mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2004897 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | POULAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 novembre 2020, Mme B A, représentée par Me Poulain, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Cannes à lui verser la somme de 150 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la résiliation de l'autorisation d'occupation du domaine public ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Cannes la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- autorisation d'occupation du domaine public dont elle bénéficie doit être requalifiée de bail commercial ;
- la responsabilité de la commune de Cannes est engagée pour avoir résilié le bail commercial sans motif légitime et en méconnaissance de son droit au renouvellement ;
- la responsabilité de la commune de Cannes est engagée pour avoir résilié l'autorisation d'occupation du domaine public de manière anticipée sur le fondement de l'article R. 2125-5 du code général de la propriété des personnes publiques ;
- elle est fondée à obtenir la somme totale de 150 000 euros au titre du préjudice lié à la perte d'exploitation et à la perte de son fonds de commerce.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2022, la commune de Cannes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 23 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Chiappello, représentant la commune de Cannes.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 7 février 1979, Mme A a été autorisée par la commune de Cannes à occuper une parcelle du domaine public communal située avenue Francis Tonner, sur laquelle est édifiée une construction à usage de kiosque à glaces. Puis par un arrêté du 11 mai 1984, Mme A a bénéficié d'une autorisation d'occupation temporaire du domaine public communal sur cette parcelle pour la vente de glaces, boissons et sandwichs, d'une durée annuelle, renouvelable par tacite reconduction. Par une délibération du 17 décembre 2018, le conseil municipal de la commune de Cannes a voté en faveur de la réalisation de travaux d'aménagement et d'embellissement de la place de Roubaud et de ses abords nécessitant la destruction du kiosque situé sur la parcelle occupée par Mme A. Par courrier du 31 décembre 2018, le maire de la commune de Cannes a ainsi demandé à l'intéressée de libérer le kiosque avant le 15 janvier 2019 et l'a informée de l'impossibilité de versement d'une indemnité. Par courrier du 14 janvier 2019, Mme A a présenté une demande préalable indemnitaire qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner la commune de Cannes à lui verser la somme totale de 150 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Cannes pour résiliation du bail commercial :
2. En raison du caractère précaire et personnel des titres d'occupation du domaine public et des droits qui sont garantis au titulaire d'un bail commercial, un tel bail ne saurait être conclu sur le domaine public. Lorsque l'autorité gestionnaire du domaine public conclut un " bail commercial " pour l'exploitation d'un bien sur le domaine public ou laisse croire à l'exploitant de ce bien qu'il bénéficie des garanties prévues par la législation sur les baux commerciaux, elle commet une faute de nature à engager sa responsabilité. Cet exploitant peut alors prétendre, sous réserve, le cas échéant, de ses propres fautes, à être indemnisé de l'ensemble des dépenses dont il justifie qu'elles n'ont été exposées que dans la perspective d'une exploitation dans le cadre d'un bail commercial ainsi que des préjudices commerciaux et, le cas échéant, financiers qui résultent directement de la faute qu'a commise l'autorité gestionnaire du domaine public en l'induisant en erreur sur l'étendue de ses droits.
3. Si, en outre, l'autorité gestionnaire du domaine met fin avant son terme au bail commercial illégalement conclu en l'absence de toute faute de l'exploitant, celui-ci doit être regardé, pour l'indemnisation des préjudices qu'il invoque, comme ayant été titulaire d'un contrat portant autorisation d'occupation du domaine public pour la durée du bail conclu. Il est par suite en droit, dès lors qu'aucune stipulation contractuelle n'y fait obstacle et sous réserve qu'il n'en résulte aucune double indemnisation, d'obtenir réparation du préjudice direct et certain résultant de la résiliation unilatérale d'une telle convention avant son terme, tel que la perte des bénéfices découlant d'une occupation conforme aux exigences de la protection du domaine public et les dépenses exposées pour l'occupation normale du domaine, qui auraient dû être couvertes au terme de cette occupation.
4. En revanche, eu égard au caractère révocable et personnel, déjà rappelé, d'une autorisation d'occupation du domaine public, celle-ci ne peut donner lieu à la constitution d'un fonds de commerce dont l'occupant serait propriétaire. Si la loi du 18 juin 2014 relative à l'artisanat, au commerce et aux très petites entreprises a introduit dans le code général de la propriété des personnes publiques un article L. 2124-32-1, aux termes duquel " Un fonds de commerce peut être exploité sur le domaine public sous réserve de l'existence d'une clientèle propre ", ces dispositions ne sont, dès lors que la loi n'en a pas disposé autrement, applicables qu'aux fonds de commerce dont les exploitants occupent le domaine public en vertu de titres délivrés à compter de son entrée en vigueur. Par suite, l'exploitant qui occupe le domaine public ou doit être regardé comme l'occupant en vertu d'un titre délivré avant cette date, qui n'a jamais été légalement propriétaire d'un fonds de commerce, ne peut prétendre à l'indemnisation de la perte d'un tel fonds.
