mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2004911 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | COURTAUD PICCERELLE ZANOTTI GUIGON-BIGAZZI AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires complémentaires, enregistrés les 30 novembre 2020, 1er décembre 2020, 23 juillet 2021 et 3 mai 2022, la commune de Cagnes-sur-Mer, représentée par Me Chrestia, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre liminaire, d'appeler en cause la société Atelier B Architecture et Design ;
2°) à titre principal, de condamner solidairement Mme B, la société Atelier B Architecture et Design, la société GEFI Sud-Est et la coopérative GEFI-Nantes à lui verser la somme de 447 600 euros toutes taxes comprises sur le fondement de la responsabilité décennale ou sur le fondement de la responsabilité contractuelle pour la faute commise dans le devoir de conseil ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner les mêmes personnes et sous la même solidarité à lui verser la somme de 381 337,44 euros toutes taxes comprises sur le fondement de la garantie décennale ou sur le fondement de la responsabilité contractuelle pour la faute commise dans le devoir de conseil ;
4°) en tout état de cause, de mettre solidairement à la charge de Mme B, la société Atelier B Architecture et Design, la société GEFI Sud-Est et la coopérative GEFI-Nantes, la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la maitrise d'œuvre a commis des fautes au regard de l'efficacité insuffisante du système free-cooling proposé et mis en place par le groupement attributaire du marché de maitrise d'œuvre ;
- la maitrise d'œuvre a failli dans sa mission et méconnu son devoir de conseil ; si le groupement de maitrise d'œuvre était certain de l'échec du projet, il aurait pu et dû refuser la mission ;
- à aucun moment le groupement de maitrise d'œuvre n'a effectué d'étude thermique dynamique de l'ouvrage pour valider les hypothèses de rafraichissement la nuit alors qu'elle avait été informée pour des raisons de sécurité de la nécessité de fermer la nuit la moitié des sheds ;
- la maitrise d'œuvre était tenue d'atteindre un résultat thermique compatible avec la destination de l'ouvrage ;
- la maitrise d'ouvrage n'a commis aucune immixtion fautive dans la réalisation de l'ouvrage ;
- contrairement à ce qu'a retenu l'expert judiciaire, le montant des travaux n'a pas à être proratisé à 60% dès lors que c'est l'ensemble des travaux et prestations engagées par la commune pour 317 760 euros hors taxes qui a été nécessaire pour résoudre les désordres ;
- contrairement à ce qu'a retenu l'expert judiciaire, aucune part de responsabilité ne peut lui être imputée pour ce " naufrage technologique " dès lors que la maitrise d'œuvre ne l'a jamais informé que la modification contrainte par l'avis du service d'incendie et de secours aurait des incidences sur l'efficacité du système de ventilation ; la commune est victime d'un défaut évident de conseil des membres de la maitrise d'œuvre ;
- dans l'hypothèse où la responsabilité de la commune devait être retenue, elle devrait être ramenée à de plus justes proportions dans la mesure où elle n'est pas un professionnel et elle s'est ainsi retrouvée victime d'un défaut de conseil de l'architecte et du bureau d'études.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2021, Mme C B, représentée par Me Dersy, puis par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2022, Mme C B et la société Atelier B Architecture et Design, représentées par Me Dersy, concluent au rejet de la requête et demandent que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Cagnes-sur-Mer en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- à titre liminaire, la requête est irrecevable en ce qu'elle ne comporte pas le fondement juridique de la demande, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- à titre très liminaire :
- Mme B n'a pas suivi le chantier en cause et a poursuivi son activité à compter du 22 juillet 2010 sous la forme d'une société anonyme à responsabilité limitée, de sorte qu'elle devra être mise hors de cause ;
- à titre principal :
- la commune est un maitre d'ouvrage notoirement compétent ;
- la commune a commis une immixtion fautive dans le cadre du projet ; elle a autorisé les étaliers à entreposer des chambres froides dans la halle et à installer les moteurs de certains groupes froids dans le local technique haut de la cité, alors que ces moteurs devaient rester à l'extérieur, modifiant ainsi l'ouvrage et ne respectant pas les préconisations de la maitrise d'œuvre ;
- la commune est à l'origine exclusive de son propre dommage ;
- Mme B n'a elle-même commis aucune faute dans le cadre de l'exécution de sa mission ; elle n'a aucune qualification dans le domaine thermique ;
- aucun objectif de température n'était mentionné dans le cadre des pièces contractuelles, aucune faute ne peut donc être reprochée à la maitrise d'œuvre à ce titre ;
- à titre subsidiaire :
- le montant des condamnations prononcées à l'encontre de Mme B ne pourra excéder la somme de 67 140 euros au regard de la part de responsabilité retenue par l'expert ;
- à titre infiniment subsidiaire :
- au regard des fautes commises par la commune, la société coopérative GEFI Ingénierie et la société GEFI Sud-Est, Mme B doit être relevée et garantie de toutes condamnations prononcées à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2021, la société coopérative GEFI Ingénierie, représentée par Me Zanotti, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 500 euros ainsi que les entiers dépens soient mis à la charge des succombants.
