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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002366

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002366

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002366
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL PIERRE-XAVIER BOYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et des mémoires enregistrés le 22 juin 2020, le 7 octobre 2020, le 13 novembre 2023 et le 21 décembre 2023, la commune d'Antibes, représentée par la SCP Bauer-Violas Feschotte-Desbois Sebagh, demande au tribunal :

1°) de condamner la société Vert Marine à lui verser la somme de 7 025 870, 29 euros TTC, augmentée des intérêts de retard à compter du 22 juin 2020 et de la capitalisation des intérêts en réparation des préjudices subis ;

2°) de mettre à la charge de la société Vert Marine une somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité contractuelle de la société Vert Marine doit être engagée dès lors que celle-ci a méconnu les obligations qui pesaient sur elle en application des stipulations de l'article 47 de la convention de délégation de service public en s'abstenant d'apporter son soutien à la société dédiée VM06160 et en refusant de reprendre à son compte l'exploitation du service en dépit des demandes formulées en ce sens par la commune ;

- la responsabilité contractuelle de la société Vert Marine doit être engagée dès lors qu'elle n'a pas justifié avoir procédé aux investissements prévus par les stipulations des articles 7 et 21.1 de la convention de délégation de service public et par l'annexe 5B ;

- la responsabilité contractuelle de la société Vert Marine doit être engagée dès lors qu'elle n'a pas respecté l'obligation qui lui était faite d'organiser 20 manifestations à caractère sportif par année d'exploitation en méconnaissance des articles 9 et 24.3.1 de la convention de délégation de service public ;

- les manquements contractuels de la société Vert Marine ont entrainé pour elle les préjudices suivants :

- une somme de 262 670 euros hors taxes correspondant à la subvention d'équipement versée par la commune alors que la société n'a pas acquis les équipements prévus au contrat ;

- une somme de 193 090, 95 euros TTC correspondant aux subventions versées indument par la commune en contrepartie de places réservées lors de manifestations ;

- une somme de 16 638, 60 euros TTC correspondant aux frais d'assistance et de conseil par un avocat engagé en raison des difficultés rencontrées dans l'exécution de la convention par la société Vert Marine ;

- une somme de 87 860, 58 euros TTC correspondant aux honoraires d'avocat, frais irrépétibles et dépens versés dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire de la société VM06160 ;

- une somme de 1 584 euros TTC correspondant aux honoraires d'avocat déboursés pour la procédure de référé intentée devant le tribunal administratif ;

- une somme de 704, 36 euros déboursée pour l'établissement de constats d'huissier aux fins de faire constater la suspension de l'exécution de la convention ;

- une somme de 29 190, 08 euros versée pour la rémunération de l'administrateur judicaire et une somme de 45 000 euros versée à l'administrateur judiciaire de la société VM06160 ;

- une somme de 1 000 euros en réparation du préjudice causé à son image et à sa réputation ;

- une somme de 2 976 253, 41 euros TTC correspondant au déficit supporté par la commune durant l'exploitation en régie ;

- une somme de 11 349, 65 euros correspondant aux redevances d'occupation du domaine public dues pour les années 2015 et 2016 et une somme de 17 350, 06 euros TTC correspondant au manque à gagner de redevance pour occupation du domaine public pour la période allant de la date de la résiliation du contrat à la date de conclusion de la nouvelle délégation de service public ;

- une somme de 54 011, 36 euros correspondant aux honoraires d'avocat et condamnations aux frais irrépétibles déboursés en raison des instances intentées contre les titres exécutoires émis par la commune à l'encontre de la société Vert Marine ;

- une somme de 156 000 euros TTC correspondant au manque à gagner provenant de l'absence de possibilité pour la commune de bénéficier du dispositif qui était prévu au 3ème alinéa du A de l'article 9.5 de la convention de délégation de service public ;

- une somme de 3 146 759 euros TTC correspondant à la charge que représente la conclusion d'une nouvelle délégation de service public laquelle prévoit un reversement de fiscalité au profit du nouveau délégataire devant être évalué à 899 074 euros par an ;

- une somme non définie au titre des pertes de redevances domaniales du fait de la conclusion de la nouvelle délégation de service public ;

- une somme de 48 808, 24 euros correspondant aux frais de personnel qu'elle a dû débourser suite à la liquidation de la société VM06160 ;

- une somme de 18 400 euros TTC correspondant aux frais irrépétibles auxquels elle a été condamnée dans le cadre du contentieux prud'homal engagé par cinq des six salariés de la société VM06160 et une somme de 4 200 euros TTC correspondant aux honoraires d'avocat engagés dans le cadre de cette procédure.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 juillet 2022, le 19 décembre 2023, le 21 décembre 2023 et le 29 janvier 2024, la société Vert Marine, représentée par la SELARL Audicit, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la commune d'Antibes une somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence de respect, par la commune, de la clause de conciliation préalable prévue à l'article 46 de la convention de délégation de service public ;

- la créance est éteinte en raison du caractère définitif de l'ordonnance du juge commissaire du 7 novembre 2017 ;

