jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2004463 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ITINERAIRES AVOCATS - CADOZ-LACROIX-REY-VERNE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 30 octobre 2020, 21 février 2023, 15 mars 2023 et 29 mars 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la société civile immobilière Le Mas des Oliviers et la société à responsabilité limitée Synthèse, prises en les personnes de leur représentant légal en exercice, représentées par Me Astruc, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à verser à la société civile immobilière Le Mas des Oliviers la somme de 786 086,00 euros, sauf à parfaire, et à la société à responsabilité limitée Synthèse la somme de 120 139,28 euros, sauf à parfaire, en réparation des préjudices matériels qu'elles estiment avoir subis découlant de différentes fautes commises en raison de l'illégalité d'un emplacement réservé sur la parcelle cadastrée AR n° 259 devenue AR n° 300, à Nice, sommes devant être assorties des intérêts au taux légal à compter du 1er juillet 2020 et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur la somme globale de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Les sociétés requérantes soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- l'action en indemnisation n'est pas prescrite ;
- le maintien de l'emplacement réservé litigieux, alors même, d'une part, que son objet est caduc et irréalisable et d'autre part, qu'il est devenu inopposable en application de l'article L. 230-4 du code de l'urbanisme, est illégal et est dès lors de nature à engager la responsabilité de la métropole Nice Côte d'Azur ;
- le refus de permis de construire en date du 1er mars 2013, fondé sur l'existence de cet emplacement réservé, est également illégal et de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- il existe un lien direct et certain entre les différentes fautes commises par l'Etat et la métropole Nice Côte d'Azur et l'impossibilité de réaliser le projet immobilier projeté ;
- la société Le Mas des Oliviers a subi divers préjudices matériels à hauteur de la somme de 786 086,00 euros, et la société à responsabilité limitée Synthèse a subi divers préjudices matériels à hauteur de la somme de 120 139,28 euros.
Par trois mémoires en défense, enregistrées les 14 juillet 2021, 28 novembre 2022 et 1er mars 2023, la métropole Nice Côte d'Azur, prise en la personne de son président en exercice, représentée par le cabinet SARL Itinéraires avocat, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
- à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête ;
- à titre subsidiaire, à sa mise hors de cause ;
- à titre plus subsidiaire, au rejet de la requête au fond ;
- en tout état de cause, à ce qu'une somme globale de 3 000 euros soit mise à la charge des sociétés requérantes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La métropole Nice Côte d'Azur fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors, d'une part, que la société Le Mas des Oliviers ne justifie pas de sa qualité de propriétaire de la parcelle cadastrée section AR n° 259 devenue AR n° 300 et, d'autre part, qu'aucune des deux sociétés requérantes ne justifient être représentées par une personne régulièrement habilitée à le faire ;
- aucune des fautes alléguées ne peut lui être imputable ;
- l'action en réparation intentée par les sociétés requérantes est prescrite ;
- aucune faute n'est caractérisée ;
- le lien de causalité n'est pas établi, les préjudices invoqués n'étant causés que par la méconnaissance, par le projet, des dispositions de l'article UD 13 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- et, enfin, les sociétés requérantes ne justifient pas de la réalité et du montant de leurs préjudices.
II. Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 30 octobre 2020, 16 mars 2023 et 29 mars 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société civile immobilière Le Mas des Oliviers et la société à responsabilité limitée Synthèse, prises en les personnes de leur représentant légal en exercice, représentées par Me Astruc, demandent au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à verser à la société civile immobilière Le Mas des Oliviers la somme de 786 086,00 euros, sauf à parfaire, et à la société à responsabilité limitée Synthèse la somme de 120 139,28 euros, sauf à parfaire, en réparation des préjudices matériels qu'elles estiment avoir subis découlant de différentes fautes commises en raison de l'illégalité d'un emplacement réservé sur la parcelle cadastrée AR n° 259 devenue AR n° 300, à Nice, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er juillet 2020 et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 2 500 euros à leur verser en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Les sociétés requérantes soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- le maintien de l'emplacement réservé litigieux, alors même, d'une part, que son objet est caduc et irréalisable et d'autre part, qu'il est devenu inopposable en application de l'article L. 230-4 du code de l'urbanisme, est illégal et est dès lors de nature à engager la responsabilité de la métropole Nice Côte d'Azur ;
- le refus de permis de construire en date du 1er mars 2013, fondé sur l'existence de cet emplacement réservé, est également illégal et de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- il existe un lien direct et certain entre les différentes fautes commises par l'Etat et la métropole Nice Côte d'Azur et l'impossibilité de réaliser le projet immobilier projeté ;
- la société Le Mas des Oliviers a subi divers préjudices matériels à hauteur de la somme de 786 086,00 euros, et la société à responsabilité limitée Synthèse a subi divers préjudices matériels à hauteur de la somme de 120 139,28 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, conclut, à titre principal, au rejet de la requête pour irrecevabilité et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.
