jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2004091 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL BOSIO EVRARD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 octobre 2020 et le 7 juin 2021, la société par actions simplifiée B Holding, représentée par la Selarl Bosio, Evrard et associés, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires de taxe sur les salaires mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016 et des pénalités y afférentes ;
2°) de mettre les entiers dépens à la charge de l'Etat ;
3°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en vertu de la jurisprudence du Conseil d'Etat, les pouvoirs des dirigeants des holdings sont présumés s'étendre au secteur financier mais lorsque l'entreprise démontre qu'ils n'ont aucune attribution dans le secteur financier, leur rémunération doit être exclue de la base de la taxe sur les salaires ; cette preuve est notamment rapportée lorsque la société démontre que l'un de ses directeurs généraux est dépourvu de tout pouvoir de contrôle et de toute responsabilité dans le secteur financier ;
- elle exerce une activité d'animation de groupe qui se distingue de son activité purement financière ; elle exerce une activité économique réelle divisée en secteurs d'activité distincts, tel que cela ressort de l'organigramme fonctionnel ; il ressort de cet organigramme que M. K B occupe la fonction de directeur export et développement, que Mme E B est directrice marketing et communication et que M. H B gère, en qualité de directeur commercial France, le secteur commercial ; ces trois directeurs n'ont aucune attribution dans le secteur financier ;
- cela est corroboré par les stipulations de l'article 17 de ses statuts qui précisent que, si les directeurs généraux ont les mêmes pouvoirs que le président, ils ne disposent pas du pouvoir de représenter la société à l'égard des tiers ; cette limitation statutaire les empêche de participer à la gestion financière auprès des établissements bancaires sans délégation de signature ; or aucun d'entre eux ne dispose d'une délégation de signature ;
- s'agissant des trois autres salariés, M. C I et Mmes H G et Mme F A, ils interviennent au sein du département comptabilité et relations humaines et gèrent l'aspect comptable et social ; ils ne bénéficient d'aucun pouvoir en matière de gestion financière de la société ;
- cette analyse a d'ailleurs été partagée par l'administration fiscale elle-même en 2012 à l'occasion d'un précédent contrôle portant sur les années 2009 et 2010, à l'issue duquel les vérificateurs ont reconnu que seules les rémunérations de M. D B et de Mme H J ; cela avait donné lieu à des dégrèvements d'impôt.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2021, l'administrateur des finances publiques, directeur de la direction du contrôle fiscal sud-est outre-mer par intérim, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 17 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) B Holding, qui constitue une holding mixte, percevant des dividendes de ses filiales et réalisant des prestations de services au bénéfice de ces dernières, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 à l'issue de laquelle l'administration fiscale a estimé que les rémunérations perçues par six de ses dirigeants et employés devaient être prises en compte pour déterminer l'assiette de la taxe sur les salaires. Elle a donc, par conséquent, mis à la charge de la SAS B Holding des cotisations supplémentaires de taxe sur les salaires au titre des années 2015 et 2016. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal la décharge de ces cotisations et des pénalités y afférentes.
2. Aux termes du 1 de l'article 231 du code général des impôts dans sa version applicable au litige, les employeurs doivent payer une taxe sur les salaires " lorsqu'ils ne sont pas assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée ou ne l'ont pas été sur 90 % au moins de leur chiffre d'affaires au titre de l'année précédant celle du paiement desdites rémunérations. L'assiette de la taxe due par ces personnes ou organismes est constituée par une partie des rémunérations versées, déterminée en appliquant à l'ensemble de ces rémunérations le rapport existant, au titre de cette même année, entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée et le chiffre d'affaires total () ". Lorsque les activités d'une entreprise sont, pour l'exercice de ses droits à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, réparties en plusieurs secteurs distincts, la taxe sur les salaires doit être déterminée par secteur, en appliquant aux rémunérations des salariés affectés spécifiquement à chaque secteur le rapport d'assujettissement propre à ce secteur. Toutefois, la taxe sur les salaires des personnels concurremment affectés à plusieurs secteurs doit être établie en appliquant à leurs rémunérations le rapport existant pour l'entreprise dans son ensemble entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée et le chiffre d'affaires total.
3. Les fonctions de directeur général d'une société anonyme ou d'une société par actions simplifiée confèrent à leurs titulaires, en vertu de l'article L. 225-56 du code de commerce, les pouvoirs les plus étendus dans la direction de la société et le président du conseil d'administration est investi, aux termes de l'article L. 225-51 du même code, d'une responsabilité générale. S'agissant d'une société holding, ces pouvoirs s'étendent en principe au secteur financier, même si le suivi des activités est sous-traité à des tiers ou confié à des salariés spécialement affectés à ce secteur et si le nombre des opérations relevant de ce secteur est très faible. Toutefois, s'il résulte des éléments produits par l'entreprise que certains de ses dirigeants n'ont pas d'attribution dans le secteur financier, notamment lorsque, compte tenu de l'organisation adoptée, l'un d'entre eux est dépourvu de tout contrôle et responsabilité en la matière, la rémunération de ce dirigeant doit être regardée comme relevant entièrement des secteurs passibles de la taxe sur la valeur ajoutée et, par suite, comme placée hors du champ de la taxe sur les salaires.
