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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2001734

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2001734

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2001734
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantHASCOET ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 avril 2020 et le 30 août 2021, Mme C A, veuve E et M. B E, représentés par Me Schiavolini, demandent au tribunal :

1°) de condamner solidairement la métropole Nice Côte d'Azur, la société Razel Bec et la société Egis Rail à leur verser la somme totale de 60 000 euros, augmentée des intérêts au taux légal, en réparation du préjudice subi à la suite du décès de M. D E ;

2°) de condamner la métropole Nice Côte d'Azur, la société Razel Bec et la société Egis Rail aux entiers dépens ;

3°) de déclarer le jugement à intervenir opposable à la caisse primaire d'assurance maladie du Var ;

4°) de mettre à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur, de la société Razel Bec et de la société Egis Rail la somme totale de 1 000 euros à chacun des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité la métropole Nice Côte d'Azur, de la société Razel Bec et de la société Egis Rail est engagée au titre des dommages de travaux publics ;

- ils sont fondés à demander l'indemnisation des préjudices qu'ils estiment avoir subis à la suite du décès de M. D E et qui se décomposent comme suit :

o Sur les préjudices de M. D E : 30 000 euros au titre de son préjudice moral ;

o Sur les préjudices de Mme A, veuve E : 20 000 euros au titre de son préjudice moral ;

o Sur les préjudices de M. B E : 20 000 euros au titre de son préjudice moral.

Par des mémoires enregistrés le 16 juin 2020 et le 10 août 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var, représentée par Me Verignon et intervenant pour le compte de la CPAM des Alpes-Maritimes, demande au tribunal :

- de condamner la métropole Nice Côte d'Azur, la société Razel Bec et la société Egis Rail à lui rembourser la somme de 26 872, 81 euros au titre des débours, augmentée des intérêts au taux légal à compter de son mémoire enregistré le 10 août 2022 et de leur capitalisation ;

- de condamner la métropole Nice Côte d'Azur, la société Razel Bec et la société Egis Rail à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaire de gestion ;

- de mettre à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur, la société Razel Bec et la société Egis Rail la somme globale de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense enregistrés le 17 juillet 2020, le 18 décembre 2020 et le 30 juillet 2021, la société Egis Rail, représentée par Me Dupuy, conclut :

- à titre principal, à sa mise hors de cause ;

- au rejet de la requête ;

- au rejet des conclusions d'appel en garantie dirigées à son encontre ;

- et appelle le centre hospitalier universitaire de Nice et l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à la relever et la garantir des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre ;

- à titre subsidiaire, à la réduction à de plus justes proportions des préjudices invoqués par les requérants ;

- et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants ou de tout succombant la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juillet 2020, la société Razel Bec, représentée par la SCP de Angelis et associés, conclut :

- à titre principal, à sa mise hors de cause ;

- au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, à la désignation d'un expert aux fins de se prononcer sur les antécédents médicaux de M. D E ;

- à titre infiniment subsidiaire, à la réduction à de plus justes proportions des préjudices invoqués par les requérants ;

- à la condamnation des requérants aux entiers dépens ;

- et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants la somme de globale de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 août 2020, le 11 septembre 2020, le 15 janvier 2021, la métropole Nice Côte d'Azur, représentée par Me Job Ricouart, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, à la réduction à de plus justes proportions des préjudices invoqués par les requérants ;

- appelle les sociétés Razel Bec et Egis Rail à la relever et la garantir des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre ;

- et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants la somme globale de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 18 juin 2021, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice, représenté par Me Chas, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société Egis Rail la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires enregistrés le 26 juillet 2022 et le 12 août 2022, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Fitoussi, conclut à sa mise hors de cause et demande au tribunal de mettre à la charge de la société Egis Rail la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 10 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 août 2022.

Un mémoire présenté pour la métropole Nice Côte d'Azur a été enregistré le 23 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;

- les conclusions de M. Soli, rapporteur public ;

- et les observations de Me Schiavolini, représentant les requérants, de Me Gomila, représentant la métropole Nice Côte d'Azur, de Me Cruse représentant la société Egis Rail, de Me Fernez, représentant le CHU de Nice et de Me Prentczynski, représentant la société Razel Bec.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 octobre 2016, M. D E a chuté à la sortie d'une passerelle métallique de chantier installée entre la chaussée et le restaurant La Taverne Nissarde, boulevard René Cassin à Nice, dans le cadre des travaux d'extension de la ligne de tramway. Le lendemain de cette chute, M. D E a été conduit au CHU de Nice et y resté jusqu'au 10 novembre 2016, les requérants soutenant qu'il y a contracté une pneumopathie nosocomiale. Il a ensuite été transféré à la clinique Les Sources, à Nice, jusqu'au 17 novembre 2016. Le 7 décembre suivant, M. D E est décédé. Par un courrier du 20 octobre 2018, une demande préalable indemnitaire a été adressée à la métropole Nice Côte d'Azur qui a été expressément rejetée par courrier du 9 janvier 2019. Par courriers du 8 novembre 2019, les requérants ont présenté, par l'intermédiaire de leur avocat, une nouvelle demande préalable indemnitaire auprès de la métropole Nice Côte d'Azur, ainsi qu'à la société Razel Bec et à la société Egis Rail. Ces demandes ont fait l'objet de rejets implicites. Par la présente requête, Mme A, veuve E et M. B E demandent au tribunal de condamner solidairement la métropole Nice Côte d'Azur, la société Razel Bec et la société Egis Rail à leur verser la somme totale de 60 000 euros en réparation des préjudices subis à la suite du décès de M. D E.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la métropole :

2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, d'établir l'existence de l'obstacle et d'un lien de causalité direct et certain entre celui-ci et le préjudice. La collectivité en charge de cet ouvrage doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. Les requérants soutiennent que M. D E a chuté le 19 octobre 2016 en trébuchant sur une passerelle métallique de chantier installée, dans le cadre des travaux d'extension de la ligne de tramway, entre la chaussée et le restaurant La Taverne Nissarde situé boulevard René Cassin à Nice.

