mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2002471 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D AVOCATS PLENOT-SUARES-ORLANDINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er juillet 2020 et 13 février 2023, la société VEOLIA EAU - COMPAGNIE GENERALE DES EAUX et la société EXPLOITATION DES ETABLISSEMENTS TREVE ABEL, représentées par Me Lacrouts, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le président de la communauté d'agglomération Sophia-Antipolis a implicitement rejeté son mémoire en réclamation ;
2°) d'établir le décompte général du marché à la somme de 2 322 633,81 euros hors taxes ;
3°) de condamner la communauté d'agglomération Sophia-Antipolis à leur régler le solde du marché (lot n°1) d'un montant de 705 364,17 euros toutes taxes comprises, correspondant à la somme de 222 232,86 euros hors taxes au titre de l'indemnisation des postes supplémentaires, à la somme de 19 152,99 euros hors taxes au titre des contestations de moins-values, à la somme de 99 250 euros au titre des pénalités de retard et à la somme de 158 850,56 euros toutes taxes comprises au titre de la contestation de l'état du solde à payer faisant état du paiement des situations n°11 et n° 12 qui n'a pas été perçu sur le compte ouvert au nom du groupement ;
4°) d'assortir cette condamnation des intérêts moratoires à compter du 25 juin 2019 jusqu'à parfait règlement ainsi que de la capitalisation des intérêts ;
5°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Sophia-Antipolis la somme de 6 000 euros à verser à chacune d'elles en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le recours est recevable ;
- elles ont droit à l'indemnisation des travaux supplémentaires qu'elles ont dû engager pour un montant total de 222 232,86 euros hors taxes ; aucun des 15 postes concernés par la réclamation n'est inclus dans le prix de l'entreprise ;
- le poste M1 " améliorations techniques " recouvre des travaux modificatifs qui ont été demandés en cours d'exécution puis validés par le maitre d'œuvre et le maitre d'ouvrage ; ces modifications qui ne résultent pas de leur initiative ont un caractère utile, nécessaire et indispensable du fait de l'évolution de l'ouvrage ;
- le poste M2 " mise à jour des pièces de robinetterie " a été partiellement accepté dans le décompte, cependant un complément de rémunération relatif à la totalité des sommes engagées à ce titre doit lui être versé ;
- le poste M5 " mise à jour des dispositifs anti-bélier " correspond à des travaux d'amélioration tenant à un changement de dimensionnement des ballons, résultant d'une insuffisance lors de la phase de conception de la station ;
- le poste M6 " aménagement du local pompage " correspond à des changements opérés en cours d'exécution (structure sur pilotis et mise en place de boîte de jonction) qui ont été réceptionnés sans réserve ;
- le poste M8 " modification des armoires de distribution électrique et adaptations diverses pour le démarrage de la 4ème pompe sur groupe électrogène " correspond, d'une part, à des travaux de remplacement des armoires ATV 600 par des armoires compactes, faute de place, qui ont ainsi été rendus indispensables pour installer l'ensemble des équipements prévus, d'autre part, à des travaux relatifs à une évolution de la distribution électrique nécessaires pour le démarrage de la 4ème pompe ;
- les postes A1 et A2 relatifs à la mise en œuvre de " mesures accélératrices " correspondent, d'une part, à la réalisation de travaux de terrassements et de pose de la canalisation dans le tréfonds en cours d'exécution, en période estivale, d'autre part, à l'installation de portes sécurisées pour protéger les installations en cours de chantier ;
- le poste I1 " contraintes acoustiques " correspond à des mesures d'adaptation du projet à la réglementation acoustique qui ont dû être réalisées en cours de chantier en raison de la remise tardive du point zéro ;
- le poste I2 relatif à des frais de maintenance approfondie des pompes suite à l'arrêt prolongé du chantier correspond à des travaux indispensables qu'elles ont dû engager pour que les pompes fonctionnent à nouveau après l'arrêt du chantier et éviter leur usure prématurée, voire une rupture brutale ;
- les postes GC1, GC4, GC9 et GC10 sont relatifs à des compléments d'études et des modifications, qui ont été imposés ;
- les postes GC14 et GC15 sont relatifs, d'une part, à des travaux de chemin d'accès et de retournement, d'autre part, à une indemnisation de l'immobilisation suite à la grève du personnel sur site, qui ont été partiellement indemnisés ; cependant elles ont droit à l'indemnisation intégrale de ces deux postes ;
- les moins-values que le maitre d'ouvrage a appliqué dans le décompte général à hauteur de 19 152,99 euros hors taxes ne sont pas justifiées ;
- les pénalités de retard infligées par le maitre d'ouvrage doivent être réajustées au regard des conclusions de l'expert judiciaire qui ne retient que 150 jours de retard et non 288 ; seule la somme de 99 150 euros hors taxes peut donc être appliquée au titre des pénalités de retard ;
- le décompte du marché doit ainsi être établi à la somme de 2 322 633,81 euros hors taxes et la communauté d'agglomération Sophia-Antipolis doit être condamnée à leur verser au titre du solde du marché la somme de 705 364,17 euros toutes taxes comprises.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 17 juin 2021 et 7 mars 2023, la communauté d'agglomération Sophia-Antipolis, représentée par Me Gaspart, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 6 500 euros soit mise à la charge des sociétés requérantes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des marchés publics ;
- la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 ;
- le décret n° 76-87 du 21 janvier 1976 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux ;
- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 juin 2024 :
- le rapport de Mme Gazeau,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lacrouts, représentant les sociétés requérantes, et de Me Harket, représentant la communauté d'agglomération Sophia-Antipolis.
