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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2004720

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2004720

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2004720
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET
Avocat requérantJAIDANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2020 au greffe du tribunal, Mme G I épouse D, représentée par Me Jaidane, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 12 février 2020 par laquelle le département des Alpes-Maritimes a mis à sa charge un indu de RSA " socle " d'un montant initial de 25 095, 03 euros pour la période d'octobre 2016 à juin 2019 ;

2°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes une somme de 1 500 euros à verser à son conseil lequel renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

La requérante soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les sommes portées au crédit de ses comptes bancaires émanent de prêts entre particuliers et ne sauraient être déclarées en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, le conseil départemental des Alpes-Maritimes, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient à titre principal que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Une note en délibéré a été présentée par le département des Alpes-Maritimes le 28 février 2023 et n'a pas été communiquée.

II. Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2020 au greffe du tribunal, Mme G I D, représentée par Me Jaidane, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 26 février 2020, par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant de 800 euros ;

2°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes une somme de 1 500 euros à verser à son conseil lequel renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

La requérante soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les sommes portées au crédit de ses comptes bancaires émanent de prêts entre particuliers et ne sauraient être déclarées en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles ;

- les faits à l'origine de l'indu qui lui sont reprochés couvrant la période d'octobre 2016 à juin 2019 étaient prescrits en vertu de l'article L. 262-52 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, le conseil départemental des Alpes-Maritimes, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient à titre principal que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par décisions en date du 3 décembre 2020, Mme G I épouse D a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Une note en délibéré a été présentée par le département des Alpes-Maritimes le 28 février 2023 et n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de sécurité sociale ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février à 9 heures 30 :

- le rapport de Mme Pouget, présidente ;

- et les observations de Me Morton-Hamill, substituant Me Jaidane, représentant Mme D ;

- M. E représentant le département des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les requêtes susvisées ont fait l'objet d'une instruction commune et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu, dès lors, de les joindre pour statuer par un même jugement.

En ce qui concerne la contestation de l'indu de RSA :

2. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à la décision du 12 février 2020 portant rejet du recours administratif préalable obligatoire formé par Mme D à l'encontre de la décision du 10 janvier 2020 portant notification d'un indu de RSA d'un montant de 25 095,03 euros, l'intéressée a communiqué au département des éléments qui ont conduit à l'exclusion d'une partie des sommes non déclarées, à hauteur de 18 000 euros, du calcul des droits au RSA du foyer. Ainsi, par décision du 6 novembre 2020 abrogeant celle du 12 février 2020, la CAFAM a notifié à la requérante un nouvel indu de RSA d'un montant de 20 602, 02 euros. Il suit de là que les conclusions de Mme D doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 6 novembre 2020. Pour ce motif, les moyens d'illégalité externe dirigés contre la décision du 12 février 2020 ne peuvent qu'être écartés.

3. Aux termes de l'article L.262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () ". Aux termes de l'article L.262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles mentionnées à l'article L 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. L'avantage en nature lié à la disposition d'un logement à titre gratuit est déterminé de manière forfaitaire ; 3° Les prestations et aides sociales qui sont évaluées de manière forfaitaire, notamment celles affectées au logement mentionnées aux articles L. 542-1 et L. 831-1 du code de la sécurité sociale ainsi qu'à l'article L. 351-1 du code de la construction et de l'habitation ; 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière. ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ".

