mardi 11 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2002041 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BIGAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 mai 2020 et le 14 mars 2023, la société Lingenheld Travaux Spéciaux, représentée par Me Deleau, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Cannes à lui verser la somme de 295 016,02 euros toutes taxes comprises (TTC) au titre du solde du marché, assortie des intérêts moratoires au taux légal majoré de 8 points à compter de la date de la présente requête et de leur capitalisation ;
2°) de condamner la commune de Cannes aux dépens ;
3°) de mettre à la charge de la Commune de Cannes la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la modification du zonage des travaux a nécessité la mise en œuvre de mesures de confinement supplémentaires correspondant à un montant de 5 832 euros TTC ;
- la modification du zonage des travaux a nécessité la création d'une zone d'amiante supplémentaire correspondant à un montant de 7 255,63 euros TTC ;
- le délai d'attente entre la fin des travaux de la première zone de la 4e phase le 27 juillet 20178 et l'ordre de service du 3 août 2018 ordonnant la mise en place d'une zone de confinement supplémentaire a entrainé l'immobilisation du personnel et du matériel pendant deux jours correspondant à un coût de 7 783,20 euros TTC ;
- à titre principal, la modification de la règlementation, par l'entrée en vigueur du décret n° 2015-798 du 29 juin 2015 relatif aux risques d'exposition à l'amiante, l'a conduite à modifier le processus de travail du niveau 1 à un niveau 2 entrainant un coût supplémentaire de 274 145,20 euros TTC ;
- à titre subsidiaire, les surcoûts supportés au titre des travaux supplémentaires réalisés du fait des modifications règlementaires ont eu pour effet de bouleverser l'économie du marché justifiant que la commune de Cannes lui verse la somme de 274 145,20 euros TTC.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 février 2021, la commune de Cannes, représentée par Me Bigas, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société requérante la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 3 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 mars 2023.
Un mémoire présenté pour la commune de Cannes a été enregistré le 7 avril 2023, postérieurement à la clôture d'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 2015-789 du 29 juin 2015 ;
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG Travaux) ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;
- les conclusions de M. Soli, rapporteur public ;
- et les observations de M. A, représentant la commune de Cannes.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement du 16 mai 2015, la société d'économie mixte pour les évènements cannois (SEMEC), agissant en qualité de maître d'ouvrage délégué de la ville de Cannes, a attribué à la société AXIUM le lot n° 1 " Désamiantage " du marché public de travaux de rénovation et de mise en conformité du Palais des Festivals et des Congrès, pour un montant de 430 870 euros HT (517 044 euros TTC). Par un avenant du 16 février 2017, le marché a été transféré à la société Lingenheld Travaux Spéciaux. L'exécution des travaux comportait quatre phases échelonnées entre 2015 et 2018. Par un ordre de service du 8 juin 2017, la SEMEC a ordonné à la société Lingenheld Travaux Spéciaux de démarrer, à compter du 3 juillet 2017, les travaux de désamiantage de la zone n° 4, en lieu et place de la zone n° 3, dont les travaux ont été reportés à l'été 2018. Cet ordre de service prévoyait également d'incorporer dans la zone n° 3 un reliquat de la zone n° 4. Les travaux de la zone n° 4, ainsi réalisés en 2017, ont été réceptionnés avec réserves. Sur proposition de la SEMEC, la société Lingenheld Travaux Spéciaux a accepté d'appliquer une réfaction d'un montant total de 6 760 euros HT, en contrepartie d'une renonciation à la levée des réserves. Par un deuxième ordre de service du 4 juin 2018, la SEMEC a ordonné d'exécuter la dernière phase de travaux correspondant au désamiantage de la zone n° 3 nouvellement délimitée. La société Lingenheld Travaux Spéciaux a signé cet ordre de service avec une réserve concernant le délai d'exécution. Par un troisième ordre de service du 3 août 2018, la SEMEC a ordonné à la société Lingenheld Travaux Spéciaux de mettre en œuvre les installations de confinement nécessaires à l'exécution des travaux de désamiantage du reliquat de la zone n° 4, pour un montant de 13 597,66 euros HT
(16 317,19 euros TTC). La société Lingenheld Travaux Spéciaux a signé cet ordre de service le 10 août 2018, avec des réserves relatives au prix retenu par le maître d'ouvrage délégué. La réception des travaux de la dernière phase a été prononcée sans réserve le 16 juillet 2019 avec effet au 17 août 2018. Par un courrier du 14 octobre 2019, reçu par la société Lingenheld Travaux Spéciaux le 28 octobre 2019, la SEMEC a procédé à la notification du décompte général d'un montant total des travaux exécutés à hauteur de 525 249,19 euros TTC, avec un solde de 1 329,60 euros TTC en faveur de l'entreprise. Par un mémoire en réclamation du 21 novembre 2019, la société Lingenheld Travaux Spéciaux a contesté le décompte général et a demandé la paiement d'un solde de 245 846,68 euros HT. Ce mémoire en réclamation a été implicitement rejeté. Par la présente requête, la société Lingenheld Travaux Spéciaux demande au tribunal de condamner la commune de Cannes à lui verser la somme de 295 016,02 euros TTC au titre du solde du marché, assortie des intérêts moratoires au taux légal majoré de 8 points à compter de la date de la présente requête et de leur capitalisation.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.