Sur la rémunération des directeurs généraux :
4. Si la société requérante fait valoir que les trois directeurs généraux concernés n'exercent aucune activité ayant trait au secteur financier exonéré de taxe sur la valeur ajoutée, elle n'établit pas, en se bornant à produire son organigramme fonctionnel, au demeurant non daté, ainsi qu'en se prévalant des stipulations de l'article 17 de ses statuts qui confèrent aux directeurs généraux les mêmes pouvoirs que le président tout en précisant qu'ils ne disposent pas, sauf délégation de signature, du pouvoir de représenter la société à l'égard des tiers, que lesdits directeurs, chargés respectivement de l'export et du développement, du marketing et du commerce en France, nonobstant leurs appellations, n'auraient qu'une activité limitée à ces secteurs et qu'ils seraient dépourvus de tout contrôle et responsabilité dans le secteur financier. Elle n'établit pas davantage cette absence d'attribution des intéressés dans le secteur financier en produisant l'état des comptes et engagements établi par sa banque et sur lequel figure la liste des deux seuls signataires habilités, à savoir le président et la directrice administrative et financière. Dans ces conditions, l'administration a pu, à bon droit, inclure les rémunérations versées par la société requérante aux trois directeurs généraux concernés dans le champ de la taxe sur les salaires.
Sur la rémunération des salariés affectés au service comptable :
5. Il résulte de l'instruction que M. I occupe le poste de chef-comptable, chargé, notamment, conformément à son contrat de travail, de veiller à la " tenue et au contrôle de la comptabilité (générale et de gestion), situations mensuelles, tableau de bord, révision des comptes et établissements bilans ", de procéder à l'établissement des déclarations fiscales et au suivi des contrôles fiscaux, à " l'élaboration des budgets " et enfin au " contrôle [des] documents juridiques " et de " toutes démarches administratives liées à l'évolution de l'entreprise ". Compte tenu de leur nature, ces attributions, dont il n'est pas précisé qu'elles seraient limitées à un certain secteur d'activité de l'entreprise, présentent un caractère transversal et portent notamment sur le secteur financier, quand bien-même M. I n'aurait pas de pouvoir décisionnel en la matière. S'agissant de Mme G, qui a été recrutée en qualité de comptable et dont il ressort de l'organigramme produit par la société requérante qu'elle est affectée au même service que M. I, à savoir le service " comptabilité - RH " rattaché à la directrice administrative et financière et au président de la SAS B Holding, il résulte des stipulations de son contrat de travail qu'elle " devra travailler en étroite collaboration avec la directrice administrative et financière de la société ainsi qu'avec le président de la SAS B Holding ". Ses fonctions, dont la teneur n'est pas davantage définie dans son contrat de travail, présentent également, au vu de ces éléments, un caractère transversal. Enfin, il résulte de l'instruction, et plus précisément du courrier d'engagement de Mme A, que cette dernière a été, contrairement à ce qui est indiqué dans l'organigramme fonctionnel produit par la société, recrutée en qualité d'aide-comptable. L'administration fait à cet égard valoir qu'elle a constaté, au cours des opérations de contrôle, que Mme A assistait Mme G dans ses fonctions. La SAS B, qui indique dans sa requête que Mme A intervient au sein du département comptabilité et relations humaines, ne produit aucun élément de nature à contredire les constatations de l'administration fiscale concernant les missions de Mme A, ni aucun élément de nature à établir qu'elle travaillerait uniquement pour le secteur des prestations de services. De même, si la société requérante fait valoir que M. I et Mme G ne bénéficient d'aucun pouvoir en matière de gestion financière de la société, elle n'apporte pas d'éléments permettant de contredire les données objectives figurant dans leurs contrats de travail, lesquels ne limitent pas leurs missions au secteur des prestations de services. Il s'ensuit que c'est à bon droit que l'administration fiscale a soumis les rémunérations de ces salariés affectés au service comptable à la taxe sur les salaires.
Sur la doctrine administrative :
6. L'article L. 80 B du livre des procédures fiscales étend la garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A du même livre, selon laquelle il ne peut être " procédé à [un] rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration ", " () / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal () ".
7. Si la SAS B Holding doit être entendue comme se prévalant implicitement des dispositions précitées de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales en se fondant sur la circonstance que l'administration fiscale lui a, au titre des années 2009 et 2010, accordé un dégrèvement après avoir reconnu que seules les rémunérations de M. D B et de Mme H J devaient être retenues en base de la taxe sur les salaires, une telle décision, relative à des années d'imposition différentes, ne vaut pas prise de position formelle sur une situation particulière au regard d'un texte fiscal au sens de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales dont les contribuables peuvent se prévaloir.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la SAS B Holding doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société B Holding est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée B Holding et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction du contrôle fiscal sud-est outre-mer.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mear, présidente,
Mme Kolf, conseillère,
M. Cherief, conseiller,
Assistés de Mme Sussen, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
La rapporteure,
signé
S. KOLF
La présidente,
signé
J. MEAR
La greffière,
signé
C. SUSSEN
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026