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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002799

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002799

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002799
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFERRANDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 juillet 2020 et 27 juillet 2021, le groupement d'intérêt économique AMIGALE, représenté par Me Ferrandi-Acquaviva, demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que l'administration fiscale s'est fondée sur des documents couverts par le secret professionnel, en méconnaissance des dispositions de l'article 66-5 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 ;

- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée sont infondés dès lors qu'il n'est pas exact de considérer que les cotisations facturées aux membres du groupement ne correspondent pas précisément aux dépenses engagées pour le compte de chacun d'entre eux et qu'elles seraient facturées en fonction de la trésorerie de chacun ;

- le service vérificateur a fait une interprétation extensive des textes et son interprétation conduit à un renversement de la charge de la preuve ;

- le service vérificateur aurait dû tenir compte d'une sectorisation possible entre les opérations imposables et les opérations non imposables ; c'est à tort qu'il a estimé qu'il ne pouvait bénéficier de l'exonération prévue par les dispositions de l'article 261 B du code général des impôts dès lors que l'un de ses membres, l'AMIGA, réaliserait un chiffre d'affaires soumis à la taxe sur la valeur ajoutée supérieur à 20 % ; il peut, à cet égard, se prévaloir du rescrit du 12 septembre 2016 n° 2006/43 TA et du § 60 de la doctrine administrative référencée BOI-TVA-CHAMP-30-10-40 du 1er octobre 2012 ;

- l'administration fiscale ne peut pas arbitrairement revenir sur la prise de position formelle résultant du silence gardé sur la demande qu'il lui a adressée à sa création le 19 mai 2008 ;

- il faut constater que le service vérificateur a, dans le cadre d'une procédure ultérieure portant sur les exercices 2015 et 2016, adopté une solution différente et n'a pas mis à sa charge de rappel de taxe sur la valeur ajoutée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2020, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le groupement d'intérêt économique (GIE) AMIGALE a fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité portant sur les années 2012 à 2014, à l'issue de laquelle l'administration fiscale, remettant en cause son droit à exonération de taxe sur la valeur ajoutée sur les redevances perçues de la part de ses membres, a mis à sa charge, selon la procédure de rectification contradictoire, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 pour un montant total de 387 590 euros. Par la présente requête, le GIE AMIGALE demande la décharge de ces rappels.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 13-0 A du livre des procédures fiscales : " Les agents de l'administration des impôts peuvent demander toutes informations relatives au montant, à la date et à la forme des versements afférents aux recettes de toute nature perçues par les personnes dépositaires du secret professionnel en vertu des dispositions de l'article 226-13 du code pénal. Ils ne peuvent demander de renseignements sur la nature des prestations fournies par ces personnes ". Le premier alinéa de l'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques dispose que : " En toutes matières, que ce soit dans le domaine du conseil ou dans celui de la défense, les consultations adressées par un avocat à son client ou destinées à celui-ci, les correspondances échangées entre le client et son avocat, entre l'avocat et ses confrères à l'exception pour ces dernières de celles portant la mention "officielle", les notes d'entretien et, plus généralement, toutes les pièces du dossier sont couvertes par le secret professionnel ".

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 13-0 A du livre des procédures fiscales, éclairées par les débats parlementaires à l'issue desquels elles ont été adoptées, que le législateur a entendu délimiter strictement le champ des informations que l'administration fiscale est susceptible de demander aux personnes dépositaires du secret professionnel, qui ne peuvent porter ni sur l'identité des clients, ni sur la nature des prestations fournies.

4. Si le GIE AMIGALE soutient que le service vérificateur lui aurait réclamé, au cours des opérations de contrôle, les " dossiers juridiques, judiciaires et contentieux des membres " du groupement et en aurait pris connaissance, l'existence d'une telle demande, qui est contestée par l'administration fiscale, n'est établie par aucune des pièces du dossier. A cet égard, si le requérant indique que l'existence d'une telle demande ressortirait de certaines mentions de la proposition de rectification et de la réponse de l'administration à ses observations, relatives à des " dépenses de divers avocats défendant tel ou tel membre devant le Tribunal " ou à " des frais d'avocat visant certains procès particuliers qui ne concernent qu'un membre du GIE ", l'administration fiscale indique en défense que ces éléments relatifs aux charges comptabilisées par le groupement, qui ne comportent aucune indication relative au contenu des prestations rendues, ont été constatés dans les écritures comptables mises à sa disposition par le contribuable au cours des opérations de contrôle. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration fiscale aurait demandé la communication de documents couverts par le secret professionnel ni qu'elle se serait fondée sur de tels éléments pour fonder les impositions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure d'imposition serait entachée d'irrégularité du fait de la méconnaissance du secret professionnel doit être écarté.

