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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2001711

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2001711

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2001711
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 avril 2020 et le 23 avril 2022, Mme A C, représentée par Me Rosé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice à lui verser la somme de 37 050 euros en réparation des préjudices subis suite à sa prise en charge à compter du 3 avril 2014 ;

2°) d'ordonner une nouvelle expertise ;

3°) de lui verser une provision d'un montant de 10 000 euros ;

4°) de mettre à la charge du CHU de Nice une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- la responsabilité du CHU de Nice est engagée pour faute suite à l'intervention chirurgicale qu'elle a subie ;

- elle est fondée à demander une nouvelle expertise dès lors que la première expertise a été réalisée en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle est fondée à solliciter l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis et se décomposant comme suit :

* au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel : 1 200 euros ;

* au titre du déficit fonctionnel permanent : 5 850 euros ;

* au titre des souffrances endurées : 5 000 euros ;

* au titre du préjudice d'agrément : 8 000 euros ;

* au titre du préjudice sexuel : 2 000 euros ;

* au titre de l'incidence professionnelle : 15 000 euros.

Par un mémoire, enregistré le 6 mai 2020, la caisse primaire d'assurance maladie du Var indique qu'elle n'entend pas intervenir dans l'instance.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 juillet 2020 et le 10 mai 2022, le centre hospitalier universitaire de Nice, représenté par Me Chas, conclut au rejet de la requête.

Le centre hospitalier universitaire de Nice fait valoir que :

- aucune faute ne peut lui être reprochée dans la prise en charge de Mme C ; les dommages subis par la requérante résultent d'un aléa thérapeutique ;

- elle n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause l'expertise réalisée ; elle n'établit pas que le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Fitoussi, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit ordonné une nouvelle expertise ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de tout succombant une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales fait valoir que :

- aucune demande n'est formulée à l'encontre de l'ONIAM ;

- les conditions de l'article L. 1142-1 II du code de la santé publique ne sont pas remplies ;

- il ne s'oppose pas à ce qu'une nouvelle expertise soit ordonnée.

Par une ordonnance du 30 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 novembre 2023 à 12 heures.

Par un courrier du 20 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de provision dès lors qu'elles n'ont pas été présentées dans une requête distincte.

Vu :

- l'ordonnance du 14 août 2018 du président du tribunal administratif de Nice du ordonnant une expertise ;

- l'ordonnance du 14 février 2019 de la présidente du tribunal administratif de Nice taxant et liquidant les frais d'expertise à la somme de 1 800 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 janvier 2024 :

- le rapport de Mme Chaumont, conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rosé, représentant Mme C, et de Me Fernez, représentant le centre hospitalier universitaire de Nice.

1. Mme A C, née le 19 février 1998, a présenté, le 2 avril 2014, des douleurs très violentes au niveau des vertèbres dorsales, justifiant une prise en charge au sein du centre hospitalier de Draguignan. Un scanner a été effectué et a révélé une fracture pathologique sur tumeur osseuse en D4. Mme C a alors été transférée en service de chirurgie orthopédique à l'hôpital Saint Roch à Nice pour la suite de sa prise en charge. Le 9 avril suivant, la requérante a bénéficié d'une ostéosynthèse de D2 à D6 associée à une laminectomie de D4. Par une ordonnance du 14 août 2018, le tribunal administratif de Nice a ordonné une expertise. Le 24 décembre 2018, le docteur B a déposé son rapport. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire de Nice à lui verser une somme de 37 050 euros en réparation des préjudices subis, de lui verser une indemnité provisionnelle de 10 000 euros et d'ordonner une nouvelle expertise.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins de provision :

2. Les conclusions aux fins de provision, qui ne sont pas présentées dans une requête distincte, sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I- Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsable des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

4. Mme C soutient que les soins mis en œuvre à l'hôpital Saint-Roch ont été inadaptés, réalisés sans véritable protocole opératoire par un chirurgien différent de celui qui l'avait examinée, sans précaution et qu'il a fallu réaliser une deuxième intervention afin de retirer une vis oubliée ou mal placée. Elle soutient également que les défaillances dans les soins mis en œuvre ont conduit à un retard de plus de cinq mois pour parvenir à la réalisation d'une nouvelle intervention à l'hôpital de La Timone à Marseille, laquelle s'est révélée efficace, et qu'il a fallu procéder au remplacement de deux vertèbres (T3 et T4) par des prothèses.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du docteur B, que le 2 avril 2014, Mme C a ressenti un craquement dorsal suivi d'une extrême douleur. Elle a été prise en charge au centre hospitalier de Draguignan où une radiographie du rachis dorsal a mis en évidence une fracture de D4 nécessitant une hospitalisation. Le 3 avril 2014, elle a été transférée au service de chirurgie orthopédique de l'hôpital Saint-Roch. Le 9 avril suivant, la requérante a bénéficié d'une ostéosynthèse de D2 à D6 associée à une laminectomie de D4. Un scanner de contrôle le 10 avril 2014 ayant montré qu'une des vis est extra-pédiculaire, longeant le bord externe du corps vertébral, à proximité de l'aorte, elle est de nouveau opérée le 11 avril 2014 afin de retirer cette vis. Enfin, elle a subi une nouvelle intervention chirurgicale le 29 avril 2014 pour pratiquer une corporectomie de D4, remplacée par une greffe iliaque homolatérale.

