jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2004088 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL BOSIO EVRARD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 octobre 2020 et 7 juin 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Ragni Holding, représentée par Me Evrard, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des contributions sociales sur cet impôt mises à sa charge au titre des exercices 2015 et 2016 pour un montant total de 425 680 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que l'administration fiscale a modifié le montant des rectifications proposées après le recours hiérarchique qu'elle a formé sans pour autant lui adresser une nouvelle proposition de rectification ;
- la provision comptabilisée au titre des avances consenties à la société Ragni Inc à hauteur de 1 080 217 euros remplit les conditions de déductibilité posées par l'article 39 du code général des impôts ;
- la provision comptabilisée au titre des avances consenties à la société Ragni IC à hauteur de 57 949 euros remplit également les conditions de déductibilité posées par l'article 39 du code général des impôts ;
- la charge de la preuve de leur absence de déductibilité incombe à l'administration dès lors que l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires lui est favorable.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire enregistrés les 6 avril et 22 juin 2021 l'administratrice des finances publiques, directrice de la direction du contrôle fiscal Sud-Est, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête et le mémoire complémentaire ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chevalier, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Ragni Holding, qui constitue une holding mixte, percevant des dividendes de ses filiales et réalisant des prestations de services en matière de gestion de placements financiers, prenant notamment la forme d'avances de trésorerie au bénéfice de ces dernières, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contributions sociales au titre de la période vérifiée. Après avoir formé une réclamation qui a été rejetée par l'administration fiscale, la société demande au tribunal, la décharge de ces cotisations supplémentaires ainsi mises à sa charge.
Sur la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : " () lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts (), les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. / () ". Aux termes de l'article L. 57 de ce livre : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de façon à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Une révision à la hausse du montant des rectifications proposées doit faire l'objet d'une nouvelle proposition de rectification, à peine d'irrégularité de la fraction de l'imposition correspondant aux rehaussements proposés.
3. Il résulte de l'instruction que, par une proposition de rectification du 23 mars 2018, le service vérificateur a fixé le résultat fiscal imposable rectifié de l'exercice clos le 31 décembre 2015 de la société requérante à 222 988 euros, en tenant compte d'un rehaussement en base de 11 575 euros et fixé celui de l'exercice clos le 31 décembre 2016 à 675 165 euros en tenant compte d'un rehaussement en base de 1 138 166 euros. Il résulte des termes du courrier d'information du 17 décembre 2019 que les rehaussements en base retenus par l'administration sont identiques à ceux mentionnés dans la proposition de rectification. Par suite, si la somme mise en recouvrement est supérieure à celle mentionnée dans la proposition de rectification, cette modification ne résulte pas d'une correction à la hausse des rectifications proposées mais des conséquences fiscales au niveau de l'ensemble du groupe de la procédure de vérification dont la société holding a fait l'objet et dont elle est rendue destinataire en sa qualité de société mère.
4. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la fraction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016 est supérieure au montant de l'imposition mentionné dans la proposition de rectification du 23 mars 2018, ainsi que les pénalités correspondantes, ont été mises en recouvrement à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de nouvelle proposition de rectification.
Sur le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
5. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. ". Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise.
6. En premier lieu, d'une part, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité.
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'un redressement, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou le redressement est soumis au juge. / Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, comme en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69 ".
8. En adoptant le premier alinéa de l'article L. 192 précité, éclairé, au demeurant, par les travaux préparatoires auxquels celui-ci a donné lieu, le législateur a seulement entendu mettre fin, sous réserve du cas prévu au deuxième alinéa du même article, à l'état du droit antérieur sous l'empire duquel l'avis rendu par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur les chiffres d'affaires avait pour effet, s'il était favorable à l'administration fiscale, d'attribuer au contribuable la charge d'une preuve que l'intéressé n'aurait pas supportée en l'absence de saisine de cette commission et n'a pas entendu déroger aux principes généraux ci-dessus énoncés en exigeant de l'administration fiscale qu'elle justifie qu'une charge n'est pas déductible dans son principe, dès lors que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur les chiffres d'affaires, saisie, a rendu un avis favorable au contribuable.
