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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2004030

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2004030

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2004030
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BOSIO EVRARD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 octobre 2020 et le 25 mai 2021, la société J2LDB, représentée par Me Evrard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la proposition de rectification du 19 octobre 2018 ainsi que les avis d'imposition subséquents ;

2°) d'annuler la décision ayant appliqué l'amende de l'article 1759 du code général des impôts ainsi que les avis d'imposition subséquents ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

La société requérante soutient que :

- la proposition de rectification du 19 octobre 2019 n'ayant pas été notifiée dans les délais et les formes prescrites, l'application de l'amende fiscale fondée sur l'article 1759 du code général des impôts est irrégulière ;

- la proposition de rectification est entachée d'un défaut de motivation ;

- les rehaussements sont manifestement exagérés du fait d'une évaluation erronée du taux de marge à partir de termes de comparaison non pertinents, de la méconnaissance de la réalité économique de son exploitation et de la minoration des charges par le service ;

- la reconstitution du chiffre d'affaires qu'elle propose à partir des charges externes est plus conforme à la réalité de son exploitation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au non-lieu à statuer sur les sommes ayant fait l'objet d'un dégrèvement et au rejet du surplus de la requête

Il soutient que les moyens soulevés par la société J2LDB ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Soli, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS J2LDB, exploitait jusqu'au 31 décembre 2017, un établissement de restauration, route de Nice à Antibes. Elle a fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité portant sur l'ensemble des opérations et déclarations susceptibles d'être examiné au titre de la période allant du 5 mars 2015 au 31 décembre 2017. Lors du premier entretien avec la mandataire de la société, le service a dressé un procès -verbal constatant l'absence de présentation de comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales, daté du 26 juin 2018 et un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité daté du 26 juin 2018. Le 19 octobre 2018, une proposition de rectification a été adressée à la société. Après prise en compte partielle des observations de la société requérante, les impositions supplémentaires, intérêts de retard et majorations ont été mis en recouvrement le 30 avril 2019. La société requérante demande au Tribunal l'annulation de la décision de l'administration d'admission partielle de sa réclamation et la décharge des impositions supplémentaires auxquelles elle a été assujettie.

Sur l'étendue du litige et le non-lieu à statuer :

2. Après l'admission partielle de la réclamation de la société requérante, les sommes en litige s'élèvent à 75 015 euros pour la taxe sur la valeur ajoutée, 40 548 euros au titre de l'impôt sur les sociétés et 86 181 euros pour l'amende forfaitaire pour distributions occultes. A la suite du dégrèvement partiel accordé par l'administration pour tenir compte de la perte de denrées lors des inondations d'octobre 2015, il n'y a plus lieu à statuer sur les sommes excédant ces montants.

Sur la régularité de la procédure :

3. La société requérante soutient que la proposition de rectification n'a pas été régulièrement notifiée dès lors que l'administration ne l'a pas envoyée à l'adresse de correspondance indiquée par la société lors du deuxième entretien et que le service ne justifie pas de l'envoi d'un second pli.

4. Il résulte de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales que les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office doivent être notifiées au contribuable. En cas de contestation sur ce point, il incombe à l'administration fiscale d'établir qu'une telle notification a été régulièrement adressée au contribuable. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière, le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

5. Il résulte de l'instruction que le service a notifié la proposition de rectification, le 19 octobre 2018, à l'adresse du siège social de la société J2LDB telle qu'elle figure sur les registres officiels au jour de l'envoi et a doublé cette notification de l'envoi d'un courrier, avec en pièce jointe la copie de la proposition de rectification, à l'adresse de correspondance fournie par la mandataire de la société requérante lors du deuxième entretien. L'administration produit aux débats les courriers en cause qui lui ont été retournés par la Poste avec la mention " destinataire inconnu à cette adresse " pour le premier et " avisé, non réclamé " pour le second. Il n'incombe pas au service de justifier que les services postaux ont conservé les plis en cause 15 jours à disposition de la contribuable avant de les retourner. Le moyen tenant à l'irrégularité de la notification de la proposition de rectification doit donc être écarté. La circonstance que le second courrier fait mention du retour du premier courrier retourné avec l'inscription " destinataire inconnu à cette adresse " constitue une simple erreur de plume due à l'existence de courriers antérieurs adressés à la société requérante et retournés avec cette mention.

6. La société soutient que la proposition de rectification est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L.57 du livre des procédures fiscales dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de discuter de la pertinence du choix des termes de comparaison utilisés par le service pour la détermination du coefficient de marge appliqué par le service vérificateur pour reconstituer le chiffre d'affaires.

