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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2003032

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2003032

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2003032
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP LYON-CAEN, THIRIEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 août 2020 et 18 octobre 2022, la société UNIPARC Cannes, représentée par Me Tenailleau et Me Goldstein, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Cannes à lui verser la somme de 639 797,05 euros hors taxes, assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 juillet 2020, ainsi qu'à la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cannes la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- la créance qu'elle détient sur la ville de Cannes au titre des frais d'études engagées pour la réalisation de l'extension du parc de stationnement n'est pas prescrite ;

- l'immobilisation partielle du parc Laubeuf entre octobre 2018 et février 2019 lui a causé un préjudice dont la commune lui doit réparation ; aucune stipulation du contrat ne permettait à la commune de Cannes de procéder à l'immobilisation de 265 places sur 356 ;

- la commune de Cannes a commis une faute engageant sa responsabilité contractuelle dès lors qu'elle a manqué à ses obligations contractuelles en la privant de son droit contractuel d'exploiter le parking Laubeuf ; cette faute est la cause directe du préjudice qu'elle a subi ;

- les travaux qui ont conduit à l'immobilisation du parc Laubeuf n'ont pas été entrepris par la ville de Cannes en sa qualité d'autorité domaniale mais au titre de ses pouvoirs de police générale ; ces travaux n'ont été réalisés ni dans le seul intérêt du domaine occupé ni conformément à sa destination ;

- la commune de Cannes ne bénéficiait plus du droit de mise à disposition prévu par l'article 36 du contrat dès lors que cette faculté a été supprimée par l'avenant n° 10, lequel n'a pas été résilié ;

- l'immobilisation partielle de ce parc de stationnement est également de nature à engager la responsabilité contractuelle de la commune sans faute pour modification unilatérale dès lors que cette immobilisation a porté atteinte à l'équilibre financier du contrat ;

- à supposer même que l'immobilisation du parking Laubeuf s'analyserait comme un fait du prince, elle aurait néanmoins droit à l'indemnisation intégrale de son préjudice subi à ce titre dès lors que l'immobilisation partielle a entrainé un bouleversement de l'équilibre financier du contrat ;

- elle a droit à la réparation intégrale du préjudice ainsi subi ; les pertes d'exploitation résultant de l'immobilisation partielle du parc Laubeuf s'élèvent à 259 832,50 euros hors taxes soit 311 799 euros toutes taxes comprises ;

- aucun abonné du parc Laubeuf ne s'est reporté sur les autres parcs qu'elle exploite ; l'immobilisation partielle a très fortement limité l'activité " horaire " du parking ; aucun stationnement provisoire n'a été mis en place par ses soins ;

- la reprise anticipée des parcs de stationnement avant la date d'effet de la résiliation lui a causé un préjudice évalué à la somme de 13 382,50 euros hors taxes ; la résiliation unilatérale ne devait prendre effet que le 1er mars 2019 alors que la commune a repris les parkings concédés dès le 28 février 2019 à 8 heures ; cette reprise anticipée est constitutive d'une inexécution contractuelle par la ville ou à défaut d'une modification unilatérale engageant sa responsabilité contractuelle sans faute ; les pertes d'exploitation qui en découle sont évaluées à la somme de 13 382 euros hors taxes ;

- la responsabilité contractuelle pour faute de la commune de Cannes est engagée au titre de l'inexécution contractuelle en ce que la société UNIPARC Cannes a engagé des frais d'études pour la réalisation de l'extension du parc Laubeuf qui ne lui ont pas été remboursés par la ville, contrairement aux stipulations du contrat modifiées par l'avenant n° 10 ; la commune doit réparation à la société UNIPARC Cannes de l'intégralité du préjudice subi à ce titre pour un montant de 366 581,75 euros hors taxes.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 août 2022 et 28 octobre 2022, la commune de Cannes, représentée par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 10 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre des frais de procédure.