Une note en délibéré présentée par la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis a été enregistrée le 20 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Aux fins de construction d'une station de pompage d'eau potable du Jas de Madame (commune de Villeneuve-Loubet), un marché à procédure adaptée a été engagé par avis d'appel public à la concurrence le 11 juin 2015 par le syndicat intercommunal du littoral de la rive droite du Var (SILRDV), au droit duquel est venue la communauté d'agglomération Sophia-Antipolis (CASA). Le lot n° 1 " station de pompage " a été attribué au groupement d'entreprise constitué des sociétés VEOLIA EAU-COMPAGNIE GENERALE DES EAUX (VEOLIA EAU - CGE) et SOCIETE D'EXPLOITATION DES ETABLISSEMENTS TREVE ABEL (SEETA) par acte d'engagement notifié le 10 décembre 2015, pour un montant forfaitaire de 2 379 854,56 euros. Ce groupement a sous-traité à la SOCIETE D'ETUDES DE TUYAUTERIE INDUSTRIELLE ET DE CHAUDRONNERIE (SETIC), laquelle a été agréée par le maitre d'ouvrage, les prestations de fourniture et d'installation du réseau de canalisations internes à la station. La maîtrise d'œuvre complète de l'opération a été confiée à la société TPF INGENIERIE (TPFI) et le contrôle extérieur l'a été à la société BTP CONSULTANT. Par ordre de service du 11 février 2016, le maitre d'œuvre a notifié le démarrage des travaux. Le 24 novembre 2016, une importante fuite d'eau s'est produite sur la canalisation d'aspiration, inondant le niveau enterré de la station et provoquant un débordement de l'eau par les seuils de porte et orifices situés à hauteur du rez-de-chaussée ayant eu pour conséquence un ravinement du terrain alentour. A la demande des sociétés VEOLIA - CGE et SEETA, une expertise a été diligentée par le juge des référés au terme de laquelle l'expert, M. A, a relevé, dans son rapport déposé le 9 mai 2017, un nombre important de déformation et désaxages sur les canalisations hydrauliques fournies par la société SETIC. Le contrat de sous-traitance conclu entre la société VEOLIA EAU - CGE et la société SETIC a été, à la suite de cette expertise, résilié le 15 mai 2017. Une nouvelle expertise a été diligentée par le juge des référés du tribunal de commerce d'Antibes, lequel a désigné M. A, en qualité d'expert. Dans son rapport remis le 5 juin 2021, M. A a conclu à un partage de responsabilité de 16,7% pour VEOLIA, 16,7% pour TPFI et 66,6% pour SETIC.
2. Par décision du 10 avril 2019, la CASA a prononcé la réception des travaux. La société VEOLIA EAU - CGE a adressé le 16 mai 2019 son projet de décompte au maitre d'œuvre pour un montant total de 2 303 783,83 euros hors taxes. Le maitre d'œuvre a adressé au maitre d'ouvrage, le 25 octobre 2019, un projet de décompte général pour un montant de 2 081 243,96 euros hors taxes avec un solde à régler de 135 869,99 euros toutes taxes comprises. Ce projet de décompte a été accepté par le maitre d'ouvrage et notifié à la société VEOLIA EAU - CGE le 23 décembre 2019. La société VEOLIA EAU - CGE a présenté, le 7 février 2020 auprès du maitre d'ouvrage, et les 31 janvier et 6 février 2020 auprès du maitre d'œuvre, un mémoire en réclamation, aux termes duquel elle sollicitait le paiement de la somme de 705 364,17 euros toutes taxes comprises au titre du solde du marché, incluant une indemnisation pour postes supplémentaires, des contestations de moins-values, l'application de pénalités de retard pour seulement 105 jours de retard au lieu de 288 jours et une contestation de l'état du solde à payer concernant les situations nos 11 et 12 dont le paiement n'a pas été reçu. La société VEOLIA EAU - CGE et la société SEETA demandent au tribunal d'annuler la décision du président de la CASA rejetant implicitement leur mémoire en réclamation établi dans le cadre du règlement financier du lot n° 1 du marché de réalisation de la station de pompage du Jas de Madame à Villeneuve-Loubet, d'établir le décompte général du marché à la somme de 2 322 633,81 euros hors taxes et de condamner la CASA à leur verser la somme de 705 364,17 euros toutes taxes comprises au titre du solde du marché.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la CASA :
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant rejet implicite du mémoire en réclamation :
3. Le juge du contrat n'a pas le pouvoir de prononcer, à la demande de l'une des parties, l'annulation de mesures prises par l'autre partie, lesquelles ne sont pas détachables de l'exécution du marché. Il lui appartient seulement de rechercher si ces mesures sont intervenues dans des conditions de nature à ouvrir un droit à indemnité. Par suite, les conclusions présentées par les sociétés requérantes tendant à l'annulation de la décision de la CASA portant rejet implicite de leur mémoire en réclamation sont irrecevables et doivent être rejetées. La fin de non-recevoir opposée à ce titre par la CASA doit dès lors être accueillie.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ". La requête des sociétés VEOLIA EAU - CGE et SEETA, bien que succincte, rappelle cependant les faits, précise le fondement des demandes qui y sont formulées et le montant des sommes demandées et est également motivée par référence au mémoire en réclamation, joint à la requête. Dans ces conditions, une telle motivation répond aux exigences posées à l'article R. 411-1 du code de justice administrative et, dès lors, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la CASA doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne les travaux supplémentaires :
5. Dans son projet de décompte final, le groupement composé des sociétés VEOLIA EAU - CGE et SEETA a demandé l'indemnisation de 28 postes de travaux supplémentaires engagés dont 13 ont été acceptés et intégrés au décompte général définitif. Le groupement requérant demande l'indemnisation des 15 autres postes.
