jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2004273 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ZAMOUR |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête et trois mémoires complémentaires enregistrés sous le n° 2004273 les 21 octobre 2020, 4 mai 2022, 11 mai 2022 et 14 avril 2023, M. Klaus Rabba, représenté par Me Zamour, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge intégrale de la somme de 65 127 euros correspondant à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2015 et 2017 ;
3°) de mettre à la charge de l'administration fiscale la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre les entiers dépens à la charge de l'Etat.
Il soutient que :
- la procédure de vérification de la comptabilité de la société est irrégulière dès lors que l'administration n'a pas diligenté un contrôle effectif, et s'est appuyée sur des documents frauduleusement obtenus ;
- la proposition de rectification est entachée d'un défaut de motivation ;
- la procédure de vérification est un examen déguisé de sa situation fiscale personnelle réalisé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales ;
- l'imposition est mal fondée au motif que l'administration n'établit pas que les frais objets de rectification ont été exposés à des fins étrangères aux intérêts de l'entreprise ;
- l'imposition des frais de déplacement devait être fondée sur l'article 62 du code général des impôts.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 avril 2021, l'administration fiscale conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 20 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 mai 2023.
II- Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés sous le n° 2106185 le 26 novembre 2021, le 4 mai 2022 et le 11 mai 2022, M. Klaus Rabba, représenté par Me Zamour, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge intégrale de la somme de 76 466 euros correspondant à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre de l'année 2016 ;
3°) de mettre à la charge de l'administration fiscale la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre les entiers dépens à la charge de l'Etat.
Il soutient que :
- la procédure de vérification de la comptabilité de la société est irrégulière dès lors que l'administration n'a pas diligenté un contrôle effectif, et s'est appuyée sur des documents frauduleusement obtenus ;
- la proposition de rectification est entachée d'un défaut de motivation ;
- la procédure de vérification est un examen déguisé de sa situation fiscale personnelle réalisé en méconnaissance des dispositions de l'article L.12 du livre des procédures fiscales ;
- l'imposition est mal fondée au motif que l'administration n'établit pas que les frais objets de rectification ont été exposés à des fins étrangères aux intérêts de l'entreprise.
Par un mémoire en défense enregistré les 21 avril 2022, l'administration fiscale conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 12 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2022.
Un mémoire, non communiqué, a été présenté par M. A le 14 avril 2023, après la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Raison, rapporteure,
- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. Klaus Rabba, président directeur général de la société Vulkan du 2 mai 2011 au 31 décembre 2016, a été assujetti, à l'issue d'une vérification de comptabilité de la société Vulkan, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales d'un montant de 65 764 euros au titre des années 2015, 5 141 euros au titre de l'année 2017 et 76 466 euros au titre de l'année 2016 en droits et pénalités, l'administration ayant estimé que M. et Mme A avaient bénéficié de rémunérations et d'avantages occultes sur le fondement des dispositions du c) de l'article 111 du code général des impôts.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2004273 et n° 2106185 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la régularité de la procédure :
3. En premier lieu, l'irrégularité de la procédure d'imposition suivie avec une société imposable à l'impôt sur les sociétés est sans influence sur la régularité des compléments d'impôt sur le revenu mis à la charge des associés, alors même qu'ils procèdent d'une rectification des bases de cette société à l'impôt sur les sociétés. Ainsi, M. A ne peut utilement se prévaloir d'une irrégularité dans la procédure d'imposition suivie avec la société Vulkan pour contester la régularité de la procédure d'imposition suivie à son encontre.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ".Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. ". Ilrésulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.
5. Il résulte de l'instruction que les propositions de rectification des 17 décembre 2018 et 6 mai 2019 comportent la désignation des impôts concernés, des années d'imposition et de la base d'imposition. Contrairement à ce qu'affirme le requérant, elles mentionnent, de manière suffisamment précise, la nature des dépenses en litige ainsi que les motifs sur lesquels l'administration a entendu se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En outre, et comme le relève l'administration en défense, étaient jointes aux propositions de rectification des 14 décembre 2018 et 6 mai 2019, les propositions de rectification des 14 décembre 2018 et 18 avril 2019, adressées à la SA Vulkan dont le requérant était le président directeur général, lesquelles présentent explicitement le détail des charges rejetées dans des tableaux annexés. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en droit et en fait des propositions de rectification précitées ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.
6. En troisième lieu, M. A, qui n'a pas fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, ne peut, en tout état de cause, utilement soutenir que les garanties prévues par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié auraient été méconnues.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
7. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ". Lorsque le contribuable n'a pas accepté les rectifications qui lui ont été notifiées à la suite d'une procédure de rectification contradictoire, il appartient à l'administration d'établir le bien-fondé des impositions qu'elle a mises à la charge du contribuable.
8. Il résulte de l'instruction que M. A n'a pas accepté les rectifications, notifiées selon la procédure contradictoire. Il appartient, dès lors, à l'administration fiscale d'établir le bien-fondé des impositions en litige.
9. Suivant les dispositions du c) de l'article 111 du code général des impôts : " sont considérés comme revenus distribués ()c) les rémunérations et avantages occultes " servis par une société.