Elle fait valoir que :
- à titre liminaire, la requête est irrecevable en ce qu'elle ne comporte pas le fondement juridique de la demande, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- à titre principal :
- l'ouvrage en cause était un bâtiment non chauffé, non refroidi et non soumis en conséquence à réglementation thermique ;
- aucune garantie quant aux températures intérieures n'a été contractuellement établie dans l'acte d'engagement avec la maitrise d'ouvrage ; l'assistant HQE a informé dès 2010 que le confort thermique, eu égard aux contraintes imposées et aux aléas climatiques affectant la commune de Cagnes-sur-Mer, ne pouvait être assuré de manière permanente en dépit des solutions mises en œuvre pour le projet ;
- à titre subsidiaire :
- le montant des travaux strictement nécessaires à la reprise des désordres s'élève à la somme de 223 800 euros hors taxes soit la somme de 268 560 euros toutes taxes comprises ;
- sa part de responsabilité représente 15% selon l'expert judiciaire, de sorte que le montant des condamnations prononcées à son encontre ne pourra excéder la somme de 33 570 euros hors taxes ;
- à titre plus subsidiaire :
- la commune de Cagnes-sur-Mer, en sa qualité de maitre d'ouvrage, a une part de responsabilité de l'ordre de 40% dans la survenance des désordres en litige, venant ainsi en déduction du montant de ses prétentions ;
- la part de responsabilité de Mme B dans la survenance du sinistre est de 30% ;
- Mme B doit être condamnée à la relever et la garantir de toute condamnation dans cette proportion sur le fondement des articles 1240 et suivants du code civil ;
- si la société GEFI Sud-Est a fait l'objet d'une procédure en liquidation judiciaire, clôturée par jugement du 7 juin 2021 pour insuffisance d'actifs, sa part de responsabilité doit être retenue à hauteur de 15% afin de préserver ses recours contre son assureur devant les juridictions judiciaires.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, par courrier du 13 mai 2024, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la demande nouvelle tendant à la condamnation de Mme B, de la SARL Atelier B Achitecture et Design, de la société Ingénierie Sud Est et de la société coopérative Gefi-Ingénierie sur le fondement de la responsabilité décennale, présentée en cours d'instance après l'expiration du délai de recours contentieux et reposant sur une cause juridique nouvelle distincte de celle invoquée dans le délai de recours.
Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public ont été présentées le 15 mai 2024 pour la commune de Cagnes-sur-Mer.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 23 janvier 2020, par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. D.
