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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2003780

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2003780

mercredi 18 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2003780
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET GILLET BROC AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 septembre 2020 et 24 avril 2023,

Mme A B, représentée par Me Raux, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'avis de sommes à payer émis à son encontre par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice le 14 août 2020, ainsi que la mise en demeure afférente datée du 28 mars 2023 ;

2°) d'enjoindre au CHU de Nice de lui communiquer tous les documents relatifs à sa fin de contrat (certificat de travail, solde de tout compte, attestation pôle emploi) ;

3°) de condamner le CHU de Nice à lui verser la somme de 10 703,89 euros, en réparation de ses préjudices, suivant sa demande formée le 23 juillet 2020, majorée des intérêts d'un montant de 5 351,97 euros, ainsi que leur capitalisation ;

4°) de condamner le CHU de Nice à lui verser la somme totale de 1 248,79 euros correspondant à l'indemnité de précarité à hauteur de 3 mois de salaire, majorée des intérêts d'un montant de 5 351,97 euros avec capitalisation à compter de la demande préalable indemnitaire adressée au CHU de Nice le 23 juillet 2020 ;

5°) de mettre à la charge du CHU de Nice la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de non renouvellement de son contrat est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière, le CHU de Nice n'ayant pas respecté le délai de prévenance d'un mois prévu par le contrat de travail ;

- la rupture brutale de son contrat de travail l'a privée de ressources et a occasionné un préjudice matériel, financier et moral et constitue une faute ;

- l'avis des sommes à payer émis à son encontre par le CHU de Nice le 14 août 2020, avec relance et mise en demeure le 28 mars 2023, est illégal.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 octobre 2021 et 11 mai 2023, le CHU de Nice, représenté par Me Martin, conclut au rejet de la requête et à ce que qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le CHU de Nice n'a commis aucune faute en refusant de renouveler le contrat de travail de la requérante ;

- la saisine du tribunal par Mme B, par la requête enregistrée le

22 septembre 2020 n'a pas eu pour effet de suspendre l'avis de sommes à payer émis et rendu exécutoire le 14 août 2020, en raison de ses absences constatées entre le 2 juillet 2020 et le

31 juillet 2020 à hauteur de 1 351,36 euros ;

- les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire du 14 août 2020 sont irrecevables en raison de leur tardiveté.

Par une ordonnance du 26 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 mai 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sandjo, conseillère,

- les observations de Me Raux, représentant Mme B,

- et les observations de Me Broc, représentant le CHU de Nice.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été embauchée par le CHU de Nice le 30 décembre 2019 en qualité de gestionnaire administrative en contrat à durée déterminée, pour une période de

trois mois, courant du 2 janvier 2020 jusqu'au 1er avril 2020 inclus. Un avenant du 24 mars 2020 a prorogé son contrat pour une période de trois mois du 2 avril au 1er juillet 2020. Par une décision du 22 juin 2020, notifiée le 29 juin 2020, le CHU de Nice a mis fin au contrat de travail de Mme B à compter du 1er août 2020. Le 23 juillet 2020, Mme B a saisi le CHU de Nice d'une demande d'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du non-renouvellement de son contrat de travail, à hauteur de 10 703,89 euros, demande à laquelle le CHU n'a pas répondu. Mme B s'étant abstenue de se présenter à son travail entre le 2 juillet et le 31 juillet 2020, le CHU de Nice a émis à son encontre un avis de sommes à payer, le 14 août 2020, pour un montant de 1 351,36 euros. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de la décision par laquelle le CHU de Nice a rejeté la demande indemnitaire dont il a été ainsi saisi, ainsi que, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de l'avis de sommes à payer émis à son encontre.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Un agent qui a été recruté sur un contrat à durée déterminée ne bénéficie d'aucun droit au renouvellement de son contrat. L'autorité compétente peut refuser de le renouveler pour des motifs tirés de l'intérêt du service ou pris en considération de la personne, qu'ils aient ou non un caractère disciplinaire.

3. Aux termes de l'article 41 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " Lorsque l'agent contractuel a été recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité signataire du contrat notifie à l'intéressé son intention de renouveler ou non le contrat, au plus tard:/ 1° Huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ;/ 2° Un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ;/ 3° Deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure à deux ans;/ 3° Deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure à deux ans ;/ ()/ La notification de la décision doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus pour répondre à un besoin permanent est supérieure ou égale à trois ans/ () ".