- la créance n'est pas fondée dès lors que la commune lui a infligé des pénalités pour suspension du service ;

- la société VM06160 a bien acquis les équipements exigés par la convention ainsi qu'en attestent ses bilans comptables lesquelles laissent apparaître des immobilisations à hauteur de 255 121 euros ;

- la commune n'est pas fondée à solliciter le reversement des subventions accordées en raison de la réservation de places pour les manifestations organisées par la société VM06160 dès lors que l'obligation contractuelle d'organisation de manifestations s'appréciait à l'échelle de la totalité de la durée du contrat ;

- la commune ne justifie pas des divers frais et honoraires d'avocat, d'huissier de justice et d'administrateur judiciaire ;

- la commune ne saurait solliciter sa condamnation au paiement des frais de personnel alors qu'elle a été reconnue débitrice de ces sommes par le Conseil des prud'hommes et par la Cour d'Appel ;

- la commune ne saurait solliciter la condamnation de la société au paiement de créances pour lesquelles elle a émis des titres exécutoires ;

- la commune ne justifie pas des déficits et surcoûts qu'elle invoque ; par ailleurs, la progression fulgurante du déficit d'exploitation caractérise une négligence manifeste de la collectivité dans l'exploitation du service ;

- la commune ne saurait solliciter l'indemnisation de redevances d'occupation postérieurement à la résiliation de la convention dès lors que la mise à disposition des locaux a pris fin ;

- la commune a commis des fautes de nature à l'exonérer de sa responsabilité en s'abstenant de réaliser des études de viabilité avant la conclusion du contrat et en s'abstenant de respecter les plannings d'occupation ; en outre, en raison des contraintes liées à l'accueil du club résident, le service n'était pas économiquement viable dans les conditions prévues par la convention de délégation de service public.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 15 février 2024.

Un mémoire et des pièces ont été enregistrés le 24 septembre 2024 pour la commune d'Antibes suite à une mesure d'instruction du tribunal qui lui a été adressée le 21 août 2024, puis communiqués à la société Vert Marine.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code du commerce ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 octobre 2024 :

- le rapport de M. Pascal, Président,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Sebagh pour la commune d'Antibes et de Me Boyer pour la société Vert Marine.

Un note en délibéré a été présentée, le 21 octobre 2024, pour la commune d'Antibes.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Antibes a conclu avec la société Vert Marine, le 19 octobre 2012, une convention lui concédant l'exploitation de la salle omnisports de la ville dite " Azuraréna ", alors en construction, pour une durée de dix ans. Pour l'exécution de ce contrat, une société dédiée a été constituée, la société VM 06160, qui s'est substituée aux droits et obligations de la société Vert Marine. Faisant suite à des difficultés de gestion de cette salle, la société VM06160 a été placée en liquidation judiciaire le 23 juin 2015. Le 24 juin 2015, le liquidateur judiciaire a prononcé la résiliation du contrat la liant à la commune en application de l'article L. 641-11-1 du code de commerce. La commune d'Antibes, estimant que la société Vert Marine restait engagée à son égard en vertu du contrat, l'a mise en demeure de reprendre l'exploitation de la salle. La société Vert Marine s'y refusant, la commune d'Antibes a alors décidé de reprendre l'exploitation de la salle omnisports en régie. Parallèlement, la commune d'Antibes a émis 17 titres exécutoires correspondant, d'une part, à des pénalités dues en raison de l'interruption de l'exploitation du service et de la non fourniture de documents et, d'autre part, à la redevance d'occupation domaniale due en exécution du contrat. Ces titres ont fait l'objet d'un recours contentieux et ont été confirmés, en dernier lieu, par un arrêt du Conseil d'Etat du 12 octobre 2020. Par ailleurs, entre le 31 janvier 2017 et le 30 juin 2020, la commune d'Antibes a émis à l'encontre de la société Vert Marine sept autres titres exécutoires. Après plusieurs mois d'inexécution des obligations contractuelles de la société Vert Marine, la commune a décidé de prononcer la résiliation de la convention de délégation de service public à compter du 1er janvier 2017. L'exploitation en régie s'est alors poursuivie jusqu'au 31 décembre 2019 et, à compter du 1er janvier 2020, l'exploitation de la salle omnisport a été confiée à l'office de tourisme de la commune. Par la présente requête, la commune d'Antibes demande au tribunal de condamner la société Vert Marine à lui verser une somme totale de 7 025 870, 29 euros, augmentée des intérêts de retard à compter du 22 juin 2020 et de la capitalisation des intérêts.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Antibes :

2. Aux termes de l'article 46 de la convention conclue entre la commune d'Antibes et la société Vert Marine, relatif au règlement des différends : " L'autorité délégante et le délégataire conviennent que les différends qui résultent de l'interprétation ou de l'application du contrat ou de ses annexes font l'objet d'une tentative de conciliation par un expert désigné d'un commun accord et dont la charge est partagée à parts égales entre les parties. A défaut de nomination de l'expert ou de conciliation dans un délai de deux mois à compter de la constatation du litige, la partie la plus diligente peut soumettre le litige à la juridiction administrative compétente, soit le tribunal administratif de Nice ".

