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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2004974

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2004974

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2004974
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCARLES DE CAUDEMBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2020, la SARL Grizzly, représentée par Me Carles De Caudemberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commune de Valdeblore a implicitement rejeté sa demande préalable indemnitaire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore a implicitement rejeté sa demande préalable indemnitaire ;

3°) de désigner un expert aux fins d'évaluer l'intensité des nuisances sonores qu'elle estime subir du fait de la proximité d'un télésiège ;

4°) de condamner solidairement la commune de Valdeblore et le syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore à lui verser la somme totale de 200 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime subir du fait des nuisances sonores occasionnées par la proximité d'un télésiège ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Valdeblore et du syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore la somme globale de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de la commune de Valdeblore est engagée pour s'être abstenue de prendre des mesures appropriées pour faire cesser les nuisances sonores ;

- la responsabilité pour dommages de travaux publics du syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore est engagée ;

- elle est fondée à demander l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis à hauteur de 200 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2021, le syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore, représenté par Me Pichon, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet, et demande au tribunal de mettre à la charge de SARL Grizzly la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la prescription quadriennale est acquise ;

- les moyens soulevés par la SARL Grizzly ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2021, la commune de Valdeblore, représentée par Me Chrestia, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet, et demande au tribunal de mettre à la charge de la SARL Grizzly la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la prescription quadriennale est acquise ;

- il s'agit d'une requête collective réelle reposant sur deux fondements de responsabilité différents qui auraient dû faire l'objet de requêtes séparées ;

- les moyens soulevés par la SARL Grizzly ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 8 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 août 2022.

Un mémoire pour la SARL Grizzly a été enregistré le 21 septembre 2023, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Chrestia, représentant la commune de Valdeblore.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Grilly exploite un fonds de commerce d'hôtel-restaurant dénommé " le Green Ecolodge ", situé à Valdeblore, à proximité immédiate de la station de départ d'un télésiège exploité par le syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore. Par un courrier du 31 octobre 2019 et un courrier du 30 janvier 2020, la SARL Grizzly a présenté une demande préalable indemnitaire respectivement à la commune de Valdeblore et au syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore, en réparation des préjudices causés par les nuisances sonores du télésiège. Ces demandes ont fait l'objet de rejets implicites. Par la présente requête, la SARL Grizzly demande au tribunal de condamner solidairement la commune de Valdeblore et le syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore à lui verser la somme totale de 200 000 euros au titre de la réparation des nuisances sonores occasionnées par le télésiège.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute du syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore :

2. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages, qui doivent revêtir un caractère anormal et spécial pour ouvrir droit à réparation, résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure.

3. Pour que la responsabilité sans faute du syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore puisse être engagée, il appartient à la SARL Grizzly, qui a la qualité de tiers par rapport à l'ouvrage public en cause, de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'elle estime subir en raison des nuisances sonores, qui présentent un caractère permanent.

4. La SARL Grizzly soutient que l'implantation de la station de départ du télésiège à proximité de son fonds de commerce occasionne des nuisances sonores résultant du fonctionnement de l'ouvrage et des éclats de voix des usagers, en particulier le matin. Pour démontrer la réalité des nuisances alléguées, la société requérante se borne à se référer au rapport d'expertise du 4 septembre 2019, établi à sa demande. Or, si ce rapport, dont l'objet est d'évaluer la valeur des murs et du fonds de commerce exploité par la SARL Grizzly, mentionne une " nuisance sonore permanente " créée par le télésiège litigieux, il ne contient aucune donnée quant à l'intensité du bruit généré. Il résulte également de l'instruction qu'aucune mesure acoustique n'a été réalisée par la société requérante permettant d'établir la réalité et l'ampleur des nuisances sonores alléguées, alors même que le télésiège en cause n'est ouvert que de 9h00 à 16h45 en hiver et de 10h00 à 16h45 en été, soit quelques heures en pleine journée. Dans ces conditions, la SARL Grizzly n'établit pas que les nuisances sonores qu'elle estime subir, présenteraient un caractère anormal du fait de l'existence et du fonctionnement de l'ouvrage public en cause.

5. Par suite, la SARL n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité sans faute du syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore est engagée.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute de la commune de Valdeblore :

6. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'État dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'État qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; / () ".

7. La SARL Grizzly soutient que le maire de la commune de Valdebore a commis une faute dans l'exercice de ses pouvoirs de police administrative en s'abstenant de prendre les mesures appropriées pour faire cesser les nuisances sonores alléguées. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, dès lors qu'aucune mesure acoustique n'a été réalisée ni versée au dossier, la SARL Grizzly n'établit pas qu'elle subit des nuisances sonores telles qu'elles porteraient atteinte à la tranquillité publique. Au surplus, si la SARL Grizzly se prévaut d'avoir échangé avec la commune de Valdebore pour trouver une solution à l'amiable, elle ne verse au dossier aucune pièce justificative à l'appui de ces affirmations, de sorte qu'il ne résulte pas de l'instruction que le maire de la commune de Valdeblore était informé de la situation dont la requérante fait état. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité pour faute de la commune de Valdebore est engagée.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir et la prescription quadriennale, ni de désigner un expert, que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Valdeblore et du syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance.

10. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la SARL Grizzly une somme de 1 000 euros à verser respectivement à la commune de Valdeblore et au syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Grizzly est rejetée.

Article 2 : La SARL Grizzly versera à la commune de Valdeblore la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La SARL Grizzly versera au syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Grizzly, à la commune de Valdeblore et au syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

assistés de Mme Ravera, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F. PASCAL La greffière,

signé

C. RAVERA

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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