mercredi 12 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2002961 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SOLLBERGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2020, la société anonyme (SA) Société de la Villa Hier, prise en la personne de Me Gasnier, mandataire ad hoc, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2008, ensemble les pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner la partie perdante aux entiers dépens.
La société requérante soutient que :
- à ce jour, aucune décision de justice ne se prononce sur la culpabilité des différentes personnes poursuivies dans le cadre de la procédure pénale relative à la vente de la Villa Hier ;
- le service ne pouvait se fonder sur la contre-lettre obtenue dans le cadre de son droit de communication auprès de l'autorité judiciaire dès lors que ce document ne constitue pas un acte authentique, que la société de droit luxembourgeois Opus One Holding SA, qui a signé ce document en qualité de vendeuse, n'est pas propriétaire du bien cédé, et qu'il s'agit d'un acte sous condition de paiement du prix dont rien ne prouve qu'il est intervenu ;
- le prix de cession d'un montant de 127 millions d'euros, qui figure dans la contre-lettre, est déconnecté de toute réalité économique ; le service était tenu de recourir à la méthode par comparaison pour déterminer le prix de cession de la Villa Hier ;
- les flux financiers retenus par le service ne concernent en rien la vente de la villa en litige.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction du contrôle fiscal Sud-Est, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le service peut utilement se fonder sur les faits relatés dans l'arrêt de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence en date du 23 novembre 2017 qui, bien qu'il ne prononce aucune condamnation pénale, révèle la dissimulation d'une partie du prix de la vente de la Villa Hier ;
- au surplus, le 4 mai 2020, le Procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Nice a conclu une convention judiciaire d'intérêt public avec la société de droit suisse Swiru Holding AG, qui était mise en examen du chef de complicité de fraude fiscale dans le cadre de l'affaire relative à la cession de la Villa Hier, et qui a accepté de payer une amende d'intérêt public d'un montant de 1 400 000 euros ; il s'en infère que cette société a reconnu les faits pour lesquels elle était poursuivie ainsi que la qualification pénale retenue ;
- la question de la valeur vénale de la Villa Hier est inopérante en présence d'une dissimulation de prix.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bergantz, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique du 30 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. La société anonyme (SA) Société de la Villa Hier, ayant pour activité la location de logements, a, par un acte du 26 mai 2008, cédé la villa dite " Villa Hier " située
374, avenue Mrs. L.D. Beaumont à Antibes (06160) à la société par actions simplifiée (SAS) VH Antibes, au prix de 35 000 000 d'euros. Toutefois, suite à l'obtention, dans le cadre d'une procédure distincte, d'éléments suspects relatifs à la vente de la Villa Hier, une information judiciaire a été ouverte le 18 novembre 2014 des chefs de blanchiment aggravé et recel aggravé de blanchiment. Le 23 septembre 2015, l'administration fiscale a reçu du juge d'instruction près le tribunal de grande instance de Nice un " soit-transmis " aux fins de prendre connaissance de la procédure ainsi ouverte puis a, entre le 23 novembre 2015 et 14 décembre 2017, demandé communication des éléments de cette procédure sur le fondement de l'article 101 du livre des procédures fiscales. Les investigations menées dans ce cadre ont mis à jour la dissimulation d'une partie du prix de la vente de ladite villa, par l'interposition de sociétés domiciliées notamment à l'étranger. Sur cette base, le service a engagé un contrôle sur pièces à l'encontre de la SA Société de la Villa Hier concernant l'exercice clos au 31 décembre 2018 sur le fondement de l'article 188 C du livre des procédures fiscales, à l'issue duquel il lui a notifié, par une proposition de rectification en date du 20 décembre 2018, un rehaussement de son résultat à hauteur du montant dissimulé, selon la procédure de taxation d'office prévue par le 2° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales. La SA Société de la Villa Hier demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés qui en ont résulté, en droits et pénalités.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. En premier lieu, aux termes du 1. de l'article 38 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions des articles 33 ter,40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. "
3. Lorsque l'administration fiscale soutient qu'une transaction a été conclue pour un prix supérieur à celui qui est exprimé dans l'acte de cession, il lui appartient d'établir la preuve de cette dissimulation de prix.