Elle fait valoir que :

- la créance dont la société UNIPARC Cannes se prévaut au titre des frais d'études est prescrite ;

- la commune de Cannes n'a commis aucune faute en procédant à l'immobilisation partielle du parc Laubeuf afin de réaliser des travaux de confortement d'une digue sous-marine pour protéger le domaine public maritime auquel est affecté ledit parc ; les travaux ont été réalisés dans l'intérêt du domaine public occupé et participent à sa conservation afin d'empêcher l'inondation du parc de stationnement ; aucune clause du contrat ne prévoyait d'indemnisation du fait de travaux réalisés par l'autorité délégante ; la société UNIPARC Cannes ne disposait d'aucun droit exclusif de jouissance sur le bien en cause ; la commune disposait en tout état de cause en vertu de l'article 36 du contrat d'un droit de mise à disposition des parcs de stationnement ;

- la société requérante n'est pas plus fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de la commune sur le terrain de la responsabilité sans faute dès lors qu'aucune charge nouvelle n'a été mise en œuvre et que la décision de réaliser des travaux de confortement en cause provient d'une cause extérieure à la personne publique ; en tout état de cause, les travaux litigieux étaient susceptibles d'affecter l'ensemble des usagers de la zone portuaire et non seulement la requérante en qualité d'exploitante du parc Laubeuf ;

- elle n'est pas fondée à demander en tout état de cause la condamnation de la commune au paiement de la somme de 259 832,50 euros hors taxes au titre des pertes d'exploitation découlant de l'immobilisation partielle du parc Laubeuf ; la requérante ne démontre pas, par la seule référence à son chiffre d'affaires et à des factures dénuées d'indications précises, la réalité du préjudice invoqué ; au demeurant, les recettes générées par les abonnements de ce parc reportés sur les autres parcs exploités par la requérante ainsi que les recettes générées par le parc de stationnement provisoire aménagé à proximité doivent être déduites de l'indemnisation due au titre des pertes d'exploitation ;

- le préjudice tiré de la reprise anticipée des parcs de stationnement n'est pas justifié ;

- les stipulations du contrat ne prévoyaient pas le remboursement des frais d'études engagés par la commune à la société requérante qui avait la charge de la conception du projet ; l'article 9 de la convention initiale, qui n'a pas été amendé par l'avenant n° 10, faisait peser la charge de la construction du parc Laubeuf sur le délégataire ; au demeurant, certains des frais dont la société requérante demande l'indemnisation au titre des frais d'études, soit ne sont pas relatifs à des frais de conception du projet d'extension du parc Laubeuf, soit sont justifiés par des factures ayant une date d'enregistrement antérieure à l'avenant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 avril 2024 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tenailleau et Me Goldstein, représentant la société UNIPARC Cannes, et de Me Bigas, représentant la commune de Cannes.

Considérant ce qui suit :

1. La société UNIPARC Cannes, filiale du groupe INTERPARKING, et la commune de Cannes ont conclu le 31 mars 1995 un contrat de concession portant sur la gestion et l'exploitation de huit parcs de stationnement déjà construits, les parkings Suquet-Forville, Lamy, Ferrage, Palais, Croisette, Laubeuf, République et Vauban, ainsi que d'un parking en surface à construire, à la charge du délégataire. Le contrat initial a été conclu pour une durée de trente ans courant à compter du 1er mai 1995. Par avenant n° 3, la construction du parking en surface initialement prévue a été substituée par la réalisation d'une extension du parc Suquet-Forville. Par avenant n° 10, les parties ont convenu de la réalisation de l'extension du parking Laubeuf et de l'aménagement d'une dalle paysagée en surface. Par lettre du 27 novembre 2015, la société UNIPARC Cannes a mis en demeure la ville de Cannes de procéder à la résiliation de l'avenant n° 10, à laquelle cette dernière n'a pas répondu. Par ailleurs, la commune de Cannes a décidé d'entreprendre des travaux au large du parc de stationnement Laubeuf pour conforter une digue sous-marine entre octobre 2018 et fin février 2019, entrainant la neutralisation de 265 places de ce parc. Par courrier électronique du 6 septembre 2017, la société UNIPARC Cannes a demandé à la commune de Cannes l'indemnisation du préjudice résultant de la perte d'exploitation qu'elle estime avoir subie du fait de la neutralisation pendant 5 mois de près de 75% des capacités du parc Laubeuf. La société UNIPARC Cannes a demandé à la ville de Cannes le règlement de factures émises entre octobre 2018 et février 2019, pour un montant global de 311 799 euros toutes taxes comprises. Par une demande préalable en date du 17 juillet 2020, réceptionnée le 24 juillet suivant, la société UNIPARC Cannes a demandé à la commune de Cannes le paiement de la somme de 639 797,05 euros hors taxes en réparation des préjudices subis correspondant à l'immobilisation partielle du parc Laubeuf souhaité par la ville entre les mois d'octobre 2018 et février 2019, aux frais d'études engagés au titre du projet d'extension de ce parc ainsi qu'à la reprise anticipée des parcs par la ville. Cette demande ayant été rejetée par la commune, la société UNIPARC Cannes demande au tribunal de condamner la commune de Cannes au paiement de la somme de 639 797,05 euros hors taxes.