6. D'une part, si la requérante soutient qu'elle a dû subir plusieurs interventions chirurgicales au CHU de Nice, il résulte du rapport d'expertise que la fracture pathologique en D4 survenue le 2 avril 2014 était relativement instable et qu'il fallait impérativement stabiliser le rachis dorsal pour éviter un déplacement secondaire délétère pour la moelle avant de procéder à une chirurgie reconstructrice. Ainsi, le choix du CHU de Nice de procéder à plusieurs interventions était logique et nécessaire conformément aux données actuelles de la science. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que ce choix a permis de privilégier une chirurgie réparatrice et reconstructrice en utilisant de l'os autologue plutôt que de l'os prothétique et d'assurer ainsi de meilleurs résultats. Enfin, il résulte du rapport d'expertise que l'indication opératoire, utilisée lors de la troisième intervention le 29 avril 2014, était justifiée et que la technique utilisée a été conforme aux données actuelles de la science.

7. Si la requérante soutient également qu'une vis a été oubliée ou mal placée, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'intervention consistant à enlever le maximum de matériel tumoral par voie postérieure avant la mise en place d'une ostéosynthèse " pontant le foyer tumoral " est une intervention classique. Si, au cours de l'intervention, une vis pédiculaire D6 gauche est légèrement sortie à l'extérieur du corps vertébral, cette malposition est fréquente, quelle que soit la technique de placement. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que ce mauvais placement a causé des dommages à Mme C et il est constant qu'une seconde intervention a été programmée et la vis retirée.

8. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction, et alors que les choix opératoires du CHU de Nice ont été conformes aux règles de l'art, que la prise en charge de Mme C à l'hôpital de la Timone aurait été retardée par le CHU de Nice. Il résulte du rapport d'expertise qu'après les interventions réalisées en avril 2014 au CHU de Nice, Mme C a rencontré les médecins de l'hôpital de La Timone à Marseille en août 2014, que des examens complémentaires ont été réalisés à ce moment-là, montrant une récidive tumorale et une extension de la vertèbre sus-jacente. Si l'opération était inévitable, il résulte de l'instruction que celle-ci a eu lieu en septembre 2014. Par ailleurs, il n'est pas contesté que Mme C, qui a été contactée à plusieurs reprises par le CHU de Nice pour une éventuelle réintervention, n'a pas informé ce dernier de son suivi à l'hôpital de Marseille.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que le CHU de Nice a commis une faute dans sa prise en charge et qu'il aurait retardé la prise en charge réalisée ultérieurement au centre hospitalier de La Timone.

Sur les conclusions à fin d'expertise :

10. Mme C sollicite la réalisation d'une deuxième expertise au motif que l'expertise réalisée par le docteur B aurait méconnu le principe du contradictoire.

11. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que si les parties ont été régulièrement convoquées le 5 novembre 2018 par l'expert, la requérante n'a pas pu être assistée de son conseil, suite à un malentendu. Toutefois, un autre accedit a été réalisé par l'expert le 11 décembre 2018 auquel la requérante a assisté accompagné de son conseil. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'expertise aurait été réalisée en méconnaissance du principe du contradictoire.

12. Ainsi, et alors que le tribunal s'estime suffisamment éclairé sur les éléments du dossier pour statuer sur les conclusions de la requérante, il n'y a pas lieu d'ordonner une expertise complémentaire.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.

Sur les dépens :

14. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. ".

15. En application des dispositions précitées, les frais de l'expertise ordonnée par l'ordonnance du 14 août 2018, liquidés et taxés à la somme de 1 800 euros par ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Nice du 14 février 2019, doivent être mis à la charge définitive de Mme C.

Sur les frais de procédure :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Nice, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par Mme C.

17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée à ce titre par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Les frais de l'expertise médicale, liquidés et taxés à la somme de 1 800 euros, sont mis à la charge définitive de Mme C.

Article 3 : Les conclusions de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au centre hospitalier universitaire de Nice, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.

Copie en sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Chaumont, conseillère,

Mme Duroux, conseillère,

assistés de Mme Génovèse, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

La rapporteure,

signé

A. CHAUMONT

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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