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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002845

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002845

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002845
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCHOUKROUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 juillet 2020 et 24 novembre 2021, M. et Mme A B, représentés par Me Schoukroun, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer, à titre principal, la décharge totale des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au des années 2012 et 2013, en droits et pénalités, à hauteur de 166 605 euros ou, à titre subsidiaire, la décharge partielle de ces impositions ;

2°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que l'administration fiscale ne leur a pas communiqué, malgré leur demande en ce sens, tous les éléments obtenus dans le cadre de l'exercice de son droit de communication ainsi que tous les éléments sur lesquels elle a fondé les impositions en litige, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ainsi que la doctrine administrative ;

- l'administration fiscale n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de ce que les époux B auraient bénéficié d'un avantage constitutif d'une libéralité ; ils n'ont bénéficié d'aucune libéralité et ne peuvent être regardés comme ayant la qualité de bénéficiaires d'un avantage occulte ;

- si les impositions contestées devaient être maintenues dans leur principe, le montant de l'avantage taxable devra être limité à la somme de 105 964 euros compte tenu des remboursements auxquels M. B a procédé ;

- il y a en tout état de cause lieu de faire application des dispositions de l'article 163-0 A du code général des impôts pour la détermination du montant de l'imposition afférente à la fraction de l'avantage prétendument taxable au titre de l'année 2012 ;

- en tout état de cause, compte tenu du fait générateur des prétendues distributions occultes taxées entre leurs mains sur le fondement des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts, les bases des impositions complémentaires litigieuses ne sauraient excéder les sommes de 94 910 euros au titre de 2012 et de 19 136 euros au titre de 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2020, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les époux A B ont, à la suite d'une vérification de comptabilité diligentée à l'encontre de la société par actions simplifiée (SAS) LC System, également fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale a estimé qu'ils avaient bénéficié de revenus distribués provenant de la SAS LC System, ayant constaté que cette dernière avait financé, sans contrepartie, des travaux réalisés dans leur habitation par la société LCR 06. L'administration fiscale a, en conséquence, dans le cadre de la procédure de rectification contradictoire, mis à la charge des époux B des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales d'un montant total de 159 908 euros au titre de l'année 2012 et de 15 469 euros au titre de l'année 2013. Par décision en date du 4 mai 2020 prise sur la réclamation préalable des contribuables, l'administration fiscale a prononcé un dégrèvement partiel des contributions sociales mises à leur charge, pour un montant total de 8 772 euros. Par la présente requête, les époux B demandent la décharge, en droits et pénalités, de la somme restant en litige, qui s'élève à 166 605 euros.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

3. L'obligation ainsi faite à l'administration fiscale de tenir à la disposition du contribuable qui le demande, avant la mise en recouvrement d'impositions établies au terme d'une procédure de rectification contradictoire ou par voie d'imposition d'office, les documents ou copies de documents qui contiennent les renseignements qu'elle a utilisés pour procéder aux redressements correspondants, sauf dans le cas où ces renseignements sont librement accessibles au public, permet au contribuable de vérifier l'authenticité de ces documents et d'en discuter la teneur ou la portée et constitue ainsi une garantie pour l'intéressé. Cependant, les dispositions législatives protégeant le secret professionnel, comme celles que prévoit l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, peuvent faire obstacle à la communication par l'administration à un contribuable de renseignements concernant un tiers, sans le consentement de celui-ci ou de toute personne habilitée à cet effet. Peuvent, dès lors, être régulièrement établis des redressements fondés sur des documents dont les copies détenues par les services fiscaux n'ont été communiquées au contribuable qu'après occultation des informations couvertes par un tel secret.

4. Il est constant que les époux B ont, par un courrier en date du 20 juin 2016, demandé à l'administration fiscale que leur soit communiquée copie, entre autres, des factures de la LCR 06 et des éléments comptables de la SAS LC System, dont le compte fournisseur de la société LCR 06, au titre des exercices 2011, 2012 et 2013, obtenus dans le cadre de la procédure de vérification engagée à l'encontre de cette dernière. En réponse à cette demande, l'administration fiscale n'a fait parvenir à l'intéressée qu'une partie des documents ainsi obtenus, à savoir les factures émises par la société LCR 06, omettant les éléments comptables de la SAS LC System, dont le compte fournisseur de la société LCR 06. Or il résulte de l'instruction que l'administration fiscale s'est fondée sur cet élément comptable pour fonder les rectifications litigieuses. Si cette dernière fait valoir que le compte fournisseur a été retranscrit dans la proposition de rectification adressée aux requérants, il résulte en revanche de l'instruction qu'elle s'est abstenue de leur en communiquer une copie, ainsi qu'elle était tenue de le faire en application des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, afin, notamment, de permettre aux époux B d'en vérifier l'authenticité. Dans ces conditions, et alors que les dispositions législatives protégeant le secret professionnel, telles que celles résultant de l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, ne faisaient pas obstacle à la communication de tels éléments comptables après occultation des informations couvertes par un tel secret, l'administration fiscale a, en l'espèce, en ne communiquant pas l'intégralité des pièces obtenues de tiers et sur lesquelles elle s'est fondée pour établir l'imposition en litige, privé les époux B d'une garantie et entaché la procédure d'imposition d'irrégularité. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à demander la décharge des impositions en litige, en droits et pénalités.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 200 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les époux B sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012 et 2013, en droits et pénalités, pour un montant total de 166 605 (cent-soixante-six-mille six-cent-cinq) euros.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros aux époux B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Sussen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

La rapporteure,

signé

S. KOLF

La présidente,

signé

J. MEAR

La greffière,

signé

C. SUSSEN

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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