4. Il résulte de l'instruction que la passerelle métallique litigieuse permettant aux piétons d'accéder au restaurant La Taverne Nissarde, dans lequel se rendait M. D E, était équipée de chaque côté latéral de deux grands grillages installés jusqu'au trottoir. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne résulte pas de l'instruction que ces grillages latéraux étaient trop courts dès lors qu'ils assuraient la sécurité tout le long des abords de la passerelle surplombant une tranchée. Par ailleurs, il résulte des photographies versées au dossier que si l'extrémité de la passerelle métallique, en contact avec le sol, côté restaurant, présentait une légère marche inclinée de quelques centimètres, il n'apparaît pas que celle-ci constituait un obstacle excédant ceux que les piétons attentifs peuvent s'attendre à rencontrer lors de travaux. De même, les requérants n'établissent pas que la passerelle était installée " de travers ", ainsi qu'ils le soutiennent. Il résulte également de l'instruction que la chute de M. D E s'est produite en plein jour, entre 12h et 13h, et que les travaux d'extension du tramway dans la rue René Cassin étaient nécessairement connus par l'intéressé dès lors, d'une part, qu'il résidait au n° 54 de cette rue et qu'il se rendait au restaurant situé au n° 61 de la même rue, lequel restaurant est exploité par son fils, et d'autre part, que sa belle-fille attendait devant l'entrée du restaurant pour l'accueillir. Dans ces conditions, la configuration de l'installation de la parcelle métallique était parfaitement visible et ne pouvait échapper à l'attention de M. D E à qui il appartenait d'être particulièrement vigilent et de prendre les précautions nécessaires compte tenu des travaux en cours. La circonstance que la fin de la passerelle ait été ultérieurement goudronnée et fait l'objet d'un marquage au sol n'est pas de nature à en établir la dangerosité ou un défaut de signalisation. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de la métropole Nice Côte d'Azur sur le fondement des dommages de travaux publics.

En ce qui concerne la responsabilité des sociétés Razel Bec et Egis Rail :

5. Même en l'absence de faute, le maître d'ouvrage ainsi que, le cas échéant, le maître d'œuvre et l'entrepreneur chargés des travaux, sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution de travaux publics à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Il appartient au tiers à une opération de travaux publics qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à cette occasion d'établir le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués.

6. Il résulte de l'instruction que le marché public de travaux pour l'extension du réseau du tramway de la ligne 2 à Nice a notamment été attribué à la société Razel Bec et que la maîtrise d'œuvre était assurée par un groupement dont le mandataire était la société Egis Rail.

7. La société Razel Bec et la société Egis Rail soutiennent que la chute de la victime résulte d'une faute d'imprudence et d'inattention de sa part dès lors que le chantier était parfaitement visible, que la victime, qui résidait dans la même rue que le chantier connaissait les lieux et que l'accident s'est déroulé en plein jour. Eu égard à ce qui a été dit au point 4, les sociétés Razel Bec et Egis Rail sont fondés à faire valoir que la chute de M. D E a été occasionnée par une faute d'inattention de sa part de nature à les exonérer de toute responsabilité.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de désigner un expert, que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions présentées par la CPAM du Var.

Sur les conclusions d'appel en garantie formulées par la métropole Nice Côte d'Azur :

9. En l'absence de condamnation par le tribunal de la métropole Nice Côte d'Azur, ses conclusions d'appel en garantie formulées à l'encontre des sociétés Razel Bec et Egis Rail sont sans objet.

Sur les conclusions d'appel en garantie formulées par la société Egis Rail :

10. En l'absence de condamnation par le tribunal de la société Egis Rail, ses conclusions d'appel en garantie formulées à l'encontre du CHU de Nice et de l'ONIAM sont sans objet.

Sur les dépens :

11. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions formées à ce titre sont sans objet et doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce soit mise à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur, de la société Razel Bec et de la société Egis Rail, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme de 800 euros à verser respectivement à la métropole Nice Côte d'Azur, à la société Razel Bec et à la société Egis Rail au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

14. Il y lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Egis Rail la somme de 800 euros à verser respectivement au CHU de Nice et à l'ONIAM au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A veuve E et de M. E est rejetée.

Article 2 : Mme A veuve E et M. E verseront à la métropole Nice Côte d'Azur, à la société Razel Bec et à la société Egis Rail la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La société Egis Rail versera au CHU de Nice et à l'ONIAM la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A veuve E, à M. B E, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var, à la métropole Nice Côte d'Azur, à la société Egis Rail, à la société Razel Bec, au centre hospitalier universitaire de Nice, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux.

Copie sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de Mme Génovèse, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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