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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002354

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002354

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002354
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantVICQUENAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juin 2020 et le 21 février 2022, M. C A B, représenté par Me Moulet et Me Vicquenault, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 30 mars 2018 par laquelle la SPL Ports de Menton a refusé de lui verser la somme de 635 388,61 euros ;

2°) de condamner la SPL Ports de Menton à lui verser la somme de 635 102,79 euros, assortie des intérêts et de leur capitalisation, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait du naufrage de son navire dans le vieux port de Menton ;

3°) de mettre à la charge de la SPL Ports de Menton la somme de 7 285,82 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de la SPL Ports de Menton est engagée pour défaut d'entretien normal du domaine public portuaire à la suite du naufrage de son navire intervenu dans le port de Menton ;

- il est fondé à demander l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis et qui se décomposent comme suit :

370 000 euros au titre de la perte totale de son navire ;

24 000 euros au titre des frais de retirement du navire ;

8 000 euros au titre des frais de location de matériel spécifique ;

15 102,79 euros au titre des frais de transport et traitement de l'épave ;

2 285,82 euros au titre des frais de constat d'huissier ;

216 000 euros au titre du préjudice de jouissance.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 décembre 2020 et les 26 et 29 août 2022, la SPL Ports de Menton, représentée par Me Rometti, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet et demande au tribunal de mettre à la charge du requérant la somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas d'un intérêt à agir au motif qu'il ne justifie pas être propriétaire du navire et qu'il était un occupant sans titre du domaine public ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 août 2022.

Un mémoire présenté par M. A B a été enregistré le 5 janvier 2023.

Un mémoire présenté par la SPL Ports de Menton a été enregistré le 29 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Vicquenault, représentant M. A B, et de Me Ropa, représentant la SPL Ports de Menton.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B soutient être propriétaire du navire " Noss " qui a fait naufrage dans le vieux port de Menton dans la nuit du 29 au 30 octobre 2018. Estimant que la perte de son bateau a été causée par trois barques stationnées à sec sur le quai qui auraient été projetées sur son navire pendant la tempête, M. A B a présenté une demande préalable indemnitaire par courrier du 10 février 2020 qui a été rejetée par un courrier du 30 mars 2020. Par la présente requête, M. A B demande au tribunal de condamner la SPL Ports de Menton à lui verser la somme de 635 102,79 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite du naufrage de son navire.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, d'établir l'existence de l'obstacle et d'un lien de causalité direct et certain entre celui-ci et le préjudice. La personne publique en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. Le requérant soutient que la présence de trois barques stationnées à sec sur le quai ont été projetées sur son navire par la tempête, occasionnant le sectionnement des amarres de son navire et, par suite, son naufrage. Il soutient que la présence de ces barques, sur un emplacement interdit par le règlement du port, constitue un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public à l'égard duquel il a la qualité d'usager.

4. Il est constant que dans la nuit du 29 au 30 octobre 2018, trois barques stationnaient à sec sur le quai devant la capitainerie. S'il résulte de l'instruction que ces embarcations ont été emportées par la tempête, en revanche, les pièces versées au dossier par le requérant ne permettent pas d'établir qu'elles ont été projetées sur le navire " Noss " ni qu'elles auraient entraîné le sectionnement des amarres du bateau. Il résulte en effet du rapport d'assistance à expertise, communiqué par la défense, que " les prises de vues de nuit sont impossibles à visionner, d'autre part, il n'est fait état à aucun moment que ce sont les embarcations légères qui ont sectionné les amarres du navires Noss ". Le rapport ajoute que " la houle et le ressac ainsi que les vagues-submersions sont à l'origine de la rupture des amarres du navire Noss ". Dans ces conditions, le requérant n'établit pas le lien de causalité entre le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public allégué et le naufrage de son navire.

5. Par ailleurs, en se prévalant du mauvais état des amarres du navire " Noss ", la SPL Ports de Menton doit être regardée comme invoquant une faute du requérant. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'assistance à expertise, que " la partie adverse semble vouloir imputer cette rupture au sectionnement des amarres par des embarcations légères stationnées sur le quai en amont de l'amarrage du navire NOSS, ce qui nous semble impossible du fait premièrement qu'il s'agit d'embarcations légères emportées par le vent et par la houle et d'autre part que le navire NOSS, comme le montre la photo ci-dessous prise avant le sinistre, avait des amarres vétustes et effilochées. ". Le rapport ajoute que " le constat établi sur photos en page 18 et 19 de notre rapport montre bien la vétusté des amarres, les chocs, traces et casse de la plateforme arrière avant le sinistre sont sans ambiguïté quant au délaissement de ce navire par son propriétaire ". Dès lors, M. A B, qui ne conteste pas le mauvais état des amarres de son navire, n'est pas fondé à engager la responsabilité de la SPL Ports de Menton pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public portuaire.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la SPL Ports de Menton, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A B la somme de 1 000 euros à verser à la SPL Ports de Menton au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : M. A B versera à la SPL Ports de Menton la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et à la SPL Ports de Menton.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

assistés de Mme Génovèse, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

G. DUROUX

Le président,

Signé

F. PASCALLa greffière,

Signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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