6. L'article 4 du cahier des clauses techniques particulières du lot n°1 prévoit : " Etendues des prestations : l'ensemble des prestations nécessaires à la réalisation des travaux d'équipements sont les suivantes : - les installations de chantier, leur entretien et charges / - les études d'exécutions hydrauliques y compris protection anti-bélier / - les études d'exécutions électriques et électromécaniques / - les études d'exécution acoustique / - l'établissement du PID, des notes de calcul / - la fourniture, la pose et la mise en service du matériel / - le repliement et le nettoyage final du chantier ". L'article 6 de ce cahier, relatif à la décomposition des prix globaux et forfaitaires, mentionne : " () l'entrepreneur s'engage, du seul fait de répondre à l'offre à exécuter dans les règles de l'art une installation complète et en parfait ordre de marche ; il ne pourra être réclamé de supplément ultérieurement pour tout matériel qui aurait été omis, mais prévu au descriptif ou sur les plans ou que la conception imposerait par elle-même ".
7. Le caractère global et forfaitaire du prix du marché ne fait pas obstacle à ce que l'entreprise cocontractante sollicite une indemnisation au titre de travaux supplémentaires effectués, même sans ordre de service, dès lors que ces travaux étaient indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art.
S'agissant du poste M1 " améliorations hydrauliques " :
8. L'article 65 du cahier des clauses techniques particulière prévoit, s'agissant des canalisations et équipements hydrauliques : " () les canalisations enterrées d'alimentation et de distribution d'eau potable seront en béton AME tôle. Les canalisations situées à l'intérieur des ouvrages seront en Inox 316L et protégées par passivation. / Les éléments de conduite et les pièces de raccord seront soit soudés entre eux soit équipés de brides. () / Les éléments à raccorder sur les pièces de robinetterie (vannes, clapets, compteurs, manchons, plaques pleines) seront toutes équipées de brides () ". L'article 68 précise, s'agissant des canalisations gravitaires : " - les liaisons s'effectueront obligatoirement en tuyau type " assainissement " à joints étanches (PVC, PEHD, béton armé centrifugé, acier ou fonte) et se feront avec une pente suffisante pour assurer l'évacuation du débit maximum de transit ; / - les canalisations seront posées soigneusement sur lit de sable ou de gravier et les tranchées remblayées selon ls règles de l'art. Si la hauteur de couverture au-dessus de la génératrice supérieure de la canalisation est insuffisante, celle-ci sera renforcée par enrobage béton ; toute autre solution (canalisation sur plots ) ne sera tolérée qu'à titre exceptionnel et à condition qu'elle ait été prévue dans le descriptif des travaux à l'établissement de la proposition et acceptée comme telle au marché ; / - chaque changement de direction ou de pente ainsi que chaque jonction donnera lieu à la mise en place d'un regard de visite étanche. Les regards ainsi que les dispositifs de fermeture seront conçus pour résister aux surcharges roulantes. / Pour les canalisations d'aspiration et de refoulement, la proposition de l'entrepreneur doit comprendre la protection de l'ensemble des conduites contre les coups de bélier. / Le supportage des canalisations sera généralement réalisé en éléments aciers inoxydables (suspente, collier, visserie). L'entreprise devra placer les joints indispensables pour la protection des réseaux installés contre les contraintes liées à la dilatation des tubes ; d'autre part, toutes les pièces et joints éventuels seront prévus pour autoriser les démontages et remontages aisés des canalisations. / () Toutes les brides seront du type standard () ". Enfin, l'article 72 de ce cahier, relatif aux dispositifs anti-bélier, précise : " Un ballon est prévu sur l'aspiration et le refoulement. () / Les ballons seront isolés de la canalisation à l'aide d'une vanne. / Sur la canalisation de jonction et en amont de la vanne d'isolement du réseau principal seront installés un té et une vanne pour la vidange du ballon. Le tuyau de vidange sera raccordé au réseau de collecte des eaux d'égoutture () ".
9. Les sociétés requérantes soutiennent qu'en cours d'exécution du chantier, des améliorations hydrauliques ont été demandées et validées par le maitre d'œuvre et le maitre d'ouvrage lors de la réception de l'ouvrage. Ces améliorations, évaluées à la somme de 24 000 euros, consistent, selon les requérantes, en une augmentation du diamètre des tuyaux de liaison aux anti-béliers de 205 à 450 mm, des butées en béton, un assemblage des tuyaux non plus par soudures mais par brides, facilitant les interventions sur l'ouvrage, deux ouvrages de protection des ballons anti-béliers (clapets anti-retour) alors que les ballons devaient être piqués directement sur les conduites d'aspiration et de refoulement, la création d'un système de vidange des ballons anti-béliers comportant un réseau PEHD avec vidanges, vannes, piquage et détendeur et une boite à boue alors qu'il n'était prévu qu'une seule vidange de type DN 60, des supports de canalisation (chaises et jambes de force) pour servir d'appui aux dits tuyaux et sur les cônes de réduction en entrée et sortie de pompes, l'ajout de deux ventouses sur l'installation interne et de cinq points de vidange de l'installation. Toutefois, par ces seules allégations, les sociétés requérantes ne démontrent, ainsi que cela leur incombe, ni que ces modifications ont été demandées en cours d'exécution par la maitrise d'œuvre, ni que ces prestations ne relevaient pas de la masse des travaux contractuellement attendus d'elles, ni que ces travaux étaient indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art. Dans ces conditions, dès lors que les sociétés VEOLIA - CGE et SEETA n'apportent aucun élément pour établir que la somme de 24 000 euros au titre de ces travaux d'améliorations hydrauliques leur serait due, elles ne sont pas fondées à en réclamer le paiement.
