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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2005230

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2005230

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2005230
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème Chambre
Avocat requérantJEAN-JOEL GOVERNATORI AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 décembre 2020 et 23 mars 2021, Mme C B, représentée par Me Governatori, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 15 octobre 2020 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur a prononcé une amende de 3 000 euros à son encontre pour violation des dispositions des articles L. 3171-2 et D. 3171-8 du code du travail ;

2°) à titre subsidiaire, de ramener le montant de l'amende à la somme de 500 euros ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle ne mentionne pas qu'elle a produit, par des courriels des 10 et 11 mars 2019, les éléments demandés ;

- le rapport de l'inspectrice du travail du 1er mars 2019 ne lui a pas été communiqué ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et de droit dès lors que les éléments demandés ont été produits ;

- le rapport du 1er mars 2019 est entachée d'une erreur de droit quant au montant de l'amende maximale encourue ;

- le montant de l'amende est disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2021, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soler,

- et les conclusions de M. Beyls, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est gérante du restaurant L'estive, situé à Auron. L'établissement a fait l'objet d'un contrôle de l'inspectrice du travail le 13 février 2019 au cours duquel a été constatée l'absence de décompte individuel des horaires de travail des cinq salariés en méconnaissance des dispositions des articles L. 3171-2 et D. 3171-8 du code du travail. Par un courrier du 25 février 2019, l'inspectrice du travail a informé Mme B qu'elle envisageait de rédiger un rapport en vue du prononcé d'une sanction administrative à l'égard de l'établissement. Par un courrier, reçu le 9 novembre 2019, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi a informé Mme B qu'il était envisagé de prononcer une sanction administrative à l'égard de l'établissement et l'a invitée à présenter des observations. Mme B a présenté des observations orales le 3 décembre 2019. Par une décision du 15 octobre 2020, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi a prononcé une amende de 3 000 euros à l'encontre de l'Estive pour violation des dispositions des articles L. 3171-2 et D. 3171-8 du code du travail. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur l'incompétence alléguée de l'auteur de l'acte :

2. Aux termes de l'article L. 8115-1 du code du travail : " L'autorité administrative compétente peut, sur rapport de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1, et sous réserve de l'absence de poursuites pénales, soit adresser à l'employeur un avertissement, soit prononcer à l'encontre de l'employeur une amende en cas de manquement : / () / 3° A l'article L. 3171-2 relatif à l'établissement d'un décompte de la durée de travail et aux dispositions réglementaires prises pour son application ; / () " et aux termes de l'article R. 8122-2 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'exercice des compétences en matière d'actions d'inspection de la législation du travail, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi peut déléguer sa signature au chef du pôle en charge des questions de travail et aux responsables d'unités départementales chargées des politiques du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et de développement des entreprises. / () ".

3. En l'espèce, la décision du 15 octobre 2020 a été signée pour le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi par le chef du pôle politiques du travail, M. D A. Ce dernier a reçu délégation du directeur régional par une décision du 17 avril 2020, régulièrement publiée, pour signer en son nom les sanctions et amendes administratives et notamment celles relatives à l'absence d'établissement d'un décompte de la durée du travail. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

Sur l'absence de mention dans la décision des courriels des 10 et 11 mars 2019 :

4. Il résulte de l'instruction que par deux courriers du 25 février 2019, l'inspectrice du travail a demandé à Mme B de mettre en place un système de décompte des heures travaillés dans les meilleurs délais et de produire les ressources ainsi que les éventuelles charges de l'Estive dès lors que ces informations étaient notamment prises en compte dans le calcul du montant de l'amende administrative encourue en raison de l'absence de ces décomptes. Mme B soutient qu'elle a produit les éléments demandés par des courriels en date des 10 et 11 mars 2019 et que la décision attaquée ne le mentionne pas. Toutefois, il résulte de la lecture de la décision en litige que le montant de l'amende a été fixé en tenant compte notamment des ressources et des charges de l'établissement conformément aux dispositions de l'article L. 8115-4 du code du travail. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire que l'administration serait tenue de viser la correspondance par laquelle ces éléments lui ont été transmis. Dès lors, cette omission étant sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige serait illégale dès lors qu'elle ne mentionne pas qu'elle a produit, par des courriels des 10 et 11 mars 2019, les éléments demandés par l'inspectrice du travail. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

Sur l'absence de communication du rapport de l'inspectrice du travail :

5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable " et aux termes de l'article L. 122-2 du même code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que par un courrier du 4 novembre 2019, reçu le 9 novembre suivant, Mme B a été informée qu'il était envisagé de prononcer à son encontre une amende administrative pour méconnaissance de l'obligation de tenue de décomptes de la durée de travail de cinq salariés et que son dossier pouvait lui être communiqué à sa demande en application des dispositions de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration citées au point précédent. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme B aurait demandé la communication du rapport de l'inspectrice du travail du 1er mars 2019 et qu'aucune suite n'aurait été réservée à sa demande. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait illégale en l'absence de communication de ce rapport. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

Sur l'erreur de fait et de droit alléguée dès lors que les documents demandés ont été produits :

