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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2004250

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2004250

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2004250
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDELPLANCKE-POZZO DI BORGO-ROMETTI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 octobre 2020 et 9 janvier 2023, M. A et Mme C B, représentés par la SCP Delplancke - Pozzo di Borgo - Rometti et associés, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2007 et 2008, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2010 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- c'est à tort que l'administration a estimé que les sommes qui ont été versées à M. B par la société Mirapoint Europe Ltd au cours de l'année 2007 devaient être imposées en tant que revenus d'origine indéterminée dès lors qu'il s'agit de frais de déplacement exonérés d'impôt en application du 1° de l'article 81 du code général des impôts ;

- il en va de même pour la somme ayant été versée à M. B par la société GFT Technologies AG le 12 septembre 2007 ;

- la somme de 2 000 euros inscrite au crédit du compte à la Deutsche Bank a été versée par la société Auslandzahl LVM Lebensversicherung AG, organisme d'assurance-vie auprès duquel ils détiennent un contrat ; cette somme ne correspond pas à des produits de contrat d'assurance-vie ;

- les crédits bancaires sur le compte Barclays correspondant à des chèques émis par la société Mugello Consultant sont justifiés dès lors qu'il s'agit du remboursement d'une partie de la créance que M. B détenait sur la société Fiorano Management ; au moment où lesdits chèques ont été émis, cette dernière a apporté les sommes correspondant à ces versements à la société Mugello Consultant ;

- les crédits bancaires sur le compte ouvert à la banque Barclays correspondant à des sommes versées pour le compte de la société Tilda Inc, proviennent du prêt hypothécaire que M. B a souscrit auprès de la Jyske Bank et dont une partie a fait l'objet d'un placement au sein de cette société.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés ;

- et à titre infiniment subsidiaire, en ce qui concerne les crédits bancaires provenant de la société Mugello Consultant, la somme de 33 000 euros correspondante doit être imposée dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers après substitution de base légale.

Par courrier du 11 juillet 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles M. et Mme B ont été assujettis au titre de l'année 2010, en l'absence de réclamation préalable en méconnaissance des dispositions de l'article R. 190-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bergantz, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique du 13 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et Mme C B ont fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle concernant les années 2007 et 2008, à l'issue duquel l'administration fiscale leur a notifié, par une proposition de rectification du 14 décembre 2010, des rectifications dans la catégorie des revenus indéterminée au titre de ces deux années. M. et Mme B demandent la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales résultant de ces rehaussements auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2007 et 2008.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le directeur départemental des finances publiques des Alpes-maritimes :

2. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition () ". Aux termes de l'article R. 198-10 du même livre : " La direction générale des finances publiques ou la direction générale des douanes et droits indirects, selon le cas, statue sur les réclamations dans le délai de six mois suivant la date de leur présentation. (). Les décisions de l'administration sont notifiées dans les mêmes conditions que celles prévues pour les notifications faites au cours de la procédure devant le tribunal administratif ". Aux termes de l'article R. 751-3 du code de justice administrative : " Sauf disposition contraire, les décisions sont notifiées le même jour à toutes les parties en cause et adressées à leur domicile réel, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 197-5 du livre des procédures fiscales : " Tout réclamant domicilié hors de France doit faire élection de domicile en France ".

4. En indiquant que les décisions par lesquelles l'administration statue sur une réclamation sont notifiées dans les mêmes conditions que celles prévues pour les notifications faites au cours de la procédure devant le tribunal administratif, l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales a entendu renvoyer aux dispositions du code de justice administrative qui régissent la notification des décisions clôturant l'instance. Il s'ensuit que le délai de recours devant le tribunal administratif ne court qu'à compter du jour où la notification de la décision de l'administration statuant sur la réclamation du contribuable a été faite au contribuable, à son domicile réel, alors même que cette réclamation aurait été présentée par l'intermédiaire d'un mandataire au nombre de ceux mentionnés à l'article R. 431-2 du code de justice administrative. La circonstance que le contribuable fait élection de domicile en son cabinet, est sans incidence sur l'application de cette règle, quand bien même il s'agit d'un contribuable domicilié à l'étranger tenu à l'obligation d'élection de domicile en France en application des dispositions de l'article R. 197-5 du livre des procédures fiscales.

5. Il résulte de l'instruction que la décision de l'administration fiscale du 14 janvier 2014 statuant sur la réclamation de M. et Mme B a été notifiée à l'adresse " 2, chemin du Riou Merlet à Opio (06600) ". Cependant, à cette date, le domicile réel des requérants était situé en Allemagne, ce dont le service avait connaissance, comme le révèle notamment l'envoi le 29 mai 2012 à l'adresse allemande des intéressés d'une mise en demeure de payer. Le service ne peut utilement faire valoir que les requérants auraient dû élire domicile chez leur avocat, une telle condition étant, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, sans incidence sur l'obligation de l'administration de notifier la décision statuant sur la réclamation au domicile réel du réclamant. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2010

6. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. / () ".

7. Il ne résulte pas de l'instruction que M. et Mme B auraient présenté une réclamation préalable pour contester les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2010. Par suite, et ainsi que les parties en ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les conclusions tendant à la décharge de ces cotisations sont irrecevables et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de 2007 et 2008 :

8. Aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. () / Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés () ". Aux termes de l'article L. 69 du même livre : " () sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16. ". Aux termes de l'article L. 193 de ce même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. "

9. En application de ces dispositions, M. et Mme B, qui ont insuffisamment répondu à des demandes d'éclaircissements du service sur les crédits figurant sur leurs comptes bancaires, ont été régulièrement imposés d'office sur les sommes demeurées inexpliquées en tant que revenus d'origine indéterminée. Il leur appartient, par suite, d'en démontrer le caractère non imposable en vertu de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales.

