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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2003203

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2003203

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2003203
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantNAHON

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume de Suède en vue d'éviter les doubles impositions signée à Stockholm le 27 novembre 1990 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Prosperus Immobilier, qui exerce une activité de marchand de biens, a fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité portant, en matière d'impôt sur les sociétés sur la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012 à l'issue de laquelle, l'administration fiscale lui a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, des rappels d'impôt sur les sociétés et de retenue à la source. Après avoir formé une réclamation préalable qui a été rejetée par l'administration fiscale, la société Prosperus Immobilier demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires ainsi mises à sa charge.

Sur la régularité de la procédure d'imposition

2. En premier lieu, aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution ".

3. Il résulte de l'instruction et notamment des éléments réunis par l'administration au cours des opérations de contrôle de la société Prosperus Immobilier dans le cadre de l'exercice de son droit de communication, d'une part, que la villa de cette société était habitable et occupée. D'autre part, il résulte des propres déclarations de M. A, qu'il se rendait dans cette villa toutes les deux ou trois semaines pour un week-end prolongé, qu'il ne la louait pas et que sa famille y venait de temps à temps. Dans ces conditions, l'administration fiscale était fondée à le regarder, sans qu'est à cet égard d'incidence la circonstance qu'il ne soit pas associé mais uniquement gérant de cette société, comme étant le seul bénéficiaire de la mise à disposition gratuite de cette villa sans qu'il soit besoin pour elle de recourir à la procédure prévue par l'article 117 du code général des impôts.

4. En second lieu, aux termes du troisième alinéa de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales : " Les entreprises soumises à l'impôt sur les sociétés peuvent, dans la mesure où le bénéfice correspondant aux rectifications effectuées est considéré comme distribué, par application des articles 109 et suivants du code général des impôts, à des associés ou actionnaires dont le domicile ou le siège est situé en France, demander que l'impôt sur le revenu supplémentaire dû par les bénéficiaires en raison de cette distribution soit établi sur le montant du rehaussement soumis à l'impôt sur les sociétés diminué du montant de ce dernier impôt ". Le cinquième alinéa de ce même article dispose que la demande doit être faite " au plus tard dans le délai de trente jours consécutif à la réception de la réponse aux observations prévue à l'article L. 57 ou, à défaut, d'un document spécifique " invitant à formuler cette demande, et le dernier alinéa énonce que l'imputation est soumise à " la condition que les associés ou actionnaires reversent dans la caisse sociale les sommes nécessaires au paiement des taxes sur le chiffre d'affaires et des taxes assimilées, de l'impôt sur les sociétés () se rapportant aux sommes qui leur ont été distribuées ". Enfin, l'ensemble de ces dispositions ne sont applicables, ainsi que le précise le premier alinéa, que dans le " cas de vérification simultanée des taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées, de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés ".

5. Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de la cascade complète est subordonné, d'une part, à une demande expresse de la société vérifiée dans un délai de trente jours suivant la réception de la réponse aux observations du contribuable ou, à défaut, d'un document spécifique l'invitant à formuler sa demande. D'autre part, les bénéficiaires des distributions doivent reverser dans la caisse sociale, avant l'établissement de leur imposition personnelle, les sommes nécessaires au paiement des taxes sur le chiffre d'affaires et de l'impôt sur les sociétés afférents aux sommes qui leur ont été distribuées. Aucune disposition n'impose en revanche à l'administration fiscale d'informer la société de leur droit de demander le bénéfice de ce dispositif.

6. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration fiscale aurait dû l'informer de ce qu'elle pouvait en demander le bénéfice et aurait manqué à son devoir de loyauté en ne le faisant pas.

Sur le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

7. En premier lieu, en vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt.

8. Il appartient, en règle générale, à l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer ce caractère anormal et notamment de démontrer lorsqu'il est contesté que le taux de rendement pour déterminer la valeur locative est pertinent.

9. Il résulte de l'instruction que l'administration a estimé que la société Prosperus Immobilier avait mis la villa dont elle est propriétaire à la disposition gratuite de son gérant sans que l'absence de perception de loyers par l'intéressé ne soit justifiée par l'intérêt de sa propre exploitation au regard d'une part, du caractère habitable de cette villa, d'autre part, des consommations d'eau, d'électricité et de services de télécommunication facturées révélant qu'elle était occupée, et, enfin, des déclarations du gérant au cours de son audition pénale indiquant occuper la villa pour des week-ends prolongés et ne pas la mettre en location. Pour établir le montant des recettes à réintégrer, en conséquence, aux résultats de la société Prosperus Immobilier l'administration, en l'absence de termes de comparaison pertinents sur le marché locatif local, a déterminé la valeur locative de la villa par voie d'appréciation directe, en appliquant un taux de rendement de 4% à la valeur vénale de cet immeuble qui a été ramené à 3% par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires.

10. La société requérante conteste le principe même de la rectification en soutenant que l'administration ne démontre pas l'existence d'un acte anormal de gestion.

11. Elle soutient tout d'abord que la villa n'a pas été occupée de manière permanente par M. A dès lors que la maison a fait l'objet de travaux et qu'une employée de maison ainsi qu'une dizaine d'ouvriers y ont travaillé à temps plein de décembre 2008 jusqu'au 10 octobre 2010. Toutefois les circonstances, à les supposer établies, que la villa ait été en chantier au cours de cette période et occupée au cours de la journée par les personnes y travaillant sont antérieures à la période vérifiée en litige, et, par suite, sans incidence sur la mise à disposition de ce bien au profit de M. A au titre des années 2011 et 2012. De plus, il ne résulte pas de l'instruction, que les travaux intérieurs qui se seraient poursuivis au titre des années en litige aient rendu le bien inhabitable.