S'agissant du poste M2 " mise à jour des pièces de robinetterie " :
10. Il résulte de l'instruction que ce poste de travaux supplémentaires, évalué à la somme totale de 15 580 euros hors taxes par les requérantes dans leur projet de décompte, a été partiellement accepté par le maitre d'ouvrage pour un montant de 11 864 euros hors taxes intégré dans le décompte général. Si les sociétés requérantes demandent l'indemnisation de la somme restante de 3 716 euros hors taxes au titre de ces travaux, la CASA fait valoir en défense, sans être contredite sur ce point, que cette somme serait relative aux frais de main d'œuvre, de matériel et de frais généraux. Or, les requérantes ne justifient pas que la mise à jour des pièces de robinetterie aurait impliqué une augmentation du coût de la main d'œuvre et des frais généraux ainsi que du coût d'immobilisation du matériel, alors qu'au demeurant le marché conclu fait l'objet d'une rémunération globale et forfaitaire. Il n'y a dès lors pas lieu de faire droit à la demande des sociétés VEOLIA - CGE et SEETA au titre de l'indemnisation des travaux supplémentaires relevant du poste M2 pour la somme de 3 716 euros hors taxes.
S'agissant du poste M5 " mise à jour des dispositifs anti-bélier " :
11. L'article 41 du CCTP précise : " la protection du réseau est assurée par la mise en place de deux ballons anti-bélier piqués sur les conduites d'aspiration et de refoulement. / Le dimensionnement des ballons est proposé par l'entrepreneur dans son offre en fonction des caractéristiques des pompes installées et au profil retenu ".
12. Les requérantes soutiennent avoir proposé dans leur offre la mise en place de ballons anti-béliers de 2 m3 et de 4 m3 mais qu'en phase EXE ce sont finalement uniquement des ballons de 4 m3 qui ont été installés à la demande du maitre d'œuvre, rendant l'ouvrage plus efficient et performant et modifiant ainsi ce qui était initialement prévu. Il résulte cependant de l'instruction que le maitre d'œuvre, dans le compte-rendu de réunion de chantier n° 17 du 4 mai 2017, a indiqué, s'agissant des postes en cours de discussion, que les ballons anti-bélier prévus, ainsi que cela résulte du CCTP, pour protéger le groupe de pompage mis en œuvre par l'entrepreneur, seront de 2 m3 a minima à l'aspiration et de 4 m3 au refoulement mais que le groupement titulaire du lot n°1 a finalement installé deux ballons de 4 m3 sans demande de plus-value. Il s'ensuit que la mise à jour des dispositifs anti-bélier ne saurait être regardée comme constitutive de travaux supplémentaires au titre desquels les requérantes seraient fondées à en demander l'indemnisation.
S'agissant du poste M6 " aménagement du local pompage " :
13. Les sociétés VEOLIA - CGE et SEETA demandent le paiement par la CASA de la somme de 6 600 euros au titre des travaux supplémentaires qui auraient consisté en la mise en place de boites de jonctions pour s'adapter au nouveau caillebotis. Si le mode de réalisation du caillebotis a été modifié et a donné lieu à une indemnisation au titre des travaux non prévus au marché par le maitre d'ouvrage dans le projet de décompte définitif notifié aux requérantes, cette seule circonstance ne permet néanmoins pas de démontrer que la mise en place de boites de jonctions constituait une prestation non prévue au marché et qu'elle a été rendue indispensable à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art.
S'agissant du poste M8 " modification des armoires de distribution électrique et adaptation diverses pour démarrage de la 4ème pompe du groupe électrogène " :
14. Les requérantes soutiennent qu'en cours d'exécution, en raison d'une faute de place, il n'était pas possible d'installer, dans l'encombrement des locaux, l'ensemble des équipements prévus au marché et que pour démarrer la 4ème pompe sur groupe électrogène, une évolution de la distribution électrique était nécessaire. Elles indiquent qu'à ce titre, pour pouvoir poursuivre le chantier et réaliser les travaux en conformité avec les stipulations du marché, elles ont dû remplacer les ATV 600 par des armoires compactes permettant le démarrage de la 4ème pompe sur groupe électrogène de type ATV 680C31Q4X1 et incluant les filtres.
15. Il résulte toutefois de l'instruction que le CCTP prévoyait, en son article 43.3, que l'entrepreneur devait dimensionner les équipements électriques avec 30% de réserves environ, de sorte que les requérantes ne peuvent soutenir que la distribution électrique prévue au marché a dû être revue en raison d'un manque de place pour installer les équipements envisagés. Dans ces conditions, elles ne sont pas fondées à réclamer une indemnisation au titre des travaux supplémentaires concernant le poste M8.
S'agissant des postes A1 et A2 " mesures accélératrices " :
16. Les sociétés VEOLIA - CGE et SEETA demandent le paiement de la somme de 45 620 euros au titre des travaux supplémentaires liés à la mise en œuvre de mesures accélératrices. Elles soutiennent, d'une part, que la mise sous tension électrique de la station prévue le 5 décembre 2016 par le maitre d'œuvre a nécessité la pose au préalable dans le tréfonds d'une canalisation de gros diamètre et la réalisation de terrassements et de remblais au mois d'août 2016 que la société VEOLIA a dû réaliser et prendre à sa charge pendant la période de fermeture annuelle, pour un montant qu'elle estime à 36 000 euros hors taxes correspondant à la part réglée à son sous-traitant et à l'indemnisation des frais de mobilisation des équipes de réalisation et d'encadrement en période de congés (poste A1). Elles demandent d'autre part le règlement de la somme de 9 620 euros hors taxes au titre des travaux supplémentaires correspondant à l'installation des portes sécurisées pour protéger les installations en cours de chantier (poste A2).