Le préfet des Alpes-Maritimes fait valoir que :
- à titre principal : la requête ou à tout le moins la demande indemnitaire fondée sur la responsabilité sans faute, est irrecevable, en l'absence de demande préalable indemnitaire ayant lié le contentieux ;
- à titre subsidiaire : aucune faute de l'Etat n'est caractérisée, l'engagement de la responsabilité sans faute de l'Etat en raison d'une décision d'urbanisme légale ne peut être recherchée, le lien de causalité n'est pas établi et les sociétés requérantes ne justifient pas de la réalité et du montant de leurs préjudices.
Vu les pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 octobre 2023 :
- le rapport de Mme Le Guennec,
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique,
- les observations de Me Astruc, représentant les sociétés requérantes ;
- et les observations de Me Ollier, représentant la métropole Nice Côte d'Azur.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux courriers en date du 30 juin 2020, reçus le 2 juillet 2020 par la métropole Nice Côte d'Azur et le préfet des Alpes-Maritimes, la société civile immobilière (ci-après, " SCI ") Le Mas des Oliviers et la société à responsabilité limitée (ci-après " SARL ") Synthèse ont demandé la réparation des préjudices matériels qu'elles estiment avoir subis, découlant de différentes fautes commises en raison de l'illégalité d'un emplacement réservé sur la parcelle cadastrée AR n° 259 devenue AR n° 300, sise à Nice. Leur demande n'ayant pas été satisfaite, lesdites sociétés demandent au tribunal, par deux requêtes distinctes n° 2004463 et n° 2004464, de condamner la métropole Nice Côte d'Azur et l'Etat à leur verser les sommes de 786 086,00 euros et 120 139,28 euros, à parfaire, assorties des intérêts au taux légal à compter du 1er juillet 2020 et de la capitalisation des intérêts.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2004463 et 2004464 présentent à juger des mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour y statuer par une seule décision.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité pour faute :
S'agissant la faute résultant du maintien illégal de l'emplacement réservé n° 0302, devenu V259, sur la parcelle cadastrée AR n° 259, devenue AR n° 300, en dépit du caractère caduc et irréalisable de son objet :
3. Aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; () ".
4. L'intention d'une commune de réaliser un aménagement sur une parcelle suffit à justifier légalement son classement en tant qu'emplacement réservé en application de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme, sans qu'il soit besoin pour la commune de faire état d'un projet précisément défini. Toutefois, le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle restreint sur le caractère réel de l'intention de la commune.
