mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2005404 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CHAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 décembre 2020, le 4 mai 2021 et le 21 octobre 2022, Mme C A, représentée par Me Albertini, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à lui verser une somme de 1 742 440,08 euros en réparation des préjudices subis suite à l'intervention au centre hospitalier universitaire de Nice du 25 janvier 2010 ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise complémentaire ;
3°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été opérée d'une lésion discale L4 L5 au centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice le 25 janvier 2010 ; à la suite de l'intervention, elle a perdu l'usage de ses membres inférieurs ;
- elle remplit les conditions lui permettant d'être indemnisée au titre de la solidarité nationale ;
- le lien de causalité entre les séquelles et l'intervention du CHU de Nice n'est pas contestable ;
- elle est fondée à demander la réparation des préjudices résultant de l'intervention du 25 janvier 2010 et se décomposant comme suit :
* dépenses de santé actuelles : 44 euros ;
* frais divers : 1 976,28 euros ;
* perte de gains professionnels actuels :
*assistance à tierce personne temporaire : 141 782,79 euros
* dépenses de santé futures :
* frais de logement ;
* frais de véhicule ;
* assistance à tierce personne : 853 859,60 euros ;
* perte de gains professionnels futurs : 337 777,41 euros ;
* incidence professionnelle : 50 000 euros ;
* déficit fonctionnel temporaire : 39 465 euros ;
* souffrances endurées : 30 000 euros ;
* préjudice esthétique temporaire : 7 000 euros ;
* déficit fonctionnel permanent : 220 000 euros ;
* préjudice d'agrément : 10 000 euros ;
* préjudice esthétique permanent : 10 000 euros ;
* préjudice sexuel : 40 000 euros ;
* préjudice d'établissement : 40 000 euros.
Par un courrier, enregistré le 10 mars 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Var indique qu'elle n'entend pas intervenir dans l'instance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2021, le centre hospitalier universitaire de Nice et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), représentés par Me Chas, concluent :
1°) à la mise hors de cause du centre hospitalier universitaire de Nice ;
2°) au rejet de la demande d'expertise complémentaire ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article l. 761-1 du code de justice administrative.
Le centre hospitalier universitaire de Nice et la société hospitalière d'assurances mutuelles font valoir que :
- aucune demande n'est formulée à l'encontre du CHU de Nice lequel doit être mis hors de cause ;
- la responsabilité du CHU de Nice ne peut être recherchée que sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ; aucune faute ne peut être reprochée au CHU ;
- une expertise complémentaire n'est pas nécessaire dès lors qu'une expertise a déjà été ordonnée par la commission de conciliation et d'indemnisation de la région Provence Alpes Côte d'Azur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me de La Grange, conclut :
1°) à titre principal, à ce qu'il soit mis hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de tout succombant une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La clôture d'instruction a été prononcée le 11 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 mars 2024 :
- le rapport de Mme Chaumont, première conseillère,
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Albertini, représentant Mme A, et de Me Poncer, représentant le centre hospitalier universitaire de Nice.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, née le 19 septembre 1978, souffrait d'une douleur lombaire en relation avec une lésion L4 L5 droite. Elle a été opérée au CHU de Nice le 25 janvier 2010 où a été réalisé une cure de hernie discale L4 L5 droite. A la suite de l'intervention elle a présenté des phénomènes douloureux. Par la suite, la symptomatologie s'aggrave progressivement et, à compter du 11 février 2011, Mme A se déplace en fauteuil roulant. Mme A a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) de la région Provence Alpes Côte d'Azur d'une demande indemnitaire le 2 mai 2016. La CCI a ordonné une expertise le 2 mai 2016 et désigné le professeur B. L'expert a déposé son rapport le 15 mai 2017. Par un avis du 5 juillet 2017, la CCI Provence Alpes Côte d'Azur a rejeté la demande indemnitaire de Mme A. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'ONIAM à lui verser une somme de 1 742 440,08 euros en réparation des préjudices subis suite à l'intervention au CHU de Nice au titre de la solidarité nationale et d'ordonner une expertise complémentaire.
Sur la nécessité d'ordonner une expertise judiciaire :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation ".