17. Aux termes de l'article 4.2 du CCAP, relatif aux prestations dues par l'entrepreneur : " () l'entrepreneur doit disposer, en temps voulu, de tout le personnel nécessaire pour effectuer les tâches qui lui incombent tant au titre de la période de préparation (article 10.1) qu'au titre de l'exécution des travaux pour lesquels il doit respecter les délais () ". L'article 24 du CCTP applicable au lot n°1 prévoit, s'agissant de l'électricité : " () les prestations de l'entreprise comprendront la fourniture et l'installation des équipements nécessaires au bon fonctionnement de ses installations et le raccordement au tableau général ainsi que toutes les sujétions de câblage de mise à la terre ainsi que les essais et la mise en route () ". Et l'article 43.2 de ce cahier stipule : " l'entrepreneur est chargé de réaliser intégralement l'installation électrique (courants forts et courants faibles) de la station depuis l'arrivée des câbles (HTA) jusqu'aux capteurs et actionneurs en passant par le tableau HT/BT, les tableaux et contacts BT, les moteurs, les transformateurs, l'éclairage et la petite force, le système de contrôle-commande / La prestation comprend les études, la fourniture, la mise en œuvre, les essais et la mise en service de l'installation électrique ".
18. D'une part, il résulte de l'instruction que 36 jours de retard ont été accordés dans le décompte général au bénéfice des requérantes au titre de l'implantation tardive du bâtiment. Par ailleurs et surtout, la circonstance que la société VEOLIA - CGE ait dû faire face à un manque de personnel en période estivale et ait dû recourir à un sous-traitant pour exécuter les travaux précités n'est pas de nature à faire regarder les coûts en résultant comme relevant de travaux supplémentaires. Il résulte ainsi de l'instruction que les requérantes n'établissent pas que les travaux " A1 " liés à la mise en service sous tension électrique de la station ne relevaient pas de la masse des travaux contractuellement fixés ni qu'ils auraient été indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art, pour être indemnisés au titre de travaux supplémentaires.
19. D'autre part et en revanche, il résulte de l'instruction que les sociétés requérantes ont mis en œuvre des portes métalliques provisoires correspondant aux règles de sécurité dans l'attente de la définition des portes définitives pour mettre fin au blocage du chantier, lequel a résulté de plusieurs facteurs qui leur sont indépendants. Elles ont à ce titre procédé à l'étude, l'achat, la pose et la dépose de ces portes provisoires qui ont été mises en œuvre en raison du retard dans la remise du point zéro et dans la validation des ouvrants par le maitre d'œuvre. Il résulte ainsi de l'instruction que ces travaux relatifs à la mise en œuvre de portes sécurisées (A2), qui n'étaient pas contractuellement prévus au marché, ont présenté un caractère indispensable à la poursuite du chantier. Par suite, la société VEOLIA - CGE et la société SEETA sont fondées à solliciter auprès de la CASA l'indemnisation du poste A2. Les documents versés aux débats (extraits de comptabilité notamment) par les requérantes n'établissant pas le bien-fondé du quantum de leur demande, soit 9 620 euros, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en intégrant au décompte la somme de 5 000 euros au titre de la rémunération de ces prestations supplémentaires.
S'agissant du poste I1 " contraintes acoustiques " :
20. Les sociétés requérantes demandent que leur soient remboursées les sommes correspondantes aux travaux qu'elles ont dû engager au titre de la réalisation d'études acoustiques en raison de l'absence de remise du point zéro avant le dépôt des offres ni pendant la phase de préparation du chantier. Elles soutiennent ainsi que ce n'est qu'à compter de la remise du point zéro, le 29 juin 2016, alors que le projet était entré en phase d'exécution, que des études acoustiques réelles ont pu être réalisées et que ces études réelles ont révélé que les normes fixées au DCE remis aux entreprises pour établir leur offre ne permettaient pas de tenir compte des contraintes acoustiques réelles du site sans engager d'études complémentaires, lesquelles ont démontré la nécessité d'adapter le chantier à la réglementation acoustique, entrainant des modifications touchant même aux principes. Elles font ainsi état de ce que le dispositif prévu au DCE n'était pas compatible avec les nouvelles données remises, et qu'en conséquence, la localisation des ouvertures a dû être revue et un retard supplémentaire a été pris dans la réalisation de l'ouvrage.
21. Aux termes de l'article 10 du CCAP : " D'une manière générale, l'entrepreneur reconnait s'être rendu sur l'emplacement où seront réalisés les nouvelles installations, avoir estimé toutes les difficultés découlant des lieux, de leurs abords et de l'usage qui en est fait et avoir effectué toutes les recherches qu'il a jugées utiles pour pouvoir procéder à la réalisation des travaux, et réclamer au maitre d'ouvrage, toutes les pièces et renseignements qui lui feraient défaut pour la bonne exécution du projet () ". L'article 6 du CCTP indique : " Les prix fournis s'entendent toutes dépenses incluses et en particulier : () / les études, essais et contrôles () ". L'article 7 de ce cahier précise : " L'entreprise est réputée s'être rendue compte sur le site, de l'importance et de la nature des travaux à effectuer et de toutes les difficultés d'exécution liées notamment à la nature du terrain, à son accès et aux conditions particulières du site. / Il est précisé qu'elle ne saurait se prévaloir postérieurement à la remise de son prix d'une connaissance insuffisante de site, lieu et terrain d'implantation des ouvrages pas plus que de tous les éléments locaux tels que nature des sols, moyens d'accès, conditions climatiques, zones soumises à inondation ou montée de la nappe. / Les renseignements donnés dans les pièces qui lui sont fournies ne constituent que des éléments d'information qu'il lui appartient de compléter sous sa responsabilité () / Les informations et dispositions présentées sur les plans et documents fournis à titre indicatif devront être vérifiées avant tout commencement d'exécution des travaux et ne pourront donner lieu à aucune réclamation () ".
