jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2004408 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET "JURISTES-CONSEILS-SABLIERE" |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2020, M. et Mme A, représentés par Me Sablière, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des impositions supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été soumis au titre des années 2015 et 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le refus du service d'autoriser la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires entache la procédure d'irrégularité ;
- le service a méconnu l'obligation de conduire un débat oral et contradictoire ; la régularité de la procédure est également entachée par l'absence de loyauté du vérificateur ;
- la reconstitution des résultats de la société A.C.V. est manifestement exagérée ; les résultats réalisés en 2016 et 2017 par cette société étaient très largement déficitaires ;
- M. A n'a appréhendé aucun revenu distribué par la société A.C.V.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2020, la direction de contrôle fiscal nord conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Soli, rapporteur,
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. En novembre 2018, la société de maçonnerie ACV a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 suivant la procédure de taxation d'office de l'article 74 du livre des procédures fiscales. Au cours de ce contrôle le service a considéré les bénéfices non déclarés par la société en 2016 et 2017 (106 214 en 2016 et 6 088 en 2017) comme des revenus distribués à M. A et imposables entre ses mains au titre de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux. Une proposition de rectification de 112 748 euros en date du 9 juillet 2019 lui a été adressée. Par une décision du 4 septembre 2020, le service a rejeté la réclamation formée par les requérants le 13 novembre 2019. M et Mme A demandent au tribunal la décharge des impositions et pénalités contestées au titre des années 2016 et 2017, soit un total de 112 748 euros.
Sur la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article L 59 A du livre des procédures fiscales : " l.-La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient lorsque le désaccord porte : 1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition ; 2° Sur les conditions d'application des régimes d'exonération ou d'allègements fiscaux en faveur des entreprises nouvelles, à l'exception de la qualification des dépenses de recherche mentionnées au II de l'article 244 quater B du code général des impôts ; 3° Sur l'application du 1° du 1 de l'article 39 et du d de l'article 111 du même code relatifs aux rémunérations non déductibles pour la détermination du résultat des entreprises industrielles ou commerciales, ou du 5 de l'article 39 du même code relatif aux dépenses que ces mêmes entreprises doivent mentionner sur le relevé prévu à l'article 54 quater du même code ; 4° Sur la valeur vénale des immeubles, des fonds de commerce, des parts d'intérêts, des actions ou des parts de sociétés immobilières servant de base à la taxe sur la valeur ajoutée, en application du 6° et du 1 du 7° de l'article 257 du même code. II.- Dans les domaines mentionnés au I, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires peut, sans trancher une question de droit, se prononcer sur les faits susceptibles d'être pris en compte pour l'examen de cette question de droit. Par dérogation aux dispositions du premier alinéa, la commission peut se prononcer sur le caractère anormal d'un acte de gestion, sur le principe et le montant des amortissements et des provisions ainsi que sur le caractère de charges déductibles des travaux immobiliers ".
3. Il résulte des dispositions de l'article L. 59 A du code général des impôts que la commission départementale des impôts est incompétente en cas de contestation portant sur des revenus de capitaux mobiliers.
4. Au cas d'espèce, il est constant que le contrôle de la SARL ACV a conduit le service à relever des minorations du résultat déclaré par cette société de 106 214 euros pour l'exercice clos en 2016 et de 6 088 euros pour l'exercice clos en 2017. Le service, sur le fondement de l'article 109-1-2° du code général des impôts, a considéré ces sommes comme constituant des revenus distribués, intégralement appréhendées par M. A, unique maître de l'affaire en tant que gérant, puis liquidateur, actionnaire majoritaire, détenteur de la signature sociale et des moyens de paiement de la société. Les sommes litigieuses ayant été taxées entre les mains de M. A comme relevant de la catégorie des revenus des capitaux mobiliers, la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires n'était pas compétente pour se prononcer sur l'article L. 59 A du CGI. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir qu'ils ont été privés d'une garantie substantielle par l'absence de saisine de cette commission.
5. Aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " () Lorsque le contribuable est taxé d'office en application de l'article L. 69, à l'issue d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires peut être saisie dans les conditions prévues à l'article L. 59 / () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales : " Les bases d'imposition sont évaluées d'office lorsque le contrôle fiscal ne peut avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers ". Ces dispositions impliquent que le contribuable taxé d'office en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales bénéficie, en cas de désaccord sur les rectifications notifiées et préalablement à la saisine éventuelle de la commission précitée, de la garantie telle qu'elle est prévue par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, de saisir le supérieur hiérarchique du vérificateur.
