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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2003029

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2003029

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2003029
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP ASSUS-JUTTNER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 juillet 2020 et le 29 mars 2021, M. C B et Mme D B, représentés par Me Zuelgaray, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'enjoindre à la métropole Nice Côte d'Azur de procéder aux travaux préconisés par l'expert ;

2°) de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à leur verser une somme de 13 594,40 euros correspondant aux travaux nécessaires pour remédier aux désordres ;

3°) de rejeter toute demande formée à leur encontre ;

4°) de mettre à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les travaux entrepris par la métropole Nice Côte d'Azur ont causé un dommage au mur de soutènement de leur propriété ;

- le coût des travaux à réaliser s'élève à la somme de 13 594,40 euros ; ces travaux ne sont pas excessifs au regard des conclusions de l'expert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2020, la métropole Nice Côte d'Azur, représentée par Me Lanfranchi, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation de la société Tonso à la relever et à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de tout succombant une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La métropole Nice Côte d'Azur fait valoir que :

- les travaux mis en cause par les requérants ont fait l'objet d'un marché régularisé entre la métropole Nice Côte d'Azur et l'entreprise Tonso le 18 février 2015 pour la réalisation de travaux de génie civil pour l'éclairage public ;

- les requérants ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de la métropole Nice Côte d'Azur ; ils ne démontrent pas la réalité de leur dommage, notamment l'état de l'enrochement avant l'intervention de l'entreprise Tonso, ni l'existence d'un lien de causalité entre le dommage causé à l'enrochement et les travaux publics réalisés par l'entreprise Tonso pour le compte de la métropole Nice Côte d'Azur ;

- les requérants ne subissent et n'invoquent aucun préjudice ;

- la remise en état des lieux a été estimée par l'expert à la somme de 1 000 euros ; les travaux de remise en état demandés par les requérants sont incohérents et injustifiés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2021, la société d'exploitation Tonso, représentée par Me Magaud, conclut :

1°) au rejet de la demande de la métropole Nice Côte d'Azur ;

2°) à ce qu'elle soit mise hors de cause ;

3°) à limiter le coût des travaux de reprise à la somme de 1 000 euros ;

4°) à ce qu'il soit mis à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur et des consorts B une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société d'exploitation Tonso fait valoir que :

- la métropole Nice Côte d'Azur et les consorts B ne démontrent pas l'existence d'un préjudice né et actuel ; aucun lien de causalité direct et certain entre les travaux réalisés et le supposé préjudice ne peut être établi ;

- à supposer l'existence d'un préjudice, les travaux réalisés par la société ne sont à l'origine de la démolition de l'enrochement à la base du mur ; les consorts B ne démontrent pas que l'enrochement à la base du mur était dans un état différent avant les travaux ;

- les travaux de reprise demandés par les consorts B sont excessifs ; l'expert a chiffré la remise en état du mur à la somme de 1 000 euros.

Par ordonnance du 23 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 novembre 2023 à 12 heures.

Vu :

- l'ordonnance du 15 janvier 2019 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Nice a prescrit une expertise et désigné comme expert, M. A ;

- le rapport d'expertise de M. A déposé au greffe du tribunal le 22 mai 2019 ;

- l'ordonnance du 12 août 2019 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Nice a taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. A à la somme de 1 557,60 euros et les a mis à la charge des époux B ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 janvier 2024 :

- le rapport de Mme Chaumont, conseillère,

- et les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B et Mme D B sont propriétaires d'une villa située au 56 avenue Jean Mermoz à Saint-Jean-Cap-Ferrat (06230). Cette villa fait l'angle entre l'avenue Jean Mermoz et l'avenue de la Puncia et comporte un grand mur de soutènement en pierres avec à sa base un enrochement naturel. La métropole Nice Côte d'Azur a entrepris des travaux de voirie et d'éclairage public le long du mur de soutènement situé le long de l'avenue de La Puncia. Par une ordonnance du 15 janvier 2019, le tribunal administratif a ordonné une expertise contradictoire. L'expert a remis son rapport le 22 mai 2019. Au vu des conclusions de ce rapport, les époux B ont adressé, le 3 février 2020, à la métropole Nice Côte d'Azur une demande préalable tendant à ce qu'il soit procédé à la réalisation des travaux préconisés par l'expert ou, à défaut, à ce qu'il leur soit versé une somme de 13 594,40 euros correspondant au coût des travaux à réaliser. Leur demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, M. et Mme B demandent au tribunal d'enjoindre à la métropole Nice Côte d'Azur de procéder aux travaux préconisés par l'expert ou, à défaut, de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à leur verser la somme de 13 594 euros correspondant au coût des travaux nécessaires pour remédier aux désordres.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute de la métropole Nice Côte d'Azur :