10. En premier lieu, aux termes de l'article 81 du code général des impôts : " Sont affranchis de l'impôt : / 1° Les allocations spéciales destinées à couvrir les frais inhérents à la fonction ou à l'emploi et effectivement utilisées conformément à leur objet. () ". Il appartient aux contribuables salariés qui entendent bénéficier de ces dispositions à raison de sommes que leur a versées leur employeur de justifier que ces sommes ont couvert des frais qu'ils ont réellement exposés, ainsi que l'exigeaient leurs fonctions au sein de l'entreprise, dans l'intérêt de cette dernière.

11. D'une part, il résulte de l'instruction que l'administration a imposé dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée la somme totale de 72 693 euros figurant au crédit du compte bancaire de M. B ouvert à la banque Barclays en 2007 en provenance de la société Mirapoint Europe Ltd. Les requérants font valoir qu'il s'agit du remboursement des frais de déplacement exposés par M. B en sa qualité de salarié de la société Mirapoint Europe Ltd au titre de ses voyages entre l'Europe et les Etats-Unis et que lesdits frais sont exonérés d'impôt en application du 1° de l'article 81 du code général des impôts. Cependant, ils ne produisent aucun élément permettant d'établir ni la nature des crédits litigieux, ni la réalité des dépenses que M. B prétend avoir engagées pour le compte de la société Mirapoint Europe Ltd.

12. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'administration a imposé dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée la somme de 2 644,76 euros figurant au crédit du compte bancaire de M. B à la Deutschebank et provenant de la société GFT Technologie. Si les requérants font valoir qu'il s'agit d'un remboursement de frais de déplacements engagés par M. B dans l'intérêt de cette société, ils n'apportent aucun élément au soutien de cette allégation.

13. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le service a imposé lesdites sommes dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

14. En deuxième lieu, M. et Mme B se bornent à indiquer que la somme de 2 000 euros, créditée sur le compte de M. B à la Deutsche Bank en 2007, émane de la société Auslandzahl LVM Lebensversicherung AG, organisme d'assurance-vie auprès duquel ils détiennent un contrat. A supposer qu'ils soutiennent que cette somme ne saurait revêtir la qualification de revenu d'origine indéterminée, ils ne versent aux débats aucun justificatif de sorte que l'administration était fondée à la regarder comme telle.

15. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que les crédits bancaires d'un montant total de 33 000 euros inscrits sur le compte ouvert à la banque Barclays correspondant à des chèques émis en 2008 par la société Mugello Consultant, dont M. B est associé, ont été imposés dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée. Toutefois, les sommes d'origine indéterminée versées par une société à son associé ont, sauf preuve contraire, le caractère de revenus distribués et ne sont dès lors imposables que dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Par suite, ainsi que l'admet à titre subsidiaire le service, lesdites sommes ne pouvaient être régulièrement imposées dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

16. L'administration est en droit, à tout moment de la procédure contentieuse, de demander, pour justifier le bien-fondé d'une imposition, que soit substituée une base légale à celle qui avait été initialement invoquée, dès lors que cette substitution peut être faite sans priver le contribuable des garanties qui lui sont accordées en matière de procédure d'imposition. Toutefois, une demande de substitution de base légale ne peut être accueillie que si le nouveau fondement légal est défini avec une précision suffisante.

17. L'administration fiscale demande, dans son mémoire en défense, que " la somme de 33 000 euros () sur le compte de M. et Mme B, ayant fait l'objet de l'imposition en tant que revenus d'origine indéterminée, soit soumise à l'impôt sur le revenu concernant l'année 2008 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers conformément aux dispositions de l'article 109 et suivants du CGI ". Le service ne précise pas davantage le fondement légal qu'il demande de substituer à celui qu'il avait initialement invoqué pour fonder l'imposition en litige. Faute pour l'administration de définir avec précision ce nouveau fondement légal, la substitution de base légale demandée ne saurait être accueillie.

18. Par suite, M. et Mme B sont fondés à demander la réduction en base de la somme de 33 000 euros.

19. En quatrième et dernier lieu, il résulte de l'instruction que le service a taxé en tant que revenus d'origine indéterminée les sommes de 398 900,53 euros et 274 599,05 euros inscrites respectivement en 2007 et 2008 au crédit du compte Barclays de M. B. Si les requérants font valoir que ces sommes proviennent d'un prêt hypothécaire accordé par la Jyske Bank pour un montant de 2 000 000 euros le 28 août 2006, dont le solde (943 750 euros) a été laissé à la disposition de ladite banque pour qu'elle effectue des placements, les pièces produites ne sont pas suffisantes pour établir un lien entre le prêt initial et les crédits bancaires en cause. Par suite, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a imposé en tant que revenus d'origine indéterminée les sommes en litige.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B sont seulement fondés à demander la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2008 à concurrence de la réduction en base de 33 000 euros dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme B demandent au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La base de l'impôt sur le revenu et des contributions sociales auxquels M. et Mme B ont été assujettis au titre de l'année 2008 est réduite de 33 000 euros dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

Article 2 : Les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ont été assujettis M. et Mme B au titre de l'année 2008, ainsi que les pénalités correspondantes, sont réduites à concurrence de ce qui résulte de l'article 1er ci-dessus.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A et Mme C B et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience 13 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Pouget, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de Mme Daverio, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

A. BERGANTZ

La présidente,

Signé

M. POUGETLa greffière,

Signé

M.-L. DAVERIO

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

No 2004250

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