5. Les sociétés requérantes soutiennent que le maintien de l'emplacement réservé pour voirie et équipement public grevant une partie de la parcelle cadastrée AR n°259 devenue AR n°300 est illégal dès lors qu'il est devenu caduc, et qu'il n'est matériellement pas réalisable. En l'espèce, l'emplacement réservé n° 0302 devenu n° V259 institué partiellement sur la parcelle de la SCI Le Mas des Oliviers a pour objet " l'aménagement d'une place et équipements publics à Saint-Roman et l'élargissement de la route de Bellet ", en vue d'améliorer les conditions d'accès aux équipements publics et les conditions de circulation et de desserte sur le secteur de Saint-Roman-de-Bellet, lequel est marqué par un aspect collinaire, avec une densité urbaine qui s'est accrue ces dernières décennies, par la présence de constructions implantées en limite de voirie et l'inadaptation du réseau viaire à cette urbanisation croissante et à l'augmentation du trafic qui en découle. Ainsi, la réalité de l'intention de la commune de Nice puis de la métropole Nice Côte d'Azur de réaliser cet aménagement sur l'emplacement réservé ressort des pièces du dossier, sans que l'absence d'aménagement de cet équipement public, plus de dix années après le classement en emplacement réservé par le plan local d'urbanisme de la commune de Nice, révèle la volonté de la collectivité de ne pas le réaliser. Il résulte, à cet égard, de l'instruction que l'absence de mise en œuvre de cet aménagement résulte de la complexité des différents enjeux et problématiques posés par le carrefour situé aux abords de la parcelle en litige et de l'association de cet aménagement avec deux autres emplacements réservés. Ainsi, l'objet de cet emplacement réservé n'est pas devenu caduc. En revanche, il résulte de l'instruction que la parcelle cadastrée AR 259, désormais AR 300, n'est pas limitrophe de la route de Bellet mais du chemin de la Tour de Bellet et que, dès lors, la dénomination de cet emplacement réservé dans sa partie " élargissement de la route de Bellet " ne correspond pas à la délimitation graphique. Si cette erreur matérielle est sans incidence sur la nécessité et l'intérêt général s'attachant à cet emplacement réservé, cette erreur de dénomination rend cet emplacement irréalisable en tant seulement qu'il concerne l'élargissement de la " route de Bellet " en lieu et place du " chemin de la Tour de Bellet ", ainsi que l'a jugé la cour administrative d'appel de Marseille dans un arrêt n° 21MA02791 en date du 2 juin 2022, par lequel elle a annulé la délibération du 25 octobre 2019 approuvant le plan local d'urbanisme métropolitain de la métropole instituant l'emplacement réservé n° V259 en tant que celui-ci mentionne l'élargissement de la " route de Bellet " en lieu et place du " chemin de la Tour de Bellet ". Contrairement à ce que soutient la métropole Nice Côte d'Azur, l'existence d'une approximation des services cadastraux ne peut être de nature à l'exonérer de la responsabilité découlant de cette illégalité. Par suite, en l'absence de toute cause exonératoire de sa responsabilité, la responsabilité de la métropole Nice Côte d'Azur peut être engagée à raison du maintien de l'emplacement réservé en tant que celui-ci mentionne l'élargissement de la " route de Bellet " en lieu et place du " chemin de la Tour de Bellet ".
S'agissant de la faute résultant du maintien illégal de l'emplacement réservé n°302, devenu V259, sur la parcelle cadastrée AR259 en dépit de son inopposabilité en application de l'article L. 230-4 du code de l'urbanisme :
6. Aux termes de l'article L. 230-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction alors applicable : " Les droits de délaissement prévus par les articles L. 111-11, L. 123-2, L. 123-17 et L. 311-2, s'exercent dans les conditions prévues par le présent titre. / La mise en demeure de procéder à l'acquisition d'un terrain bâti ou non est adressée par le propriétaire à la mairie de la commune où se situe le bien () ". Aux termes de l'article L. 230-3 de ce code : " La collectivité ou le service public qui fait l'objet de la mise en demeure doit se prononcer dans le délai d'un an à compter de la réception en mairie de la demande du propriétaire () ". Et aux termes de l'article L. 230-4 du même code : " Dans le cas des terrains mentionnés aux a à c de l'article L. 123-2 et des terrains réservés en application de l'article L. 123-17, les limitations au droit de construire et la réserve ne sont plus opposables si le juge de l'expropriation n'a pas été saisi trois mois après l'expiration du délai d'un an mentionné à l'article L. 230-3. Cette disposition ne fait pas obstacle à la saisine du juge de l'expropriation au-delà de ces trois mois dans les conditions prévues au troisième alinéa de l'article L. 230-3 ".