22. S'il n'est pas contesté que le point zéro n'a été remis que le 29 juin 2016, les requérantes ne démontrent cependant pas, ainsi que cela leur incombe, ni que la réalisation d'études complémentaires ne serait pas comprise dans leurs obligations contractuelles ni qu'elle présentait un caractère indispensable à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art. Par suite, et au regard de l'article 6 du CCTP, il ne résulte pas de l'instruction que la prestation invoquée par les requérantes ne serait pas incluse dans le forfait, lesquelles n'ont, dès lors, pas le caractère de travaux supplémentaires indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art. Par suite, les demandes présentées au titre des études acoustiques supplémentaires doivent être rejetées.
S'agissant du poste I2 " frais de maintenance approfondie des pompes suite à l'arrêt prolongé du chantier " :
23. Les requérantes soutiennent que la décision d'ajournement du chantier prise par l'ordre de service n° 4 du 12 mai 2017 pour une durée de 10 mois, a nécessité une maintenance spécifique des pompes compte tenu de leur arrêt et de leur mise hors d'eau, au regard des préconisations du fabricant, afin d'éviter une usure prématurée voire une rupture brutale. Elles sollicitent à ce titre une indemnisation pour travaux supplémentaires d'un montant de 41 743 euros hors taxes.
24. Aux termes de l'article 48.1 du CCAG applicables aux marchés publics de travaux approuvé par décret n° 76-87 du 21 janvier 1976, applicable au marché en cause : " L'ajournement des travaux peut être décidé. Il est alors procédé, suivant les modalités indiquées à l'article 12, à la constatation des ouvrages et parties d'ouvrages exécutés et des matériaux approvisionnés. / L'entrepreneur, qui conserve la garde du chantier, a droit à être indemnisé des frais que lui impose cette garde et du préjudice qu'il aura éventuellement subi du fait de l'ajournement () ". Selon l'article 12 du CCAG travaux : " 12.1. Au sens du présent article, la constatation est une opération matérielle, le constat est le document qui en résulte. / 12.2. Des constatations contradictoires concernant les prestations exécutées ou les circonstances de leur exécution sont faites sur la demande, soit de l'entrepreneur, soit du maître d'œuvre. () / 12.3. Les constatations contradictoires faites pour la sauvegarde des droits éventuels de l'une ou l'autre des parties ne préjugent pas l'existence de ces droits ; elles ne peuvent porter sur l'appréciation de responsabilités. / 12.4. Le maître d'œuvre fixe la date des constatations, lorsque la demande est présentée par l'entrepreneur, cette date ne peut être postérieure de plus de huit jours à celle de la demande. Les constatations donnent lieu à la rédaction d'un constat dressé sur-le-champ par le maître d'œuvre contradictoirement avec l'entrepreneur () ".
25. Il résulte de ces stipulations, auxquelles ne déroge pas en l'espèce le cahier des clauses administratives particulières du marché litigieux, qu'il y a ajournement des travaux lorsque le maître d'ouvrage décide de différer leur début ou d'en suspendre l'exécution. Dans un tel cas, le titulaire du marché a droit à l'indemnisation des préjudices qui procèdent de cet ajournement et qui sont distincts de ceux subis du fait des retards d'exécution intervenus après le démarrage des travaux et imputables au maître de l'ouvrage à raison des fautes commises dans l'exercice de ses pouvoirs et de ses obligations procédant du contrat. A cet égard, il appartient à l'entrepreneur de solliciter l'établissement d'un constat contradictoire en vue de sauvegarder ses droits éventuels et d'établir, le cas échéant, la réalité de son préjudice.
26. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les sociétés requérantes auraient sollicité l'établissement d'un constat contradictoire à l'occasion de l'ajournement des travaux décidé le 12 mai 2017. Il ne résulte pas non plus de l'instruction que ces travaux de maintenance qu'elles ont ainsi engagés de leur propre fait présentent un caractère indispensable à l'exécution du marché dans les règles de l'art. Il s'ensuit que la demande présentée par les requérantes au titre des travaux supplémentaires qu'elles auraient engagés au titre de la maintenance approfondie des pompes suite à l'arrêt prolongé du chantier ne peut être accueillie.
S'agissant des postes GC1, GC4, GC9 et GC10 :
27. A l'appui de leurs écritures, les sociétés requérantes sollicitent une indemnisation au titre des travaux supplémentaires engagés pour la réalisation d'une étude géotechnique complémentaire (GC1), pour la réalisation d'une porte coupe-feu (GC4), pour la réalisation d'une étude complémentaire menuiserie acoustique (GC9) et en raison de la plus-value apportée pour menuiserie acoustique (GC10). Toutefois, en se bornant, dans le mémoire en réclamation auquel renvoient leurs écritures, à indiquer que ces travaux relèvent de modifications imposées, soit au motif que ces travaux n'étaient pas prévus initialement (porte coupe-feu 2H non prévue ; plans de terrassement modifiés), soit que marché ne comportait aucune spécification sur les exigences acoustiques, sans autres précisions, les requérantes n'établissent pas que ces travaux, qui n'ont pas été demandés par la personne publique, revêtiraient un caractère supplémentaire par rapport aux prestations prévues par les stipulations du marché. Dès lors, elles ne sont pas fondées à en réclamer la rémunération au titre des travaux supplémentaires.