Vu :
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mai 2024 :
- le rapport de Mme Gazeau,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chrestia, représentant la commune de Cagnes-sur-Mer, et de Me Chebil, représentant Mme B et la société Atelier B Architecture et Design.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre d'une opération de déconstruction et de reconstruction de la cité marchande du centre-ville de Cagnes-sur-Mer, sans recours à un système de chauffage et de climatisation, la commune de Cagnes-sur-Mer a engagé un concours de maîtrise d'œuvre, à l'issue duquel un marché de maîtrise d'œuvre a été attribué, par un acte d'engagement du 22 décembre 2008, à un groupement solidaire constitué de Mme B, architecte, mandataire, M. A, architecte DPLG, le bureau d'études GEFI Sud-Est et la société GEFI Ingénierie. Les travaux se sont déroulés en plusieurs phases successives, une " phase 1 " qui a porté sur le fonctionnement transitoire, une " phase 2 " qui a porté sur la déconstruction des existants et une " phase 3 " qui a porté sur la reconstruction. Au titre de la conception de l'ouvrage, la maitrise d'œuvre avait pour objectif, notamment, d'assurer le confort thermique des usagers du bâtiment et a, pour ce faire, proposé un système de ventilation naturelle nocturne de type " refroidissement passif " avec des ouvertures sur les faces de la toiture à redans partiel, créant ainsi un phénomène de sur-ventilation par la différence de pression existant entre les deux façades de la toiture. Toutefois, compte tenu de la proximité d'un bâtiment tiers, le service d'incendie et de secours a indiqué qu'il était impossible au vu de la réglementation de sécurité incendie, d'ouvrir les deux sheds, de sorte qu'un seul shed a in fine été ouvert sans autre modification apportée au projet. L'ouvrage a été livré le 8 octobre 2012 et la réception des travaux a été prononcée sans réserve le 6 mars 2013. Après la réception sans réserve des travaux, des désordres de nature thermique affectant l'usage du bâtiment sont apparus. La commune de Cagnes-sur-Mer a demandé la désignation d'un expert judiciaire au tribunal administratif de Nice. M. D, expert désigné, a déposé son rapport le 10 décembre 2019. La commune de Cagnes-sur-Mer demande la condamnation solidaire du groupement de maitrise d'œuvre composé de Mme B, de la SARL Atelier B Architecture et Design, de la société GEFI Sud-Est et de la société GEFI Ingénierie, sur le fondement de la responsabilité décennale ou sur le fondement de la responsabilité contractuelle pour la faute commise dans leur devoir de conseil, à lui verser la somme totale de 447 600 euros toutes taxes comprises en réparation des préjudices consécutifs aux désordres affectant le système thermique de l'ouvrage ou, subsidiairement la somme totale de 381 337,44 euros toutes taxes comprises en réparation de ces mêmes préjudices. Les membres du groupement solidaire de maitrise d'œuvre poursuivis présentent des appels en garantie.
Sur la demande de mise hors de cause de Mme B :
2. Si Mme B fait valoir que la commune de Cagnes-sur-Mer n'est pas fondée à rechercher sa responsabilité in personam dès lors qu'elle exerce sa profession d'architecte depuis 2010 sous la forme de la SARL Atelier B Architecture et Design ainsi que cela a été acté par acte d'engagement du 28 juin 2010, il n'est cependant pas contesté que Mme B, qui a signé l'acte d'engagement du marché en cause, est le représentant légal de cette société, l'unique associée et le gérant. Dès lors, la demande de mise hors de cause de Mme B doit être rejetée.
Sur la recevabilité des conclusions de la commune requérante :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'irrecevabilité de la demande au regard des exigences du 1er alinéa de l'article R. 411-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes du 1er alinéa de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge ".
4. La requête introductive de la commune de Cagnes-sur-Mer, enregistrée le 30 novembre 2020 et régularisée le 1er décembre suivant, comporte des précisions suffisantes sur les éléments de fait et de droit, notamment sur les obligations contractuelles de la maitrise d'œuvre et sur les fautes qu'elle estime avoir été commises par cette dernière au regard des stipulations contractuelles, les échanges entre les parties ainsi que les rapports de diagnostics remis et les modalités des différentes phases de travaux. Cette requête précise également les conséquences de l'absence de ventilation efficiente de la cité marchande et demande l'engagement de la responsabilité contractuelle de la maitrise d'œuvre pour manquement à son devoir de conseil. La fin de non-recevoir opposée à ce titre par les défendeurs doit donc être écartée.