Sur l'exception de prescription quadriennale opposée par la commune de Cannes sur la créance relative aux frais d'études engagés pour la réalisation de l'extension du parking Laubeuf :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites au profit de l'État, des départements et des communes, sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". L'article 2 de la même loi précise que : " La prescription est interrompue par : Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; () / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ". L'article 3 de cette loi dispose que : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ".

3. Il résulte de l'instruction qu'en exécution de l'avenant n° 10 signé le 20 septembre 2012, la société UNIPARC Cannes a engagé des études en vue de la réalisation de l'extension du parc de stationnement Laubeuf, objet de l'avenant précité, pour un montant de 366 581,75 euros. Par délibération du 16 juillet 2018, la commune de Cannes a décidé de résilier unilatéralement le contrat de délégation de service public conclu entre la commune et la société UNIPARC Cannes en fixant la date d'effet de cette mesure au 1er mars 2019. Par une décision en date du 27 juillet 2018, le maire de la ville de Cannes a informé la société UNIPARC Cannes de la résiliation anticipée au 1er mars 2019 du contrat de délégation de service public conclu le 31 mars 1995 pour motif d'intérêt général tiré de sa durée excessive et de la reprise en régie de ce service. Ce n'est qu'à compter de la résiliation de la convention que la créance de la société UNIPARC Cannes sur la commune de Cannes a été acquise. Ainsi, cette créance étant due à la date de la résiliation de la convention, soit le 1er mars 2019, le cours de la prescription a démarré le 1er janvier 2020 et n'était donc pas échu à la date d'introduction de la requête le 3 août 2020. Par suite, l'exception de prescription quadriennale opposée par la commune de Cannes doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. A titre liminaire, l'article 36 de la convention de délégation de service public, dans sa version initiale, stipulait que : " () Le concessionnaire s'engage à accorder à la collectivité la possibilité d'une réservation pour une durée maximale de six mois par an de la dalle de surface du parking Laubeuf pour tout usage qu'elle aura décidé, aux conditions tarifaires suivantes : / a) réservation durant la période du 1er octobre au 28 février : / tarif mensuel : soixante mille francs HT (60 000 F) valeur juillet 1995, indexé annuellement conformément à l'article 35. () / La collectivité devra informer le concessionnaire qu'elle entend faire usage de cette faculté en respectant un préavis de deux mois ". Toutefois, l'avenant n° 10 signé le 12 septembre 2012 a supprimé ces dernières stipulations.

5. En outre, cet avenant n° 10, qui prévoit la réalisation de l'extension du parc Laubeuf, a inséré de nouvelles stipulations à l'article 13 de la convention initiale, dont notamment une clause suspensive, aux termes de laquelle : " La réalisation du parc de stationnement du nouvel ouvrage Laubeuf est soumise à l'obtention d'une modification de l'acte de transfert de gestion de l'Etat en date du 22 mars 1979 autorisant la collectivité à réaliser un parking souterrain sur le domaine public maritime, terrain d'assiette de l'actuel parking Laubeuf. / Cette autorisation (avenant et transfert de gestion) devra être obtenue par la commune au plus tard dans un délai de 18 mois à compter de la date de signature de l'avenant, et au plus tard à la date de commencement des travaux. / Les parties conviennent de se rencontrer en cas de non-respect du délai précité et de retard pris dans le projet, à l'initiative de la plus diligente d'entre elles afin de déterminer dans les meilleurs délais les mesures à prendre strictement nécessaires pour, le cas échéant, rétablir l'équilibre du contrat, ou résilier, à l'initiative de la ville de Cannes, le présent avenant dans les conditions financières identiques à une résiliation pour motif d'intérêt général, sauf faute du concessionnaire () ".