S'agissant des postes GC14 et GC15 :
28. D'une part, les requérantes demandent que soient indemnisés, dans leur totalité, les travaux engagés au titre du chemin d'accès et de retournement (GC14). Il résulte de l'instruction que lors de l'établissement du décompte général, le maitre d'ouvrage a intégré l'indemnisation de ce poste de dépense à hauteur de 6 313,43 euros hors taxes. Les requérantes demandent l'indemnisation complémentaire de ce poste de dépense à hauteur de 8 401,07 euros hors taxes. Cependant, les sociétés requérantes, en se bornant dans le mémoire en réclamation auquel renvoient leurs écritures, à indiquer qu'elles maintiennent la demande de règlement intégral de ce poste de réclamation, sans autres précisions, n'établissent pas que ces travaux, pour le surplus de la somme non intégrée dans le décompte général du maitre d'ouvrage, revêtiraient un caractère supplémentaire par rapport aux prestations prévues par les stipulations du marché, alors qu'en défense la CASA a indiqué, sans être contredite, que ce surplus se référait à une prestation ayant donné lieu à rémunération sur le fondement du prix 2.1 de la DPGF. Dès lors, les sociétés VEOLIA EAU - CGE et SEETA ne sont pas fondées à réclamer la rémunération du surplus de ces travaux au titre des travaux supplémentaires.
29. D'autre part, les requérantes sollicitent le paiement de la totalité du poste de réclamation " immobilisation suite à la grève du personnel " (GC15). Une partie de ce poste de dépense a elle aussi été intégrée dans le décompte général notifié par le maitre d'ouvrage aux requérantes pour un montant de 32 155,66 euros hors taxes. Les requérantes ont fait valoir dans leur mémoire en réclamation que la totalité de la somme demandée, soit 61 811,15 euros hors taxes dans ce mémoire, correspondait à l'impossibilité de continuer le chantier entre le 1er et le 13 juin 2016 en raison du mouvement social sur le site du Jas de Madame. Toutefois, elles n'assortissent leur demande de rémunération du surplus des coûts d'immobilisation suite à la grève du personnel d'aucune précision quant à la nature de ces dépenses ni quant au lien entre la somme réclamée et le mouvement social. Elles ne précisent pas non plus en quoi ces coûts, qui n'ont pas été engagés à la demande de la personne publique, auraient été indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art. Cette demande doit, dans ces conditions, être rejetée.
S'agissant des moins-values intégrées au décompte général :
30. Il résulte de l'instruction que la CASA a appliqué la somme de 17 652,99 euros hors taxes au titre de la moins-value MV1 relative au regard d'accès diélectrique, ainsi que la somme de 1 500 euros hors taxes au titre de la moins-value MV2 relative à la modification du portail coulissant prévu par un portail à battant.
31. D'une part, les requérantes soutiennent, sans être contredite par le maitre d'ouvrage, qui n'apporte aucune justification à la moins-value proposée, que le regard d'accès diélectrique a bien été réalisé par VEOLIA EAU - CGE. Il n'est pas davantage mentionné en défense que le prix de ce poste serait excessif. Dans ces conditions, les sociétés requérantes sont fondées à obtenir le paiement de la somme demandée de 17 652,99 euros HT.
32. D'autre part, les sociétés requérantes ne contestent pas avoir mis en place un portail coulissant en lieu et place d'un portail battant, en dépit des stipulations contractuelles. Si elles indiquent que la moins-value de 1 500 euros qui lui a été appliquée à ce titre ne correspond pas au prix du marché d'un portail coulissant, elles ne versent aucun élément de nature à justifier le montant de 500 euros qui correspondrait au différentiel de prix entre les deux types de portail. Dans ces conditions, leur demande ne peut qu'être rejetée.
En ce qui concerne les pénalités de retard :
33. L'article 8.4.1.1 du CCAP prévoit : " Seuls les retards constatés par rapport au(x) délais contractuels de réalisation définis à l'article 3 de l'acte d'engagement et imputables à l'entrepreneur exposent celui-ci à l'application des pénalités journalières de 1/3000 du montant global des travaux précisé dans l'acte d'engagement ".
34. Le maitre d'ouvrage a retenu 288 jours de retard calendaires imputables au groupement d'entreprises constitué de VEOLIA EAU - CGE et SEETA au titre des arrêts du chantier correspondants soit à des jours de grève du personnel de la déchèterie rendant impossible l'accès au site, soit à des intempéries, soit à des retards pris dans l'exécution des obligations contractuelles.
35. Il résulte de l'instruction que le juge des référés du tribunal de commerce d'Antibes, par ordonnance du 23 avril 2018, a désigné M. A en qualité d'expert pour déterminer, notamment, les causes et origines des difficultés rencontrées dans l'exécution du marché, les responsabilités encourues ainsi que la nature et le montant des travaux de reprise parmi lesquels figurent les pénalités de retard pouvant être infligées au groupement d'entreprises.
36. D'une part, il résulte du rapport d'expertise remis le 5 juillet 2021 par M. A que le syndicat intercommunal de la rive droite du Var (SILRDV), aux droits duquel la CASA est intervenue, a été attrait à la procédure d'expertise et a fait valoir ses observations par la voix de son conseil par des dires en date des 5 octobre 2018 et 6 avril 2020. La CASA, qui a repris les droits et obligations du SILRDV s'agissant de la compétence " eau " depuis le 1er janvier 2020, soit après le début des opérations d'expertise judiciaire et avant la remise des derniers dires par le conseil constitué par le syndicat, n'est, dans ces conditions, pas fondée à faire valoir que ce rapport n'aurait pas fait l'objet d'une procédure contradictoire.