3. Il résulte de l'instruction que la commune d'Antibes a adressé à la société Vert Marine un courrier daté du 29 août 2019 énumérant les manquements aux obligations contractuelles de la société Vert Marine en vue de recourir à la conciliation prévue par les stipulations de l'article 46 précitées. Une réunion de conciliation s'est ainsi tenue le 28 février 2020 et un courrier récapitulant l'ensemble des demandes de la commune a été adressé le 5 mai 2020. Contrairement à ce que soutient la société Vert Marine, l'article 46 de la convention n'imposait pas le recours à une procédure de conciliation dans un délai de deux mois à compter de la constatation d'un différend mais organisait simplement la possibilité d'une saisine de la juridiction compétente en cas d'absence de conciliation dans un délai de deux mois à compter de l'acceptation, par les parties au contrat, du recours à la procédure de conciliation. Par ailleurs, la société Vert Marine ne saurait reprocher à la commune de ne pas avoir engagé la procédure de conciliation à l'égard de la société VM06160 dès lors que, d'une part, cette société était liquidée à la date du 29 août 2019 et, d'autre part, que la société Vert Marine doit être regardée comme s'étant substituée à cette société suite à sa défaillance. En outre, les différends courriers adressés par la commune d'Antibes font bien état du différend l'opposant à la société Vert Marine. Dès lors, et alors qu'aucune conciliation n'avait abouti dans le délai de deux mois impartis, la commune pouvait saisir la juridiction administrative d'une requête tendant à la réparation, par la société Vert Marine, des conséquences dommageables subies par la commune en raison de l'inexécution, par la société, de ses obligations contractuelles. Par conséquent, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de respect de la procédure de conciliation préalable ne peut qu'être écartée.

Sur la responsabilité contractuelle :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 24.3.1 de la concession conclue entre la société Vert Marine et la commune d'Antibes Juans-les-Pins : " Le délégataire s'engage à fournir à l'autorité délégante 330 places par manifestation dont 36 en catégorie VIP ceci pour chacune des 200 manifestations prévues sur la durée du contrat. En contrepartie de ces fournitures de places, l'autorité délégante verse au délégataire à compter de la date de démarrage de l'exploitation de la salle une somme annuelle et forfaitaire de 99 000 euros HT augmentée du taux de TVA en vigueur. Cette somme résulte d'une mutualisation des 200 manifestations sur les dix années du contrat. Cette somme sera versée mensuellement et d'avance par 1/12ème sur présentation des factures du délégataire et fera l'objet d'une indexation annuelle () ".

5. Il résulte des stipulations de l'article 24.3.1 précité que la société Vert Marine avait l'obligation d'organiser 200 manifestations sur la durée totale du contrat. Aucun autre article de la convention de délégation de service public n'imposait au délégataire l'organisation de 20 manifestations par an. Ainsi, la société Vert Marine n'a commis aucun manquement à ses obligations contractuelles en n'organisant pas précisément 20 manifestations par année d'exploitation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 14 du contrat de délégation de service public conclu entre la société Vert Marine et la commune d'Antibes Juans-les-Pins : " Sous réserve des dispositions de l'article 47, toute cession du contrat est interdite à moins d'un accord préalable de l'autorité délégante ". Et aux termes de l'article 47 du même contrat : " Pour faciliter le contrôle des engagements souscrits et permettre à l'Autorité délégante d'avoir comme interlocuteur unique une seule entité juridique, le délégataire s'engage à affecter au présent contrat une société dédiée postérieurement à la signature du contrat, dont l'objet social sera exclusivement réservé à l'exécution du contrat. / La société dédiée se substituera au délégataire dans l'ensemble de ses droits et obligations issus du contrat et de ses éventuels avenants dans les deux mois maximums qui suivront la date de prise d'effet du contrat. / () le délégataire s'engage à maintenir une participation majoritaire dans le capital de la société dédiée, en actions et en droit de vote, pendant toute la durée du contrat. / Le délégataire s'engage à apporter à la société dédiée tous les moyens humains et financiers et techniques nécessaires à la continuité du service public, conformément au contrat et ce pendant toute sa durée d'exécution. / En outre, le délégataire s'engage de façon irrévocable et inconditionnelle à demeurer parfaitement et entièrement solidaire des engagements qui incombent à la société dédiée tout au long de l'exécution du présent contrat. En cas de défaillance de la société dédiée, l'Autorité délégante pourra mettre en jeu la garantie solidaire due par le délégataire () ".