6. Il résulte de l'instruction que l'autorisation de modification de l'acte de transfert de gestion de l'Etat du 22 mars 1979 n'a pas été obtenue et que l'avenant n° 10, en dépit de la mise en demeure faite en ce sens par la société UNIPARC Cannes auprès de la commune, n'a pas été résilié par cette dernière. Il en résulte qu'à la date de résiliation du contrat liant UNIPARC Cannes à la commune de Cannes, les stipulations citées au point 5 de l'article 36 de la convention dans sa version initiale n'étaient plus en vigueur.

En ce qui concerne la demande d'indemnisation au titre de l'immobilisation partielle du parc Laubeuf entre octobre 2018 et février 2019 :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de délégation de service public conclue le 31 mars 1995 et modifiée par l'avenant n° 10 : : " La collectivité en contractant avec le concessionnaire s'engage à mettre à sa disposition : () / - pour l'exploitation des parcs de stationnement les ouvrages et équipements publics correspondants, financés à ses frais, dans l'état où ils se trouvent () / Le concessionnaire, responsable du fonctionnement des parcs de stationnement, les gère conformément au présent contrat et à ses annexes. Il est autorisé à percevoir auprès des usagers un prix destiné à rémunérer les obligations mises à sa charge. / Il () effectue les travaux d'entretien et de grosses réparations, et exploite le service à ses risques et périls ". L'article 4 de cette convention stipule que : " En contrepartie de la mise à disposition des ouvrages, et des matériels d'équipement antérieurement affectés à l'exploitation, le concessionnaire s'engage à payer à la ville une redevance capitalisée fixée à cent dix sept millions de francs hors taxes (117 000 000 F HT) (). / Cette redevance versée par le concessionnaire est justifiée par la rémunération capitalisée de la mise en concession par la collectivité de ses ouvrages () ". L'article 23 de cette convention précise que : " Les parcs de stationnement fonctionnent sans interruption () ".

8. Sauf si les stipulations du contrat d'occupation domaniale ou les dispositions applicables aux bénéficiaires d'une autorisation d'occupation domaniale accordée unilatéralement prévoient une indemnisation, l'occupant du domaine public ne peut obtenir réparation du dommage subi que lorsque les travaux n'ont pas été conduits dans l'intérêt de la dépendance occupée, qu'ils ont constitué une opération d'aménagement étrangère à la destination de celle-ci ou lorsqu'ils ont été exécutés dans des conditions anormales, alors même qu'ils étaient entrepris dans l'intérêt du domaine.

9. Il résulte de l'instruction que le parking Laubeuf a fait l'objet d'inondations par submersion lors de fortes houles en 2010 et 2011, mettant en péril le domaine public maritime artificiel sur lequel se trouve implanté ledit parking. A la suite d'un diagnostic mettant en évidence une fragilisation de la structure de l'ouvrage, la commune de Cannes, en sa qualité de gestionnaire du domaine public, a engagé, en lien avec l'Etat et le département des Alpes-Maritimes, des travaux pour protéger le parking d'un risque de submersion en confortant la digue sous-marine. La réalisation de ces travaux a entrainé la neutralisation de 265 places sur 356 du parc de stationnement Laubeuf entre octobre 2018 et février 2019.

10. Il résulte de l'instruction et notamment du descriptif des travaux que ces derniers, destinés à protéger le domaine public maritime et le parking Laubeuf qui s'y trouve implanté, ont eu pour objectifs de protéger les biens et les personnes lors des coups de mer (réduire la submersion marine, limiter les débits des franchissements pour la sécurité des personnes, supprimer les désordres sur les installations portuaires et sur le parking public), d'améliorer la protection des ouvrages maritimes ou encore d'assurer la continuité des usagers et du service public (permettre la continuité de l'exploitation du port et du parking public) tout en intégrant l'insertion paysagère des travaux dans le site et la préoccupation de préservation de l'environnement afin de limiter à l'avenir la survenance de désordres et dégradations du même ordre.

