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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2003670

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2003670

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2003670
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat M. TAORMINA
Avocat requérantSELARL G.PALOUX- E.MUNDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 14 septembre 2020 et 2 décembre 2021, Mme A B. représentée par Me Mundet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de constater la responsabilité du CHU de Nice de l'infection nosocomiale contractée par son défunt époux, feu Peter B ;

2°) en réparation du déficit fonctionnel temporaire subi par feu Peter B, de la décharger de l'obligation de payer la somme de 1 200 euros mise à sa charge par la CHU de Nice, représentant les frais d'hospitalisation du défunt ;

3°) condamner le CHU de Nice à lui payer la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son époux, feu Peter B, avait été hospitalisé au CHU de Nice, hôpital Pasteur, le 18 janvier 2020 et a présenté une infection urinaire contractée dans ledit hôpital lors de la pose d'une sonde urinaire ; il est décédé le 6 avril 2020 ; par décision du 11 mai 2020, le CHU de Nice a rejeté la demande de décharge formulée par feu Peter B le 3 février 2020 ;

- feu Peter B ne présentant pas d'infection urinaire lors de son hospitalisation le 18 janvier 2020, comme l'atteste l'examen des urines pratiqué la veille, cette infection est, dès lors, nosocomiale ; si cette infection avait préexisté à l'hospitalisation, la sonde urinaire n'aurait pu être posée et cette infection a été diagnostiquée le 20 janvier, après sa sortie ;

- le CHU renverse la charge de la preuve ; sa faute est présumée ;

- Peter B étant décédé d'une infection nosocomiale, due à la faute présumée du CHU de Nice, aucune somme ne saurait lui être réclamée au titre de son hospitalisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2021, le centre hospitalier universitaire de Nice, représenté par Me Chas, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- Mme B n'établit pas le caractère nosocomial de l'infection urinaire contractée par feu Peter B ;

- compte tenu de l'état de santé de Peter B ayant nécessité son hospitalisation, rien n'exclut que les causes de l'infection urinaire ne préexistaient pas à cette infection ;

- la somme de 1 200 euros qui lui a été réclamée correspond à l'hospitalisation de Peter B pour la pose d'une sonde urinaire, somme due, nonobstant le caractère nosocomial éventuel de l'infection urinaire ;

- aucune faute ne peut être reprochée au CHU de Nice.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Taormina en application de l'article R.222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilles Taormina, magistrat désigné,

- les conclusions de M. Patrick Soli, rapporteur public,

- et les observations de Me Poncer, représentant le CHU de Nice.

Considérant ce qui suit ;

1. Mme A B expose que son mari Feu Peter B a été hospitalisé le 18 janvier 2020 au centre hospitalier universitaire de Nice, hôpital Pasteur, pour la pose d'une sonde urinaire. Le 19 janvier 2020, lors de sa sortie il a présenté une infection nosocomiale. Consécutivement à son hospitalisation, le CHU de Nice a réclamé à Peter B la somme de 1 200 euros. Par courrier du 3 février 2020 Peter B, par l'intermédiaire de son avocat, a contesté, à titre de dédommagement, devoir cette somme, au motif qu'il avait contracté lors de son hospitalisation une infection urinaire ayant le caractère nosocomial, dès lors qu'il ne présentait pas une telle infection avant son hospitalisation. Celui-ci est décédé le 6 avril 2020. Par mail du 11 mai 2020, le CHU de Nice a rejeté la demande préalable de Peter B. Par courrier du 18 juin 2020, Mme B a, par l'intermédiaire de son avocat, saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales des Alpes-Maritimes qui, par décision du 27 juillet 2020, a rejeté sa demande au motif que les conditions relatives à la gravité du préjudice posées par l'article D.1142-1 du code de la santé publique n'étaient pas réunies. Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner le CHU de Nice à lui payer la somme de 1 200 euros en réparation de son préjudice successoral du fait du déficit fonctionnel temporaire subi par feu Peter B avant son décès et de la décharger du paiement de la somme de 1 200 euros mise initialement à la charge de celui-ci par le CHU de Nice du fait de son hospitalisation.

Sur la responsabilité du CHU de Nice :

2. aux termes du I de l'article L.1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute./ Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Aux termes du II de l'article L.1142-1 du code de la santé publique: " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentant un caractère de gravité, fixé par décret ". Aux termes de l'article L.1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L.1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L.1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ".

3. Si ces dispositions font peser sur l'établissement de santé la responsabilité des infections nosocomiales, qu'elles soient exogènes ou endogènes, à moins que la preuve d'une cause étrangère ne soit rapportée, seule une infection survenant au cours ou au décours d'une prise en charge et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de la prise en charge peut être qualifiée de nosocomiale. La juridiction du fond saisie de conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité d'une personne mentionnée au I de l'article L.1142-1 du code de la santé publique est tenue, si elle estime que le dommage invoqué remplit les conditions pour être indemnisé en tout ou partie sur le fondement du II du même article ou de son article L.1142-1-1, d'appeler l'ONIAM en la cause, au besoin d'office, puis de mettre à sa charge la réparation qui lui incombe même en l'absence de conclusions dirigées contre lui, sans préjudice de l'éventuelle condamnation de la personne initialement poursuivie à réparer la part du dommage dont elle serait responsable. Toutefois, en application des articles L.1142-17 et L.1142-22 du même code, la réparation au titre de la solidarité nationale n'est assurée par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) qu'à la condition que ces affections ou infections aient entrainé un taux d'incapacité permanente supérieur à 25% ou le décès du patient. Ces conditions de gravité du préjudice éprouvé n'étant pas, en l'espèce, réunis, il n'y a pas lieu de mettre en cause ledit office, seule la responsabilité du CHU de Nice pouvant être recherchée.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction n'est pas contesté par le CHU de Nice, qu'à la veille de son hospitalisation le 17 janvier 2020 pour pose d'une sonde urinaire effectuée le 18 janvier 2020 suivant, Peter B ne présentait pas d'infection urinaire et que le

20 janvier 2020, le lendemain de sa sortie de l'hôpital de 19 janvier 2020 il était d'une telle infection. Dès lors, il y a lieu de considérer qu'il a contracté ainsi une infection nosocomiale au décours de l'intervention de pose d'une sonde urinaire le 18 janvier 2020 réalisée au sein du CHU de Nice. Par suite, la preuve d'une cause étrangère n'étant nullement rapportée par le centre hospitalier, l'infection en cause contractée par Peter B au sein dudit centre hospitalier, ouvre droit à son profit à la réparation intégrale des préjudices en lien direct et certain avec celle-ci.

5. Peter B ayant subi de ce fait un déficit fonctionnel temporaire dont il sera fait une juste appréciation de l'indemnisation en la fixant à 1 200 euros, Mme B est fondé à demander la condamnation du CHU de Nice à lui payer au titre de ce préjudice successoral une somme de 1 200 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer la somme de 1 200 euros réclamée par le CHU de Nice au titre des frais d'hospitalisation de feu Peter B avant son décès :

6. Cette somme étant due au titre des frais d'hospitalisation de feu Peter B avant son décès, Mme B qui ne le conteste pas, n'est pas fondée à demander la décharge de l'obligation de payer cette somme réclamée par le CHU de Nice. Par suite, ses conclusions formulées à ce titre doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ".

8. Il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Nice une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens, en application des dispositions précitées du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Nice est condamné à payer à Mme B en réparation de son préjudice une somme de 1 200 euros.

Article 2 : Il est mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Nice une somme de 1 000 euros au profit de Mme B, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier universitaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. Taormina

Le greffier,

signé

L. Bianchi

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

N°2003670

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