9. Il résulte de ce qui précède que l'avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires favorable à la société requérante est sans incidence sur la dévolution de la charge de la preuve, s'agissant du bien-fondé des provisions en litige.
10. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'administration a réintégré au bénéfice imposable de la société Ragni Holding, au titre de l'année 2016, deux provisions d'un montant total de 1 138 166 euros destinées à constater le caractère irrécouvrable des créances commerciales détenues, d'une part, sur la société Ragni GA INC située aux Etats-Unis dont la société Ragni Holding détient 100% du capital et, d'autre part, sur la société Ragni IC située en Bosnie Herzégovine dont la société Ragni Holding détient 55% du capital.
11. D'une part, pour justifier du caractère déductible de la provision correspondant à la créance commerciale détenue sur la société Ragni GA INC à la clôture de l'exercice en 2016, la société requérante se prévaut des difficultés commerciales et financières rencontrées en tentant de commercialiser, par le biais d'une sous-filiale, des produits d'éclairage public aux Etats-Unis. Plus précisément, elle fait valoir, sans que cela soit contesté en défense, que les produits développés n'ont pas pu intégrer le marché des Etats-Unis dans les délais souhaités en l'absence de délivrance du certificat de conformité par les autorités compétentes et que la société chargée de fabriquer les produits a cessé de les produire. Elle soutient que ces évènements ont eu un impact sur la situation financière de l'entreprise qui, en réalisant un chiffre d'affaires au titre de l'exercice 2016 de 2 233 107 dollars alors que celui attendu était de 3 000 000 dollars, était en situation d'endettement croissant. Toutefois, ces éléments ne permettent pas, à eux seuls, d'établir que les pertes provisionnées par la société Ragni Holding auraient été probables alors qu'elle n'a effectué, ainsi que l'indique l'administration fiscale qui n'est pas contestée sur ce point, aucune demande de remboursement des sommes prêtées et a poursuivi le versement des avances au cours de l'année 2016. Dans ces conditions, la société requérante ne justifie pas, quand bien même la situation économique de la société Ragni GA INC ne serait pas favorable au remboursement des avances, de son insolvabilité potentielle ni de celle de sa filiale, chargée de développer les éclairages, et par conséquent du caractère irrécouvrable des créances qu'elle détenait sur elle. Par suite, c'est à bon droit, et pour ce seul motif, que l'administration fiscale a réintégré les sommes en litige aux résultats de la société Ragni Holding au titre des exercices clos en 2016.
12. D'autre part, concernant la provision pour dépréciation d'un montant de 57 949 euros correspondant aux avances versées à la société Ragni IC située en Bosnie-Herzégovine, la société requérante soutient qu'elle était justifiée par les bénéfices insuffisants réalisés par la société récipiendaire au titre de l'exercice 2016 en raison de l'exode de la population qui ne permettait pas le recrutement suffisant de main d'œuvre pour son développement. Ces éléments ne sont pas suffisants, au regard notamment de leur caractère très généraux, pour établir que des évènements en cours à la date de clôture des exercices litigieux rendaient probables l'incapacité de cette société à honorer l'intégralité de ses dettes et, en conséquence, le caractère irrécouvrable des avances en cause.
13. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration fiscale a réintégré dans les résultats de l'exercice 2016 de la société Ragni Holding les provisions pour dépréciation de créances en litige. Par suite, ses conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des contributions sociales sur cet impôt mises à sa charge au titre des exercices 2015 et 2016 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société par actions simplifiée (SAS) Ragni Holding est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée (SAS) Ragni Holding et à l'administratrice générale des finances publiques de la direction de contrôle fiscal Sud-Est.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Chevalier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
La rapporteure,
signé
C. Chevalier
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026