11. Il résulte ainsi de l'instruction que ces travaux, qui portent sur la dépendance du domaine public maritime occupée par la société UNIPARC Cannes pour assurer la gestion et l'exploitation du parking Laubeuf dont elle a la disposition dans le cadre du contrat de délégation de service public conclu le 31 mars 1995, ont été conduits dans l'intérêt de ladite dépendance. Au vu de ce qui précède, il ne résulte pas de l'instruction que ces travaux auraient constitué une opération d'aménagement étrangère à la destination de cette dépendance ou auraient été conduits dans des conditions anormales. Par suite, la société UNIPARC Cannes n'est pas fondée à solliciter une indemnisation au titre des pertes d'exploitation qu'elle aurait subies au cours de la période précitée.

12. En second lieu, ainsi qu'il a été dit, la convention de délégation de service public conclue entre la ville de Cannes et la société UNIPARC Cannes pour une durée initiale de 30 ans portait sur la gestion et l'exploitation de 8 parkings. Or, il ne résulte pas de l'instruction que l'équilibre financier de la convention reposait particulièrement sur l'exploitation du parking Laubeuf qui n'était qu'un des huit parkings concédés. En outre, si 74,4% des places de stationnement du parking Laubeuf ont été neutralisées pour la réalisation des travaux de confortement de la digue, il résulte de l'instruction que ces travaux n'ont duré que 5 mois. Ainsi, la réduction susmentionnée du nombre de places de stationnement d'un parking sur les 8 concédés, en cours d'exécution de la convention, ne peut être regardée comme ayant eu pour effet de rompre l'équilibre financier de la convention initialement conclue entre la société UNIPARC Cannes et la commune de Cannes. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction, au regard des éléments versés aux débats, que la neutralisation de 74,4% des capacités de stationnement d'un seul des huit parkings concédés en vue de la réalisation de travaux de sécurisation du port et notamment dudit parking soient à l'origine des difficultés financières de la requérante. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir, à titre subsidiaire, ni de la théorie de la modification unilatérale du contrat par l'administration, ni de celle du fait du Prince, pour fonder ses prétentions indemnitaires.

En ce qui concerne la demande d'indemnisation au titre de la reprise anticipée des parcs de stationnement concédés avant la date d'effet de la résiliation :

13. Il résulte de l'instruction que par délibération du 16 juillet 2018, le conseil municipal de Cannes a adopté la résiliation du contrat de délégation de service public du 31 mars 1995 portant sur l'exploitation des parkings Suquet-Forville, Lamy, Ferrage, Palais, Laubeuf, Croisette, République et Vauban, à compter du 1er mars 2019, et une reprise en régie de l'exploitation desdits parkings. Par décision du 27 juillet 2018, le maire de Cannes a notifié à la société UNIPARC Cannes la résiliation de cette convention avec effet au 1er mars 2019. Il n'est pas contesté que la commune de Cannes a repris les parcs de stationnement dès le 28 février 2019 à 8 heures, soit avant la prise d'effet de la résiliation de la convention de délégation de service public conclue avec la société UNIPARC Cannes. La commune de Cannes ne conteste d'ailleurs pas dans ses écritures le principe d'une indemnisation au titre de la reprise anticipée des parkings concédés.

14. Il est dès lors constant que la reprise anticipée d'un jour des parkings par la commune de Cannes a causé un préjudice à la société requérante. Si la commune fait valoir que la requérante ne justifie pas de ce préjudice par un justificatif sérieux, il résulte cependant de l'instruction que la facture produite par la société UNIPARC Cannes en date du 20 mars 2019 fait état, parking par parking, des pertes d'exploitation subies pour un jour d'immobilisation totale. Il y a lieu, dans ces circonstances, de faire une exacte appréciation du préjudice subi par la société UNIPARC Cannes au titre de la reprise anticipée des parcs de stationnement au regard de la facture produite en l'évaluant à la somme de 13 382 euros hors taxes.