3. Aux termes de l'article 13.3 du CCAG Travaux relatif à la demande de paiement finale, dans sa version applicable au présent litige : " 13.3.1. Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final, concurremment avec le projet de décompte mensuel afférent au dernier mois d'exécution des prestations ou à la place de ce dernier. / Ce projet de décompte final est la demande de paiement finale du titulaire, établissant le montant total des sommes auquel le titulaire prétend du fait de l'exécution du marché dans son ensemble, son évaluation étant faite en tenant compte des prestations réellement exécutées. / Le projet de décompte final est établi à partir des prix initiaux du marché, comme les projets de décomptes mensuels, et comporte les mêmes parties que ceux-ci, à l'exception des approvisionnements et des avances. Ce projet est accompagné des éléments et pièces mentionnés à l'article 13.1.7 s'ils n'ont pas été précédemment fournis. (). / 13.3.2. Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux telle qu'elle est prévue à l'article 41.3 ou, en l'absence d'une telle notification, à la fin de l'un des délais de trente jours fixés aux articles 41.1.3 et 41.3. / Toutefois, s'il est fait application des dispositions de l'article 41.5, la date du procès-verbal constatant l'exécution des travaux visés à cet article est substituée à la date de notification de la décision de réception des travaux comme point de départ des délais ci-dessus. / S'il est fait application des dispositions de l'article 41.6, la date de notification de la décision de réception des travaux est la date retenue comme point de départ des délais ci-dessus. / 13.3.3. Le maître d'œuvre accepte ou rectifie le projet de décompte final établi par le titulaire. Le projet accepté ou rectifié devient alors le décompte final. ".
4. Aux termes de l'article 13.4 du CCAG Travaux relatif au décompte général -solde, dans sa version applicable au présent litige : " 13.4.1. Le maître d'œuvre établit le projet de décompte général, qui comprend : / -le décompte final ; / -l'état du solde, établi à partir du décompte final et du dernier décompte mensuel, dans les mêmes conditions que celles qui sont définies à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; / -la récapitulation des acomptes mensuels et du solde. Le montant du projet de décompte général est égal au résultat de cette dernière récapitulation. / Le maître d'œuvre transmet le projet de décompte général au représentant du pouvoir adjudicateur dans un délai compatible avec les délais de l'article 13.4.2. / 13.4.2. Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : / -trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; / -trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire. / Si, lors de l'établissement du décompte général, les valeurs finales des index de référence ne sont pas connues, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire la révision de prix afférente au solde dans les dix jours qui suivent leur publication. La date de cette notification constitue le point de départ du délai de paiement des sommes restant dues après révision définitive des prix. / () / 13.4.3. Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. La date de sa notification au pouvoir adjudicateur constitue le départ du délai de paiement. / Ce décompte lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne les montants des révisions de prix et des intérêts moratoires afférents au solde. / En cas de contestation sur le montant des sommes dues, le représentant du pouvoir adjudicateur règle, dans un délai de trente jours à compter de la date de réception de la notification du décompte général assorti des réserves émises par le titulaire ou de la date de réception des motifs pour lesquels le titulaire refuse de signer, les sommes admises dans le décompte final. Après résolution du désaccord, il procède, le cas échéant, au paiement d'un complément, majoré, s'il y a lieu, des intérêts moratoires, courant à compter de la date de la demande présentée par le titulaire. / Ce désaccord est réglé dans les conditions mentionnées à l'article 50 du présent CCAG. / Si les réserves sont partielles, le titulaire est lié par son acceptation implicite des éléments du décompte général sur lesquels ses réserves ne portent pas. () ".
