jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2005316 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LENDOM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 décembre 2020, M. A B, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires Sud-Est a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 21 000 euros au titre de son préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'administration pénitentiaire a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en raison de l'illégalité de la sanction disciplinaire dont il a fait l'objet ;
- il est fondé, en raison de la faute commise, à demander la réparation du préjudice moral qui en est résulté, à hauteur de 1 500 euros par jour de cellule disciplinaire soit à hauteur de la somme totale de 21 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2022, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut :
- à titre principal, au rejet de la requête, dès lors que les préjudices allégués ne sont pas justifiés ;
- à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation accordée soit en tout état de cause ramenée à de plus justes proportions.
Par ordonnance en date du 28 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 décembre 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 25%, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice en date du 18 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 23 mars 2022 :
- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;
- les observations de Me Berthault, substituant Me Lendom, pour le requérant ;
- le garde des Sceaux, ministre de la justice, n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 22 aout 1965, a été incarcéré à la maison d'arrêt de Grasse du 29 septembre au 7 novembre 2017. Par une décision du 25 octobre 2017, la commission de discipline a pris à son encontre une sanction de placement en cellule disciplinaire pendant une durée de quatorze jours. Par décision en date du 27 novembre 2017, le directeur interrégional de l'administration pénitentiaire a confirmé ladite sanction. Cette décision a été annulée par le tribunal de céans par jugement n°1705715 en date du 19 mars 2020. Par une demande préalable formée le 21 aout 2020, M. B a sollicité l'administration pénitentiaire aux fins de l'indemniser pour les préjudices subis du fait de l'illégalité de la sanction susmentionnée prise à son encontre. Cette demande ayant été implicitement rejetée, il demande au tribunal, d'une part d'annuler la décision de rejet de sa demande préalable et, d'autre part, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 21 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. La décision implicite par laquelle la demande préalable formée par le requérant a été rejetée a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande. L'intéressé, en formulant des conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de la requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur son droit à percevoir les sommes qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation susmentionnées doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité de l'Etat :
3. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
4. Ainsi qu'il a été rappelé précédemment, le tribunal de céans, par jugement n°1705715 en date du 19 mars 2020, a annulé la décision de sanction disciplinaire plaçant le requérant en cellule disciplinaire pour une durée de quatorze jours. Cette illégalité, que l'administration ne conteste d'ailleurs pas, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, à la condition qu'elle soit à l'origine d'un préjudice personnel, direct et certain subi par M. B.
En ce qui concerne les préjudices :
5. M. B évoque avoir subi un préjudice moral dès lors que la décision fautive de placement en cellule disciplinaire aurait entrainé une dégradation de ses conditions de détention et dès lors une souffrance morale aggravée, l'intéressé présentant une pathologie psychiatrique (bipolarité). Il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral, dont l'aggravation n'est pas établie, en lui allouant à ce titre une somme de 500 euros.
Sur les frais liés au litige :
6. Le requérant bénéficiant de l'aide juridictionnelle, à hauteur de 25%, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Lendom, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lendom de la somme de 800 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 500 euros.
Article 2 : Une somme de 800 euros est mise à la charge de l'Etat, à verser à Me Lendom sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lendom, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B, à Me Lendom et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
Mme Le Guennec, conseillère,
M. Combot, conseiller,
Assistés de Mme Suner, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 avril 2023.
Le président-rapporteur,
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
V. SunerL'assesseur le plus ancien,
B. Le GuennecLa République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en chef,
ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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