En ce qui concerne l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'engagement de la responsabilité décennale de la maitrise d'œuvre :
5. Aux termes du 2nd alinéa de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".
6. Aux termes de l'article R. 421-1 de ce code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".
7. Alors que la demande initiale de la commune de Cagnes-sur-Mer, enregistrée le 30 novembre 2020 et régularisée le 1er décembre suivant, ainsi qu'il a été dit au point 4 et ainsi qu'elle le reconnait elle-même dans son mémoire produit le 23 juillet 2021, tendait uniquement à la condamnation du maître d'œuvre à lui verser les sommes qu'elle estimait lui être dues au titre de la responsabilité contractuelle pour manquement à son devoir de conseil lors des opérations de réception, la commune requérante a, dans un mémoire enregistré le 3 mai 2022, sollicité également la condamnation du maître d'œuvre à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis au titre de la garantie décennale. Si, dans sa requête introductive, la commune a fait état de " désordres de nature thermique rendant le bâtiment impropre à son usage ", elle n'en tire aucune conséquence juridique sur la responsabilité décennale de la maitrise d'œuvre, se bornant à cette seule affirmation, sans invoquer ce fondement juridique et notamment les articles sur lesquels elle entend fonder son action, se prévalant seulement des clauses du contrat, ni joindre le rapport d'expertise du 6 décembre 2019 décrivant les désordres constatés.
8. Ces nouvelles conclusions ont ainsi été présentées après l'expiration du délai de recours contentieux prévu par l'article R. 421-1 du code de justice administrative rendu applicable aux litiges en matière de travaux publics par le décret du 2 novembre 2016 portant modification de ce code, et qui courrait en l'espèce à la date de saisine du tribunal. Elles ne sont, par suite, pas recevables.
Sur les conclusions aux fins d'engagement de la responsabilité contractuelle de la maitrise d'œuvre :
9. La réception d'un ouvrage est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserve. Elle vaut pour tous les participants à l'opération de travaux, même si elle n'est prononcée qu'à l'égard de l'entrepreneur, et met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. Si elle interdit, par conséquent, au maître de l'ouvrage d'invoquer, après qu'elle a été prononcée, et sous réserve de la garantie de parfait achèvement, des désordres apparents causés à l'ouvrage ou des désordres causés aux tiers, dont il est alors réputé avoir renoncé à demander la réparation, elle ne met fin aux obligations contractuelles des constructeurs que dans cette seule mesure. Ainsi la réception demeure, par elle-même, sans effet sur les droits et obligations financiers nés de l'exécution du marché, à raison notamment de retards ou de travaux supplémentaires, dont la détermination intervient définitivement lors de l'établissement du solde du décompte définitif. Seule l'intervention du décompte général et définitif du marché a pour conséquence d'interdire au maître de l'ouvrage toute réclamation à cet égard.
10. La réception de l'ouvrage mettant fin aux rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre en ce qui concerne les prestations indissociables de la réalisation de l'ouvrage, au nombre desquelles figurent, notamment, les missions de conception de cet ouvrage ainsi que les prestations de contrôle et de suivi des travaux, la collectivité requérante ne peut solliciter la condamnation du groupement de maîtrise d'œuvre sur le fondement de la responsabilité contractuelle au titre de sa mission de conception et de sa mission de surveillance de l'exécution des travaux.
11. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la réception sans réserve a été prononcée le 6 mars 2013. Cette réception définitive de l'ouvrage a mis fin aux rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre en ce qui concerne la conception et la réalisation du système thermique de la cité marchande. La commune de Cagnes-sur-Mer ne saurait, par suite, utilement invoquer ni les vices de conception du système thermique du bâtiment, ni les désordres résultant de l'absence ou de l'insuffisance des études thermiques dynamiques de l'ouvrage pour valider les hypothèses de rafraichissement la nuit avec la fermeture, pour des raisons de sécurité, de la moitié des sheds, ni enfin, un défaut d'information lors de la conception du projet relatif aux incidences sur l'efficacité du système de ventilation de l'avis du service d'incendie et de secours.
12. Par ailleurs, s'il est constant que la réception est sans effet sur les droits et obligations financiers nés de l'exécution du marché, à raison notamment de retards ou de travaux supplémentaires, dont la détermination intervient définitivement lors de l'établissement du solde du décompte définitif, il résulte cependant de l'instruction que le présent litige porte, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, sur les désordres affectant la conception même du système thermique de la cité marchande, et non sur les droits et obligations financiers nés de l'exécution des travaux ou du marché de maîtrise d'œuvre.
