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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2003402

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2003402

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2003402
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantASSOCIATON DAGHERO - DUBOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête et des mémoires, enregistrés le 6 août 2020, le 1er septembre 2020 et le 27 avril 2022, M. A C, représenté D Me Dubois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme de 136 316,28 euros en réparation des préjudices subis suite à l'intervention chirurgicale du 10 août 2015 ;

2°) de mettre à la charge solidaire du CHU de Nice et de l'ONIAM la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de l'ONIAM est engagée au titre de la solidarité nationale, sur le fondement de l'article L. 1142-1 II du code de la santé publique ; il a été victime d'un aléa thérapeutique ;

- la responsabilité du CHU de Nice est engagée ; il n'a pas été informé de l'éventualité d'une diminution des effets de l'anesthésie et des risques en découlant ; cette absence d'information l'a privé de la possibilité d'éviter les dommages subis ;

- il est fondé à solliciter l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis et se décomposant comme suit :

* au titre de la perte de chance : 30 000 euros ;

* au titre du préjudice d'impréparation : 30 000 euros ;

* au titre des frais divers : 5 647,28 euros ;

* au titre du déficit fonctionnel temporaire total : 625 euros ;

* au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel : 4 650 euros ;

* au titre du déficit fonctionnel permanent : 43 200 euros ;

* au titre des souffrances endurées : 25 000 euros ;

* au titre du préjudice esthétique temporaire : 8 000 euros ;

* au titre de l'assistance à tierce personne : 31 194 euros ;

* au titre du préjudice esthétique permanent : 2 000 euros ;

* au titre du préjudice d'agrément : 5 000 euros ;

* au titre du préjudice sexuel : 8 000 euros.

D des mémoires en défense, enregistrés le 7 février 2022 et le 28 avril 2022, le CHU de Nice, représenté D Me Chas, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que les prétentions indemnitaires du requérant soient revues à de plus justes proportions ;

3°) à ce qu'il soit donné acte de ce qu'il ne s'oppose pas à l'organisation d'une nouvelle expertise dans la mesure où elle ne porterait que sur la prise en charge anesthésique ;

4°) au rejet de la demande de condamnation solidaire avec l'ONIAM.

Il fait valoir que :

- aucune faute ne peut lui être reprochée au titre de l'intervention subie D le requérant qui ne rapporte pas la preuve d'une faute du CHU de Nice au titre de son devoir d'information ;

- si le tribunal venait à retenir une faute au titre de l'obligation d'information, il y a lieu de constater que celle-ci n'est qu'à l'origine d'une perte de chance infime ; l'évolution de la pathologie de M. C, en l'absence de prise en charge chirurgicale, aurait conduit à la perte fonctionnelle totale et définitive de son œil.

D un mémoire, enregistré le 11 février 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Var indique qu'elle n'entend pas intervenir dans l'instance.

D un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2022, l'ONIAM, représenté D Me Fitoussi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'est pas possible d'écarter toute faute dans la prise en charge de M. C D le CHU de Nice, ce qui est de nature à faire obstacle au droit à l'indemnisation au titre de la solidarité nationale ;

- il s'en remet à la sagesse du tribunal sur la nécessité d'ordonner une mesure d'expertise s'agissant de la prise en charge anesthésique ;

- le dommage subi D le requérant ne peut être regardé comme anormal au regard de son état de santé antérieur.

Une ordonnance de clôture immédiate d'instruction a été émise le 15 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 décembre 2022 :

- le rapport de Mme Chaumont, conseillère,

- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public,

- et les observations de Me Dubois, représentant M. C, et de Me Poncer, représentant le CHU de Nice.

1. M. A C, né le 24 août 1949, âgé de 66 ans au moment des faits, a présenté un décollement de la rétine de l'œil droit le 8 août 2015. Il s'est alors rendu aux urgences du CHU de Nice où il a été opéré le 10 août 2015, sous anesthésie locorégionale. Au cours de l'intervention, M. C a ressenti des douleurs entrainant D réflexe un mouvement de sa part. A la suite de cette intervention, M. C présentant des hématomes sous rétiniens persistants, il a subi une reprise chirurgicale. L'intéressé étant de nouveau été victime d'un décollement de la rétine, a bénéficié de plusieurs reprises chirurgicales le 23 septembre 2015, le 20 janvier 2016, le 6 avril et le 11 mai 2016. A la suite de ces interventions, M. C souffre d'une perte quasi-totale de la fonction de l'œil droit. Le 31 mai 2016, M. C a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) Provence Alpes Côte d'Azur. Le 30 juin 2016, le docteur B a été désigné en tant qu'expert. Le rapport d'expertise a été remis le 9 mars 2017. D un avis du 6 juillet 2017, la CCI Provence Alpes Côte d'Azur a rejeté la demande d'indemnisation présentée D M. C. D la présente requête, M. C recherche la responsabilité du CHU de Nice et de l'ONIAM.

Sur la nécessité d'ordonner une expertise judiciaire :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé D décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés D sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation ".

4. En l'espèce, il résulte du rapport d'expertise du 9 mars 2017, ordonné D la CCI Provence Alpes Côte d'Azur, que les soins ont été dispensés selon les règles de l'art, aucune faute médicale de soins, d'organisation ou de fonctionnement de service ne semblant avoir été commise D le CHU de Nice. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'une complication est survenue lors de l'intervention, à la suite d'un mouvement intempestif du patient provoqué D la survenue brutale de la diminution de l'efficacité de l'anesthésie locorégionale. Si la sensibilité au produit anesthésique d'un patient peut être variable, le rapport d'expertise ne se prononce pas expressément sur la prise en charge anesthésique du patient. Ainsi, les pièces produites à l'instance ne permettent pas au tribunal de statuer sur la requête. Il y a dès lors lieu d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale aux fins précisées ci-après.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête, procédé D un expert, désigné D le président du tribunal administratif de Nice, à une expertise avec mission pour l'expert de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé et au dossier médical de M. C, ainsi que le rapport d'expertise du 9 mars 2017 rendu dans le cadre de la procédure devant la CCI Provence Alpes Côte d'Azur ;

2°) rappeler l'état antérieur de M. C ;

3°) préciser si la prise en charge anesthésique de M. C au sein du CHU de Nice lors de l'intervention du 10 août 2015 a été conforme aux règles de l'art ;

4°) préciser, en cas de faute ou de manquement aux règles de l'art, quels sont les préjudices strictement imputables à cette faute ou à ce manquement en les distinguant des conséquences normalement prévisibles d'une pathologie initiale, de l'état antérieur ou de toute cause étrangère ;

5°) de dire sir les manquements éventuellement retenus ont fait perdre une chance à M. C et, dans l'affirmative, de chiffrer cette perte de chance ;

6°) de déterminer et d'évaluer les divers chefs de préjudices subis ;

Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. C, le CHU de Nice, l'ONIAM et la CPAM du Var.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues D les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment D écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé D le président du tribunal dans sa décision le désignant.

Article 4 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.

Article 5 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué D le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C, au CHU de Nice, à l'ONIAM et à la CPAM du Var.

Copie en sera adressée à l'expert requis.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Chaumont, conseillère,

Mme Duroux, conseillère,

assistés de Mme Gialis, greffière.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 27 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. CHAUMONT

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

E. GIALIS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou D délégation la greffière.

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