5. Aux termes de l'article 50 du CCAG Travaux, dans sa version applicable au présent litige : " Le représentant du pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. / 50.1. Mémoire en réclamation : / 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. / Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif. / 50.1.2. Après avis du maître d'œuvre, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire sa décision motivée dans un délai de trente jours à compter de la date de réception du mémoire en réclamation. / 50.1.3. L'absence de notification d'une décision dans ce délai équivaut à un rejet de la demande du titulaire. / 50.2. Lorsque le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas donné suite ou n'a pas donné une suite favorable à une demande du titulaire, le règlement définitif du différend relève des procédures fixées aux articles 50.3 à 50.6. / 50.3. Procédure contentieuse : / 50.3.1. A l'issue de la procédure décrite à l'article 50.1, si le titulaire saisit le tribunal administratif compétent, il ne peut porter devant cette juridiction que les chefs et motifs énoncés dans les mémoires en réclamation. / 50.3.2. Pour les réclamations auxquelles a donné lieu le décompte général du marché, le titulaire dispose d'un délai de six mois, à compter de la notification de la décision prise par le représentant du pouvoir adjudicateur en application de l'article 50.1.2, ou de la décision implicite de rejet conformément à l'article 50.1.3, pour porter ses réclamations devant le tribunal administratif compétent. / 50.3.3. Passé ce délai, il est considéré comme ayant accepté cette décision et toute réclamation est irrecevable. / () ".
En ce qui concerne les mesures de confinement supplémentaires :
6. La société Lingenheld Travaux Spéciaux sollicite l'indemnisation des coûts générés par la mise en place de mesure de confinement supplémentaires à la suite de la modification du zonage par ordre de service du 8 juin 2017, à hauteur de 5 832 euros TTC. Toutefois, la société requérante ne verse aucune pièce justificative permettant d'établir la nécessité des mesures de confinement supplémentaires alléguées, ni la mise en place effective de telles mesures. Or, par un courrier du 12 juillet 2018, la commune de Cannes lui indiquait, qu'après avoir procédé aux dernières vérifications auprès de " ses conseils techniques ", les premiers éléments l'amenaient à " un refus général ou partiel " de cette demande de rémunération supplémentaire. Au surplus, en produisant uniquement un devis daté du 29 juin 2017, lequel n'est corroboré par aucune autre pièce, et notamment par des factures, la société requérante n'établit pas la réalité des coûts supplémentaires dont elle se prévaut.
En ce qui concerne la création d'une zone de désamiantage supplémentaire :
7. Aux termes de l'article 14 du CCAG Travaux, dans sa version applicable au présent litige : " 14.2. Les prix nouveaux peuvent être soit des prix unitaires, soit des prix forfaitaires. / Ils sont établis sur les mêmes bases que les prix du marché, notamment aux conditions économiques en vigueur le mois d'établissement de ces prix. / 14.3. Dans le cas de travaux réglés sur prix forfaitaires, lorsque des changements sont ordonnés par le maître d'œuvre dans la consistance des travaux, le prix nouveau est réputé tenir compte des charges supplémentaires éventuellement supportées par le titulaire du fait de ces changements, à l'exclusion du préjudice indemnisé, s'il y a lieu, par application de l'article 15.3 ou de l'article 16.1. S'il existe des décompositions de prix forfaitaires ou des sous-détails de prix unitaires, leurs éléments, notamment les prix d'unité contenus dans les décompositions, sont utilisés pour l'établissement des prix nouveaux. ".
8. La société Lingenheld Travaux Spéciaux évalue les coûts supplémentaires pour la création d'une zone de désamiantage supplémentaire à la somme de 23 572,82 euros TTC. Au regard de la somme de 16 317,19 euros TTC qu'elle a obtenu à ce titre, conformément à l'ordre de service du 3 août 2018, la société requérante réclame le versement du solde, à savoir
la somme de 7 255,63 euros TTC. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier du devis du 1er août 2017, que le solde réclamé par la société requérante ne correspond pas aux prix de l'offre initiale mais à des prix supérieurs. Au surplus, elle n'apporte aucune justification quant à l'application de ces prix nouveaux. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à obtenir la somme qu'elle réclame à ce titre.
