mardi 27 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2001789 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D AVOCATS PLENOT-SUARES-ORLANDINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 avril 2020 et le 21 septembre 2020, Mme B Degli Innocenti, représentée par Me Orlandini, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de la justice a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 20 décembre 2019 ;
2°) de condamner le ministre de la justice à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation de son préjudice ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a subi des réactions cutanées aggravées à compter de l'année 2010, résultant de sa seule présence dans les locaux du tribunal de grande instance de Grasse ;
- son préjudice moral, son préjudice physique et de souffrance et son préjudice professionnel doivent être évalués respectivement à 6 000 euros pour chacun des deux premiers postes et 8 000 euros pour le dernier.
Par une ordonnance du 14 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 décembre 2022 à 12h00.
Un mémoire en défense, présenté par le ministre de la justice, a été enregistré le 31 janvier 2024 et n'a pas été communiqué.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guilbert,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gadd, représentant Mme Degli Innocenti.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Degli Innocenti, greffière d'audience correctionnelle au tribunal de grande instance de Grasse de 1999 à 2012, a par un courrier du 20 décembre 2019, reçu le 26 décembre 2019, la présenté au ministre de la justice une demande préalable aux fins d'indemnisation des préjudices qu'elle a subis à la suite d'une affection dermatologique reconnue comme maladie professionnelle. A la suite de la décision implicite de rejet opposée à sa demande, Mme Degli Innocenti demande au tribunal de condamner le ministre de la justice à lui verser une somme de 20 000 euros en réparation de son préjudice.
Sur la responsabilité de l'administration :
2. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux employeurs publics de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des dommages ne revêtant pas un caractère patrimonial, tels que des souffrances physiques ou morales, un préjudice esthétique ou d'agrément ou des troubles dans les conditions d'existence, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne publique ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incomberait.
3. Il ressort des pièces du dossier qu'à compter de juillet 2010, alors qu'elle exerçait ses fonctions dans le nouveau palais de justice de Grasse, Mme Degli Innocenti a contracté une affection dermatologique caractérisée par l'éruption de plaques cutanées érythémateuses et prurigineuses sur son visage, sa poitrine et la région cervicale. Sa pathologie dermatologique a été reconnue comme maladie professionnelle par une décision de la commission de réforme en date du 29 septembre 2011. De ce seul fait, Mme Degli Innocenti peut prétendre à une indemnité complémentaire réparant les chefs de préjudice, distincts des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dont il est établi qu'ils ont été causés par cette pathologie.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices physique et moral et les troubles dans les conditions d'existence :
4. Dans son expertise du 10 février 2014, le Dr A, expert judiciaire, a évalué son préjudice moral à 2 sur une échelle de 7 " eu égard à la réactivité de l'administration qui a enclenché et soutenu en permanence les démarches nécessaires. ", soit un préjudice qualifié de " léger ". Il a par ailleurs retenu un préjudice esthétique assez important de 5 sur 7 et un préjudice d'agrément assez important de 5 sur 7. Il a relevé qu'il n'y avait plus de souffrances postérieurement à la consolidation mais a néanmoins constaté que l'éruption de plaques cutanées érythémateuses et prurigineuses sur le visage de Mme Degli Innocenti, sa poitrine et la région cervicale présentait un caractère de gravité et que cette dernière était affectée d'un état de maladie objective retentissant sur le foie et les reins avec des transaminases hépatiques élevées et une clairance de la créatinine franchement abaissée. La requérante expose quant à elle que la localisation de son affection dermatologique, particulièrement visible, a constitué pour elle un traumatisme important, qui, associé à l'éviction d'un travail situé près de son domicile et dans lequel elle s'épanouissait, a induit une phase de dépression. Du point de vue des souffrances, elle soutient qu'elle a été exposée à des problèmes pulmonaires et a dû suivre un traitement contre l'hypertension. Compte-tenu de ces éléments, qui ont perduré sur une période de deux ans et ne sont pas contredits par le ministre de la justice, et alors que les efforts consentis par l'administration pour identifier les agents pathogènes à l'origine de l'affection de Mme Degli Innocenti et l'en préserver sont sans effet sur l'évaluation du préjudice subi par l'intéressé, dès lors que la responsabilité de l'administration est engagée en l'absence de faute du seul fait de la survenue de l'affection en cause imputable au service, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence de la requérante et des préjudices physique et moral endurés, en lui allouant une somme de 8000 euros.
En ce qui concerne le préjudice patrimonial :
5. Il résulte de l'instruction que de nombreuses investigations ont été menées à compter de l'année 2003 pour rechercher l'origine des troubles présentés par Mme Degli Innocenti alors qu'elle travaillait au nouveau palais de justice de Grasse. Ces investigations ont révélé un défaut de renouvèlement de l'air des locaux et une possible contamination par les fientes de pigeon sans qu'un lien entre ces malfaçons et désordres et l'affection de la requérante ait pu être formellement établi. Bien que les analyses menées sur la qualité de l'air dans la salle où la requérante travaillait n'aient révélé aucun agent pathogène susceptible d'expliquer son état, sa hiérarchie a tenté, en vain, de résoudre le problème en l'affectant dans un service situé dans un autre bâtiment. Dans ces conditions, Mme Degli Innocenti ne démontre pas, ni même n'allègue, que l'administration aurait adopté à son égard un comportement fautif dans la prise en compte de son affection. Or, en l'absence d'une telle faute, elle n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation du préjudice patrimonial constitué par la perte de sa nouvelle bonification indiciaire ou de la possibilité d'effectuer des heures supplémentaires. Ses conclusions à ce titre doivent dès lors être rejetées.
Sur l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le garde de Sceaux, ministre de la justice est condamné à verser à Mme Degli Innocenti une somme de 8 000 euros en réparation de son préjudice.
Article 2 : L'Etat versera à Mme Degli Innocenti une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B Degli Innocenti et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Patrick Soli, président,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.
La rapporteure,
signé
L. Guilbert
Le président,
signé
P. Soli La greffière,
signé
L. Bianchi
La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026