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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002944

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002944

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002944
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET
Avocat requérantSELARL ANDREANI-HUMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2020, Mme D A, représentée par Me Olivier, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2019 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes l'a suspendue dans ses droits au revenu de solidarité active pour une période de trois mois ;

2°) d'annuler la décision du 19 juillet 2019 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Menton l'a radiée de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de deux mois ;

3°) d'annuler la décision du 9 décembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes l'a rétablie dans ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er septembre 2019 ;

4°) d'ordonner le versement à son profit d'une somme de 1 670,40 euros au titre des mensualités de revenu de solidarité active dont elle a été privée ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La requérante soutient que :

S'agissant de la décision du 5 juillet 2019 :

- cette décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été mise en mesure de faire valoir ses observations préalablement à son édiction ;

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision procède d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a jamais été destinataire du courrier l'invitant à renouveler son projet personnalisé d'accès à l'emploi (PPAE) ; l'absence de convocation constitue un motif légitime dans le non-renouvellement de son PPAE ;

- cette décision procède d'une erreur de droit dans la mesure où, faisant l'objet d'une première suspension, le président du conseil départemental ne pouvait prononcer la suspension totale de son allocation ;

S'agissant de la décision du 19 juillet 2019 :

- cette décision ne lui a jamais été notifiée ;

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision procède d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a jamais été destinataire du courrier l'invitant à renouveler son projet personnalisé d'accès à l'emploi (PPAE) ; l'absence de convocation constitue un motif légitime dans le non-renouvellement de son PPAE ;

- cette décision procède d'une erreur de droit dans la mesure où, compte tenu du motif sur lequel elle se fonde, seule une radiation d'une durée maximale d'un mois pouvait être prononcée ;

S'agissant de la décision du 9 décembre 2019 :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure compte tenu de l'absence de saisine préalable de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales ;

- cette décision procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2020, la direction régionale de Pôle emploi de Provence-Alpes-Côte-d'Azur, prise en la personne de son représentant légale en exercice et représentée par Me Andreani, conclut à la mise en cause du département des Alpes-Maritimes et au rejet de la requête de Mme A.

Elle soutient que :

- le département des Alpes-Maritimes doit être mis en cause dans la présente instance dès lors qu'il est l'auteur des décisions des 5 juillet 2019 et 9 décembre 2019 en litige ;

- les conclusions de la requête de Mme A dirigées contre la décision du 19 juillet 2019 sont irrecevables ;

- en tout état de cause, les moyens de la requête de Mme A sont infondés.

Par un courrier qui lui a été adressé le 6 mars 2023, le tribunal a informé Mme A qu'à défaut pour elle de confirmer expressément le maintien des conclusions de sa requête dans un délai d'un mois, elle serait réputée s'en être désistée, en application des dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire, enregistré le 17 mars 2023, Mme A déclare maintenir l'ensemble des conclusions de sa requête.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2020 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi du 10 juillet 1991relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Pouget, présidente.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 5 juillet 2019, le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a prononcé la suspension de Mme A dans ses droits au revenu de solidarité active. Par une décision du 19 juillet 2019, le directeur de l'agence Pôle emploi de Menton a prononcé la radiation de Mme A de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de deux mois. Par une décision du 9 décembre 2019, le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rétabli Mme A dans ses droits au revenu de solidarité active à compter seulement du 1er septembre 2019. Par trois requêtes enregistrées respectivement sous les n°s 2002679, 2002944 et 2002945 rédigées en termes identiques, Mme A demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces trois décisions, d'ordonner le versement à son profit d'une somme de 1 670,40 euros au titre des mensualités de revenu de solidarité active dont elle a été privée et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais de l'instance.

Sur l'objet du litige :

2. Il résulte de l'instruction que par deux requêtes distinctes, enregistrées sous les n°s 2002679 et 2002945, Mme A a saisi le tribunal de conclusions devant être regardées comme dirigées contre les décisions des 5 juillet et 9 décembre 2019 par lesquelles le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a respectivement prononcé la suspension de ses droits au revenu de solidarité active et son rétablissement dans ses droits à cette allocation à compter du 1er septembre 2019. Dans ces conditions, la requête enregistrée sous le n° 2002944, objet du présent jugement, doit quant à elle être regardée comme étant uniquement dirigée contre la décision du 19 juillet 2019 portant radiation de Mme A de la liste des demandeurs d'emploi.

