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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002870

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002870

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002870
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantGUEUNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juillet 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Tshyg Courses, représentée par Me Gueunier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge totale des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 ainsi que des intérêts et pénalités correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- la procédure de vérification est irrégulière dès lors que la procédure ne s'étant pas déroulée sur place, dans ses locaux, en méconnaissance des dispositions L. 13 du livre des procédures fiscales et de la doctrine exprimée sous la référence BOI-CF-PGR-20-20, elle a été privée d'un véritable débat oral et contradictoire ;

- les rappels concernant la taxe sur la valeur ajoutée collectée ne sont pas fondés dès lors que le rapprochement effectué par l'administration fiscale entre les opérations déclarées et la reconstitution des encaissements pour chaque exercice ne tient pas compte des règles particulières d'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée en cas de transmission de créances prévues à l'article 269-2-c du code général des impôts ;

- les rappels concernant la taxe sur la valeur ajoutée déductible ne sont pas fondés l'administration fiscale ne pouvant les prononcer au seul regard de sa comptabilité ;

- l'application de la pénalité de 40% pour manquement délibéré prévue à l'article 1729 du code général des impôts n'est pas suffisamment motivée et n'est pas justifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2021, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction du contrôle fiscal Sud-Est, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Tshyg Courses, qui exerce une activité de transports routiers, a fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 à l'issue de laquelle, l'administration fiscale lui a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Après avoir formé une réclamation préalable qui a été rejetée par l'administration fiscale, la société Tshyg Courses demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ainsi mis à sa charge.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification en date du 14 septembre 2018 précise les dispositions légales retenues comme fondement des rappels des impositions en litige, l'impôt concerné, la période d'imposition, le montant des rectifications envisagées et les motifs sur lesquels le service s'est fondé pour procéder aux rectifications contestées. Si, la société requérante soutient que, les informations ayant fondé les rappels litigieux concernant la taxe sur la valeur ajoutée collectée ne permettent pas de s'assurer que les montants retenus correspondent aux sommes versées par les clients finaux à la société d'affacturage ni de vérifier leur date de versement laissant supposer que l'administration a méconnu les règles d'exigibilité et qu'elle a commis une erreur dans le taux de taxe sur la valeur ajoutée appliqué, ces circonstances sont sans incidence sur la motivation de la proposition de rectification qui lui a été adressée, le caractère suffisant de la motivation d'une proposition de rectification ne dépendant pas du bien-fondé de ses motifs. De la même façon, la société ne peut utilement soutenir pour justifier de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification concernant les rappels liés à la taxe sur la valeur ajoutée déductible que la base légale est erronée et que l'administration fiscale ne pouvait pas se fonder exclusivement sur ses données comptables pour les prononcer. Enfin et contrairement à ce que soutient la société requérante, le courrier du 4 octobre 2018 ne constitue pas un document complétant la motivation de la proposition de rectification initiale mais correspond à la communication de documents obtenus de tiers par l'administration fiscale conformément aux dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la proposition de rectification serait insuffisamment motivée.

4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables () ". Dans le cas où la vérification de la comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable dans lesquels sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.

5. Il résulte de l'instruction et notamment des termes de la proposition de rectification du 14 septembre 2018 et du courrier du 26 juin 2018 adressé par la société requérante à l'administration fiscale, qu'elle a mandaté la société A Expertise Audit Commissariat pour la représenter au cours des opérations de contrôle et a demandé au service que ces opérations se déroulent dans les locaux de son mandataire. Il n'est pas contesté que les rendez-vous se sont déroulés dans les bureaux de ce cabinet et que les rehaussements ont été présentés à M. A du cabinet d'expertise dûment mandaté et à M. B dirigeant de la société requérante. Dans ces conditions et alors que la société requérante n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les conditions précédemment décrites dans lesquelles s'est déroulée la vérification de sa comptabilité, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas bénéficié d'un débat oral et contradictoire.

6. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. ".

7. À supposer que la société requérante ait entendu se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du paragraphe 90 de la documentation administrative référencée BOI-CF-PGR-20-20 du 12 septembre 2012 relatif aux garanties applicables lors de l'exercice du contrôle, un tel moyen est inopérant s'agissant d'une question relative à la régularité de la procédure d'imposition.

Sur le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige :

En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée :

8. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ; () ". Aux termes de l'article 269 du même code: " 1 Le fait générateur de la taxe se produit : / a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; () / 2. La taxe est exigible : () / c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. () ".

9. En l'absence de remise en cause du caractère régulier, sincère et probant de la comptabilité de la société, l'administration fiscale ne peut, pour apporter la preuve qui lui incombe de ce que celle-ci n'aurait pas déclaré la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) grevant l'ensemble des recettes encaissées, recourir à une méthode d'évaluation moins précise que les écritures comptabilisées. En particulier, le recours exclusif à une méthode susceptible de révéler l'existence d'anomalies dans les déclarations de la société contribuable ne saurait apporter, faute d'établir que la source des écarts ainsi révélés résulte d'une dissimulation de recettes et non de pratiques commerciales régulières pouvant les expliquer, la preuve que les écarts ainsi relevés doivent faire l'objet de rappels de taxe. Il est en revanche loisible à l'administration de procéder à des tests de cohérence des déclarations de TVA en les rapprochant d'autres éléments tirés de la comptabilité de la société, tels les soldes des comptes de produits et ceux des comptes des clients, corrigés de leurs variations entre l'ouverture et la clôture de la période considérée.