5. La requérante soutient, d'une part, que l'autorisation d'occupation du domaine public qui lui a été délivrée doit être requalifiée de bail commercial, et d'autre part, que la responsabilité de la commune est engagée pour rupture dudit bail sans motif légitime et en méconnaissance de son droit au renouvèlement dudit bail. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier des termes de l'arrêté de concession d'une parcelle du domaine public communal du 7 février 1979 et de celui du 11 mai 1984 portant autorisation d'occupation temporaire d'une parcelle du domaine public communal que la parcelle occupée par Mme A appartient au domaine public sans que cette appartenance ne soit sérieusement contestée par la requérante. Si la requérante allègue que le kiosque qu'elle exploite est enregistré au greffe du tribunal de commerce de Grasse, qu'il a été reconstruit en 1984 sur ses deniers personnels, que la redevance qu'elle verse est équivalente à la valeur locative d'un local commercial dans le quartier de l'avenue Francis Tonner, qu'elle en assure l'entretien et que les contrats d'abonnement d'eau et d'électricité sont souscrits à son nom, ces circonstances sont sans incidence sur l'appartenance de la parcelle concernée au domaine public communal. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'autorisation de l'occupation du domaine public qui lui a été délivrée en 1984, soit antérieurement avant l'entrée en vigueur de la loi du 18 juin 2014, doit être requalifiée de bail commercial. Par suite, les conclusions tendant à engager la responsabilité de la commune de Cannes pour rupture du bail commercial sans motif légitime et en méconnaissance de son droit au renouvellement doivent être rejetées.
En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Cannes pour résiliation anticipée de l'autorisation d'occupation du domaine public :
6. Aux termes de l'article R. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " L'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être consentie, à titre précaire et révocable, par la voie d'une décision unilatérale ou d'une convention. ". Aux termes de l'article R. 2122-6 du même code : " Le titre fixe la durée de l'autorisation et les conditions juridiques et financières de l'occupation ou de l'utilisation du domaine public. ". Et aux termes de l'article R. 2125-5 du même code : " Lorsque l'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public est retirée, avant l'expiration du terme fixé, pour un motif d'intérêt général, le titulaire évincé peut prétendre, outre à la restitution de la partie de la redevance versée d'avance et correspondant à la période restant à courir, à une indemnité égale, sous déduction de l'amortissement calculé dans les conditions fixées par le titre d'autorisation, au montant des dépenses exposées pour la réalisation des équipements et installations expressément autorisés, dans la mesure où ceux-ci subsistent à la date du retrait. / Ce montant est fixé sur la base des dépenses réelles justifiées à l'autorité qui a délivré le titre. Celles-ci sont déterminées à partir du devis joint à la demande d'autorisation, rectifié au plus tard dans les six mois de l'achèvement des travaux ou de chaque tranche de travaux. / L'amortissement des équipements et installations édifiés par l'occupant ne peut pas être pratiqué sur une période excédant la validité du titre restant à courir. ".
7. Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 11 mai 1984 portant autorisation d'occupation temporaire d'une parcelle du domaine public communal : " La présente autorisation est essentiellement précaire et révocable à la première réquisition de la ville. La révocation sera prononcée par arrêté municipal qui sera notifiée en la forme administrative. / Dans ce cas, le permissionnaire ne pourra prétendre à aucune indemnité ni à aucun dédommagement. Il en sera de même en cas d'empêchement total ou partiel dans la jouissance, du fait de la ville, quelle que soit d'ailleurs la cause de cet empêchement ".
8. Il résulte de l'arrêté du 11 mai 1984 que l'autorisation d'occupation du domaine public, délivrée à titre précaire et révocable, a été consentie pour une année à compter du 1er janvier 1984 avec renouvèlement par tacite reconduction. Il résulte également du courrier du 31 décembre 2018, que si le maire de Cannes a décidé de ne pas renouveler cette autorisation d'occupation du domaine public, ce courrier n'a été notifié, ainsi que le soutient la requérante sans être contredite, le 11 janvier 2019, de sorte que l'autorisation d'occupation du domaine public a été renouvelée à compter du 1er janvier 2019 jusqu'au 31 décembre 2020. Toutefois, l'article 4 de l'arrêté du 11 mai 1984 précité fait obstacle à ce que le permissionnaire obtienne réparation du préjudice résultant de la révocation de l'autorisation d'occupation du domaine public. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de l'application des dispositions de l'article R. 2125-5 du code général de la propriété des personnes publiques pour obtenir la réparation de son préjudice lié à la perte d'exploitation, ces dispositions ne prévoient pas la possibilité de réparer ce chef de préjudice en cas de retrait anticipé de l'autorisation d'occupation du domaine public pour un motif d'intérêt général. Par suite, les conclusions tendant à engager la responsabilité de la commune de Cannes pour résiliation anticipée de l'autorisation d'occupation du domaine public doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Cannes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Cannes.
Délibéré après l'audience du 11 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
M. Holzer, conseiller,
assistés de Mme Génovèse, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
G. DUROUX
Le président,
signé
F. PASCALLa greffière,
signé
S. GENOVESE
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026