jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2002874 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET SOLLBERGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2020, la société anonyme (SA) Cascada, représentée par Me Sollberger, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des contributions annuelles sur les revenus locatifs auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014, en droits et pénalités ;
2°) d'assortir cette décharge des intérêts moratoires ;
3°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale n'établit pas l'existence d'un acte anormal de gestion ;
- la valeur vénale retenue par le service est contestable ; à supposer que les termes de comparaison proposés par le service puissent être retenus, une décote supérieure à 10 % devrait être appliquée ;
- s'agissant de biens immobiliers comptabilisés en stock, il est matériellement impossible de déterminer une valeur locative, celle-ci étant proche de zéro ;
- en tant que marchand de biens, elle ne saurait être assujettie à la contribution annuelle sur les revenus locatifs ;
- elle est fondée à se prévaloir du §1 de la doctrine référencée au bulletin BOI-RFPI-CTRL-20-30 du 8 août 2014 ;
- n'étant pas assujettie à la contribution annuelle sur les revenus locatifs, elle ne saurait être soumise à la majoration de 10 % pour défaut de production de la déclaration de contribution sur les revenus locatifs ;
- l'application de la majoration pour manquement délibéré est également infondée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2020, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal sud-est, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SA Cascada, société de droit norvégien dont l'activité déclarée est celle de marchand de biens, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au terme de laquelle le service vérificateur a constaté l'existence d'un acte anormal de gestion, estimant qu'elle avait renoncé à des recettes en mettant à disposition d'associés ou de tiers, sans contrepartie, les quatre appartements dont elle est propriétaire situés rue Latour-Maubourg à Cannes. La société Cascada a en conséquence été assujettie, dans le cadre de la procédure de rectification contradictoire, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des contributions sur les revenus locatifs au titre des années 2013 et 2014. La société demande la décharge de ces impositions et des pénalités y afférentes.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
2. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Les renonciations à recettes et abandons de créances consentis par une entreprise au profit d'un tiers ne relèvent pas, en règle générale, d'une gestion commerciale normale, sauf s'il apparaît qu'en consentant de tels avantages, l'entreprise a agi dans son propre intérêt.
3. En premier lieu, d'une part, il est constant que la société requérante a mis à disposition gratuite de ses dirigeants l'appartement n° 23 dont elle est propriétaire, ainsi qu'elle l'indique elle-même dans sa requête. En se bornant à indiquer que l'appartement était mis à leur disposition pour l'exercice de leurs activités en tant que dirigeants, la société requérante ne justifie pas qu'elle aurait agi dans son intérêt. D'autre part, s'agissant des trois autres appartements, le service a relevé, au titre de la période litigieuse, des consommations d'électricité totales respectives, pour chacun d'eux, de 2 948, 1 850, et 1 951 kilowattheures. Ces valeurs, bien qu'inférieures à la moyenne annuelle de consommation électrique pour un appartement d'une superficie comparable, révèlent une occupation partielle de ces biens et ne sauraient uniquement s'expliquer par les travaux de rénovation réalisés dans lesdits appartements à partir de 2014. Le service vérificateur a en outre constaté que des contrats d'assurance " habitation confort " avaient été souscrits pour chacun de ces appartements. Si la société requérante soutient que ces trois appartements n'ont été rendus habitables qu'au prix d'importants travaux de rénovation réalisés à partir de 2014, et qu'ils n'ont par conséquent pas pu être mis à disposition gratuite de quiconque au titre de la période litigieuse, les éléments qu'elle produit ne permettent pas de justifier, ainsi que le fait valoir l'administration fiscale, que les appartements n'étaient pas habitables au cours de la période litigieuse. Enfin, nonobstant la circonstance que la société Cascada exercerait une activité de marchand de biens, le fait de mettre un bien, y compris un bien comptabilisé en stock, à disposition gratuite d'un associé ou d'un tiers, équivaut à un abandon de recettes qui, s'il ne repose sur aucune justification, est constitutif d'un acte anormal de gestion. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément de nature à contredire utilement et sérieusement l'occupation effective de ces logements et de tout élément de justification apportée par la requérante, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve que, en mettant les appartements dont elle est propriétaire à disposition gratuite de ses associés ou de tiers, la société requérante a accompli un acte anormal de gestion.
