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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2003444

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2003444

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2003444
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTANDONNET- ROUSSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2020, M et Mme B A, représentés par Me Roussin, demandent au tribunal de prononcer la décharge et la restitution, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre de l'année 2013 pour un montant total de 41 501 euros.

Ils soutiennent que :

- le bénéfice imposable au titre de l'année 2013 s'élève à 82 608 euros ;

- compte tenu du déficit cumulé existant au terme de l'exercice 2012 et correspondant aux reports successifs des pertes des exercices précédents, ils ne pouvaient en toute hypothèse être retenu au titre de l'année 2013 un bénéfice imposable de 223 174 euros ; la vente réalisée en 2013 n'a généré aucun revenu en faveur des associés, son produit financier ayant été affecté pour compenser les déficits des exercices antérieurs.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 1er juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, conseillère,

- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière " Dire Habitat " dont M. et Mme A sont associés à hauteur de 50 %, exerce une activité de construction-vente. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2013 étendue, en matière de taxe sur la valeur ajoutée, jusqu'au 31 décembre 2014. A l'issue de ces opérations, l'administration fiscale a notamment, selon la procédure contradictoire prévue par l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, procédé à la rectification de son déficit constaté au titre de l'exercice 2012 et, selon la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 73 1° du livre des procédures fiscales, au rehaussement de son bénéfice industriel et commercial concernant l'exercice 2013. Les résultats de l'exercice 2013 ont été imposés à l'impôt sur le revenu au nom des associés au prorata de leurs droits dans la société. M. et Mme A ont, par conséquent, été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux au titre de l'année 2013. Après avoir formé deux réclamations qui ont été rejetées par l'administration fiscale, ils demandent au tribunal la décharge et la restitution, en droits et pénalités, de ces cotisations.

2. En premier lieu, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges () ". Si, en vertu des règles gouvernant la dévolution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 de ce code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

3. D'une part, il est constant que les requérants ne contestent pas le déficit arrêté par l'administration fiscale à hauteur de 192 564 euros concernant l'exercice 2012.

4. D'autre part, si les requérants soutiennent que le bénéfice imposable de la société " Dire Habitat " s'élève au titre de l'exercice 2013 à 82 608 euros et produisent au soutien de leur allégation une nouvelle déclaration de résultat reçue par l'administration fiscale le 23 novembre 2016, ils n'apportent aucun document de nature à le justifier. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à remettre en cause le résultat retenu par l'administration à la suite de la procédure de vérification de comptabilité de la société et de l'examen des réclamations des 14 mars 2017 et 17 décembre 2015 déposées par les requérants.

5. En second lieu, aux termes de l'article 156 du code général des impôts : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction : / I. du déficit constaté pour une année dans une catégorie de revenus ; () / 3° Des déficits fonciers, lesquels s'imputent exclusivement sur les revenus fonciers des dix années suivantes ; / () ". Aux termes de l'article 1731 bis du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " 1. Pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, les déficits mentionnés aux I et I bis de l'article 156 et les réductions d'impôt ne peuvent s'imputer sur les rehaussements et droits donnant lieu à l'application de l'une des majorations prévues aux b et c du 1 de l'article 1728, à l'article 1729, au a de l'article 1732 et aux premier et dernier alinéas de l'article 1758 () ". Aux termes de l'article 1728 du même code : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ".

6. Il résulte de la décision du Conseil constitutionnel du 16 septembre 2016 que les dispositions du b) du 1 de l'article 1728 du code général des impôts instituent des pénalités qui sanctionnent le défaut de déclaration après une mise en demeure. Ces pénalités sont calculées sur la base des droits éludés. Les dispositions de l'article 1731 bis du code général des impôts privent le contribuable, par dérogation aux règles de droit commun relatives à l'établissement de l'impôt sur le revenu, de la possibilité d'imputer, sur les rehaussements d'assiette consécutifs aux manquements donnant lieu à l'application de ces pénalités, les déficits prévus par les paragraphes I et I bis de l'article 156 du même code. Elles le privent également de la possibilité d'imputer les réductions d'impôt sur les droits rappelés. Dans les deux cas, il en résulte une majoration des droits rappelés et, par voie de conséquence, de l'ensemble des pénalités. En adoptant les dispositions contestées, le législateur a entendu priver le contribuable disposant de déficits ou bénéficiant de réductions d'impôt de la possibilité de les utiliser ou de les faire valoir pour diminuer l'impôt rappelé et les pénalités correspondantes. Il a ainsi entendu conférer une effectivité renforcée à la répression des manquements mentionnés ci-dessus. Ce faisant, il a, par une sanction ayant le caractère d'une punition, poursuivi l'objectif de valeur constitutionnelle de lutte contre la fraude et l'évasion fiscales.

7. Il résulte de l'instruction que M. et Mme A se sont vu infliger la majoration prévue au b du 1 de l'article 1728 du code général des impôts, dont ils ne contestent pas le bien-fondé, pour ne pas avoir déféré, dans le délai de trente jours imparti, à la mise en demeure, reçue le 9 février 2015 qui leur avait été adressée sous pli recommandé le 4 février 2015, de souscrire la déclaration de résultat n° 2031 concernant les bénéfices industriels et commerciaux de la société réalisés au titre de l'exercice 2013. En application des dispositions précitées du 1 de l'article 1731 bis du code général des impôts, M. et Mme A ne sont pas, en conséquence, fondés à solliciter l'imputation des déficits antérieurs constatés dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux sur les bénéfices rehaussés au titre de l'exercice 2013.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander la décharge et la restitution, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre de l'année 2013.

9. Leur requête doit, par voie de conséquence, être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B A et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Chevalier, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. CHEVALIER

Le président,

Signé

O. EMMANUELLI La greffière,

Signé

M. FOULTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier.

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