7. Il résulte de l'instruction qu'en vue de l'exploitation de la salle omnisport des Trois Moulins, la société Vert Marine a constitué le 12 février 2013, conformément aux stipulations de l'article 47 du contrat, la société VM 06160, qui s'est substituée à elle dans l'ensemble de ses droits et obligations contractuels. Après la liquidation de cette société, par un jugement du tribunal de commerce de Rouen du 23 juin 2015, confirmé en appel, la commune d'Antibes a estimé que la société Vert Marine demeurait tenue des engagements contractuels qu'elle avait contractés puis transmis à la société VM 06160. Le Conseil d'Etat a jugé, par un arrêt du 12 octobre 2020 sous le n° 431903, que les stipulations précitées des articles 14 et 47 du contrat n'ont pas eu pour effet de libérer la société Vert Marine des engagements contractuels transmis à la société dédiée VM 06160 dans le cadre de l'exécution du contrat, la société Vert Marine s'étant engagée à demeurer parfaitement et entièrement solidaire des engagements qui incombaient à sa filiale. Cette garantie s'étendait à la défaillance de la société dédiée VM 06160. La société Vert Marine est, dans ces conditions, demeurée solidairement tenue à l'exécution de la convention en litige, le placement en liquidation judiciaire de la société VM 06160 constituant une défaillance au sens de l'article 47 du contrat. La circonstance que, dès le lendemain du jugement du tribunal de commerce, le 24 juin 2015, le liquidateur de la société VM 06160 ait indiqué résilier le contrat en application de l'article L. 641-11-1 du code de commerce, n'a pu avoir d'effet sur les engagements contractuels propres liant la société Vert Marine à l'autorité concédante, en application de l'article 47 du contrat. Par conséquent, en s'abstenant de répondre favorablement aux mises en demeure de la commune d'Antibes visant à la reprise de l'exploitation de la salle omnisport, la société Vert Marine a commis une faute de nature à engager sa responsabilité contractuelle.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 17 du contrat de délégation de service public conclu entre la société Vert Marine et la commune d'Antibes Juans-les-Pins : " Le délégataire est tenu d'assurer la continuité du service qui lui est confié. Toute interruption imprévue dans l'exploitation doit être signifiée par tout moyen dans la journée à l'autorité délégante. Le délégataire n'est exonéré de sa responsabilité en cas d'arrêt du service que dans les hypothèses suivantes : 1. Destruction de tout ou partie des ouvrages sans cause ou raison imputable au délégataire. Dans ce cas, l'autorité délégante et le délégataire conviennent de se rencontrer dans les plus brefs délais, afin d'étudier l'impact de l'interruption de service sur l'équilibre économique général du contrat ainsi que les modalités de poursuite ou de reprise de l'activité. / 2. Arrêt du service dû à un manquement de l'autorité délégante à l'une quelconque des obligations de faire ou de ne pas faire lui incombant, au titre du contrat et présentant pour le délégataire un cas de force majeure. / 3. Evènement extérieur, indépendant de la volonté du délégataire et imprévisible qui rend l'exécution du contrat impossible. / 4. Cas de grèves étrangers à la politique sociale du délégataire dans la mesure où le délégataire a mis tous les moyens en œuvre pour éviter une telle situation () ".

9. Pour tenter de s'exonérer de la responsabilité qui pèse sur elle, la société Vert Marine soutient que la commune a commis une faute en ne réalisant pas d'études de viabilité du service préalablement à la conclusion du contrat alors qu'il existe une offre concurrente locale pour l'activité de salles de spectacle et de salles de réunion rendant difficile la réalisation de recettes commerciales et que la commune et le club sportif local ne respectaient pas les plannings d'occupation.

10. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que ni la société dédiée, ni la société Vert Marine n'ont alerté la commune, durant l'exécution du contrat, sur d'éventuelles difficultés liées à l'existence d'une offre concurrente locale. Par ailleurs, si le rapport de la Cour régionale des comptes souligne cette absence d'étude, aucun autre élément du dossier ne vient établir que l'interruption du service serait due à l'impossibilité, pour la société Vert Marine, d'organiser des manifestations ou de louer des salles de réunion en raison de la présence de deux autres salles de spectacle comportant, au demeurant, un nombre de places plus limité.

11. D'autre part, il résulte de l'instruction que la société Vert Marine a alerté la commune d'Antibes à plusieurs reprises à propos de difficultés d'organisation dues au comportement du club sportif local et aux contraintes imposées par l'accueil du club et notamment le temps devant être consacré au montage et au démontage des installations. Toutefois, la société disposait, en tant qu'exploitant de la salle, du droit de faire respecter les conditions d'utilisation de la salle par le club résident et aucun élément du dossier ne vient démontrer que la commune d'Antibes n'aurait pas respecté les plannings d'occupation. Par ailleurs, la société Vert Marine, qui a pour objet la gestion d'installations sportives, ne pouvait ignorer, au moment de la conclusion du contrat, le temps imparti au montage et démontage des installations après l'accueil d'un match de basket. Par suite, la société Vert Marine n'est pas fondée à soutenir qu'elle devrait être exonérée de sa responsabilité.

12. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de la société Vert Marine doit être engagée pour tous les manquements à ses obligations contractuelles ainsi qu'il a été dit aux points 6 à 11.

Sur l'exception d'extinction de la créance :

13. Si la société Vert Marine soutient que la créance est éteinte en raison de l'autorité de chose jugée attachée à l'ordonnance de rejet du juge commissaire du 7 novembre 2017 prise dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire à l'égard de la société VM 06160, il est constant qu'elle n'est pas fondée à se prévaloir de l'extinction de la créance dès lors qu'elle doit être regardée comme s'étant substituée à la société dédiée défaillante.