7. Il est constant que la SAS J2LDB n'a déposé aucune déclaration de taxe sur la valeur ajoutée ou de résultats imposables à l'impôt sur les sociétés sur la période vérifiée et n'a produit aucune comptabilité. Le service a donc mis en œuvre la procédure d'imposition d'office de l'article L.66 du livre des procédures fiscales. Il résulte de la mise en œuvre de la procédure d'imposition d'office que la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article 57 du livre des procédures fiscales. Au demeurant, la proposition de rectification du 19 octobre 2018, rappelle l'absence de comptabilité, de production d'éléments permettant d'apprécier l'activité de la société (tarifs, tickets Z papiers, inventaire de stock) et elle précise la méthode de reconstitution des bases imposables à partir des achats revendus déterminés à partir des factures fournisseurs obtenues dans le cadre d'un droit de communication dont la société requérante a été informée. Les quatre termes de comparaison retenus par l'administration pour déterminer le coefficient de marge sont nommément désignés. La société requérante soutient par ailleurs, que le défaut de motivation serait constitué par l'absence de mention des " raisons qui ont justifié le choix des comparatifs retenus au regard des conditions d'exploitation ", cette argumentation relève de la contestation du bien-fondé de la méthode de reconstitution et de détermination du taux de marge. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la proposition de rectification est entachée d'un défaut de motivation.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

8. La société requérante ayant fait l'objet d'une imposition d'office sur le fondement des dispositions de l'article L.66 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve lui incombe en application de l'article L.193 du livre des procédures fiscales. Il lui appartient en conséquence d'établir que ces impositions présentent un caractère infondé ou exagéré.

9. En l'absence de comptabilité produite par la société requérante, le service a reconstitué le chiffre d'affaires de la période vérifiée par la méthode des achats revendus. Le montant des achats a été établi à partir des factures de la société obtenues dans le cadre d'un droit de communication auprès de ses fournisseurs. Le chiffre d'affaires a été reconstitué en affectant au montant des achats un coefficient déterminé à partir des données provenant de quatre établissements exerçant la même activité de restauration, dans le même secteur géographique et dans des conditions d'exploitation similaires. Le service a établi le bénéfice imposable des trois exercices en retranchant du chiffre d'affaires ainsi reconstitué les achats, les rémunérations des salariés et les charges externes évaluées forfaitairement pour chaque exercice entre 25 et 27%. Pour la TVA, à défaut de tous éléments fournis par l'entreprise, le service a déterminé le pourcentage d'achats effectués à taux réduit et à taux normal, pour chaque exercice.

10. La société requérante, en soutenant que deux des termes de comparaison retenus " sont réputés pour leur cuisine " alors qu'elle a indiqué " un taux d'environ 70% de produits surgelés ", n'établit pas que le taux de marge calculé par l'administration serait manifestement erroné. Par ailleurs, si la société requérante soutient que " les informations fournies par le vérificateur ne permettent pas d'identifier " tous les termes de comparaison, cette allégation est en contradiction avec ses écritures qui citent nommément les quatre établissements en cause. La société requérante soutient enfin que les termes de comparaison retenus sont situés dans des zones particulièrement touristiques alors que l'établissement qu'elle exploite a perdu l'essentiel de sa clientèle après les inondations d'octobre 2015 et la fermeture ou la réduction de taille des campings établis dans son voisinage. Il ressort cependant des pièces du dossier que l'évolution de la réalité de l'activité de cet établissement est reflétée par les achats auprès de ses fournisseurs soit respectivement en 2015, 2016 et 2017 des sommes de 55 130,71 euros, 55 968,56 euros et 23 814,84 euros. Ces chiffres montrent un maintien de l'activité en 2016. Au demeurant, l'administration a admis partiellement les observations de la société requérante en affectant un taux de perte exceptionnel aux achats de 2015 afin de tenir des comptes des denrées détruites dans les inondations.

11. L'administration, dans le cadre de la présente instance, ayant accepté les charges externes justifiées par la société requérante, il n'y a plus à statuer sur lesdites charges. La circonstance que l'administration ait admis ces charges n'a pas pour effet de démontrer que le taux de marge qu'elle a retenu serait exagéré.

12. La société requérante propose une reconstitution de son chiffre d'affaires sur les exercices 2015, 2016 et 2017 à partir de l'affectation d'un coefficient aux charges externes calculées en ajoutant aux charges retenues par l'administration des " charges manquantes ". Il résulte de l'instruction, d'une part, que ces charges ne sont justifiées par aucune facture et, d'autre part, que les dépenses d'électricité, de gaz, de téléphone notamment ont été prises en compte dans la proposition de rectification. En outre, la méthode consistant à reconstituer le chiffre d'affaires à partir des charges externes apparaît moins pertinente au regard de la réalité de l'activité économique que celle des achats revendus. Il s'ensuit que la société requérante ne démontre pas le caractère exagéré des impositions litigieuses.

Sur l'amende de distribution :

13. Aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759. ". Aux termes de l'article 1759 du même code : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 % ".

14. Il résulte de ce qui a été dit aux § 2, 3 et 4 du présent jugement que la proposition de rectification a été régulièrement notifiée le 19 octobre 2018. Il s'ensuit que la décision d'appliquer à la société requérante l'amende prévue par l'article 1759 du CGI prise, le 30 novembre 2018, par l'administration est intervenue après le délai de 30 jours prévu par l'article 117 du même code.

Sur les frais de l'instance :

15. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu à statuer sur les sommes ayant fait l'objet du dégrèvement accordé par l'administration.

Article 2 : La requête de la société J2LDB est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société J2LDB et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

M. Soli, premier conseiller,

Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

P. Soli

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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