12. La société soutient ensuite que l'administration n'apporte pas la preuve de l'occupation réelle par M. A de la villa et que ce dernier ne l'occupait pas de façon continue à l'année. Seule une occupation de deux jours et demi toutes les trois semaines pourrait, conformément à ses déclarations, être retenue par l'administration fiscale. Toutefois, il ressort également du procès-verbal d'audition que M. A a indiqué qu'il occupait la villa deux ou trois week-ends par mois, qu'il ne procédait pas à sa location et que sa famille venait de temps en temps. En outre, les factures d'électricité, d'eau et de télécommunication révèlent une consommation conséquente au cours de l'année qui n'est pas expliquée ni contestée par la société requérante.

13. De plus, si la société indique que la villa a été proposée au cours des années 2014 et 2015 à la location saisonnière, cette circonstance, postérieure à la période vérifiée est sans incidence sur le bien-fondé des redressements en litige.

14. Enfin la société Prosperus Immobilier n'établit pas, ni même n'allègue, que l'avantage ainsi consenti à un tiers l'a été dans son intérêt propre.

15. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve qu'en mettant la villa dont elle est propriétaire à disposition gratuite de son gérant, la société requérante a accompli un acte anormal de gestion.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été précédemment exposé que la demande de réduction du montant du redressement à 2,5 jours toutes les trois semaines correspondant, selon la société requérante, à l'occupation effective de la villa par son gérant doit être écartée.

17. En troisième lieu, la société requérante soutient que la valeur de l'avantage en nature accordé à son gérant doit être réduite d'un tiers pour tenir compte des sujétions mises à sa charge en contrepartie de l'occupation du logement tenant à sa surveillance, au gardiennage, à la sécurité de la maison, à l'entretien de la piscine et du jardin ainsi qu'à la gestion des travaux. Toutefois, elle ne produit au soutien de ses allégations aucune justification sur ces sujétions particulières de sorte que ce moyen ne peut qu'être écarté.

18. En quatrième lieu, il est constant que la société requérante n'a pas demandé le bénéfice de la cascade complète dans les délais prévus par les dispositions de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales précitées. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle est fondée à en solliciter l'application ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des rappels de retenue à la source :

19. D'une part, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () / c. Les rémunérations et avantages occultes () ". Aux termes de l'article 119 bis du même code : " () 2. Les produits visés aux articles 108 à 117 bis donnent lieu à l'application d'une retenue à la source dont le taux est fixé par l'article 187 lorsqu'ils bénéficient à des personnes qui n'ont pas leur domicile fiscal ou leur siège en France ou lorsqu'ils sont payés hors de France dans un Etat ou territoire non coopératif au sens de l'article 238-0 A. Un décret fixe les modalités et conditions d'application de cette disposition () ".

20. D'autre part, aux termes de l'article 10 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume de Suède en vue d'éviter les doubles impositions signée à Stockholm le 27 novembre 1990 : " 1. Les dividendes payés par une société qui est un résident d'un Etat contractant à un résident de l'autre Etat contractant sont imposables dans cet autre Etat. 2. Ces dividendes sont aussi imposables dans l'Etat contractant dont la société qui paie les dividendes est un résident, et selon la législation de cet Etat, mais si la personne qui reçoit les dividendes en est le bénéficiaire effectif, l'impôt ainsi établi ne peut excéder 15 p. cent du montant brut des dividendes. Toutefois, si le bénéficiaire effectif des dividendes est une société (autre qu'une société de personnes) qui détient directement ou indirectement au moins 10 p. cent du capital de la société qui paie les dividendes, ces dividendes ne sont pas imposables dans l'Etat contractant dont la société qui paie les dividendes est un résident. () "

21. L'administration fiscale a regardé comme un avantage occulte imposable sur le fondement des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts précités, l'avantage accordé à M. A par la mise à disposition gratuite de la villa au titre des années 2012 et 2013. Elle a, par conséquent appliqué à ces distributions la retenue à la source prévue par les dispositions du 2 de l'article 119 bis du code général des impôts.

22. En premier lieu, s'il n'est pas contesté que M. A est gérant non-associé de la société, il résulte de ce qui a été précédemment exposé, que l'avantage résultant de la mise à disposition gratuite de la villa n'a pas été comptabilisé par la société requérante revêtant, ce faisant, un caractère occulte. Cet avantage peut, par conséquent, être imposé sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts sans qu'il y ait lieu de rechercher si cet avantage a eu pour effet de porter la rémunération globale de l'intéressé à un niveau excessif. Par suite, la société SARL Prosperus immobilier n'est pas fondée à soutenir que cet avantage ne pouvait pas être soumis à la retenue à la source dès lors qu'il est imposable dans la catégorie des traitements et salaires.

23. En second lieu, si la société SARL Prosperus Immobilier soutient que le bénéficiaire réel des revenus réputés distribués est la société Prosperus I Sveridge qui détient 100% de ses parts et qui ne peut être imposée à la retenue à la source, il résulte de ce qui a été précédemment exposé que seul M. A peut être regardé comme le bénéficiaire de l'avantage occulte résultant de la mise à disposition gratuite de la villa.

24. Il résulte de qui précède que l'administration était fondée à considérer que l'avantage en nature accordé à M. A constituait un avantage occulte taxable sur le fondement des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts, devant être soumis à la retenue à la source mentionnée au 2 de l'article 119 bis du même code.

25. Il résulte de ce qui précède que la société à responsabilité limitée Prosperus Immobilier n'est pas fondée à solliciter la décharge, en droits et pénalités des rappels d'impôt sur les sociétés et de retenue à la source dont elle a fait l'objet. Ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant au remboursement des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de société à responsabilité limitée Prosperus Immobilier est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Prosperus Immobilier et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Chevalier

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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