Sur les préjudices :

14. Aux termes de l'article 34 de la convention de délégation de service public conclue entre la commune d'Antibes et la société Vert Marine : " Dans les conditions prévues ci-dessous, faute pour le délégataire de remplir les obligations qui lui sont imposées par le contrat, des pénalités peuvent lui être infligées par l'autorité délégante. Ces sanctions trouveront à s'appliquer sans préjudice non seulement des sanctions résolutoires applicables mais également s'il y a lieu, de devoir supporter la charge des dommages intérêts dus aux tiers ou à l'autorité délégante. / 1. Exploitation du service : en cas de retard dans l'entrée en fonctionnement du service du fait du délégataire, d'interruption générale ou partielle, de non-conformité de l'exploitation aux prescriptions techniques applicables, de non-respect des règles d'hygiène et de sécurité, de négligence dans le renouvellement ou l'entretien des équipements et matériels, après une mise en demeure restée infructueuse pendant 2 jours calendaires, le délégataire peut être redevable sur décision de l'autorité délégante, d'une pénalité forfaitaire égale à 2 000 euros par jour () / 3. En cas de non-production des documents et pièces prévus aux articles 13 ou 30, du présent contrat, dans les délais impartis, et 2 jours calendaires après une mise en demeure restée infructueuse, une pénalité égale à 500 euros par jour de retard sera appliquée () ". Aux termes de l'article 8 de la même convention : " Dans le cadre du présent contrat, le délégataire s'engage à assurer la sécurité, le bon fonctionnement et la continuité du service () ". Aux termes de l'article 17 de la même convention : " Le délégataire est tenu d'assurer la continuité du service qui lui est confié () ".

15. Le cumul entre les pénalités prévues par un contrat et les dommages intérêts n'est possible que si les dommages intérêts sont destinés à réparer un préjudice distinct de celui visé par les pénalités.

16. Il résulte de l'instruction que la commune d'Antibes a infligé des pénalités sur le fondement de l'article 34 de la convention de délégation de service public précité à la société Vert Marine pour interruption du service pour la période allant du 18 août 2015 au 31 décembre 2016 et que ces pénalités ont pour objet de sanctionner forfaitairement le préjudice qu'est susceptible de causer à l'autorité délégante le non-respect, par le titulaire du contrat, de ses obligations contractuelles, en l'occurrence, l'obligation de continuité du service public.

17. En premier lieu, la commune sollicite la restitution d'une somme de 193 090, 95 euros TTC correspondant aux subventions indument versées au délégataire en contrepartie de la réservation de places lors de l'organisation d'une manifestation par le délégataire en application des stipulations de l'article 24.3.1 cité au point 6. L'administration est en droit d'obtenir auprès du titulaire le remboursement des avances versées lorsque le contrat est résilié sous réserve de la part de subvention allouée destinée à une prestation prévue au contrat et qui a été effectivement réalisée. Si la société Vert Marine soutient que la commune lui a infligé des pénalités pour interruption du service et qu'elle ne peut, dès lors, pas solliciter d'indemnisation complémentaire, il est constant que les sommes que la commune d'Antibes souhaite recouvrir correspondent aux subventions versées à tort entre le 11 juillet 2013 et le 24 juin 2015, soit une période antérieure à l'interruption du service sanctionnée par des pénalités. Il résulte de l'instruction que la commune d'Antibes a versé à la société VM 06160 une somme totale de 196 108 euros HT sur le fondement de l'article 24.3.1 précité durant la période allant du 11 juillet 2013 au 24 juin 2015 alors que la société VM 06160 n'a organisé que sept manifestations sur cette période. Si effectivement les termes du contrat n'imposaient pas l'organisation de 20 manifestations par an, ainsi qu'il a été dit au point 5, il n'en demeure pas moins que les sommes versées annuellement au titre de la subvention prévue à l'article 24.3.1 compensaient l'octroi de 330 places pour 20 manifestations, le calcul du montant de la subvention annuelle résultant d'une mutualisation des 200 manifestations à réaliser sur la totalité de la durée du contrat, soit 10 années. Par suite, la commune est fondée à solliciter le reversement du trop-perçu, qu'il convient d'évaluer à la somme de 161 458 euros hors taxes, soit 193 749, 60 euros toutes taxes comprises, par la société Vert Marine, laquelle société est demeurée entièrement solidaire des engagements pesant sur la société dédiée durant toute la durée du contrat.

18. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, d'une part, que la commune d'Antibes a versé une indemnité de secours au personnel de la société VM 06160 suite au placement en procédure de liquidation judiciaire de cette dernière et, d'autre part, qu'elle a été condamnée, en dernier lieu, par cinq arrêts de la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence du 16 janvier 2020 à reprendre les contrats des personnels de la société VM 06160 et à leur verser la rémunération qui leur était due pour la période allant du 25 juin au 17 août 2015. Au titre de l'indemnité de secours, la commune justifie d'un reste à charge de 2 041, 88 euros et au titre des salaires, indemnités de congés payés et dommages intérêts versés aux salariés, la commune d'Antibes justifie avoir été condamnée au paiement d'une somme de 40 372, 57 euros. Par ailleurs, dans le cadre de la procédure prud'homale, la commune d'Antibes a été condamnée au versement de frais irrépétibles à hauteur de 13 400 euros et justifie, par la production de factures, avoir déboursé une somme de 17 184 euros toutes taxes comprises au titre des frais d'avocat. Si la société Vert Marine soutient que la commune d'Antibes n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation de ces sommes en raison de l'autorité de la chose jugée s'attachant aux arrêts de la Cour d'Appel lesquels l'ont mise hors de cause, il est constant que cette dernière ne s'est pas prononcée sur la responsabilité contractuelle pesant sur la société Vert Marine à l'égard de la commune d'Antibes. La requête présentée par la commune d'Antibes ne présentant pas le même objet, aucune autorité de la chose jugée ne peut être opposée. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 16, les pénalités pour interruption du service ont été infligées pour la période allant du 18 août 2015 au 31 décembre 2016 de sorte que celles-ci n'ont manifestement pas pu avoir pour objet de réparer forfaitairement les frais liés au personnel dus à raison d'une période antérieure. Par suite, la commune est bien fondée à solliciter la condamnation de la société Vert Marine à prendre en charge les frais afférents au personnel de la société VM 06160 et les frais déboursés dans le cadre de la procédure prud'homale. Il y a lieu de fixer cette indemnité à la somme de 72 998, 45 euros.

19. En troisième lieu, la commune sollicite le reversement de la somme de 262 670 euros hors taxes correspondant à la somme versée en application de l'article 21.1 de la convention.

20. Aux termes de l'article 7 du contrat de délégation de service public conclu entre la société Vert Marine et la commune d'Antibes Juans-les-Pins : " () Le délégataire met à disposition de la délégation des biens dont un inventaire B joint également en Annexe 5B, précisant leur valeur, leur durée d'amortissement et leur date d'acquisition. L'Autorité délégante disposera d'un délai de 2 mois pour l'accepter. Cet inventaire sera mis à jour annuellement par le délégataire qui en informera l'autorité délégante dans le cadre du rapport annuel à l'article 30.1 ". Aux termes de l'article 21.1 du même contrat : " La fourniture des équipements qui figurent en Annexe 5 B sont à la charge du délégataire. Ces équipements constituent des biens de retour à titre gratuit au profit de l'Autorité délégante au terme normal du contrat. En contrepartie de ces investissements qui sont à la charge du délégataire, l'autorité délégante s'engage à verser une subvention d'équipement d'un montant de 262 670 euros. Le versement de cette subvention interviendra au plus tard dans un délai de 3 mois après l'entrée en vigueur du présent Contrat, et au plus tard au 31 mars 2013 ".

21. Si la commune soutient que la société n'a réalisé aucun des investissements prévus par l'Annexe 5 B, elle ne l'établit pas. La seule carence de la société Vert Marine à fournir l'inventaire prévu par l'article 21.1 précité n'est pas de nature à démontrer l'absence d'investissements. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'un courrier du 24 février 2014 de la société Vert Marine fait état d'achats comptabilisés à hauteur de 158 987, 87 euros hors taxes et l'existence d'achats non encore comptabilisés mais listés dans le courrier et que la liasse fiscale de la société VM06160 démontre l'existence d'immobilisations corporelles pour un montant total de 248 026 euros dont 139 907 euros au titre des installations techniques, matériel et outillage industriels, 22 653 euros au titre des installations générales, agencements et aménagements divers et 85 464 euros au titre du matériel de bureau et mobilier informatique. Par suite, la commune d'Antibes n'est pas fondée à soutenir que la société Vert Marine n'a pas procédé aux investissements prévus par les stipulations de l'article 21.1 précitées.

22. En quatrième lieu, si la commune sollicite une somme de 16 638, 60 euros en frais d'assistance et de conseil pour résoudre les difficultés rencontrées dans l'exécution de la convention de service public avec la société Vert Marine, seule une somme de 1 980 euros toutes taxes comprises présente un lien de causalité direct et certain avec la faute commise par la société Vert Marine, les autres prestations intégrées au sein de la même facture ayant été réalisées au cours des mois de mars, avril et mai, soit préalablement au refus opposé par la société Vert Marine de reprendre les engagements contractuels. Il y a donc lieu de fixer l'indemnité due à raison des frais d'assistance et de conseil à la somme de 1 980 euros.

23. En cinquième lieu, c'est à bon droit que la commune sollicite l'indemnisation d'une somme de 704, 36 euros correspondant aux frais exposés pour l'établissement de procès-verbaux d'huissier de justice aux fins de faire constater l'arrêt de l'exploitation de la salle omnisport.