Sur la demande de la direction régionale de Pôle emploi de Provence-Alpes-Côte-d'Azur tendant à la mise en cause du département des Alpes-Maritimes :

3. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement que les conclusions de la requête de Mme A doivent être regardées comme étant uniquement dirigées contre la décision du 19 juillet 2019 du directeur de l'agence Pôle emploi de Menton. Dans ces conditions, le département des Alpes-Maritimes, qui n'est pas l'auteur de cette décision, doit être mis hors de cause.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, Mme A soutient que la décision du 19 juillet 2019 par laquelle elle s'est vu radier de la liste des demandeurs d'emploi a été signée par une autorité incompétente. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. C B, directeur de l'agence Pôle emploi de Menton, dispose, en vertu d'une décision PACA n° 2019-18 DS Agences du 20 mai 2019, publiée au bulletin officiel de Pôle emploi du 22 mai 2019, d'une délégation de signature à l'effet de signer au nom du directeur régional de Pôle emploi de Provence-Alpes-Côte-d'Azur les décisions portant radiation de la liste des demandeurs d'emploi. Dans ces conditions, la décision du 19 juillet 2019 dont Mme A sollicite l'annulation a été signée par une autorité compétente. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, Mme A soutient qu'elle n'a jamais été destinataire d'un courrier de convocation avant l'édiction de la décision du 19 juillet 2019 en cause. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du courrier adressé le 29 avril 2019 à l'intéressée, lequel confirme son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, que Mme A a choisi de recevoir des courriers dans son espace personnel Pôle emploi et que, par conséquent, les courriers tels que les convocations aux entretiens, les avertissements en cas de non-respect des obligations et les notifications de paiement ne lui seraient plus adressés par voie postale. Dans ces conditions, la requérante ne saurait utilement se prévaloir de l'absence de convocation par voie postale dès lors que le choix de correspondre avec Pôle emploi exclusivement par voie électronique résulte de sa propre volonté. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 5412-7 du code du travail : " Lorsqu'il envisage de prendre une décision de radiation, le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 informe préalablement par tout moyen donnant date certaine l'intéressé des faits qui lui sont reprochés et de la durée de radiation envisagée, en lui indiquant qu'il dispose d'un délai de dix jours pour présenter des observations écrites ou, s'il le souhaite, pour demander à être entendu, le cas échéant assisté d'une personne de son choix ".

7. A l'appui de sa requête, Mme A soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où elle n'a pas été mise en mesure de présenter des observations préalablement à l'édiction de la décision prononçant sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'un courrier électronique du 27 juin 2019 portant avertissement avant sanction pour absence à un rendez-vous a été adressé à l'intéressée sur son espace personnel. Par ailleurs, il est constant que la requérante n'a consulté ce courrier que le 19 décembre 2019, soit près de six mois après sa notification. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter des observations préalablement à l'édiction de la décision du 19 juillet 2019 en cause. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 5412-7 du code du travail doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 5412-5 du code du travail : " La radiation de la liste des demandeurs d'emploi entraîne l'impossibilité d'obtenir une nouvelle inscription : / 1° Pendant une période d'un mois lorsqu'est constaté pour la première fois le manquement mentionné au c du 3° de l'article L. 5412-1. En cas de deuxième manquement, cette période est portée à une durée de deux mois consécutifs. A partir du troisième manquement, cette période est portée à une durée de quatre mois consécutifs () ".

9. En l'espèce, Mme A soutient que la décision prononçant sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de deux mois est irrégulière dès lors qu'elle ne pouvait faire l'objet, compte tenu des manquements retenus à son égard, que d'une sanction maximale d'un mois. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme A a été radiée de la liste des demandeurs d'emploi une première fois le 26 mars 2019 pour absence à un rendez-vous sans motif légitime et une seconde fois le 19 juillet 2019 pour le même motif. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le directeur de l'agence Pôle emploi de Menton a prononcé la radiation de Mme A de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de deux mois.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la direction régionale de Pôle emploi de Provence-Alpes-Côte-d'Azur, que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le département des Alpes-Maritimes est mis hors de cause.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à la direction régionale de Pôle emploi de Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

La présidente,La greffière,

signé signé

M. E

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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