4. Pour établir que la SA Société de la Villa Hier a dissimulé une partie du prix de cession de la Villa Hier, intervenue par un acte notarié du 26 mai 2008 au prix de
35 000 000 d'euros, l'administration fiscale s'est fondée sur l'existence d'un document occulte daté du 14 mai 2008 consulté dans le cadre de l'exercice de son droit de communication auprès de l'autorité judiciaire, selon lequel la même Villa Hier a été vendue par la société de droit luxembourgeois Opus One Holding SA à la société des Îles Vierges britanniques Alta Assets Ltd au prix de 127 000 000 d'euros. Il ressort des termes de l'arrêt n° 655/17 de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence du 23 novembre 2017 que cette contre-lettre, envoyée aux enquêteurs par une voie anonyme et intitulée " accord de vente Villa Hier Le Cap d'Antibes ", détaille très précisément les règlements à effectuer, au nombre desquels figure de manière expresse " le prix d'achat officiel " d'un montant de 35 000 000 d'euros. Si la société requérante conteste la valeur probante de cette contre-lettre en soutenant que la société luxembourgeoise Opus One Holding SA n'était pas propriétaire de la Villa Hier, il résulte de l'instruction que l'actionnaire unique de cette société est M. A C, lequel était également, à la date de la cession litigieuse, l'unique bénéficiaire de la société de droit luxembourgeois CBHM, détenant à 100 % la
SA Société de la Villa Hier. S'agissant de la société acquéreuse VH Antibes, il résulte de l'instruction qu'elle est détenue à 100 % par la société de droit luxembourgeois VH Estates, qui elle-même est détenue à 100 % par la société de droit suisse Swiru Holding AG, dont le bénéficiaire économique est M. B D. Ce dernier est également le représentant légal de la société Alta Assets Ltd. Il résulte en outre des faits relatés dans l'arrêt précité de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence que, contrairement à ce que fait valoir la société requérante, la réalité des règlements prévus par la contre-lettre du 14 mai 2008 est établie. En particulier, le
26 mai 2008, jour de la vente officielle de la Villa Hier, 61 000 000 d'euros ont été virés sur le compte bancaire de la société de droit luxembourgeois Opus One Holding SA ouvert dans une banque suisse par la société Alta Assets Ltd. Au surplus, le 4 mai 2020, une convention judiciaire d'intérêt public a été conclue en application de l'article 180-2 du code de procédure pénale entre le Procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice et la société suisse Swiru Holding AG, après que celle-ci a reconnu les faits pour lesquels elle avait été mise en examen du chef de complicité de fraude fiscale dans le cadre de la vente de la Villa Hier. Dans ces conditions, l'administration fiscale apporte la preuve de ce que la société Société de la Villa Hier a volontairement dissimulé une partie du prix de la vente de la villa Hier et elle était, par conséquent, fondée à réintégrer dans le bénéfice imposable de cette société la différence entre le prix dissimulé (127 000 000 d'euros) et le prix ostensible (35 000 000 d'euros), soit
92 000 000 d'euros.
5. En second lieu, la SA Société de la Villa Hier soutient que le prix de
127 millions d'euros est déconnecté de toute réalité économique et que le service aurait dû procéder à l'évaluation de la Villa Hier en recourant à la méthode par comparaison. Toutefois, en matière de dissimulation, un tel moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la SA Société de la Villa Hier doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SA Société de la Villa Hier la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
8. D'autre part, la présente instance n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions de la société requérante présentée à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SA Société de la Villa Hier est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Société de la Villa Hier et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Emmanuelli, président,
Mme Chevalier, conseillère,
Mme Bergantz, conseillère,
assistés de M. Crémieux, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé
A. BERGANTZ
Le président,
Signé
O. EMMANUELLILe greffier,
Signé
D. CREMIEUX
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P / Le greffier en chef,
Par délégation la greffière
No 2002961
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026