24. En sixième lieu, la commune d'Antibes soutient avoir exposé une somme de 29 190, 08 euros pour la nomination et la rémunération de l'administrateur judiciaire ainsi qu'une somme 45 000 euros correspondant aux frais d'administrateur judiciaire. Toutefois, il résulte de l'instruction que la commune ne justifie que d'une somme de 6 814, 85 euros mise à sa charge par une ordonnance de taxe du président du tribunal de commerce du 5 novembre 2015 au titre des frais et honoraires du mandataire judiciaire ad'hoc de la salle omnisport. La somme de 45 000 euros n'a été versée par la commune qu'à titre de provision et n'a été que partiellement consommée aux fins de verser les indemnités de secours aux salariés de la société dédiée dont la commune a, par ailleurs, sollicité le reversement dans la présente instance. En outre, la commune d'Antibes justifie avoir exposé des frais d'avocat à hauteur de 3 168 euros TTC dans le cadre de la procédure judiciaire relative au mandataire ad'hoc de la salle omnisport. Il y a donc lieu de fixer, pour ce chef de préjudice, l'indemnité à une somme de 9 982, 85 euros.

25. En septième lieu, la commune sollicite l'indemnisation des frais déboursés dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire de la société VM06160. Toutefois, il résulte de l'instruction, d'une part, que la société Vert Marine a apporté des moyens financiers à la société VM 06160 à hauteur de 470 000 euros et, d'autre part, qu'aucun élément du dossier ne vient démontrer que la liquidation judiciaire de la société VM 06160 serait la conséquence de manquements contractuels imputables à la société Vert Marine. Par suite, le lien de causalité entre la faute commise par la société Vert Marine et les frais irrépétibles, les dépens et les honoraires exposés par la commune d'Antibes dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire de la société VM 06160 n'est pas caractérisé.

26. En huitième lieu, les collectivités publiques peuvent, en matière contractuelle, soit constater elles-mêmes les créances qu'elles détiennent sur leurs cocontractants et émettre des titres exécutoires, soit saisir le juge administratif d'une demande tendant au recouvrement de ces créances. Toutefois, elles ne peuvent pas saisir d'une telle demande le juge lorsqu'elles ont décidé, préalablement à cette saisine, d'émettre des titres exécutoires en vue de recouvrer les sommes en litiges. Dans un tel cas, dans la mesure où la décision demandée au juge aurait les mêmes effets que le titre émis antérieurement, la demande présentée est dépourvue d'objet et par suite irrecevable même dans le cas où les titres exécutoires auraient été annulés par la juridiction compétente.

27. Ainsi que le soutient la société Vert Marine, il résulte de l'instruction que la commune, qui sollicite l'indemnisation d'une somme de 720 144, 56 euros correspondant au déficit exposé par elle durant la période allant du 18 août 2015 au 31 décembre 2016, a émis un titre exécutoire à l'encontre de la société vert Marine en vue de recouvrer cette même somme le 17 octobre 2017. Cette demande d'indemnisation est, par suite, dépourvue d'objet et donc irrecevable. Il en va de même pour la somme de 11 349, 65 euros réclamée par la commune au titre des redevances d'occupation du domaine public dues à raison de la même période, laquelle a fait l'objet de deux titres exécutoires émis le 3 février 2017 et le 16 janvier 2018.

28. En neuvième lieu, si les frais de justice qui ont été exposés en conséquence directe d'une faute commise par un cocontractant sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute, ce n'est que dans le cas où l'intéressé n'a pas fait valoir devant le juge une demande fondée sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans un tel cas, le préjudice doit être regardé comme intégralement réparé par la décision que prend le juge sur ce fondement.

29. D'une part, il résulte de l'instruction que dans les instances intentées contre les titres exécutoires, la commune d'Antibes était bien une partie. Par ailleurs, elle a présenté des demandes fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans les instances rejetant les requêtes de la société Vert Marine, elle a été indemnisée à ce titre. D'autre part, pour les instances à l'issue desquelles les titres ont été annulés, la commune d'Antibes ne justifie pas des frais et honoraires d'avocat exposés par elle en se contentant de produire des factures globales qui ne permettent pas de rattacher les sommes facturées aux sommes strictement exposées dans ces litiges. Par ailleurs, si la commune soutient avoir exposé une somme de 1 584 euros dans le cadre de la procédure de référé intentée devant le tribunal administratif de Nice, la facture produite n'est pas cohérente avec ladite procédure.

30. En dixième lieu, la commune sollicite une somme de 2 256 108, 85 euros au titre du déficit d'exploitation accusé par elle entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2019 et une somme de 3 146 759 euros correspondant aux surcoûts exposés par elle suite à la conclusion d'une nouvelle délégation de service public pour l'exploitation de la salle. Si effectivement il revient au titulaire du contrat initial de supporter la charge du recours à un contrat de substitution ou à une mise en régie même lorsque le contrat de substitution ou la mise en régie n'a pas permis de réaliser avec succès les prestations attendues, il revient à la collectivité publique d'apporter la preuve de l'existence d'un surcoût. Pour justifier du déficit allégué, la commune d'Antibes se contente de produire des comptes administratifs portant sur les années 2017 et 2018 lesquels n'ont ni été votés, ni transmis en préfecture, ni certifiés par un expert-comptable, ni accompagnés des pièces justificatives nécessaires. Pour justifier du surcoût occasionné par la conclusion d'une nouvelle délégation de service public, la commune d'Antibes se contente de produire la nouvelle convention laquelle contient un article 20.2 prévoyant le versement d'une contribution sous forme de reversement de fiscalité pour compenser les différentes contraintes imposées par la gestion du service public et soutient, sans autre pièce justificative, que les sommes versées annuellement doivent être évaluées à 899 074 euros. Par suite, la commune d'Antibes n'établit pas la réalité des préjudices de déficit et de surcoût qu'elle allègue.

