lundi 30 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2005097 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GILLET BROC AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 10 décembre 2020, 24 mars 2022 et 20 juin 2022 dont le dernier mémoire n'a pas été communiqué, Mme A B, représentée par Me Mokrani-Beddok, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions des 12 mai et 19 mai 2020 par lesquelles le directeur général du centre hospitalier universitaire de Nice a procédé à la rupture de sa période d'essai, ensemble la décision par laquelle cette autorité a implicitement rejeté le recours gracieux qu'elle a formé le 13 août 2020 ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier universitaire de Nice de procéder à sa réintégration avec effet rétroactif au 13 mai 2020 avec maintien de son ancienneté à cette date ;
3°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Nice à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de cette illégalité ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nice la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son licenciement n'a pas été précédé d'un entretien préalable répondant aux exigences prévues par le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle repose sur des faits qui ne sont pas matériellement établis ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle repose sur des motifs qui ne sont pas liés à sa compétence professionnelle mais sur des motifs disciplinaires.
Par des mémoires en défense enregistrés les 4 août 2021 et 16 juin 2022, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Nice, représenté par Me Gillet, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable, le délai de recours contentieux contre la décision du 12 mai 2020 étant expiré, et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.
Par ordonnance du 24 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n°91-155 du 6 février 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public,
- et les observations de Me de Premare, représentant Mme B, et de Me Gillet, représentant le centre hospitalier universitaire de Nice.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B a été engagée en contrat à durée indéterminée à compter du 16 avril 2020, en qualité d'infirmière diplômée d'Etat au pôle anesthésie réanimation urgences du centre hospitalier universitaire de Nice. Ce contrat était assorti d'une période d'essai de quatre mois. Par des courriers des 12 et 19 mai 2020, Mme B a été informée de son licenciement. Par un courrier du 10 août 2020, Mme B a formé un recours gracieux à l'encontre de ces décisions qui a été implicitement rejeté par le directeur général du centre hospitalier universitaire de Nice. Mme B demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions, sa réintégration dans les fonctions qu'elle occupait ainsi que la réparation des préjudices qu'elle a subis.
Sur la fin non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. Le Centre hospitalier fait valoir que la décision du 12 mai 2020 mettant fin à la période d'essai de Mme B lui a été envoyée en recommandé avec accusé de réception à l'adresse qu'elle avait donnée au moment de son recrutement. Ce courrier a été retourné à l'administration avec la mention " n'habite pas à l'adresse indiquée ". Le Centre hospitalier a alors établi un deuxième courrier, le 19 mai 2020, qui a été remis en main propre à la requérante le 18 juin 2020. Ce courrier n'étant qu'une décision confirmative de la décision du 12 mai 2020, il n'a pas été de nature à ouvrir un nouveau délai de recours contentieux. Par suite, la requête enregistrée le 10 décembre 2020 est tardive.
4. Il ressort toutefois du courrier du 12 mai 2020 que celui-ci ne comporte pas la mention des voies et délais de recours. Par suite, le délai de recours de deux mois pour contester la décision ne peut être opposable à la requérante. Sa requête enregistrée le 10 décembre 2020 à la suite du rejet implicite du recours gracieux qu'elle a formé le 10 août 2020, soit dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision de licenciement intervenue le 18 juin 2020, n'est pas, par suite, tardive et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article 7 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " A l'exception de ceux conclus en application de l'article 27, dernier alinéa, de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, les contrats peuvent comporter une période d'essai qui permet à l'administration d'évaluer les compétences de l'agent dans son travail et à ce dernier d'apprécier si les fonctions occupées lui conviennent. / () Le licenciement en cours ou au terme de la période d'essai ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 43 du même décret : " Le licenciement ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable. L'intéressé est convoqué à l'entretien préalable par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre indique l'objet de la convocation. / L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la lettre de convocation. / L'agent peut se faire accompagner par la ou les personnes de son choix. / Au cours de l'entretien préalable, l'administration indique à l'agent les motifs du licenciement et le cas échéant le délai pendant lequel l'agent doit présenter sa demande écrite de reclassement ainsi que les conditions dans lesquelles les offres de reclassement sont présentées. ".
6. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a été recrutée le 16 avril 2020 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, avec une période d'essai de quatre mois. Dès lors, la décision du 12 mai 2020 prononçant son licenciement est intervenue au cours de sa période d'essai.
7. D'autre part, il résulte des dispositions précitées que le licenciement en cours de période d'essai, s'il doit intervenir à l'issue d'un entretien préalable, n'est en revanche pas soumis aux exigences définies à l'article 43 du décret du 6 février 1991. Seules les dispositions de l'article 7 de ce même décret trouvent à s'appliquer.