2. Le maitre de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Ces tiers, auxquels il incombe d'apporter la preuve de la réalité des préjudices allégués et du lien de causalité entre la présence ou le fonctionnement de l'ouvrage et lesdits préjudices, ne sont pas tenus, pour autant, de démontrer le caractère grave et spécial de ceux-ci lorsque le dommage présente un caractère accidentel. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse sur lui, il incombe au maitre de l'ouvrage d'établir soit la faute de la victime, soit l'existence d'un événement de force majeure.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment des conclusions de l'expert judiciaire, que dans le cadre des travaux de rénovation de l'éclairage public sur l'avenue de la Puncia, l'entreprise Tonso a démoli une partie de l'enrochement à la base inférieure du mur, qui n'est plus un mur de soutènement, sur une première partie d'une longueur de 6,50 mètres et sur une largeur variant de 0,40 mètre à 0,10 mètre et, sur une seconde partie d'une longueur de 5 mètres et sur une largueur variant de 0,10 mètre à 1 mètre, représentant une surface totale de 4,37 m². Ainsi, le lien de causalité entre les travaux publics litigieux et les dommages allégués par les requérants doit être considéré comme établi.

4. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le mur extérieur est un ouvrage ancien, datant de l'époque romaine, fondé en partie sur la roche naturelle encore en place et qu'il est constitué, sur sa face externe Sud, d'un parement en pierres taillées avec joints réguliers. Il résulte également du rapport d'expertise et des photos produites au dossier que l'entreprise Tonso n'a pas démoli le mur mais seulement une partie de l'enrochement à sa base inférieure, en l'excavant. Cet empiètement était, par ailleurs, nécessaire dès lors qu'il constituait un nettoyage de purge de la base de l'enrochement afin d'éviter tout accident pendant l'exécution des travaux et que la surface purgée n'entraine aucune conséquence structurelle sur le mur, l'expert indiquant également qu'aucun désordre n'affecte les fondations du mur. Dans ces conditions, les préjudices allégués par les requérants ne peuvent être regardés comme revêtant un caractère grave de nature à engager la responsabilité sans faute de la métropole Nice Côte d'Azur.

5. Il résulte de ce qui précède que les époux B ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de la métropole Nice Côte d'Azur.

Sur les conclusions d'appel en garantie :

6. La responsabilité de la métropole Nice Côte d'Azur n'étant pas retenue, les conclusions d'appel en garantie formulées par celle-ci ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'expertise :

7. Il y a lieu de mettre à la charge définitive de M. et Mme B la totalité des frais de l'expertise décidée par l'ordonnance du 15 janvier 2019 du juge des référés du tribunal administratif de Nice et qui ont été liquidés et taxés à la somme de 1 557,60 euros par l'ordonnance de taxation de la présidente du tribunal administratif de Nice du 12 août 2019.

Sur les frais de procédure :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. et Mme B demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. et Mme B le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à la métropole Nice Côte d'Azur sur le fondement de ces mêmes dispositions.

10. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée à ce titre par la société Tonso.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Les frais et honoraires d'expertises, taxés et liquidés à la somme de 1 557,60 euros, sont mis à la charge définitive de M. et Mme B.

Article 3 : M. et Mme B verseront une somme de 1 500 euros à la métropole Nice Côte d'Azur sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme D B, à la métropole Nice Côte d'Azur et à l'entreprise Tonso.

Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Chaumont, conseillère,

Mme Duroux, conseillère,

Assistés de Mme Génovèse, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

La rapporteure,

signé

A-C. CHAUMONT

Le président,

signé

F. PASCAL La greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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