En ce qui concerne la demande d'indemnisation au titre des frais d'études engagées pour la réalisation de l'extension du parc de stationnement Laubeuf :

15. Aux termes de l'article 9 de la convention conclue entre la commune de Cannes et la société UNIPARC Cannes tel que modifié par l'avenant n°10 : " les travaux d'investissement réalisés sur la parking, d'un montant total estimé à 15 509 816 euros HT dont la ville de Cannes ne prendra à sa charge que 14,65 millions d'euros HT, valeur 1er janvier 2014, concernent la réalisation et le financement d'un parking semi-enterré de trois niveaux de 600 places équivalents véhicules légers dont 17 places de bus (). / Le détail des travaux et coûts correspondants figurent en annexe 2 du présent avenant. / Le concessionnaire s'engage à prendre à sa charge tous les frais ou investissements nécessaires à la réalisation des travaux relatifs au projet " Laubeuf ", qui entrainerait un dépassement de la somme globale de 14 650 000 euros HT d'investissement prévus au présent article () ". Il résulte de cette stipulation contractuelle que les dépenses d'investissements dont le montant est inférieur au plafond de 14 650 000 euros hors taxes fixé par le contrat sont prises en charge par l'autorité délégante.

16. Il résulte de l'instruction que la société UNIPARC Cannes a engagé des frais d'études en vue de la réalisation de l'extension du parking Laubeuf. Ces frais d'études constituent des dépenses d'investissements au sens de l'article 9 du contrat précité.

17. Il résulte également de l'instruction qu'au 6 janvier 2014, la société UNIPARC Cannes avait engagé au titre du projet du nouveau parking Laubeuf des frais pour la somme de 366 581,75 euros hors taxes. Cette somme ne dépasse pas le plafond fixé par le contrat de 14 650 000 euros hors taxes pris en charge par l'autorité délégante. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des justificatifs produits par la société requérante que cette somme se décompose en des frais d'études de faisabilité, des frais d'études de stabilité de structure, des honoraires tenant à l'élaboration du nouveau dossier, des frais relatifs aux études géotechniques G12, des honoraires d'architectes, des honoraires d'avocats et des frais internes. Or, si les frais d'études de faisabilité, les frais d'études géotechniques, les frais d'élaboration du nouveau dossier, les honoraires d'architectes et les frais d'études de stabilité de structure constituent des dépenses d'investissements devant être pris en charge par la commune au titre de l'article 9 de la convention modifiée par l'avenant n° 10, les autres frais invoqués par la requérante (frais d'honoraires d'avocats et frais internes) ne relèvent pas de telles dépenses et ne sauraient donc être remboursés par la commune en vertu de l'article précité. Par ailleurs, si, ainsi que le fait valoir la commune en défense, certains justificatifs des dépenses d'investissements précitées comportent une date antérieure à la conclusion de l'avenant n° 10, cette circonstance est cependant sans incidence dès lors qu'il résulte de l'instruction que ces dépenses ont été engagées dans le cadre de l'avant-projet du parking Laubeuf en vue de sa faisabilité, qu'il n'est d'ailleurs pas contesté qu'elles ont réellement été engagées par la requérante, et qu'elles ont donné lieu à l'émission de factures. Il ressort des factures produites par la société UNIPARC Cannes que le préjudice subi au titre des dépenses d'investissements engagées en vue de la réalisation du parking Laubeuf doit être évalué à la somme de 248 900,50 euros hors taxes.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la société UNIPARC Cannes est seulement fondée à demander la condamnation de la commune de Cannes à lui verser la somme de 262 282,50 euros hors taxes.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

19. La société UNIPARC Cannes est fondée à obtenir que la somme précitée d'un montant de 262 282,50 euros hors taxes soit assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 juillet 2020, date de réception de sa demande par la commune de Cannes.

20. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. En l'espèce, la capitalisation des intérêts a été demandée par la société UNIPARC Cannes dans sa requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 24 juillet 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

21. D'une part, la présente instance ne comportant pas de dépens, les conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative par la société requérante doivent être rejetées.

22. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société UNIPARC Cannes, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que la commune de Cannes demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Cannes une somme de 1 000 euros à verser à la société UNIPARC Cannes au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Cannes est condamnée à verser à la société UNIPARC Cannes la somme de 262 282,50 euros hors taxes avec intérêt au taux légal à compter du 24 juillet 2020. Les intérêts échus à la date du 24 juillet 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La commune de Cannes versera une somme de 1 000 euros à la société UNIPARC Cannes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société UNIPARC Cannes et à la commune de Cannes.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

Le président,

signé

P. Soli La greffière,

signé

E. Gialis

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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