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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2005154

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2005154

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2005154
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET
Avocat requérantDELTORT-LINOTTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 décembre 2020 et 5 janvier 2023, Mme B C, représentée par Me Deltort-Linotte, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 29 octobre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a notifié un indu de prime d'activité d'un montant de 5 712,30 euros pour la période comprise entre les mois de janvier et de septembre 2019, ensemble la décision du 12 février 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de lui accorder une remise de sa dette ou, à titre subsidiaire, des délais de paiement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- elle n'était pas tenue de déclarer les salaires perçus par son fils au titre de la période en cause dès lors que ceux-ci ne dépassaient pas le plafond de 4 500 euros par mois ;

- sa fille n'a jamais déménagé chez son père ; ses courriers étaient expédiés à son adresse et non à celle de son père ;

- elle n'a pas déclaré les pensions alimentaires que lui verse son ex-époux au motif qu'elle avait transmis à la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes une copie de l'ordonnance de non-conciliation mentionnant le montant de celles-ci ;

- aucune manœuvre ni fausse déclaration ne peut lui être imputée ;

- elle est de bonne foi et n'a jamais eu l'intention de frauder ;

- sa situation d'impécuniosité ne lui permet pas de faire face à sa dette.

La requête a été communiquée au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Pouget, présidente.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme B C demande au tribunal d'annuler la décision du 29 octobre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a notifié un indu de prime d'activité d'un montant de 5 712,30 euros pour la période comprise entre les mois de janvier et de septembre 2019, ensemble la décision du 12 février 2020 portant rejet de son recours gracieux. Elle demande également au tribunal de lui accorder une remise de sa dette ou, subsidiairement, des délais de paiement.

Sur le bien-fondé de l'indu :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". Aux termes de l'article L.842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. ". Aux termes de l'article L.842-4 de ce code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : () 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ".

4. Aux termes de l'article R. 846-5 du code de la sécurité sociale : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi le 10 octobre 2019 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, que Mme C n'a pas déclaré à l'administration l'intégralité des ressources perçues par elle et les membres de son foyer entre les mois de février 2018 et de juin 2019, à savoir les pensions alimentaires versées par son ex-époux et les salaires perçus par ses deux enfants. Il ressort également de ce rapport d'enquête que l'intéressée n'a pas informé les services de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, conformément à l'obligation qui s'imposait à elle selon les dispositions précitées au point 4, que l'un de ses enfants avait quitté son foyer au mois de janvier 2019. Si l'intéressée soutient qu'elle n'était pas tenue de déclarer les pensions alimentaires qu'elle a perçues et les salaires de son fils dans la mesure où, d'une part, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes avait été informée de l'ordonnance de non-conciliation fixant le montant des pensions en cause et où, d'autre part, les salaires de son fils n'excédaient pas le plafond de 4 500 euros, il ressort toutefois de l'instruction que la requérante a informé l'administration, dans son courrier du 15 novembre 2019, que les erreurs qu'elle avait commises " ne relèvent pas d'une fraude mais juste d'une non connaissance de (ses) devoirs vis-à-vis de (ses) déclarations envers la CAF ". Par ailleurs, la requérante soutient que sa fille n'a jamais déménagé chez son père mais se contentait seulement de faire des allers-retours entre son domicile et celui de son ex-époux. Cependant, il ressort de l'instruction, et notamment d'un courrier de M. A C, que la fille de l'intéressée, Loren, habite chez lui depuis le mois de janvier 2019. Au demeurant, Mme C, qui est bénéficiaire des prestations sociales depuis 1997, ne pouvait légitimement ignorer l'obligation s'imposant à elle de déclarer auprès des services compétents tout changement de situation professionnelle ou familiale ainsi que l'intégralité des revenus perçus par elle et les membres de son foyer. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a considéré que les omissions de Mme C constituaient de fausses déclarations ayant eu pour effet de générer l'indu en cause.

Sur la demande de remise de dette :

6. Aux termes de l'article L.845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et ces demandes ont un caractère suspensif. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

7. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale qu'un allocataire de la prime d'activité ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement qu'en omettant de déclarer à la Caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes ses pensions alimentaires, les salaires perçus par son fils ainsi que le départ de sa fille, Mme C a procédé à de fausses déclarations. Par suite, si Mme C se prévaut d'une situation de précarité, au demeurant non actuellement établie, l'absence de bonne foi de cette dernière s'oppose à ce qu'il soit fait droit à sa demande de remise de dette.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris, par voie de conséquence, celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie sera adressée au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

La présidente,La greffière,

signésigné

M. D

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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