S'agissant de la vente à vil prix d'un véhicule en fin de leasing :
10. Il résulte de l'instruction que la société Vulkan a financé par recours à un crédit-bail l'acquisition le 12 juillet 2011 d'un véhicule Renault, qu'elle a revendu le 20 mai 2016 pour la somme de 1 008,20 euros à Mme A en fin de contrat sans qu'aucun élément ne justifie, ni l'absence de rachat du véhicule d'une valeur estimée à 13 631 euros par la société, ni la nécessité de ce rachat anticipé par un tiers. En se bornant à expliquer que les frais qu'il a engagés l'ont toujours été dans l'intérêt de l'entreprise, le requérant ne conteste utilement ni l'absence de rachat du véhicule par la société en fin de leasing, ni la nécessité de rachat à vil prix par son épouse. C'est dès lors à bon droit que l'administration a réintégré la somme globale de 12 623 euros dans la base imposable à l'impôt sur le revenu de M. et Mme A pour l'année 2016.
S'agissant de charges non engagées dans l'intérêt de la société Vulkan :
11. Il résulte de l'instruction que la société Vulkan a pris en charge les frais d'un montant total de 59 322 euros pour l'année 2015 et 29 473 euros pour l'année 2016. Pour considérer que les dépenses en cause n'avaient pas été engagées dans l'intérêt de la société, l'administration a relevé que ces dépenses liées à des voyages et dépenses d'ordre personnel, tel un voyage à Sao Paulo des époux A courant 2015 où la société n'a aucun intérêt à déplacer un agent, des frais d'hôtels, de restaurant, de transport aérien, des remboursements divers, de frais de commissions bancaires, d'échéances d'emprunt personnels, de comblement de découverts du compte du requérant, n'étaient assorties d'aucune pièce justificative permettant d'identifier leur caractère professionnel. S'agissant, en outre, de la part privative des dépenses liées à l'utilisation des véhicules, évaluée à 6 059 euros pour 2015, 10 116 euros pour 2016 et 9 045 euros pour 2017, l'administration relève, sans être utilement contredite, que la société a mis à disposition de M. A deux véhicules de marque financés par recours au crédit-bail sans déclarer ni comptabiliser cet avantage en nature au profit du requérant. M A s'est borné à expliquer avoir toujours travaillé dans l'intérêt de la société sans apporter d'éléments précis permettant de vérifier l'engagement des frais contestés dans l'intérêt social.
12. En premier lieu, il résulte de l'instruction que ces avantages n'ont été ni explicitement inscrits dans la comptabilité de la société, ni portés sur le relevé détaillé concernant les personnes les mieux rémunérées, que les entreprises sont tenues de fournir à l'appui de la déclaration de leurs résultats de chaque exercice. Par suite, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, que les frais en litige, qui présentent le caractère de dépenses personnelles, n'ont pas été engagés dans l'intérêt de l'entreprise.
13. En second lieu, aux termes de l'article 62 du code général des impôts : " Les traitements, remboursements forfaitaires de frais et toutes autres rémunérations sont soumis à l'impôt sur le revenu au nom de leurs bénéficiaires s'ils sont admis en déduction des bénéfices soumis à l'impôt sur les sociétés par application de l'article 211, même si les résultats de l'exercice social sont déficitaires, lorsqu'ils sont alloués : / Aux gérants majoritaires des sociétés à responsabilité limitée n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes () ". Il résulte de l'instruction que M. A n'était pas gérant majoritaire d'une société à responsabilité limitée, de telle sorte qu'il n'est pas fondé à revendiquer l'application de l'article 62 du code général des impôts.
14. Ainsi, c'est à bon droit que l'administration a inclus les sommes en litige dans les revenus imposables des années 2015, 2016 et 2017 de M. et Mme A sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts.
S'agissant de la prise en charge de frais en période d'arrêt de travail :
15. Il résulte de l'instruction que M. A, en arrêt maladie du 24 juillet 2016 au 31 décembre 2016, a demandé et obtenu le remboursement de frais durant cette période, tels des dépenses de restauration, d'hôtels, de billets d'avion, de frais d'essence et de péage pour un montant de 24 854 euros. M. A ne fournit aucun élément susceptible d'établir que ces frais ont été engagés dans l'intérêt de l'entreprise. C'est donc à bon droit que l'administration a inclus les sommes en litige dans les revenus imposables de l'année 2016.
S'agissant des primes exceptionnelles de 2016 :
16. Il est constant que M. A, en qualité de directeur commercial, a perçu deux primes exceptionnelles de 21 750 euros en mars 2016 et 47 780 euros en décembre 2016. Il résulte de l'instruction que ces primes n'ont fait l'objet d'aucune délibération en assemblée générale et que quitus de gestion a été refusé à M. A par l'assemblée des actionnaires de la société Vulkan le 28 septembre 2017. C'est à bon droit que l'administration a qualifié de libéralités les sommes ainsi allouées et les a imposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la réduction, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015, 2016 et 2017.
Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de défendeur, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que M. A demande au titre des frais qu'il a exposés, étant souligné que la présente instance n'a donné lieu à aucun dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Klaus Rabba et à l'administrateur des finances publiques, directeur de la direction de contrôle fiscal Sud-Est par interim.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Emmanuelli, président,
- Mme Raison, première conseillère,
- Mme Bergantz, conseillère,
assistés de Mme Foultier, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
L. RAISONLe président,
Signé
O. EMMANUELLI
La greffière,
Signé
M. FOULTIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation, la greffière,
2-2106185
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026