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 15 mai 2017, ordonné par la CCI Provence Alpes Côte d'Azur, que si aucune relation directe et certaine ne peut être identifiée entre la symptomatologie présentée par la patiente et l'intervention chirurgicale, l'expert indique également que l'évolution post opératoire de Mme A a été anormale, qu'il n'est pas certain que cette évolution soit totalement étrangère à l'intervention chirurgicale du 25 janvier 2010, que l'acte médical a pu participer à la situation clinique actuelle de la requérante dans une proportion évaluée à 20 % et à des lésions même si elles sont minimes. Par ailleurs, il résulte également du rapport d'expertise du 12 juillet 2016, non contradictoire, réalisé par le Dr D, missionné par Rédac Recours, que si l'indication opératoire était légitime et le geste a priori conforme aux règles de l'art, le suivi médical a présenté une carence certaine qui n'a pas permis d'éviter les séquelles graves dont la victime est porteuse, notamment le syndrome de la queue de cheval. Ainsi, les éléments du dossier ne permettent de statuer de manière suffisamment éclairée sur le caractère fautif ou non fautif du suivi post opératoire et sur le lien de causalité entre les préjudices dont souffre Mme A et l'intervention chirurgicale qu'elle a subie au sein du CHU de Nice.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale complémentaire aux fins précisées ci-après.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme A, procédé à une nouvelle expertise médicale.
Article 2 : L'expertise sera confiée à un médecin spécialisé en neurochirurgie, désigné par la présidente du tribunal administratif. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 3 : L'expert aura pour mission de :
1°) se faire communiquer tous les documents relatifs à l'état de santé et au dossier médical de Mme C A, se rapportant notamment à l'intervention chirurgicale du 25 janvier 2010 et notamment du suivi post opératoire ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces des dossiers médicaux de Mme A ;
2°) décrire l'état de santé de Mme A et les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée au CHU de Nice à l'occasion de l'intervention citée au point 1, notamment en ce qui concerne le suivi post opératoire ; donner son avis sur l'origine des douleurs subies par Mme A ; prendre connaissance des rapports établis par le professeur B, expert judiciaire désigné par la CCI PACA et du rapport du docteur D, expert missionné par Rédac Recours ;
3°) réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements ont été commis lors de l'intervention chirurgicale et dans ses suites, en particulier lors du suivi post opératoire, et indiquer si les traitements, interventions et soins prodigués, notamment le suivi post opératoire, ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et s'ils étaient adapté à l'état de Mme A et aux symptômes qu'elle présentait ;
4°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constaté(s) ont fait perdre à Mme A une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; dans cette hypothèse, quantifier l'éventuelle perte de chance (pourcentage) ;
5°) dire si l'on est en présence de conséquences anormales à la suite de l'intervention chirurgicale et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ; dans l'affirmative, indiquer la fréquence d'un tel accident en général dans ce type d'intervention et la fréquence attendue chez le patient ; déterminer les conséquences probables de la pathologie présentée en l'absence de traitement ;
6°) décrire la nature et l'étendue des éventuelles séquelles gardées par Mme A en distinguant celles éventuellement liées à l'intervention et celles éventuellement dues au suivi post opératoire et évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent résultant de chacune de ces prises en charge en distinguant la part due à la pathologie initiale, de celle imputable, le cas échéant, à un manquement du centre hospitalier ou à un accident médical non fautif ;
7°) dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier une indemnisation au titre de la douleur et du préjudice esthétique (temporaire et/ou permanent), en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ; distinguer, ce faisant, les préjudices éventuellement liés à l'intervention chirurgicale des préjudices éventuellement liés à un autre acte de prévention, de diagnostic ou de soin ;
8°) se prononcer sur l'existence d'un préjudice sexuel, d'un préjudice professionnel et d'agrément ; le cas échéant, évaluer leur importance ; distinguer, ce faisant, les préjudices éventuellement liés à la pose de la prothèse de hanche gauche des préjudices éventuellement liés à un autre acte de prévention, de diagnostic ou de soin ;
9°) se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, la qualification requise et la durée de l'intervention ; distinguer, ce faisant, les préjudices éventuellement liés à l'intervention chirurgicale des préjudices éventuellement liés à un autre acte de prévention, de diagnostic ou de soin ;
10°) se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux ou d'appareillage après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ; justifier l'imputabilité des soins aux complications en cause en précisant s'il s'agit de frais occasionnels, c'est-à-dire limités dans le temps, ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant ; distinguer, ce faisant, les préjudices éventuellement liés à l'intervention chirurgicale des préjudices éventuellement liés à un autre acte de prévention, de diagnostic ou de soin ;
11°) de manière générale, donner toute information utile à la solution du litige.
Article 4 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de leur mission et éclairer le tribunal.
Article 5 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de Mme A, du CHU de Nice, de la caisse primaire d'assurance maladie du Var et de l'ONIAM.
Article 7 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 8 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au centre hospitalier universitaire de Nice, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la société Hospitalière d'Assurances Mutuelles.
Copie en sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes et à l'expert.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Chaumont, première conseillère,
Mme Duroux, première conseillère,
Assistés de Mme Ravera, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.
La rapporteure,
signé
A-C. CHAUMONT
Le président,
signé
F. PASCAL La greffière,
signé
C. RAVERA
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026