31. En onzième lieu, aux termes de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ". Aux termes de l'article L. 2125-3 : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ". Aux termes de l'article L. 2125-6 : " En cas de retrait de l'autorisation avant le terme prévu, pour un motif autre que l'inexécution de ses clauses et conditions, la partie de la redevance versée d'avance et correspondant à la période restant à courir est restituée au titulaire ". Il résulte de ces dispositions que la redevance pour occupation du domaine public n'est due qu'à raison de l'occupation du domaine par le titulaire de l'autorisation et que, hormis le cas où le titulaire n'a pas respecté les termes de son autorisation, la personne publique doit rembourser les avances de redevance versées en cas d'interruption de l'autorisation avant le terme prévu.

32. La commune d'Antibes soutient qu'elle a subi un manque à gagner en raison du défaut de versement de la redevance pour occupation du domaine public pour la période allant de la date de résiliation du contrat, soit le 1er janvier 2017, à la date de la conclusion de la nouvelle délégation de service public, soit le 31 décembre 2019. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 25, la redevance pour occupation du domaine public est versée en contrepartie de l'occupation accordée et des avantages que peut procurer l'occupation. Par suite, la commune ayant récupéré la pleine possession de la salle omnisport à compter de la date de résiliation du contrat, elle a pu en tirer tous les avantages procurés par son exploitation. Par conséquent, elle n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation des pertes de redevances d'occupation du domaine public postérieures à la résiliation du contrat la liant à la société Vert Marine.

33. La commune d'Antibes soutient également qu'elle subit un manque à gagner de redevances d'occupation du domaine public depuis la conclusion de la nouvelle convention de délégation de service public mais elle n'apporte pas la preuve de la réalité du préjudice ainsi allégué.

34. En douzième lieu, aux termes de l'article 9.5 de la convention de délégation de service public liant la commune d'Antibes à la société Vert Marine : " () En outre, dans la limite de cinq évènements organisés par l'autorité délégante par an à caractère d'intérêt communal, le délégataire s'engage à prendre en charge, en sus des coûts fixes ci-dessus visés, les frais liés à l'organisation de l'évènement dans la limite d'un coût de revient de 4 000 euros hors taxes qui seront couverts par la contribution visée à l'article 24.3.3 () ".

35. La commune soutient qu'elle a subi un manque à gagner caractérisé par l'absence de participation aux frais liés à l'organisation d'événements à caractère d'intérêt communal pour la période postérieure à la résiliation du contrat devant être évalué à la somme totale de 156 000 euros toutes taxes comprises. Toutefois, la commune d'Antibes ne justifie pas de la réalité de son préjudice en s'abstenant de démontrer avoir organisé de tels évènements sur la période considérée.

36. En dernier lieu, si la commune d'Antibes soutient que le refus opposé par la société Vert Marine de reprendre l'exécution du contrat suite à la défaillance de la société dédiée lui a causé un préjudice d'atteinte à son image, elle ne l'établit pas en se bornant à produire un article de presse, lequel précise d'ailleurs que la ville assurera la gestion courante et que cela n'aurait pas d'impact sur les matchs de l'équipe de basketball.

37. Il résulte de tout ce qui précède que la société Vert Marine doit être condamnée à verser à la commune d'Antibes la somme de 279 415, 26 euros.

Sur les intérêts :

38. La commune d'Antibes a droit aux intérêts au taux légal, correspondant à l'indemnité de 279 415, 26 euros, à compter du 22 juin 2020, date d'introduction de la requête.

Sur la capitalisation des intérêts :

39. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 22 juin 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 22 juin 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date et jusqu'à paiement de la somme due.

Sur les frais liés au litige :

40. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Antibes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Vert Marine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

41. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des mêmes dispositions et de mettre à la charge de la société Vert Marine la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Antibes et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La société Vert Marine est condamnée à verser à la commune d'Antibes la somme de 279 415, 26 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 22 juin 2020. Les intérêts échus à la date du 22 juin 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La société Vert Marine versera à la commune d'Antibes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Vert Marine et à la commune d'Antibes Juan-les-Pins.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, première conseillère,

Mme Sandjo, conseillère,

assistés de Mme Ravera, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le Président rapporteur,

signé

F. Pascal

L'assesseure la plus ancienne,

signé

G. DurouxLa greffière,

signé

C. Ravera

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les huissiers de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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