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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2003163

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2003163

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2003163
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2020, la société Expresse-Market représentée par son gérant en exercice, ayant pour avocat Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 février 2020 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration mettant à sa charge les sommes de 18 100 euros au titre de la contribution spéciale et de 2 309 euros au titre de la contribution aux frais de réacheminement d'un travailleur étranger ;

2°) d'annuler les titres de perception émis le 14 avril 2020 pour le recouvrement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire mises à sa charge ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas tenu compte de ses explications puisqu'aucune réponse à son courrier n'a été apportée et ce, alors qu'il lui était indiqué que ne travaillait pas au sein de la société ;

- les titres exécutoires sont entachés d'incompétence ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors que n'a jamais été embauché par la société Expresse-Market ; lors du contrôle effectué par l'inspection du travail, il se trouvait devant la porte mais ne travaillait pas ;

- la sanction est disproportionnée ; elle a déjà fait l'objet d'une fermeture administrative d'un mois ; n'était pas un travailleur dépourvu de titre de séjour et non déclaré et il n'était qu'en visite au pas de la porte de la société ;

- les titres exécutoires doivent être annulés par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision du 7 février 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les titres de perception émis le 14 avril 2020 sont irrecevables, dès lors qu'elles n'ont pas été précédées de la contestation qui devait être adressée, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer en application des dispositions de l'article 118 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Par un courrier du 21 avril 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen soulevé d'office et tiré de ce que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 7 février 2020 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration mettant à la charge de la société Expresse-Market les sommes de 18 100 euros au titre de la contribution spéciale et de 2 309 euros au titre de la contribution forfaitaire aux frais de réacheminement d'un travailleur étranger sont irrecevables en raison de leur tardiveté, dès lors que cette décision, qui comporte la mention des voies et délais de recours, a été notifiée à la société requérante le 14 février 2020.

Par un mémoire, enregistré le 24 avril 2023, la société Expresse-Market a présenté ses observations en réponse au moyen d'ordre public qui lui a été adressé par courrier du tribunal le 21 avril 2023

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cherief, conseiller ;

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un procès-verbal établi le 12 juin 2019 par les services de l'inspection du travail de l'unité départementale des Alpes-Maritimes, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a adressé le 24 décembre 2019 à la société Expresse-Market un courrier, daté du 18 décembre 2019, l'invitant à présenter ses observations éventuelles avant que lui soit notifiée une décision mettant en œuvre les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail, du fait de l'emploi d'un travailleur étranger démuni d'un titre l'autorisant à exercer une activité salariée, et les dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du fait de l'emploi d'un salarié démuni de titre l'autorisant à séjourner sur le territoire national. Par une décision du 7 février 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a appliqué à la société requérante, d'une part, la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 100 euros et, d'autre part, la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour un montant de 2 309 euros. Deux titres de perception ont été émis, le 14 avril 2020, en vue du recouvrement de ces sommes et ont été notifiés à la société Expresse-Market le 23 juin 2020. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal d'annuler la décision du 7 février 2020 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration mettant à sa charge les sommes de 18 100 euros au titre de la contribution spéciale et de 2 309 euros au titre de la contribution aux frais de réacheminement d'un travailleur étranger ainsi que les titres de perception émis le 14 avril 2020 pour le recouvrement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire mises à sa charge.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 7 février 2020 :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. Il résulte de l'instruction que la décision du 7 février 2020 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration mettant à la charge de la société requérante les sommes de 18 100 euros au titre de la contribution spéciale et de 2 309 euros au titre de la contribution aux frais de réacheminement d'un travailleur étranger, qui mentionne les voies et délais de recours, a été notifiée à la société Expresse-Market le 14 février 2020. La société n'établit pas, contrairement à ce qu'elle allègue, avoir formé un recours gracieux qui aurait été de nature à interrompre le délai de recours contentieux. Par conséquent, ce dernier a expiré le 15 avril 2020. La présente requête ayant été enregistrée le 6 août 2020 au greffe du tribunal administratif de Nice, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 7 février 2020 sont tardives et, par suite, irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation des titres de perception émis le 14 avril 2020 :

4. Aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : 1° Soit d'une opposition à l'exécution en cas de contestation de l'existence de la créance, de son montant ou de son exigibilité ; / 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception. / Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance. ". Aux termes de l'article 118 du même décret : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent ". Aux termes de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir. ". Aux termes de l'article L. 412-3 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision soumise à recours administratif préalable obligatoire est notifiée avec l'indication de cette obligation ainsi que des voies et délais selon lesquels ce recours peut être exercé. / Il est également précisé que l'administration statuera sur le fondement de la situation de fait et de droit prévalant à la date de sa décision, sauf mention contraire dans une loi ou un règlement ".

5. Il résulte de l'instruction que deux titres de perception ont été émis le 14 avril 2020 en vue du recouvrement des sommes mises à la charge de la société Expresse-Market au titre de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire. Ces deux titres de perception ont été notifiés à la société le 23 juin 2020 et précisent que, en cas de contestation du montant de ces titres, la réclamation doit être adressée à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne, en application des dispositions des articles 117 à 119 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique. La société Expresse-Market n'établit pas ni même n'allègue, avoir formé, auprès du comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer, la contestation mentionnée par les dispositions précitées de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation des titres de perception émis le 14 avril 2020 sont irrecevables.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 7 février 2020 et des deux titres exécutoires émis le 14 avril 2020 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Expresse-Market est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Expresse-Market et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

- Copie en sera adressé au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Suner, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

Le rapporteur

signé

H. CHERIEFLa présidente,

signé

J. MEAR

La greffière,

signé

V. SUNER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

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