7. Les sociétés requérantes soutiennent que l'emplacement réservé n° 0302, devenu n° V259, institué sur la parcelle de la SCI Le Mas des Oliviers par l'ancien document local d'urbanisme et maintenu lors des révisions successives du plan local d'urbanisme puis dans le plan local d'urbanisme métropolitain de la métropole Nice Côte d'Azur (ci-après, " PLUM ") ne lui était plus opposable en vertu des dispositions précitées, le maire de Nice n'ayant pas donné suite à sa mise en demeure d'acquérir sa propriété. Toutefois, il ressort des termes du courrier du 12 juillet 2016 adressé au maire de Nice et dont se prévaut la SCI Le Mas des Oliviers, que cette correspondance avait pour objet d'informer la commune qu'elle serait disposée à lui céder la partie de sa parcelle grevée de l'emplacement réservé n° 0302, " sous certaines conditions " et " sous réserve d'un accord amiable sur le prix ", qu'elle ne " l'engage[ait] pas " au-delà d'une simple demande " et que ce courrier ne valait en aucun cas " engagement de vendre ". Un tel courrier ne peut être regardé, eu égard aux termes employés, comme une mise en demeure d'acquérir la partie de la parcelle en litige au sens de l'article L. 230-1 précité. Il résulte d'ailleurs de l'instruction qu'en réponse à cette lettre, la commune a indiqué à la SCI Le Mas des Oliviers, par courrier du 4 août 2006, que si cette dernière souhaitait vendre la partie de la parcelle grevée de l'emplacement réservé, elle pouvait mettre la commune en demeure d'acquérir cette emprise selon un modèle de mise en demeure annexé. Il ne résulte pas de l'instruction que la SCI Le Mas de Oliviers ait répondu à ce courrier de la commune en lui faisant parvenir une mise en demeure d'acquérir la partie de sa parcelle grevée de cette servitude. Dans ces conditions, en l'absence de mise en demeure d'acquérir transmise à la commune de Nice selon les dispositions de l'article L. 230-1 du code de l'urbanisme, la SCI requérante n'est pas fondée à soutenir que l'emplacement n° 0302, devenu n° V259 ne lui était plus opposable et que la commune de Nice, puis la métropole Nice Côte d'Azur, auraient commis une faute en maintenant au sein du plan local d'urbanisme puis du PLUM, l'inscription de cet emplacement réservé.
S'agissant de la légalité du refus de permis de construire du 1er mars 2013 :
8. Il est constant que le maire de la commune de Nice, agissant au nom de l'Etat, a, par un arrêté en date du 1er mars 2013, refusé de délivrer à la SARL Synthèse le permis de construire qu'elle sollicitait au motif que le projet méconnaissait les dispositions de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nice, l'accès au terrain d'assiette du projet n'étant pas assuré dans des conditions satisfaisantes compte tenu de l'importance et de la destination du bâtiment envisagé, un immeuble de 14 logements. Les sociétés requérantes soutiennent que le projet prévoyait la réalisation de travaux d'accès sur la portion de la parcelle grevée de l'emplacement réservé n° 0302, qui n'ont pas été autorisés compte tenu de l'existence de la servitude existante et dont la prise en compte, si l'emplacement réservé avait été supprimé, aurait permis au projet de disposer d'un accès présentant des conditions de sécurité satisfaisantes. Toutefois, il ressort des pièces produites par les sociétés requérantes, et notamment de l'avis du service voirie de la métropole Nice Côte d'Azur en date du 19 février 2013, d'un jugement du tribunal de céans n° 1302357 en date du 28 avril 2016, confirmé en appel par la cour administrative d'appel de Marseille dans un arrêt n° 16MA02416 en date du 9 mai 2018, que la SARL Synthèse ne projetait aucun travaux sur la portion de terrain concernée par l'emplacement réservé ER 302, que la desserte était prévue par le chemin des Âmes du Purgatoire et que les travaux d'élargissement étaient prévus sur ce chemin, lequel fait l'objet de l'emplacement réservé n° VO13. Par suite, contrairement à ce que les sociétés requérantes soutiennent, la circonstance que cet emplacement réservé soit illégal, au demeurant et ainsi qu'il l'a été dit en tant seulement qu'il comporte une erreur matérielle dans sa dénomination, est sans incidence sur la méconnaissance, par le projet, des dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme de Nice. De plus, les sociétés requérantes ne contestent pas l'insuffisance des conditions de desserte du projet par le chemin des âmes du Purgatoire, élément confirmé par les jugement et arrêt précités. Par suite, l'arrêté en date du 1er mars 2013 susmentionné portant refus de permis n'étant pas entaché d'illégalité, les sociétés requérantes ne sont pas fondées à se prévaloir d'une quelconque faute en lien avec l'illégalité affectant l'emplacement réservé.
