permet pas de conclure, en l'absence d'autres éléments, à l'existence de telles avances au profit des sociétés concernées de la part de M. B et ce dernier ne produit aucun document de nature à établir l'existence des prêts qu'il allègue avoir effectué ou de justifier de l'affectation des sommes qu'il a perçues au remboursement des avances alléguées. Ainsi, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré les sommes perçues par M. B comme constituant des revenus distribués au sens des dispositions précitées du 2° du 1. de l'article 109 du code général des impôts. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'il établit qu'il était titulaire d'une créance liquide et exigible à l'égard des SCI Paul Verlaine, Athena et Aedificandi et de ce que ces trois sociétés ont a fait application du mécanisme prévu par les dispositions de l'article 1290 du code civil doivent être écartés.
Sur les pénalités :
9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré. () ". La pénalité pour manquement délibéré prévue par ces dispositions a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.
10. En l'espèce, pour justifier l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à la charge du requérant au titre des années 2015 et 2016, l'administration fiscale s'est fondée sur le nombre important d'encaissements qui auraient dû être déclarés par les SCI Paul Verlaine, Athéna et Aedificandi dont le requérant est le gérant ainsi que sur le caractère répété des irrégularités comptables constatées. En soulignant par ailleurs que le requérant, en sa qualité gérant, aurait dû communiquer aux locataires dont il a directement encaissé les loyers les coordonnées bancaires des SCI propriétaires des biens mis en location et non celles de ses comptes personnels, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée du requérant d'éluder l'impôt et, par suite, le caractère bien-fondé des pénalités en cause.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante une quelconque somme. Les conclusions présentées sur ce fondement par la société M. B doivent être rejetées.
13. Par ailleurs, M. B ne justifiant d'aucun dépens, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, ainsi qu'à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction du contrôle fiscal sud-est.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mear, présidente,
Mme Kolf, conseillère,
M. Cherief, conseiller,
assistés de Mme Sussen, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
Le rapporteur,
signé
H. CHERIEF
La présidente,
signé
J. MEAR
La greffière,
signé
C. SUSSEN
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026