4. En second lieu, il résulte de l'instruction que, pour déterminer la valeur locative des appartements détenus par la société requérante au titre des années 2013 et 2014, quatre appartements dont les surfaces sont de 64 et 82 m2 avec balcons/terrasses mesurant entre 5 et 16 m2 situés aux 2ème ou 3ème étage d'un immeuble sis au 22, rue Latour Maubourg à Cannes dont trois sont accompagnés de garages, et donnant sur la Croisette, le service vérificateur a déterminé leur valeur vénale en recourant à quatre termes de comparaisons correspondant aux ventes, entre 2010 et 2011, d'appartements situés dans des immeubles sis sur la Croisette à Cannes, dotés de terrasses. Le service a fait application d'une décote de 10 % pour tenir compte du fait que les biens à évaluer étaient situés dans un immeuble dont la vue portait pour partie sur les toits de restaurants situés sur le front de mer, retenant une valeur vénale, par appartement, de 1 209 920 euros. Il a également retenu trois termes de comparaison pour déterminer la valeur vénale des trois garages correspondant aux appartements, fixée à 50 000 euros par garage. Il a ensuite appliqué à cette valeur un taux de rendement de 4 % portant la valeur locative de l'ensemble immobilier, au titre des années en litige, à 199 587 euros.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que le terme de comparaison n° 3 retenu par l'administration fiscale porte sur un appartement d'une surface habitable de 99 m2, comportant une terrasse de 27 m2 et situé dans un immeuble bordé d'allées verdoyantes et d'un standing supérieur à celui de l'immeuble dans lequel se situent les quatre appartements à évaluer. Dès lors, il y a lieu d'écarter ce terme de comparaison, tandis que les trois autres termes retenus portent, quant à eux, sur des biens similaires s'agissant tant des surfaces que de localisation, qui ont été cédés à des dates suffisamment proches de la période en litige. L'examen de ces trois termes de comparaison (n° 1, 2 et 4) permet de retenir une valeur moyenne d'un montant de 15 637 euros par m2. Par suite, et alors que la société requérante, en se bornant à renvoyer à une estimation sommaire réalisée par une agence immobilière, ne propose aucun terme de comparaison plus probant ni ne détermine avec précision la décote qui devrait être appliquée en lieu et place de la décote de 10 % appliquée par l'administration fiscale pour tenir compte, notamment, de la présence de restaurants en contrebas des appartements à évaluer, la valeur vénale de ces appartements doit être établie à un prix de 1 125 864 euros, en lieu et place de la valeur vénale de 1 209 920 euros retenue par l'administration fiscale. Dans ces conditions, et alors que l'évaluation des garages ne prête à aucun débat entre les parties, la valeur vénale de l'ensemble des biens immobiliers en litige s'élève à 4 653 456 euros.
6. D'autre part, en se bornant à indiquer que la valeur locative des biens en litige est proche de zéro dès lors que rien ne lui imposait de les mettre en location, la société requérante ne conteste pas utilement la valeur vénale retenue par l'administration, ni la pertinence du taux de rendement de 4 % appliqué par cette dernière. Il y a, par suite, lieu de faire application de ce taux à la valeur vénale déterminée au point 5 du présent jugement afin de déterminer les loyers perçus annuellement, qui s'élèvent à 186 138 euros par année en litige.
En ce qui concerne la contribution sur les revenus locatifs :
7. D'une part, aux termes de l'article 234 nonies du code général des impôts : " I.- Il est institué une contribution annuelle sur les revenus retirés de la location de locaux situés dans des immeubles achevés depuis quinze ans au moins au 1er janvier de l'année d'imposition, acquittée par les bailleurs () ". Aux termes de l'article 234 duodecies du même code : " I. - Lorsque la location est consentie par une personne morale ou un organisme devant souscrire la déclaration prévue au 1 de l'article 223, () la contribution prévue à l'article 234 nonies est assise sur les recettes nettes définies à l'article 29 qui ont été perçues au cours de l'exercice ou de la période d'imposition () ". Une société propriétaire qui renonce sans contrepartie à percevoir des recettes qu'une gestion normale de son bien lui eut procurées doit être regardée comme ayant retiré un revenu de la location de ce bien au sens de l'article 234 nonies précité.
8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la SA Cascada a, en mettant gratuitement ses appartements à disposition de ses associés ou de tiers, nonobstant sa prétendue qualité de marchand de biens, renoncé à percevoir des recettes. C'est donc à bon droit qu'elle a été assujettie à la contribution annuelle sur les revenus locatifs au titre des recettes qu'une gestion normale de son bien lui aurait procurées. Toutefois, ainsi qu'il a été dit aux points 5 et 7 du présent jugement, pour établir cette contribution, les loyers annuels pris en compte doivent être ramenés à un montant de 186 138 euros au titre de chacune des deux années en litige.
9. D'autre part, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOI-RFPI-CTRL-20-30 et notamment du paragraphe 1er dès lors que cette doctrine ne donne pas une interprétation différente de la loi fiscale de celle dont il est fait application au point précédent.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la SA Cascada est seulement fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des contributions annuelles sur les revenus locatifs auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014 correspondant à la prise en compte de loyers annuels d'un montant de 186 138 euros au titre de chacune de ces deux années.
Sur les majorations :
11. En premier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
12. L'administration fiscale a appliqué les pénalités pour manquement délibéré au chef de redressement concernant l'acte anormal de gestion commis par la société en mettant à disposition ses biens à titre gratuit et durant trois exercices successifs. En se prévalant de la répétition des omissions et de leur importance, ainsi que de la circonstance que la société Cascada ne pouvait ignorer qu'elle se privait anormalement de recettes en procédant ainsi, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du manquement délibéré de la société à ses obligations fiscales.
13. En second lieu, aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".
14. Il est constant que la SA Cascada n'a pas déposé ses déclarations de contribution annuelle sur les revenus locatifs. Dans ces conditions, c'est par une exacte application des dispositions du a du 1 de l'article 1728 du code général des impôts que l'administration fiscale lui a infligé une majoration de 10 % pour absence de dépôt de déclaration.
Sur les conclusions tendant au versement par l'Etat d'intérêts moratoires :
15. Il n'existe aucun litige né et actuel entre le comptable et la requérante concernant les intérêts mentionnés à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales. Dès lors, ces conclusions ne sont pas recevables.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel, au titre des frais engagés par la société Cascada et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les bases imposables à l'impôt sur les sociétés et à la contribution annuelle sur les revenus locatifs de la société Cascada au titre des années 2013 et 2014 sont réduites à concurrence de la prise en compte de loyers annuels d'un montant de 186 138 euros au titre de chacune des deux années.
Article 2 : La société Cascada est déchargée, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt et des contributions annuelles sur les revenus locatifs auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014 à concurrence de la réduction des bases d'imposition mentionnées à l'article 1er.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à la société anonyme Cascada et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal sud-est.
Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Kolf, conseillère,
Mme Bergantz, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
S. Kolf
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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