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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2005380

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2005380

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2005380
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET
Avocat requérantABASSIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2020, Mme A C, représentée par Me Abassit, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 novembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a refusé de lui accorder la remise de sa dette de revenu de solidarité active d'un montant de 4 120,32 euros ;

2°) d'annuler la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales a implicitement rejeté sa demande de remise de dette d'un indu de prime d'activité.

La requérante soutient que :

- son absence du territoire, supérieure à 92 jours, était justifiée par des motifs de réinsertion professionnelle et prévue par le contrat d'engagements réciproques conclu avec le département des Alpes-Maritimes ;

- elle est dans une situation précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2021, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, représentée par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête de Mme C.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut, d'une part, à sa mise hors de cause concernant les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet d'une demande de remise de dette d'un indu de prime d'activité, et d'autre part, au rejet de celles tendant à l'annulation de la décision du 20 novembre 2020.

Il soutient que :

- il n'est pas compétent en matière de prime d'activité ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 février 2021 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouget, présidente ;

- et les observations de M. B représentant le département des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C demande au tribunal d'annuler la décision du 20 novembre 2020, par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de remise de sa dette de revenu de solidarité active d'un montant de 4 120,32 euros, et d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de remise de dette d'un indu de prime d'activité. Elle demande également au tribunal de lui accorder la remise totale de ces dettes.

Sur l'objet du litige :

2. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. Les recours contentieux relatifs aux décisions mentionnées au premier alinéa du présent article sont portés devant la juridiction administrative () ".

3. D'une part, l'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement le positionnement de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable se substitue nécessairement à la décision initiale, et elle est seule susceptible d'être déférée au juge. D'autre part, lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration à la suite du recours administratif préalable obligatoire qu'il a exercé et qu'une décision explicite de rejet est intervenue dans le même sens, même en cours d'instance, postérieurement à la décision implicite de rejet, ses conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet deviennent sans objet dès lors que la décision expresse s'est substituée à la décision implicite.

4. Il résulte de l'instruction que, le 29 décembre 2020, le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a expressément rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme C le 8 octobre 2020 contre la décision du 28 septembre lui notifiant un indu de prime d'activité d'un montant de 2 502 euros au titre de la période litigieuse. Dans ces conditions, les conclusions dirigées contre la décision implicite née du silence gardé par l'administration sur le recours administratif préalable obligatoire doivent nécessairement être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 29 décembre 2020 précitée.

Sur la demande de mise hors de cause du département des Alpes-Maritimes s'agissant de la décision portant refus de remise de dette d'un indu de prime d'activité :

5. Il résulte de l'instruction que le litige dont le tribunal est saisi concerne, notamment, une décision portant refus de remise d'un indu de prime d'activité relevant de la compétence de l'Etat, qui en assure le financement. Dans ces conditions, le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes est fondé à demander sa mise hors de cause. Il y a lieu, en conséquence, d'y faire droit.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision du 29 décembre 2020 portant refus de remise totale d'un indu de prime d'activité :

6. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 843-1 du même code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Enfin, aux termes de l'article L. 845-3 de ce même code : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte des dispositions précitées qu'un allocataire ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocations que s'il remplit les conditions, cumulatives, de bonne foi et de précarité.

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

8. Il résulte de l'instruction que Mme C, qui bénéficiait du revenu de solidarité active depuis le 17 octobre 2018, a fait l'objet d'une demande de complément d'informations par la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, notamment quant à sa présence sur le territoire français. Il est constant que si la requérante a indiqué à l'administration, le 7 avril 2020, ne pas avoir séjourné hors du territoire national entre les mois de juillet 2018 et d'avril 2020 inclus, à l'exception d'un séjour du 4 septembre 2018 au 9 octobre 2018, les services de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes ont constaté des incohérences dans les déclarations de l'intéressée et lui ont adressé une seconde demande. Par un formulaire du 1er juin 2020, Mme C a indiqué à la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes avoir effectué des séjours hors de France durant 90 jours en 2018 et durant 212 jours en 2019, lesquels ont été confirmés par la copie du passeport de l'intéressée. Sur la base de ces éléments, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a notifié à Mme C, le 28 septembre 2020, un indu de prestations sociales d'un montant initial de 6 622,32 euros au titre de la période comprise entre les mois de janvier 2019 et de février 2020 inclus, dont 2 502 euros relatifs à la prime d'activité. Par un courrier du 8 octobre 2020, la requérante a présenté une demande de remise totale de sa dette de prime d'activité, laquelle ne lui a été que partiellement accordée par une décision du 29 décembre 2020 du directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.

9. Pour soutenir que le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes aurait dû lui accorder la remise de sa dette de prime d'activité, Mme C soutient que ses voyages à l'étranger, pour une durée de 212 jours au titre de l'année 2019, sont justifiés, d'une part, par son projet d'insertion professionnelle, et d'autre part, par des considérations personnelles et notamment par l'état de santé de son frère et de ses parents résidant au Maroc. Par ailleurs, la requérante soutient que de tels déplacements étaient autorisés par les termes du contrat d'engagements réciproques qu'elle a conclu avec le département des Alpes-Maritimes. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment dudit contrat d'engagements réciproques, lequel a été produit dans le cadre de la présente instance, que Mme C n'était nullement autorisée, en vertu de ce contrat, à séjourner hors du territoire français plus de 92 jours, quel qu'en soit le motif. En outre, si l'intéressée se prévaut de sa bonne foi, il est constant qu'elle n'a pas, à l'occasion de la première demande de complément d'information lui ayant été adressée par l'administration, déclaré l'intégralité de ses séjours hors du territoire français. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme ayant procédé à de fausses déclarations, lesquelles font obstacle, nonobstant le caractère précaire de sa situation, à ce que lui soit accordée la remise totale de sa dette. Par suite, Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 29 décembre 2020 par laquelle le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes ne lui a accordé qu'une remise partielle de sa dette.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme C tendant à l'annulation de la décision du 29 décembre 2020 précitée doivent être rejetées.

S'agissant de la décision du 20 novembre 2020 portant refus de remise de dette d'un indu de revenu de solidarité active :

11. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

12. D'autre part, aux termes premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ". Aux termes du onzième alinéa du même article : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 9 du présent jugement que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C trouve son origine dans l'absence de déclaration par cette dernière de l'intégralité de ses séjours effectués hors de France au titre de l'année 2019. Dans ces conditions, les faits mentionnés aux présents points, qui lui sont imputables, ont le caractère de fausses déclarations, lesquelles font nécessairement obstacle, nonobstant la précarité de sa situation, à ce qu'une remise de dette lui soit accordée. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a refusé d'accorder à l'intéressée la remise de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme C tendant à l'annulation de la décision du 20 novembre 2020 précitée doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Le département des Alpes-Maritimes est mis hors de cause s'agissant des conclusions relatives à la décision portant refus de remise totale de dette d'un indu de prime d'activité.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie sera adressée au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

La présidente,La greffière,

signésigné

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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