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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002675

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002675

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002675
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBERDAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés respectivement les 10 juillet 2020, 9 juillet 2021 et 3 mars 2022, la société Al Investments, représentée par Me Berdah, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 77 482,08 euros résultant d'un avis de saisie administrative à tiers détenteur émis à son encontre le 20 février 2020 par le comptable public du pôle recouvrement spécialisé des Alpes-Maritimes pour le recouvrement des cotisations d'impôt sur les sociétés et des pénalités auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice 2009 et restant à sa charge ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge partielle de cette obligation de payer et de la ramener à 2 740 euros.

La société soutient que :

- l'action en recouvrement était prescrite à la date du 20 février 2020 ;

- le montant de la créance dont le recouvrement est poursuivi doit être réduit, d'une part, de la somme de 70 457 euros correspondant au déficit reportable de l'exercice clos le 31 décembre 2009 et, d'autre part, de la somme globale de 9 662,77 euros correspondant aux sommes déjà recouvrées par l'administration fiscale.

Par trois mémoires en défense enregistrés les 15 octobre 2020, 15 juillet 2021 et 8 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Al Investments ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 mai 2023 :

- le rapport de Mme Bergantz, conseillère,

- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Al Investments a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et à des pénalités au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2009, en vue du recouvrement desquelles le comptable public du pôle recouvrement spécialisé des Alpes-Maritimes a émis une saisie administrative à tiers détenteur le 20 février 2020 auprès de la Banque Palatine, pour un montant total de 77 482,08 euros. La société Al Investments demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme.

Sur la prescription de l'action en recouvrement :

2. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction alors en vigueur : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable () ". Aux termes de l'article L. 277 de ce livre : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge peut, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, être autorisé à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent () ". Aux termes du 3 l'article L. 257-0 A du même livre, dans sa rédaction applicable au litige : " () La mise en demeure de payer interrompt la prescription de payer () ". Aux termes de l'article L. 263 du même livre, dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 262 de ce livre entré en vigueur le 1er janvier 2019 : " L'avis à tiers détenteur a pour effet d'affecter, dès réception, les sommes dont le versement est ainsi demandé au paiement des impositions privilégiées () ".

3. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, ainsi que les pénalités correspondantes, mises à la charge de la société Al Investments au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2009 ont été mises en recouvrement par un avis du 25 juin 2013, notifié le 27 juin suivant. Une mise en demeure de payer a été émise le 28 juin 2013 et a, contrairement à ce que soutient la société requérante, valablement interrompu le délai de prescription. La société Al Investments a contesté, par sa réclamation en date du 10 juillet 2013, assortie d'une demande de sursis de paiement, les impositions supplémentaires auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice 2009. A cette date, la prescription de l'action en recouvrement a ainsi été suspendue en application des dispositions précitées de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales. Cette réclamation a été rejetée par une décision du 23 juin 2017, devenue définitive, date à laquelle le délai de prescription de l'action en recouvrement a repris son cours. La mise en demeure de payer émise le 12 septembre 2017, notifiée à l'intéressée le 20 septembre suivant, a ensuite interrompu de nouveau le délai de prescription, de même que l'avis à tiers détenteur en date du 19 décembre 2017 émis auprès de la Banque Palatine et l'Unione di Banche Italiane SPA, notifiée le 26 décembre 2017. Enfin, l'administration fiscale justifie avoir notifié à la société Al Investments la saisie administrative à tiers détenteur émise le 12 février 2019 auprès de la Banque palatine et de la Lyonnaise de Banque LB pour les sommes restant à recouvrer. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'action en recouvrement était prescrite lorsque le comptable public a, le 20 février 2020, émis la saisie administrative à tiers détenteur litigieuse.

Sur le montant de la créance exigible :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'avis de saisie administrative à tiers détenteur du 20 février 2020 porte sur la somme de 77 482,08 euros, pénalités comprises, et non pas sur la somme de 82 859 euros comme le fait valoir la société requérante. En outre, il résulte des mentions portées sur cet avis que, contrairement à que soutient la société Al Investments, l'administration fiscale a pris en compte la somme de 9 685,92 euros déjà recouvrée sur la somme de 87 168 euros mise en recouvrement dans le cadre des actes de poursuite précédemment émis.

5. En second lieu, la société Al Investments ne peut utilement soutenir, dans la présente instance relative au recouvrement des impositions, que le service aurait dû tenir compte du déficit reportable d'un montant de -70 457 euros venant en déduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés dues au titre de l'exercice 2009.

6. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander la réduction du montant de la créance dont le recouvrement est poursuivi par la saisie administrative à tiers détenteur en litige.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la société Al Investments n'est pas fondée à demander la décharge, totale ou partielle, de l'obligation de payer résultant de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 20 février 2020. Sa requête doit, par suite, être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Al Investments est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Al Investments et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Chevalier, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de Mme Katarynezuk, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

A. BERGANTZ

Le président,

Signé

O. EMMANUELLILa greffière,

Signé

N. KATARYNEZUK

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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