S'agissant du lien de causalité :
9. Une faute n'est de nature à engager la responsabilité d'une personne publique que sous réserve de l'existence d'un lien de causalité entre cette faute et les préjudices allégué.
10. En l'espèce, les sociétés requérantes demandent à être indemnisées des préjudices découlant de l'impossibilité de réaliser la vente immobilière qu'elles avaient projetée, évalués pour la SCI Le Mas des Oliviers à une somme de 786 086,00 euros correspondant au manque à gagner et pour la SARL Synthèse à une somme de de 120 139,28 euros correspondant à des frais engagés en pure perte. Il résulte de l'instruction que la SCI Le Mas des Oliviers et la SARL Synthèse ont signé une promesse de vente le 1er janvier 2011, modifiée le 15 janvier 2012, sous la condition suspensive d'obtenir un permis de construire. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de permis de construire en date du 1er mars 2013 était légal. Dès lors, l'abandon du projet est la conséquence du non-respect des dispositions de l'article UB 3 du règlement du PLU et non, par lui-même, du refus du permis de construire. Par ailleurs, si les société requérantes soutiennent que la présence de l'emplacement réservé en cause dans le présent litige a fait obstacle à la présentation d'un projet différent, lequel aurait permis la réalisation, aux frais de la SARL Synthèse, de travaux d'amélioration sur la portion litigieuse ou la réalisation d'un autre accès au projet, directement depuis la route du Bellet, qui aurait été conforme aux exigences des dispositions de l'article UD 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nice, il résulte là encore de ce qui a été dit précédemment que si l'emplacement réservé est illégal, c'est seulement eu égard à sa dénomination erronée, mentionnant l'élargissement de la " route de Bellet " en lieu et place du " chemin de la Tour de Bellet ", le bienfondé d'un tel classement en emplacement réservé étant établi. Dès lors, l'impossibilité de présenter un projet différent, qui aurait pu être conforme aux dispositions de l'article UD 13 du règlement du PLU, n'a pas été causé par l'illégalité de l'emplacement réservé. Dans ces conditions, les sociétés requérantes ne sont pas fondées à soutenir que l'illégalité de l'emplacement réservé a fait obstacle à la présentation d'un autre projet, conforme aux dispositions de l'article UD 13 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, aucun lien de causalité ne peut être considéré comme établi entre l'illégalité entachant l'emplacement réservé et les préjudices que les sociétés requérantes estiment avoir subis découlant de l'impossibilité de réaliser leur opération immobilière.
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité sans faute :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 105-1 du code de l'urbanisme : " N'ouvrent droit à aucune indemnité les servitudes instituées par application du présent code en matière de voirie, d'hygiène et d'esthétique ou pour d'autres objets et concernant, notamment, l'utilisation du sol, la hauteur des constructions, la proportion des surfaces bâties et non bâties dans chaque propriété, l'interdiction de construire dans certaines zones et en bordure de certaines voies, la répartition des immeubles entre diverses zones. / Toutefois, une indemnité est due s'il résulte de ces servitudes une atteinte à des droits acquis ou une modification à l'état antérieur des lieux déterminant un dommage direct, matériel et certain. Cette indemnité, à défaut d'accord amiable, est fixée par le tribunal administratif, qui tient compte de la plus-value donnée aux immeubles par la réalisation du plan local d'urbanisme approuvé ou du document en tenant lieu ".