6. Les requérants soutiennent que le litige est fondé sur la détermination du bénéfice de la société ACV et que le service n'a pas informé la société ACV de la faculté de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Cependant, l'irrégularité de la procédure de vérification de la société ACV à la supposer établie, est sans effet sur la régularité de la procédure d'imposition des requérants. Au surplus, les requérants n'étaient pas en situation de bénéficier de la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue par la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, dès lors que l'imposition supplémentaire à laquelle elle a été soumise relevait, ainsi qu'il a été dit plus haut, non de la procédure de l'article L.69 mais de la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 74 du même livre.
7. Aux termes de l'article L. 54 A du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions des articles L. 9 et L. 54, chacun des époux a qualité pour suivre les procédures relatives à l'impôt dû à raison de l'ensemble des revenus du foyer. Les déclarations, les réponses, les actes de procédure faits par l'un des conjoints ou notifiés à l'un d'eux sont opposables de plein droit à l'autre ". Il résulte de ces dispositions que chaque époux conserve une compétence exclusive pour les déclarations relatives aux revenus provenant d'une activité professionnelle non salariée et pour les procédures de contrôle et de redressement de tels revenus. En revanche, les autres actes qui concernent le revenu global relèvent de la compétence commune des époux. Le législateur a estimé, pour des raisons de simplicité, que les époux, solidairement tenus au paiement de l'impôt sur le revenu, en vertu de l'article 1685 du CGI, doivent s'informer mutuellement et qu'il est donc inutile qu'ils soient l'un et l'autre avisés personnellement de l'état des procédures de vérification ou de redressement engagées par l'administration.
8. Ainsi, si les requérants soutiennent que la proposition de rectification du 9 juillet 2019 était adressée à M. ou Mme A et non à M. et Mme A et que M. A aurait eu seul connaissance de la procédure ce qui aurait empêché Mme A de faire valoir ses observations, cette circonstance, à la supposée établie, est sans effet sur la régularité de la procédure dès lors que l'administration n'avait aucune obligation d'informer personnellement Mme A.
9. Les requérants soutiennent que le service a fait preuve de déloyauté en adressant l'avis de vérification de la société ACV. à une adresse obsolète, en ne permettant pas à M. A d'être présent lors de la vérification de comptabilité de ladite société, en notifiant la proposition de rectification concernant la société ACV le 9 juillet 2019 soit le même jour que celle concernant l'impôt sur le revenu de M. et Mme A, en s'étant abstenu, en l'absence de réponse de M. A à la demande de communication de la comptabilité de la société, de demander à l'expert-comptable de ladite société les fichiers des écritures comptables.
10. Par application du principe d'indépendance des procédures, l'irrégularité d'une procédure d'imposition supplémentaire à l'impôt sur les sociétés suivie à l'encontre d'une société est sans incidence sur la régularité de la procédure distincte d'imposition supplémentaire à l'impôt sur les revenus suivie à l'encontre des contribuables alors même que cette seconde procédure est fondée sur des distributions révélées par la procédure ayant visé la société.
11. Au cas d'espèce les allégations, articulées par les requérants à l'appui du moyen tenant à la déloyauté du service, concernant tout le déroulement de la vérification de comptabilité de la société ACV sont, à les supposer établies, sans effet sur la régularité de la procédure contestée dans la présente instance qui a trait à l'impôt sur le revenu de M. et Mme A.
Sur le bien-fondé des impositions :
12. Aux termes de l'article R-194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".
13. Les requérants n'ayant formulé aucune observation suite à la proposition de rectification du 9 juillet 2019 qui leur a été adressée, la charge de la preuve leur incombe.
14. En l'absence de production de tout élément de comptabilité pour les exercices 2015, 2016 et 2017 et en se bornant à soutenir, d'une part, que les résultats à retenir sont ceux figurant dans les bilans 2016 et 2017 tels qu'ils ont été déclarés ont été déposés et, d'autre part, que le bilan 2015 fait apparaître un taux de charge de 105 %, les requérants n'apportent pas la preuve qui leur incombe que les résultats réalisés en 2016 et 2017 par la société ACV étaient déficitaires et donc qu'aucun revenu distribué n'a été appréhendé par M. A.
15. Les requérants, en outre, ne démontrent pas que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires de la société ACV à partir des comptes bancaires auprès de la CRCAM Normandie-Seine, obtenus dans le cadre de l'exercice du droit de communication, serait radicalement viciée ou excessivement sommaire.
16. Enfin les requérants ne contestent pas que M. A avait la qualité de maître de l'affaire de la société ACV dont il était le gérant et l'actionnaire majoritaire à 70 % des parts.
17. Il résulte de tout ce qui précède que le service est fondé à taxer entre les mains de M. A en tant que revenu des capitaux mobiliers, les revenus distribués par la société ACV. Les conclusions présentées par M. et Mme A tendant à la décharge des impositions litigieuses et des majorations afférentes doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et à la directrice de la direction de contrôle fiscal nord.
Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
M. Soli, premier conseiller,
Mme Bergantz, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
P. Soli
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026