37. D'autre part, l'expert, dans ledit rapport, a constaté un retard brut de 790 jours globaux desquels doivent être défalqués des jours de grève, d'arrêt et de tentatives de réparation par l'entrepreneur. L'expert a estimé que le retard imputable à la société VEOLIA EAU - CGE et à la société SEETA est de 150 jours (90 jours de janvier 2016 à mars 2017 et 60 jours de septembre à octobre 2018) et que le montant des pénalités qui devait leur être infligé est de 99 150 euros hors taxes. La CASA, en défense, n'apporte pas de contradiction utile à la détermination du nombre de jours de retard retenu par l'expert, se bornant à faire état du caractère non contradictoire de l'expertise à son égard alors que le maitre d'ouvrage, ainsi qu'il a été dit, était représenté par le SILRDV qui a transmis ses dires, et à indiquer que le calcul de l'expert n'est corroboré par aucun élément du dossier. Il en résulte que le nombre de jours de retard calendaires tels que constatés par l'expert, qui n'est ainsi pas utilement contredit, est de 150 jours, et que le montant des pénalités imputable aux requérantes et tel qu'évalué par elles, compte tenu de leur taux journalier à hauteur de 661,07 euros, s'élève à 99 150 euros.
Sur la contestation de l'état du solde à payer faisant état du paiement des situations nos 11 et 12 pour un montant global de 158 850,56 euros toutes taxes comprises qui n'aurait pas été perçu :
38. Si les sociétés requérantes indiquent, dans leurs conclusions, ne pas avoir reçu le paiement de la somme globale de 158 850,56 euros TTC alors que le solde à payer fait état de la mise en paiement de ce montant, elles n'assortissent leur demande d'aucun élément ni document permettant de corroborer de telles allégations. Dans ces conditions, cette demande ne peut qu'être rejetée.
Sur le solde du décompte général :
39. Il y a lieu de fixer le solde du décompte en faisant état de tous les éléments de l'actif et du passif du marché résultant d'obligations ayant une existence certaine et devant figurer sur ledit décompte.
40. Il résulte de l'instruction que le montant du marché arrêté par le maitre d'ouvrage a été fixé à la somme de 2 081 243,96 euros hors taxes. Les requérantes ont indiqué avoir perçu la somme de 2 012 384,05 euros TTC, soit 1 676 986,71 euros HT, ce qui n'est pas contesté par la CASA. Le solde à payer est ainsi de 404 257,25 euros HT. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, la société VEOLIA EAU - CGE et la société SEETA sont fondées à solliciter l'intégration des sommes de 5 000 euros HT et de 17 652,99 euros HT au crédit du décompte général en cause restant à payer, soit la somme de 22 652,99 euros HT. Elles sont également fondées à obtenir l'ajout, sur le montant du solde à son actif, de la somme de 91 238,16 euros HT correspondante au différentiel entre le montant des pénalités appliquées par le maitre d'ouvrage et le montant des pénalités déterminé au point 37. Le solde du marché s'établit dans ces conditions à la somme de 518 148,40 euros HT. Il y a dès lors lieu de condamner la CASA à verser à la société VEOLIA EAU - CGE et la société SEETA cette somme de 518 148,40 euros HT, soit 621 778,08 euros TTC, sous déduction des sommes éventuellement déjà réglées au titre du solde du marché.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
41. Aux termes de l'article 1er du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique, applicable au marché en litige : " Le délai de paiement () est fixé à : 1° Trente jours pour : () b) Les collectivités territoriales et les établissements publics locaux ; () ". Son article 2 dispose que : " I. - Le délai de paiement court à compter de la date de réception de la demande de paiement par le pouvoir adjudicateur (). Toutefois : () 2° Pour le paiement du solde des marchés de travaux soumis au code des marchés publics, le délai de paiement court à compter de la date de réception par le maître de l'ouvrage du décompte général et définitif établi dans les conditions fixées par le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux () ". Selon son article 8 : " I. - Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. / Les intérêts moratoires courent à compter du jour suivant l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. / Les intérêts moratoires appliqués aux acomptes ou au solde sont calculés sur le montant total de l'acompte ou du solde toutes taxes comprises, diminué de la retenue de garantie, et après application des clauses d'actualisation, de révision et de pénalisation ".
42. Pour l'application de l'article 2 du décret n° 2013-269 du 29 mars 2013, lorsqu'un décompte général fait l'objet d'une réclamation par le cocontractant, le délai de paiement du solde doit être regardé comme ne commençant à courir qu'à compter de la réception de cette réclamation par le maître de l'ouvrage. En outre, lorsqu'une mise en demeure d'établir le décompte général et définitif est adressée par l'entreprise au maître de l'ouvrage, elle doit être regardée comme une réclamation pour l'application de ces dispositions. En un tel cas, le délai de paiement du solde commence à courir à compter de la réception de cette mise en demeure par le maître d'ouvrage.
43. Ainsi qu'il a été dit au point 2, la société VEOLIA EAU - CGE a adressé à la CASA, pouvoir adjudicateur, un mémoire en réclamation, réceptionné le 7 février 2020. Par suite, le délai de paiement du solde mentionné ci-dessus a commencé à courir le 7 février 2020 et les intérêts moratoires à compter du 7 mars 2020.
44. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 1er juillet 2020. Il y a donc lieu de faire droit à cette demande à compter du 7 mars 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
45. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la communauté d'agglomération Sophia-Antipolis demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Sophia-Antipolis une somme globale de 1 000 euros au titre des frais exposés par VEOLIA EAU - CGE et SEETA et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La communauté d'agglomération Sophia-Antipolis versera à la société VEOLIA EAU- CGE et à la société SEETA la somme de 621 778,08 euros TTC au titre du règlement du marché, assortie des intérêts moratoires à compter du 7 mars 2020 et de la capitalisation des intérêts.
Article 2 : La communauté d'agglomération Sophia-Antipolis versera une somme globale de 1 000 euros aux sociétés VEOLIA EAU - CGE et SEETA au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société VEOLIA EAU - COMPAGNIE GENERALE DES EAUX, à la SOCIETE EXPLOITATION DES ETABLISSEMENTS TREVE ABEL et à la communauté d'agglomération Sophia-Antipolis.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Soli, président,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
D. Gazeau
Le président,
signé
P. Soli La greffière,
signé
L. Bianchi
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026