12. Ces dispositions, qui ne posent pas un principe général de non indemnisation des servitudes d'urbanisme mais l'assortissent expressément de deux exceptions touchant aux droits acquis par les propriétaires et à la modification de l'état antérieur des lieux, ne sauraient avoir pour objet ou pour effet de faire obstacle à ce que le propriétaire dont le bien est frappé d'une servitude prétende à une indemnisation dans le cas exceptionnel où il résulte de l'ensemble des conditions et circonstances dans lesquelles la servitude a été instituée et mise en œuvre, ainsi que de son contenu, que ce propriétaire supporte une charge spéciale et exorbitante, hors de proportion avec l'objectif d'intérêt général poursuivi. Elles n'ont, par conséquent, pour effet ni de priver le propriétaire, dont le bien serait frappé d'une telle servitude, de la propriété de son bien, ni de porter à cette propriété une atteinte d'une gravité telle que le sens et la portée de ce droit s'en trouvent dénaturés, ni d'exclure tout droit à réparation du préjudice résultant d'une telle servitude.
13. En l'espèce, les sociétés requérantes soutiennent que le classement et le maintien de l'emplacement réservé n° 0302, devenu n° V259, engage la responsabilité sans faute de la commune de Nice sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les sociétés requérantes ne sauraient utilement se prévaloir d'une rupture d'égalité devant les charges publiques dès lors qu'il est constant que ce régime de responsabilité n'est applicable qu'en présence d'un agissement légal, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, la présente décision ayant rappelé le caractère illégal de l'emplacement réservé litigieux. Par ailleurs, le régime légal de responsabilité instauré par les dispositions précitées du code de l'urbanisme relatif aux servitudes d'urbanisme est exclusif de tout autre mode de réparation. Eu égard à ce régime légal et en tout état de cause, l'institution et le maintien de l'emplacement réservé n° 0302, devenu n° V259, n'a nullement porté atteinte à des droits acquis de la société Le Mas des Oliviers, qui n'a d'ailleurs, ainsi que cela l'a été dit au point 7, pas usé de son droit de délaissement ni modifié l'état antérieur des lieux. Les sociétés requérantes ne se prévalent en outre d'aucune une charge spéciale et exorbitante, hors de proportion avec les justifications d'intérêt général sur lesquelles ont reposé l'institution et le maintien l'emplacement réservé en cause.
14. En second lieu, la responsabilité de la puissance publique peut se trouver engagée, même sans faute, sur le fondement du principe d'égalité des citoyens devant les charges publiques, lorsqu'une mesure légalement prise a pour effet d'entraîner, au détriment d'une personne physique ou morale, un préjudice grave et spécial, qui ne peut être regardé comme une charge lui incombant normalement.
15. Les sociétés requérantes soutiennent que la responsabilité sans faute de l'Etat doit être engagée pour rupture d'égalité devant les charges publiques en raison de la décision de refus de permis de construire. Toutefois, lesdites sociétés n'établissent pas avoir subi un dommage anormal et spécial. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'abandon du projet des sociétés requérantes est la conséquence du non-respect des dispositions de l'article UB3 du règlement du plan local d'urbanisme et non de la décision de refus de permis de construire.
16. Par suite, la responsabilité sans faute de l'Etat ne peut être engagée.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires susmentionnées présentées par les sociétés Le Mas des Oliviers et Synthèse doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées par la métropole Nice Côte d'Azur et le préfet des Alpes-Maritimes et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de prescription quadriennale opposée par la métropole Nice Côte d'Azur.
Sur les frais liés au litige :
18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions des parties au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2004463 et 2004464 présentées par la société civile immobilière Le Mas des Oliviers et la société à responsabilité limitée Synthèse sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions présentées par la métropole Nice Côte d'Azur sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :La présente décision sera notifiée à la société civile immobilière Le Mas des Oliviers, à la société à responsabilité limitée Synthèse, à la métropole Nice Côte d'Azur et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
- Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
Mme Le Guennec, conseillère,
M. Combot, conseiller,
Assistés de Mme Suner, greffière.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 26 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
B. Le Guennec
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
2, 2004464
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026