4. En l'espèce, il résulte des dispositions citées au point précédent que le CHU de Nice était tenu au respect d'un délai de prévenance d'un mois, eu égard à la durée d'emploi de la requérante. Ainsi, la notification de fin de contrat, notifiée par le CHU de Nice seulement le 29 juin 2020, soit moins de deux jours avant son terme, fixé au 1er juillet 2020, conformément à l'avenant du 24 mars 2020, ne respecte pas le délai de préavis prévu par les dispositions citées au point précédent. Par suite, le CHU de Nice a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

5. Toutefois, si Mme B fait valoir un préjudice financier et la perte d'une chance d'être embauchée sur un poste de même qualification dans la même commune par un établissement hospitalier similaire à son employeur, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir l'existence d'un préjudice direct et certain en lien avec le non-respect par l'établissement de santé du délai de prévenance préalable à la rupture de son engagement contractuel. Il s'ensuit que Mme B n'est fondée à solliciter une indemnisation sur ce point.

Sur la demande d'annulation de l'avis de sommes à payer du 14 août 2020 :

6. Sous réserve de dispositions législatives ou réglementaires contraires et hors le cas où il est satisfait à une demande du bénéficiaire, l'administration ne peut retirer une décision individuelle créatrice de droits, si elle est illégale, que dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. Une décision administrative explicite accordant un avantage financier crée des droits au profit de son bénéficiaire alors même que l'administration avait l'obligation de refuser cet avantage. En revanche, n'ont pas cet effet les mesures qui se bornent à procéder à la liquidation de la créance née d'une décision prise antérieurement. Le maintien indu du versement d'un avantage financier à un agent public, alors même que le bénéficiaire a informé l'ordonnateur qu'il ne remplit plus les conditions de l'octroi de cet avantage, n'a pas le caractère d'une décision accordant un avantage financier et constitue une simple erreur de liquidation. Il appartient à l'administration de corriger cette erreur et de réclamer le reversement des sommes payées à tort, sans que l'agent intéressé puisse se prévaloir de droits acquis à l'encontre d'une telle demande de reversement.

7. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dont les dispositions ont été reprises notamment aux articles L. 115-1, L. 712-1,

L. 712-2 et L. 713-1 du code général de la fonction publique, dispose que : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services. S'y ajoutent les prestations familiales obligatoires. / Le montant du traitement est fixé en fonction du grade de l'agent et de l'échelon auquel il est parvenu, ou de l'emploi auquel il a été nommé. / La rémunération des agents contractuels est fixée par l'autorité compétente en tenant compte des fonctions exercées, de la qualification requise pour leur exercice et de l'expérience de ces agents. Elle peut tenir compte de leurs résultats professionnels et des résultats collectifs du service () ".

8. Il résulte de l'instruction que Mme B a perçu une somme de 1 369,77 euros, au titre de la rémunération du mois du 2 juillet 2020 au 1er août 2020, et alors même que le contrat qui en constituait le fondement était réputé rompu. Ce paiement indu n'a été rendu possible que par la faute commise par l'administration. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante s'est abstenue d'exercer les fonctions prévues sur la même période, actant par elle-même la fin de son engagement au 1er juillet 2020. Il appartenait donc à l'administration de corriger cette erreur et de demander à l'intéressée le recouvrement de la somme de 1 199,23 euros indûment payée, en l'absence de service fait, étant précisé que la somme dont il est demandé le remboursement a été corrigée, le 28 mars 2023 par le comptable public, par une déduction de 152,13 euros.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le CHU de Nice, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation du titre exécutoire émis à son encontre.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions de Mme B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à ce qu'il soit enjoint au CHU de Nice de lui délivrer les documents sociaux ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHU de Nice, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le CHU de Nice au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CHU de Nice sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier universitaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Bonhomme, président,

- Mme Soler, conseillère,

- Mme Sandjo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

G. SANDJOLe président,

Signé

T. BONHOMME

Le greffer,

Signé

D. CRÉMIEUX

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

5

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