10. En premier lieu, pour déterminer le montant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée exigible au titre des exercices 2015, 2016 et 2017, l'administration a pris en compte les crédits portés sur les relevés bancaires de la société et les encaissements comptabilisant les créances cédées, leur montant et leur date de versement à la société d'affacturage obtenus après exercice de son droit de communication auprès de cette société. Le montant de taxe sur la valeur ajoutée exigible ainsi déterminé étant supérieur au montant inscrit par la société dans ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée de ces périodes, l'administration lui a notifié un rappel de 101 672 euros correspondant à l'insuffisance de taxe sur la valeur ajoutée collectée concernant la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017.

11. Contrairement à ce que soutient la société requérante, il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification que l'administration a précisé les dates auxquelles les crédits ont été versés par les clients finaux à la société d'affacturage. Par suite, il résulte de ce qui précède que l'administration a appliqué les règles d'exigibilité mentionnées au point précédent pour déterminer les encaissements de la période et le montant de TVA collectée correspondant à ces encaissements. Dans ces conditions, la société Tshyg Courses n'est pas fondée à soutenir que la méthode mise en œuvre serait nécessairement viciée car contraire aux règles d'exigibilité.

12. En second lieu, en se bornant à indiquer, sans produire aucun élément, qu'elle exerce également une activité de transport de personnes qui bénéfice d'un taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée et que l'administration n'a procédé à aucune distinction dans la proposition de rectification, elle n'établit pas que l'administration aurait commis une erreur sur le taux de TVA retenu. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration aurait commis une erreur sur le taux de TVA, à supposer qu'il soit soulevé, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée déductible :

13. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / () / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; / () " Aux termes de l'article 289 du même code : " I. - 1. Tout assujetti est tenu de s'assurer qu'une facture est émise, par lui-même, ou en son nom et pour son compte, par son client ou par un tiers : a. Pour les livraisons de biens ou les prestations de services qu'il effectue pour un autre assujetti, ou pour une personne morale non assujettie, et qui ne sont pas exonérées en application des articles 261 à 261 E ; () / 3. La facture est, en principe, émise dès la réalisation de la livraison ou de la prestation de services. () / 4. L'assujetti doit conserver un double de toutes les factures émises. () ". Aux termes de l'article L. 177 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible dans les conditions fixées par l'article 271 du code général des impôts, les redevables doivent justifier du montant de la taxe déductible et du crédit de taxe dont ils demandent à bénéficier, par la présentation de documents même établis antérieurement à l'ouverture de la période soumise au droit de reprise de l'administration ".

14. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté qu'au 31 décembre 2017, la société requérante faisait apparaître dans le compte " 4456 Taxes sur le chiffre d'affaires déductible " un solde global créditeur de 26 830,04 euros pour lequel elle n'a produit aucun justificatif. Contrairement à ce que soutient la société requérante, la seule constatation par le vérificateur d'un solde créditeur sur ce compte, qui doit en principe être débiteur ou nul, était de nature à justifier un rappel de taxe à concurrence du montant du solde créditeur. En l'absence de justification tant devant le service que devant le juge de l'impôt, de la comptabilisation de cette créance de taxe sur la valeur ajoutée, la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge du rappel de taxe correspondant à ce solde créditeur.

Sur le bien-fondé de l'application des pénalités pour manquement délibéré :

15. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".

16. Pour établir cette mauvaise foi, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt. Si l'administration se fonde également sur des éléments tirés du comportement du contribuable pendant la vérification, la mention d'un tel motif ne peut en elle-même justifier l'application d'une telle pénalité.

17. Il résulte de l'instruction que, pour motiver l'application de la pénalité de 40% prévue par les dispositions précitées sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige, l'administration fiscale s'est fondée, concernant la taxe sur la valeur ajoutée collectée, sur l'importance de la minoration du montant de taxe sur la valeur ajoutée brute due figurant sur ses déclarations de TVA et le caractère répété de celle-ci sur l'ensemble de la période vérifiée. Elle a considéré qu'au regard de l'activité de la société qui est inchangée depuis sa création en 2014, elle ne pouvait se prévaloir d'une méconnaissance du régime de la taxe sur la valeur ajoutée collectée. Concernant les rappels liés à la taxe sur la valeur ajoutée déductible l'administration a fondé la pénalité pour manquement délibéré sur le montant excédentaire figurant sur ses comptes qui, au regard de son montant et de l'absence de toute justification, ne permet pas de l'analyser comme une erreur matérielle de calcul de la part de la société. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme ayant suffisamment motivé et apporté la preuve du bien-fondé de la majoration contestée aux rappels de TVA mis à la charge de la société.

18. Il résulte de ce qui précède que la société à responsabilité limitée Tshyg Courses n'est pas fondée à solliciter la décharge, en droits et pénalités des rappels de taxe sur la valeur ajoutée dont elle a fait l'objet au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Ses conclusions à fin de décharge doivent, par conséquent, être rejetées ainsi que par voie de conséquence celles tendant au remboursement des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société à responsabilité limitée Tshyg Courses est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Tshyg Courses et à l'administratrice générale des finances publiques de la direction de contrôle fiscal Sud-Est.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert présidente,

Mme Chevalier, première conseillère,

Mme Kolf, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Chevalier

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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