jeudi 11 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2003864 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GAUCI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 septembre 2020 et le 1er juillet 2021, M. et Mme B A, représentés par Me Gauci, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la restitution des prélèvements sociaux dont ils se sont acquittés à raison de la plus-value immobilière qu'ils ont réalisée le 15 avril 2015 lors de la cession d'un bien immobilier situé à Mandelieu-la-Napoule ;
2°) d'assortir la restitution des intérêts moratoires ;
3°) de mettre les frais irrépétibles à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dont le montant sera indiqué au tribunal à l'issue de l'instruction.
Ils soutiennent que :
- leur réclamation préalable n'était pas tardive ;
- le principe d'unicité des législations s'oppose à ce qu'ils soient assujettis aux prélèvements sociaux en France dès lors qu'ils relèvent d'un régime d'assurance maladie suédois.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, le directeur départemental des finances publiques conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérants n'établissent pas avoir saisi ses services d'une réclamation préalable dans le délai imparti, qui expirait le 31 décembre 2017 ;
- en tout état de cause, les requérants n'apportent pas la preuve de leur affiliation au régime de sécurité sociale suédois.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A, ressortissants suédois, se sont acquittés des prélèvements sociaux à raison de la plus-value réalisée lors de la cession, le 15 avril 2015, d'un bien immobilier qu'ils détenaient à Mandelieu-la-Napoule. Par la présente requête, M. et Mme A demandent la restitution des impositions qu'ils ont ainsi acquittées, qui s'élèvent à 12 109 euros.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : () b) Du versement de l'impôt contesté lorsque cet impôt n'a pas donné lieu à l'établissement d'un rôle ou à la notification d'un avis de mise en recouvrement () ".
3. Il résulte de l'instruction que, par une demande en date du 10 décembre 2015 adressée par courrier recommandé avec accusé de réception reçu par les services de la direction départementale des finances publiques le 22 décembre 2015, les requérants ont présenté, une réclamation d'assiette concernant les impositions en litige. L'administration fiscale, malgré une mesure d'instruction diligentée par le tribunal, n'établit pas que, ainsi qu'elle le fait valoir, l'avis de réception produit pour attester de la réception de la réclamation le 22 décembre 2015 correspondrait en réalité à l'envoi d'une correspondance différente relative à un autre dossier. La réclamation ayant été introduite dans le délai imparti par les dispositions du b) de l'article R.196-1 du livre des procédures fiscales, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté de la réclamation préalable doit être écartée.
Sur les conclusions à fin de restitution :
4. D'une part, aux termes du I bis de l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale : " Sont également soumises à la contribution les plus-values imposées au prélèvement mentionné à l'article 244 bis A du code général des impôts lorsqu'elles sont réalisées, directement ou indirectement, par des personnes physiques ". Aux termes de l'article 16 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale : " Il est institué, à compter du 1er février 1996, une contribution prélevée sur les produits de placement désignés aux I et I bis de l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 245-15 du code de la sécurité sociale : " Les produits de placement assujettis à la contribution prévue aux I à II de l'article L. 136-7 sont assujettis à un prélèvement social () ". Aux termes de l'article L. 14-10-4 du code de l'action sociale et des familles : " Les produits affectés à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie sont constitués par : () 2° () une contribution additionnelle au prélèvement social mentionné à l'article L. 245-15 du code de la sécurité sociale (). Ces contributions additionnelles sont assises, contrôlées, recouvrées et exigibles dans les mêmes conditions et sous les mêmes sanctions que celles applicables à ces prélèvements sociaux () ". Aux termes de l'article 1600-0 S du code général des impôts : " I. - Il est institué : / () 2° Un prélèvement de solidarité sur les produits de placement mentionnés à l'article L. 136-7 du même code. () Le prélèvement de solidarité mentionné au 2° du même I est assis, contrôlé et recouvré selon les mêmes règles et sous les mêmes sûretés, privilèges et sanctions que la contribution mentionnée à l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale ".
5. Il est constant que M. et Mme A n'étaient pas fiscalement domiciliés en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts et que, par suite, la plus-value qu'ils ont réalisée lors de la cession d'un bien immobilier à Antibes était soumise au prélèvement prévu par l'article 244 bis A du code général des impôts.