Sur le bien-fondé du rappel de taxe sur la valeur ajoutée litigieux :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 261 B du code général des impôts : " Les services rendus à leurs adhérents par les groupements constitués par des personnes physiques ou morales exerçant une activité exonérée de la taxe sur la valeur ajoutée ou pour laquelle elles n'ont pas la qualité d'assujetti sont exonérées de cette taxe à la condition qu'ils concourent directement et exclusivement à la réalisation de ces opérations exonérées ou exclues du champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée et que les sommes réclamées aux adhérents correspondent exactement à la part leur incombant dans les dépenses communes () ".

6. Si le GIE AMIGALE regroupe plusieurs personnes morales qui utilisent des moyens en commun, il est constant qu'une partie des recettes de l'une d'elles, l'association de gestion agréée AMIGA était, au cours des années d'imposition en litige, soumise à la taxe sur la valeur ajoutée. Dans ces conditions, dès lors que l'activité de l'un des adhérents du groupement n'était pas en totalité exonérée de taxe sur la valeur ajoutée, le GIE AMIGALE ne pouvait prétendre, sur le fondement de la loi fiscale, à l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement de l'article 261 B du code général des impôts. Il s'ensuit que l'administration fiscale était fondée, pour ce seul motif, à remettre en cause cette exonération.

7. En second lieu, la circonstance que l'administration fiscale n'aurait pas, à l'issue d'une procédure de vérification de comptabilité concernant les années 2015 et 2016, remis en cause l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée est sans incidence sur les impositions en cause, établies au titre des années 2012 à 2014.

En ce qui concerne la doctrine administrative :

8. Aux termes de l'article L.80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration./ Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ". Aux termes de l'article L. 80 B du même code : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi. () / 2° Lorsque l'administration n'a pas répondu dans un délai de trois mois à un redevable de bonne foi qui : () / b. a notifié à l'administration sa volonté de bénéficier des dispositions des articles 39 AB, 39 AC, 39 quinquies A, 39 quinquies D, 39 quinquies DA ou des articles 39 quinquies E, 39 quinquies F, 39 quinquies FA, 39 quinquies FC, 44 sexies, 44 octies A ou 44 quindecies du code général des impôts ".

9. D'une part, le requérant se prévaut du rescrit n° 2006/43 (TCA) du 12 septembre 2006 qui a été repris au § 60 du BOI-TVA-CHAMP-30-10-40 et aux termes duquel : " Aux termes de l'article 261 B du CGI, qui transpose l'article 13 A-1-f de la sixième directive TVA du Conseil 77/388/CEE du 17 mai 1977 (devenu l'article 132-1-f de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 relative au système commun de TVA) sont exonérés de TVA, sous certaines conditions, les services rendus à prix coûtant par les groupements à leurs membres, personnes physiques ou morales exerçant une activité exonérée ou pour laquelle elles n'ont pas la qualité d'assujetti. Il est toutefois admis que certaines de ces personnes puissent sans perdre le bénéfice des dispositions de l'article 261 B du CGI, être redevables de la taxe pour certaines de leurs opérations, à condition que le pourcentage des recettes taxables par rapport aux recettes totales soit inférieur à 20 %. / Dès lors que l'activité imposée à la TVA d'une société présente déjà tous les caractères d'autonomie liés à l'obligation de sectorisation et que, par suite, il suffirait de filialiser ce secteur d'activité soumis à la taxe pour obtenir un résultat équivalent, il a paru possible d'admettre que cette société puisse être partie au groupement au titre du secteur d'activité distinct regroupant les opérations exonérées ". Toutefois, les extraits des grands livres des comptes généraux et les comptes de résultats des années correspondantes qu'elle produit, dans lesquels ne sont distinguées que les adhésions soumises à la taxe sur la valeur ajoutée, ne permettent pas d'identifier un secteur regroupant les activités situées en dehors du champ de la taxe sur la valeur ajoutée ou dans le champ de cette taxe. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que le GIE AMIGALE entrait dans les prévisions de l'instruction précitée.

10. D'autre part, eu égard aux règles qui régissent l'invocabilité des interprétations ou des appréciations de l'administration en vertu de ces articles, les contribuables ne sont en droit d'invoquer, sur le fondement du premier alinéa de l'article L. 80 A et sur celui de l'article L. 80 B, lorsque l'administration procède à un rehaussement d'impositions antérieures, que des interprétations et appréciations antérieures à l'imposition primitive, ou sur le fondement du deuxième alinéa de l'article L. 80 A, qu'il s'agisse d'impositions primitives ou supplémentaires, que des interprétations antérieures à l'expiration du délai de déclaration. Le GIE AMIGALE, qui conteste les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014, ne peut utilement, s'agissant d'impositions primitives, se prévaloir d'une éventuelle prise de position formelle de l'administration à la suite d'une demande en ce sens, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales. Il s'ensuit que le GIE AMIGALE n'est pas davantage fondé à demander, sur le fondement de la doctrine administrative, la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par le GIE AMIGALE doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du GIE AMIGALE est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au groupement d'intérêt économique AMIGALE et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Sussen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

La rapporteure,

signé

S. KOLF

La présidente,

signé

J. MEAR

La greffière,

signé

C. SUSSEN

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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