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. Il résulte de l'instruction que Mme D a déclaré à la CAFAM au travers de ses déclarations trimestrielles de ressources (DTR) établies entre la période d'avril 2016 au mois de septembre 2019 inclus des sommes versées au crédit de ses comptes bancaires. Cependant, à la suite d'un contrôle mené par un agent assermenté de la CAFAM, il est apparu que l'intéressée n'avait pas déclaré la totalité des sommes versées au crédit de ses comptes bancaires ainsi que celles versées au crédit du compte bancaire de son époux pour la période de juillet 2016 à mars 2019 et les salaires de ses enfants C et B. En outre, il a été constaté que la requérante n'avait pas déclaré des dépôts d'espèces, de chèques et des virements entre juillet 2016 et mars 2019 qui auraient dû être pris en compte dans le calcul du revenu de solidarité active. Si la requérante fait valoir que les sommes portées au crédit de ses comptes bancaires émanent de prêts entre particuliers et ne sauraient être déclarées en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociales et des familles, les pièces qu'elle produit au soutien de ses écritures portent sur des reconnaissances de dettes et des prêts, qui ne sont pas de nature, en l'absence notamment d'indication suffisante sur les modalités de remboursement des dettes, à faire regarder ces versements comme des prêts remboursables. Au surplus, il n'est pas contestée par la requérante l'absence de déclaration des sommes portées au crédit du compte bancaire de son époux et des salaires de ses enfants. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le département a considéré que les sommes correspondant à l'aide mensuelle apportée par le frère et l'amie d'enfance de l'allocataire ainsi que les sommes apparaissant sur le compte bancaire de son époux et les salaires de ses enfants constituaient des ressources qui auraient dû être déclarées et qui devaient être prises en compte, au sens des dispositions précitées, pour le calcul des droits de l'intéressée au revenu de solidarité active. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le président du conseil départemental aurait commis une erreur de droit et encore moins une erreur de fait ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la contestation de l'amende :

6. D'une part, la décision du 26 février 2020 a été signée pour le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes par Mme H F, attachée territoriale, cheffe de la section de lutte contre la fraude. Par arrêté n° DRH/2019/0905 du 13 décembre 2019, publié le 15 janvier 2020 au bulletin des actes administratifs n° 1 du département des Alpes-Maritimes, Mme H F a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du président du conseil départemental des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant du domaine de compétence de la direction générale adjointe pour le développement des solidarités humaines, dont notamment la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

7. D'autre part, la décision en litige vise notamment les dispositions des articles L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles, A 114-17 et R. 114-11 du code de sécurité sociale et mentionne les éléments de fait notamment l'absence de déclarations des sommes portées au crédit des comptes bancaires, sur lesquels le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes s'est fondé pour prononcer à l'encontre de Mme D l'amende administrative attaquée. La motivation de la décision en cause était suffisante pour permettre à la requérante de faire utilement valoir ses observations, ce qu'elle a fait par des courriers des 7 janvier et 5 février 2020. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de la décision relative à l'amende administrative et du non-respect de la procédure contradictoire, doivent être écartés.

8. Enfin, aux termes de l'article L.262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code. La juridiction compétente pour connaître des recours à l'encontre des contraintes délivrées par le président du conseil départemental est la juridiction administrative. Aucune amende ne peut être prononcée à raison de faits remontant à plus de deux ans, ni lorsque la personne concernée a, pour les mêmes faits, déjà été définitivement condamnée par le juge pénal ou a bénéficié d'une décision définitive de non-lieu ou de relaxe déclarant que la réalité de l'infraction n'est pas établie ou que cette infraction ne lui est pas imputable () ". Aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. / La prescription est interrompue par une des causes prévues par le code civil. L'interruption de la prescription peut, en outre, résulter de l'envoi d'une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, quels qu'en aient été les modes de délivrance ". Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Il résulte des dispositions citées précédemment que l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations fait obstacle à l'application de la prescription biennale au profit de la prescription quinquennale de droit commun. Par ailleurs, si le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations est de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu. La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.

9. Il appartient au juge du fond, saisi d'une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de se prononcer, eu égard à son office de juge de plein contentieux, sur les manquements qui sont à l'origine du prononcé de cette sanction et de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration et, le cas échéant, de faire application d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue. Par suite, compte tenu des pouvoirs dont il dispose ainsi pour contrôler une sanction de cette nature, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.

10. Pour contester la décision relative à l'amende, Mme D fait valoir que les faits à l'origine de l'indu qui lui sont reprochés couvrant la période d'octobre 2016 à juin 2019 étaient prescrits en vertu de l'article L. 262-52. Toutefois ainsi, qu'il a été dit au point 5, la décision du 26 février 2020 attaquée trouve son origine dans les fausses déclarations commises par la requérante. Dès lors, c'est à bon droit que le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes à lever la prescription biennale et prononcée après avis favorable de l'équipe pluridisciplinaire, une amende en l'encontre de la requérante. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme D, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par le département, doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions, y compris celles, par voie de conséquence, relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G I épouse D et au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La présidente,La greffière,

signésigné

M. J

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

N°s 2004720-2004733

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