En ce qui concerne les coûts liés à l'immobilisation du personnel et du matériel pendant deux jours :
9. Aux termes de l'article 3.3.1 du CCAP : " () pour le bon déroulement des congrès, manifestations, salons, etc. programmés au Palais des Festivals, y compris pendant les montages et démontages, le maître de l'ouvrage se réserve le droit d'interrompre ou de différer certains travaux sur tout ou partie d'un ouvrage et, qu'à ce titre, les prix englobent une durée de 3 (trois) jours cumulés d'interruption ou d'ajournement de travaux, par phase d'exécution, n'ouvrant droit à aucune indemnité ".
10. La société Lingenheld Travaux Spéciaux soutient que l'immobilisation du personnel et du matériel entre le 27 juillet 2018, date d'achèvement des travaux de la première zone de la 4e phase, et le 3 août 2018, date de l'ordre de service ordonnant la mise en œuvre d'une zone de confinement supplémentaire, a occasionné un coût de 7 783,20 euros TTC. La société estime que ce délai résulte d'une faute de la SEMEC qui a tardé à prendre l'ordre de service. Il est constant que les 30 et 31 juillet 2018, le personnel et le matériel de la société requérante ont été immobilisés. Si la commune de Cannes se prévaut des dispositions précitées de l'article 3.3.1 du CCAP, il ne résulte pas de l'instruction que l'interruption des travaux ait correspondu au déroulement d'évènements programmés au Palais des Festivals. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 3 000 euros.
En ce qui concerne les coûts supplémentaires liés à la modification de la règlementation :
11. La société Lingenheld Travaux Spéciaux soutient que la modification de l'article R. 4412-98 du code du travail par le décret du 29 juin 2015 relatif aux risques d'exposition à l'amiante, entré en vigueur le 2 juillet 2015, soit postérieurement à la signature de l'acte d'engagement du 16 mai 2015, l'a contrainte à mettre en place un processus de travail de niveau 2 alors qu'il était prévu seulement un niveau 1, correspondant, selon elle, à un coût supplémentaire de 224 390,63 euros TTC. Toutefois, contrairement à ce que soutient la société requérante, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment de l'avenant du 5 mai 2018, que cette évolution réglementaire l'ait contrainte à mettre en œuvre des processus de travail de niveau 2 en lieu et place d'un niveau 1. Par ailleurs, en se bornant à verser au dossier des tableaux de prix qu'elle a elle-même élaborés sans qu'aucune facture n'y soit jointe, la société requérante n'établit pas la réalité des coûts supplémentaires dont elle se prévaut.
En ce qui concerne le bouleversement de l'économie du marché :
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, la société requérante n'établit pas que les surcoûts supportés au titre des travaux supplémentaires réalisés du fait des modifications règlementaires ont eu pour effet de bouleverser l'économie du marché justifiant que la commune de Cannes lui verse la somme de 274 145,20 euros TTC.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Cannes est condamnée à verser à la société Lingenheld Travaux Spéciaux la somme de 3 000 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
14. La somme que la commune de Cannes est condamnée à verser à la société Lingenheld Travaux Spéciaux sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de sa requête, soit le 25 mai 2020.
15. La capitalisation des intérêts a été demandée par la société Lingenheld Travaux Spéciaux par sa requête enregistrée le 25 mai 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 25 mai 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les dépens :
16. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions formées à ce titre sont sans objet et doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cannes la somme de 1 000 euros à verser à la société Lingenheld Travaux Spéciaux au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
18. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la société Lingenheld Travaux Spéciaux, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Cannes est condamnée à verser à la société Lingenheld Travaux Spéciaux la somme de 3 000 euros.
Article 2 : La somme de 3 000 euros, que la commune de Cannes est condamnée à verser à la société Lingenheld Travaux Spéciaux par l'article 1er du présent jugement, portera intérêts au taux légal à compter du 25 mai 2020. Les intérêts échus au 25 mai 2021 seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle.
Article 3 : La commune de Cannes versera à la société Lingenheld Travaux Spéciaux la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la Lingenheld Travaux Spéciaux et à la commune de Cannes.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
Mme Moutry, conseillère,
assistés de Mme Ravera, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.
La rapporteure,
signé
G. DUROUX
Le président,
signé
F. PASCALLa greffière,
signé
C. RAVERA
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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