8. Il résulte de ces dispositions qu'un agent contractuel, dont le contrat de recrutement prévoit une période d'essai, dispose, en principe, du droit d'être employé jusqu'au terme de cette période d'essai. Toutefois, aucune disposition législative ou règlementaire ni aucun principe ne font obstacle à ce qu'il soit mis fin à ce contrat au cours de la période d'essai à condition qu'une telle décision, qui présente le caractère d'un licenciement au sens de l'article 7 du décret du 6 février 1991, soit précédée d'un entretien préalable. Mme B soutient que ce licenciement n'a pas été précédé d'un entretien préalable. S'il n'est pas contesté qu'un échange téléphonique a eu lieu le soir du 12 mai 2020 entre la requérante et la responsable soignant du " pôle anesthésie - réanimation - urgence " au cours duquel elle a informé de ce qu'il était mis un terme de sa période d'essai, cet échange, contrairement à ce que soutient le centre hospitalier universitaire de Nice, ne saurait être regardé comme un entretien préalable au licenciement au sens de l'article 7 du décret précité. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que la décision du 12 mai 2020 est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière ayant porté atteinte aux garanties qu'elle tenait des dispositions de l'article 7 du décret précité.
9. En deuxième lieu, pour justifier le licenciement de Mme B au cours de sa période d'essai, le centre hospitalier universitaire de Nice s'est fondé exclusivement sur le fait que cette dernière aurait manqué à son devoir de réserve en tenant des propos insultants incompatibles avec l'exercice de ses fonctions à l'encontre du personnel et notamment de la directrice d'un centre d'accueil d'enfants mis en place par la ville de Nice pendant la période de confinement au profit du personnel soignant au sein duquel son fils était gardé. Ces propos auraient été tenus après l'exclusion de son fils au motif que celui-ci aurait eu un comportement inadapté et n'aurait pas respecté les gestes barrières. Le centre hospitalier soutient que ce comportement de la requérante justifie son licenciement dès lors, d'une part, qu'il porte atteinte à l'image du centre hospitalier et, d'autre part, qu'il laisse présager que Mme B pourrait reproduire ce type de comportement dans ses fonctions. S'il ressort des pièces du dossier qu'un échange vif est intervenu entre l'intéressée et le personnel ayant la garde de son enfant, il convient de relever que cet échange est, d'une part, lié à un contexte particulier résultant de la perte, par la requérante, en période de confinement, de sa solution de garde d'enfant alors qu'elle travaillait pour le centre hospitalier à temps complet et, d'autre part, isolé. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas soutenu par le centre hospitalier en défense que la requérante aurait fait preuve d'un manque de diligence et de rigueur dans l'exécution de son travail ou d'une inaptitude à exercer ses tâches professionnelles. La décision de licenciement doit, dans ces conditions, être regardée comme entachée d'une erreur d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation des décisions des 12 et 19 mai 2020, ensemble la décision par laquelle le centre hospitalier a implicitement rejeté le recours gracieux qu'elle avait formé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement qui annule la décision de licenciement contestée implique nécessairement que le directeur général du centre hospitalier de Nice prononce la réintégration de Mme B dans ses précédentes fonctions dans un délai de deux mois à compter de la présente décision à compter de la date demandée par la requérante dans ses écritures, soit le 13 mai 2020 avec maintien de son ancienneté à cette même date.
Sur les conclusions indemnitaires :
12. L'illégalité fautive dont est entachée la décision de licenciement est de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Nice à l'égard de Mme B.
En ce qui concerne le préjudice financier :
13. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressée, un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte du traitement ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressée avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser les frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Enfin, il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations que l'agent a pu se procurer par son travail au cours de la période d'éviction.
14. La période d'indemnisation du préjudice financier subi par M. B s'étend de la date de son licenciement illégal à la date à laquelle l'intéressée aura effectivement repris ses fonctions.
15. L'état de l'instruction ne permet pas de déterminer le montant de l'indemnité due à Mme B au titre du préjudice financier qu'elle a subi. Il y a lieu, par suite, de renvoyer la requérante devant le centre hospitalier universitaire de Nice pour qu'il soit procédé à la détermination et à la liquidation de cette indemnité, dans la limite de 9 000 euros dans un délai de deux mois.
En ce qui concerne le préjudice moral :
16. Mme B a subi un préjudice moral dont il sera fait une juste réparation en lui accordant à ce titre une somme de 1 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nice, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par le centre hospitalier universitaire de Nice soient mises à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions des 12 et 19 mai 2020, ensemble la décision par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Nice a rejeté le recours gracieux de Mme B, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier universitaire de Nice de procéder à la réintégration de Mme B dans ses précédentes fonctions dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement à compter du 13 mai 2020 avec maintien de son ancienneté à cette même date.
Article 3 : Mme B est renvoyée devant le centre hospitalier universitaire de Nice pour qu'il soit procédé, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à la liquidation de l'indemnité à laquelle elle a droit au titre du préjudice financier subi, dans la limite d'un montant en principal de 9 000 euros.
Article 4 : Le centre hospitalier universitaire de Nice versera à Mme B la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral subi.
Article 5 : L'État versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Nice présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier universitaire de Nice.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Emmanuelli, président,
M. Ringeval, premier conseiller,
Mme Chevalier, conseillère,
assistés de Mme Katarynezuk, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé
C. C
Le président,
Signé
O. EMMANUELLILa greffière,
Signé
N. KATARYNEZUK
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissiares de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
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