7. Aux termes de l'article L. 3171-2 du code du travail : " Lorsque tous les salariés occupés dans un service ou un atelier ne travaillent pas selon le même horaire collectif, l'employeur établit les documents nécessaires au décompte de la durée de travail, des repos compensateurs acquis et de leur prise effective, pour chacun des salariés concernés ". Aux termes de l'article D. 3171-8 du même code : " Lorsque les salariés d'un atelier, d'un service ou d'une équipe, au sens de l'article D. 3171-7, ne travaillent pas selon le même horaire collectif de travail affiché, la durée du travail de chaque salarié concerné est décomptée selon les modalités suivantes : / 1° Quotidiennement, par enregistrement, selon tous moyens, des heures de début et de fin de chaque période de travail ou par le relevé du nombre d'heures de travail accomplies ; / 2° Chaque semaine, par récapitulation selon tous moyens du nombre d'heures de travail accomplies par chaque salarié ". Aux termes de l'article L. 3171-3 de ce code : " L'employeur tient à la disposition de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1 les documents permettant de comptabiliser le temps de travail accompli par chaque salarié. / La nature des documents et la durée pendant laquelle ils sont tenus à disposition sont déterminées par voie réglementaire ". Enfin, aux termes de l'article D. 3171-16 du même code : " L'employeur tient à la disposition de l'inspection du travail : / 1° Pendant une durée d'un an, y compris dans le cas d'horaires individualisés, ou pendant une durée équivalente à la période de référence en cas d'aménagement du temps de travail sur une période supérieure à l'année, les documents existant dans l'entreprise ou l'établissement permettant de comptabiliser les heures de travail accomplies par chaque salarié ; / () ".

8. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'employeur doit être en mesure de fournir à l'inspection du travail, dont les agents sont chargés, en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 8112-1 du code du travail, de veiller à l'application des dispositions du code du travail, les documents leur permettant de contrôler la durée du travail accomplie par chaque salarié. Lorsque le travail de tous les salariés d'un même service ou atelier ou d'une même équipe est organisé selon le même horaire collectif par l'employeur, le cas échéant après conclusion d'un accord collectif, il doit informer les salariés par affichage des heures auxquelles commence et finit chaque période de travail et adresser, avant son application, le double de cet horaire collectif à l'inspection du travail. Dans les autres cas, un décompte des heures accomplies par chaque salarié doit être établi quotidiennement et chaque semaine.

9. En l'espèce, la requérante ne conteste pas la réalité des manquements qui lui sont reprochés, tenant au fait que, lors du contrôle, elle a indiqué ne pas enregistrer les décomptes de durée du travail prévus par les dispositions de l'article L. 3171-2 du code du travail citées au point 7. La circonstance que la situation aurait été régularisée postérieurement au contrôle ou que des décomptes étaient tenus lors des saisons précédentes est sans incidence sur le bien-fondé de la sanction, la matérialité des faits qui en sont à l'origine s'appréciant à la date du contrôle et non à celle de la décision administrative mettant à la charge de l'employeur l'amende en litige. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait et de droit dès lors que les éléments demandés ont été produits postérieurement au contrôle doit être écarté.

Sur l'erreur de droit alléguée quant au montant de l'amende maximale encourue :

10. Aux termes de l'article L. 8115-3 du code du travail dans sa rédaction en vigueur depuis le 7 septembre 2018 : " Le montant maximal de l'amende est de 4 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement. / () ".

11. Contrairement à ce que soutient la requérante, il résulte des dispositions citées au point précédent que le montant maximal de l'amende prévue par les dispositions de l'article L. 8115-1 du code du travail est de 4 000 euros par salarié concerné et non de 2 000 euros. Il suit de là que ce moyen doit également être écarté.

Sur la disproportion alléguée de la sanction :

12. Aux termes de l'article L. 8115-4 du code du travail : " Pour déterminer si elle prononce un avertissement ou une amende et, le cas échéant, pour fixer le montant de cette dernière, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges ".

13. D'une part, il résulte de l'instruction que le comportement de la requérante revêt un caractère répétitif dès lors que l'établissement a fait l'objet d'un précédent contrôle le 20 février 2014 suite auquel il a été signalé à Mme B qu'elle devait établir un décompte hebdomadaire individuel des horaires de travail de ses salariés, le faire émarger par le salarié concerné et le valider et que ces fiches de décompte devaient être archivées et maintenues dans l'établissement pendant une période au moins égale à un an en application des dispositions des articles L. 3171-1, L. 3171-2, L. 3171-3, D. 3171-8 et D. 3171-16 du code du travail.

14. D'autre part, alors que la requérante encourait une amende maximale de 4 000 euros par salarié concerné, l'administration ne lui a infligé qu'une amende de 600 euros par salarié, au regard notamment de sa situation financière et de l'impact de la crise sanitaire sur la situation économique et financière des structures relevant des branches professionnelles contraintes de cesser temporairement leur activité ou fortement affectées dans leur fonctionnement. Par suite, et alors que le contexte de la pandémie a bien été pris en compte par l'administration, la requérante, qui ne produit aucun élément financier à l'appui de ses allégations, n'est pas fondée à soutenir que le montant de l'amende infligée, fixé à 600 euros par salarié, soit un montant globale de 3 000 euros, serait disproportionné. Il suit de là que ce dernier moyen doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités).

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

Mme Sandjo, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

Le président,

Signé

T. BONHOMMELe greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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