13. Toutefois, il résulte de l'instruction que le maître d'œuvre était également chargé de la mission d'assistance lors des opérations de réception de l'ouvrage. Or, la commune, en se prévalant de la décision n° 432783 du Conseil d'Etat du 10 décembre 2020, doit être regardée, ce faisant, comme invoquant un manquement commis par le groupement de maîtrise d'œuvre à son devoir de conseil au moment des opérations de réception des travaux.
14. Cependant, au vu de ses écritures, la commune de Cagnes-sur-Mer n'établit pas en quoi le maître d'œuvre aurait, en l'espèce, manqué à son devoir de conseil lors des opérations de réception, dès lors qu'elle ne fait état que des vices de conception résultant de l'absence de sur-ventilation de l'ouvrage en ce que la toiture à redans, pour répondre aux exigences de sécurité mises en évidence par le service d'incendie et de secours, ne s'ouvre plus que sur une seule face, ne permettant ainsi pas le rafraichissement du bâtiment destiné à accueillir des denrées alimentaires périssables, et qu'elle se borne à invoquer un défaut évident de conseil de la maitrise d'œuvre quant à l'efficacité moindre du système de ventilation retenu et quant aux modifications qu'elle a elle-même souhaité apporter au projet.
15. Au demeurant, il ne résulte pas de l'instruction que le maitre d'œuvre, au vu des caractéristiques initiales du projet, lesquelles ont par ailleurs été modifiées en partie juste avant la réception par le maitre d'ouvrage, n'ignorait pas que le système thermique prévu en phase APD après avis du service d'incendie et de secours, et consistant en une ouverture de la toiture sur une seule face, présentait une insuffisance de ventilation du bâtiment et ne permettait ainsi pas d'assurer le confort thermique de l'ouvrage y compris les mois d'été. Dans ces circonstances, la commune de Cagnes-sur-Mer n'est pas fondée à soutenir que le maître d'œuvre a manqué à son obligation de conseil au moment des opérations de réception.
16. Il résulte de ce qui précède que la commune de Cagnes-sur-Mer n'est pas fondée à rechercher la responsabilité contractuelle solidaire du groupement de maitrise d'œuvre pour manquement au devoir de conseil lors des opérations de réception.
Sur les appels en garantie :
17. Dès lors qu'aucune condamnation n'est prononcée à l'encontre de Mme B et de la société coopérative GEFI Ingénierie par le présent jugement, les conclusions à fin d'appel en garantie que ces dernières présentent sont dépourvues d'objet et doivent être rejetées.
Sur les dépens :
18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge définitive de la commune de Cagnes-sur-Mer les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 8 694,37 euros toutes taxes comprises par l'ordonnance n° 1602608 et 1700594 de la présidente du tribunal administratif de Nice du 23 janvier 2020.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, de la SARL B Architecture et Design, de la société GEFI Sud-Est et de la société coopérative GEFI Ingénierie, les frais exposés par la commune de Cagnes-sur-Mer et non compris dans les dépens.
20. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cagnes-sur-Mer une somme globale de 1 000 euros à verser à Mme B et à la société Atelier B Architecture et Design ainsi que la somme de 1 000 euros à verser à la société coopérative GEFI Ingénierie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Cagnes sur mer est rejetée.
Article 2 : Les dépens d'un montant de 8 694,37 euros toutes taxes comprises sont mis à la charge définitive de la commune de Cagnes-sur-Mer.
Article 3 : La commune de Cagnes-sur-Mer versera une somme globale de 1 000 euros à Mme B et à la société Atelier B Architecture et Design et une somme de 1 000 euros à la société coopérative GEFI Ingénierie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Cagnes-sur-Mer, à Mme C B, à la société Atelier B Architecture et Design, à la société GEFI sud-Est et à la société coopérative GEFI Ingénierie.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Soli, président,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
signé
D. Gazeau
Le président,
signé
P. Soli La greffière,
signé
C. Ravera
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026