6. D'autre part, en application de l'article 11 du règlement n° 883/2004, les personnes qui relèvent du champ du règlement ne sont soumises qu'à la législation d'un seul Etat membre, déterminée selon les règles définies aux articles 11 à 16 du règlement n° 883/2004, ce qui exclut dès lors toute possibilité de cumul de plusieurs législations nationales pour une même période et, de manière corollaire, qu'un même revenu soit exposé au paiement de doubles cotisations. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, et notamment de son arrêt du 26 février 2015, Ministre de l'économie et des finances contre Gérard de Ruyter (C-623/13), rendu pour l'application du règlement (CEE) n° 1408/71 du Conseil du 14 juin 1971 relatif à l'application des régimes de sécurité sociale aux travailleurs salariés, aux travailleurs non-salariés et aux membres de leur famille qui se déplacent à l'intérieur de la Communauté mais transposable pour l'application du règlement du 29 avril 2004, que les Etats membres doivent respecter le principe de l'unicité de la législation applicable en matière de sécurité sociale, qui exclut que les résidents d'un État membre affiliés à la sécurité sociale d'un autre État membre, d'un Etat de l'Espace économique européen ou de la Suisse, Etats auxquels l'application du règlement a été étendue par voie d'accords internationaux, soient tenus de financer, en outre, même si ce n'est que partiellement, la sécurité sociale de l'État de résidence et, à ce titre, soient soumis par ce dernier, en ce qui concerne tant les revenus découlant d'une relation de travail que ceux issus de leur patrimoine, à des dispositions légales instaurant des prélèvements qui présentent un lien direct et suffisamment pertinent avec les lois régissant les branches de sécurité sociale, le critère déterminant étant celui de l'affectation spécifique d'une contribution au financement d'un régime de sécurité sociale d'un Etat membre.
7. Il résulte de l'instruction que M. et Mme A étaient affiliés au régime de sécurité sociale suédois au titre de l'année 2015. Par suite, et en application des dispositions de l'article 11 du règlement précité du 29 avril 2004, ils ne sauraient être soumis à la législation française de sécurité sociale. Dès lors, ils ne pouvaient être assujettis à la contribution sociale généralisée sur les produits de placement, à la contribution pour le remboursement de la dette sociale sur les produits de placement, au prélèvement social sur les produits de placement, à la contribution additionnelle à ce prélèvement et au prélèvement de solidarité, lesquels doivent, pour l'application de l'article 3 du règlement du 29 avril 2004 portant sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, être regardés comme affectés de manière spécifique et directe au financement du régime de sécurité sociale français.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A sont fondés à demander la restitution des prélèvements sociaux qu'ils ont acquittés à raison de la plus-value immobilière réalisée lors de la cession d'un bien situé à Mandelieu-la-Napoule le 15 avril 2015, pour un montant de 12 109 euros.
Sur les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires :
9. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal () les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires () ".
10. Il résulte de ces dispositions qu'en exécution d'une décision de justice ordonnant une décharge ou une réduction d'imposition, la restitution des sommes déjà versées par un contribuable doit être faite par le comptable chargé du recouvrement, sans qu'il soit besoin d'adresser à cette fin une injonction à l'administration fiscale. Dans ces conditions, et en l'absence de litige né et actuel avec le comptable chargé du recouvrement, les conclusions de M. et Mme A tendant au remboursement des sommes déjà acquittées, assorti du versement d'intérêts moratoires, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Les conclusions non chiffrées tendant au remboursement des frais exposés par une partie et non compris dans les dépens sont irrecevables.
12. A défaut d'être chiffrées, les conclusions présentées par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il est accordé à M. et Mme A la restitution des prélèvements sociaux qu'ils ont acquittés à raison de la plus-value immobilière réalisée le 15 avril 2015, d'un montant total de 12 109 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. et Mme B A et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Pouget, présidente,
Mme Kolf, conseillère,
Mme Bergantz, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.
La rapporteure,
signé
S. Kolf
La présidente,
signé
M. Pouget
La greffière,
signé
C. Sussen
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026